‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 35 sur 38 · L'AFRIQUE. — SIXIÈME ANN^E. — N · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE. — SIXIÈME ANN^E. — N

la côte n'a pas été sans périls ; il a dû se frayer un passage à coups de fusil à travers les hordes somalis, et a réu&i à sauver la pli^>art de ses collections et de ses notes.

Les entreprises de la Société africaine allemande à la côte orientale d'Afrique et les prix élevés payés par les explorateurs anglais ont fait monter beaucoup le salaire des porteurs à Zanzibar. L'expédition envoyée, sous la direction du D' FIfiolieF, pour chercher à délivrer les Européens, Emin-bey, D' Junker et Casati, bloqués par les partisans du Mahdi dans la région du Haut-Nil, risque de s'en ressentir. Le jy Fischer écrivait le l*' août de Pangani, à la Société de géographie de Ha,mbourg : a Je suis ici depuis quelques jours. Demain je me mets en route avec 221 honunes. Il n'est pas possible d'accomplir un voyage comme le mien, avec quelque chance de succès, sans s'être équipé comme je l'ai fait ; encore le D' Eirk prétend-il que mon personnel et mes provisions sont loin d'être sufiSsants. Mais les Anglais peuvent calcul» autrement. Mes 50,000 francs sont déjà employés : 20,000 en marchandises, 5000 en armes et munitions, le reste en partie en salaires que j'ai dû payer trois mois d'avance. Mais qu'aurais-je pu faire avec une caravane petite et maigrement équipée ? Les princes de l'Ou-Ganda et de rOu-Nyoro veulent qu'on leur fasse des présents. Les étoffes recherchées dans rOu-Ganda sont les plus chères du marché de Zanzibar. Si j'apprends dans rOu-Ganda que mon projet de pénétrer plus avant dans l'intérieur est irréalisable, j'achèterai de l'ivoire pour recouvrer la plus grande partie de l'argent. D'après les dernières nouvelles, la guerre doit avoir éclaté entre l'Ou-Nyoro et Lado. Le consul Kirk a écrit une lettre au souverain de l'Ou-Ganda, pour l'engager à envoyer une expédition à Lado aux frais du gouvernement anglais. Je vous prie de' faire votre possible pour procurer à mon expédition de nouvelles ressources financières. Je suis effrayé quand je compte combien de milliers de francs me coûtera le seul salaire de mon personnel, si mon entreprise dure une année. Cependant il n'est pas possible de faire autrement. A Zanzibar, les Anglais supputaient les frais de l'expédition à 125,000 francs, j'estime qu'ils s'élèveront certainement à 100,000 francs. Je prends une nouvelle route par Kibaïa et Irangi ; elle est plus courte que celle qui passe par Tabora. »

La mort de Mirambo et la guerre que se font son successeur, Mpanda Tshalo, et le chef Eapéra, ont obligé les missionnaires romains à se retirer du poste de Bou-Kouué à la station de Kipalapala» dans le Bou-Koumbi. Les pluies de la masika ayant été particulièrement

abondantes cette année, leur marche a été rendue très difficile, même périlleuse. Au milieu de mars, les herbes ont atteint leur plus grande hauteur; imbibées d'eau comme des éponges pleines, elles gênaient tous leurs mouvements et paralysaient leurs efforts. Tantôt elles formaient comme une voûte épaisse et basse, d'où Teau coulait en abondance ; tantôt elles opposaient une barrière infranchissable, mille tiges flexibles 4s'entrelaçant aux jambes des voyageurs, qui, à chaque pas, s'y embarrassaient davantage. Ou bien ils devaient cheminer sur un sol à demi liquéfié qui semblait fondre sous leurs pieds, et dans lequel ils enfonçaient à chaque pas. Pendant des heures entières ils durent avancer péniblement <ians une eau boueuse qui leur montait jusqu'à la ceinture, ayant peine À reconnaître leur chemin et glissant à chaque instant dans ce marécage. L'Ou-Nyanyembé était transformé en lac. Un moment, l'âne qu'ils emmenaient avec eux faillit disparaître dans la vase. Au reste, cette partie du pays est tristement célèbre dans les souvenirs des Ou-Nyamouézi, car, dans les grandes masikas, il n'est pas rare que des hommes disparaissent tout vivants dans ces fondrières. Les huttes des Ou-Nyamouézi sont également exposées à être ruinées par ces pluies abondantes. Petites, rondes et bien couvertesen paille, elles ne prennent pas l'eau par la toiture ; mais comme elles sont d'ordinaire en contre-bas ou au-dessous du niveau du sol extérieur, elles se remplissent d'eau comme de vrais réservoirs. Chaque matin, entre neuf et onze heures, les nègres, leur pioche à la main, se mettent à creuser des fossés au-dessous de leurs cases pour faire écouler l'eau qui les inonde. Pendant que les hommes s'évertuent à drainer le sol, les femmes tentent d'allumer dehors un peu de feu pour préparer le repas ; mais il est impossible d'écraser le grain pour avoir de la farine ; les nègres sont alors obligés de se contenter de quelques épis de mais, à peine noircis par la fumée et la maigre flamme que donne un bois saturé d'eau. Malgré leur légèreté, un grand nombre de huttes sont tombées cette année, les piquets qui les soutenaient s'étant enfoncés dans la terre. En revanche, la pluie promettait aux indigènes une abondante récolte de patates, de bananes, de manioc et de sorgho. Grâce au travail des missionnaires et de leurs élèves, la forêt de Kipalapala s'est beaucoup éclaircie et peu à peu a fait place à de belles et réjouissantes cultures.

Un télégramme de Zanzibar a annoncé le retour à la côte de M. Storins qui, après MM. Cambier, Ramaeckers et Becker, dirigeait depuis trois ans les stations de l'Association internationale africaine sur les hves du Tanganyika. C'est lui qui a fondé celle de Mpala, sur la

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ilonner des canots pour pasper le Chiré, ils sont restés chez eux. La mort du chef Kapené n'a point été accompagnée des coutumes cruelles pratiquées autrefois dans un cas analogue. En apprenant son décès, les missionnaires de Blantyre se hâtèrent de faire demander à son successeur ce qu'il comptait faire de Matopé, qui avait toujours été un bon ami du défunt et un de ses principaux conseillers. Le nouveau chef répondit qu'aucun honmie ne serait mis à mort. « Quelques personnes,» ajouta-t-il, « désiraient vivement suivre la vieille coutume ; mais la majorité a déclaré qu'autrefois elle avait foi à cette coutume et qu'elle la pratiquait, mais que, vivant depuis plusieurs années en contact avec les blancs, elle avait appris d'eux qu'il n'était pas bien de faire mourir ^es gens en pareille occasion. » Il fit informer les missionnaires du jour de l'ensevelissement de Kapené ; deux d'entre eux s'y rendirent et furent témoins de la sépulture honorable accordée au vieux chef ; il n'y eut aucune goutte de sang versé.

M. A.. Bain» attaché à la station de Cherenji — de la mission de l'Église libre d'Ecosse, — sur la route du Nyassa au Tanganyika, a fait, è, Ghiwinda, une excursion dont il a transmis les détails dans une lettre pixhliée far le SœtHshgeographical Magazine, à"" où, nous extrayons ce <)ui suit : (( J'avais le bonheur d'avoir avec moi M. J.-A. Smith, de Bandaoué. Le pays le plus attrayant que nous ayons traversé se trouve au nord-est de Ghiwinda. Le chef de ce nom est un pauvre homme qui passe ses jours dans la terreur des Anemba qui, dit-il, ont pillé et détruit ^es jardins. Le village est bien défendu par une double palissade percée d'ouvertures en plusieurs endroits. La rivière Songwi, qui ailleurs est grande et belle, est ici paresseuse et boueuse ; elle entoure le village de deux côtés. A une dizaine de kilomètres de là est le village du chef Muiereka, vassal de Nyondo. Nous y trouvâmes les gens les plus heureux que nous ayons rencontrés jusqu'ici. Le pays d'Ou-Pigou, entre Awanda et Ghiwinda, sous la domination de Mouini-Pigou, est extrêmement beau ; la Songwi ari-ose cette longue vallée qui fourmille de bestiaux et dont les récoltes promettent une grande abondance. Le souverain fut plus libéral dans ses présents que nous dans les nôtres. La station de Gherem'i se trouvant dans le territoire de Mouini-Pangala, les missionnaires lui firent visite, mais pour arriver à sa résidence ils durent traverser des terrains très spongieux, avec de l'eau au-dessus de la cheville ; ils durent passer la nuit en dehors du village du chef Makombé, dépendant de Mouini-Pangala. Ge village, de 60 à 70 huttes, est agréablement situé sur la Kasowi, qui se verse dans l'Aroangwa, affluent du

Zambèze, d'une protondeur considérable. Près de la maison du chef s^élevait un grand cactus, au pied duquel se trouvait un tas de squelettes de buffles et d'antilopes, offrande faite à Pesprit protecteur du village, auquel était dû le succès. Plus loin se rencontre le village de Pangala, sur TAroangwa qui, ainsi que la Songwi, coule vers le sud-ouest. Les deux rivières se rencontrent à quelques centaines de mètres du village, dont elles protègent deux des côtés et auquel elles font une position stratégique importante. Pangala ne compte pas moins de deux cents habitations, peut-être davantage, sans compter les greniers qui en dépendent. Le chef se trouvait dans une partie élevée du village, assis près d'une maison avec une petite dépendance dans laquelle ses femmes et ses enfants étaient séparés du conmiun peuple. Il fit bon accueil aux voyageurs et leur apprit que lui et les Wa-Wanda étaient arrivés dans le pays aune date relativement récente. Ils venaient de TOu-Mouwoungou, dans le voisinage de TOu-Fipa, au nord-ouest du lac Hikoua. Leur établissement dans le pays remonte probablement à une trentaine d'années.» Pour revenir à la station de Chirenji, les missionnaires longèrent le pied des monts Watenga, jusqu'au village de Mpembé, qui a pour chef Mouini-Wisi. Puis ils gravirent les monts Mfangou et Kapyoro qui s'élèvent de la plaine d'une façon assez abrupte. Le brouillard s'étendait à l'ouest et au nord, mais à l'est et au sud, les hauteurs du pays des Angones et les monts Livingstone, ainsi que le lac au loin, étaient très visibles. Les montagnes ont une hauteur d'à peu près 2000 mètres au-dessus de la mer. Après cela le terrain est relativement plat, traversé par quelques cours d'eau tributaires de l'Aroangwa. Dans certains endroits montueux se trouvaient des forêts où les voyageurs virent des arbres, de proportions énormes, couverts, du pied jusqu'au sommet, de mousses et de lianes. Les habitants de cette partie du pays ressemblent pour leurs habitudes et leur langage aux Wa-Kondé.

M. Laurence Goodriehy faisant les fonctions de consul anglais pour le district du lac Nyassa, a envoyé au Foreign Office un rapport sur un voyage qu'il a fait récemment à l'ouest du lac, dans le territoire du chef Moiiazi. Pendant son séjour à Kasoung^o» résidence de ce chef, celui-ci mourut et fut remplacé par son neveu Katamé. Le but principal de M. Groodrich était d'engager les chefs indigènes à renoncer à encourager la traite. Le pays qu'il parcourut entre Bandaoué et Kasoungo, à 200 kilom. S.-S.-O., était entièrement inhabité, quoiqu'il abonde en gibier de toutes sortes. La ville est située au centre d'une vaste plaine sans arbres, à 700" au-dessus du lac Nyassa, c'est-à-dire à

1200* au-dessus de la mer ; les maisons sont construites autour d^une montagne de forme conique, qui s'élève à 200°" au-dessus du niveau de la plaine. Les chefs se sont montrés d^ireux de voir les commerçants anglais s'établir dans le pays ; ils ont beaucoup dMvoire ; Eatamé offrit à M. (joodrich de lui vendre une centaine de défenses. Le sol est bon, propre à la culture du froment ; le bétail y prospère ; la tsétsé ne s'y rencontre pas. L'altitude de la plaine au-dessus de l'océan lui procure un climat qui conviendrait aux Européens; les indigènes paraissent simples et pacifiques.

Un correspondant du Natal Mercury lui écrit de Gorong^oza, au sud du Zambèze, que dans le trajet de Quilimane à Mopéa, et contrairement au bruit répandu de l'insalubrité de cette région, il a toujours joui d'une excellente santé. De Mopéa le voyage est fatigant jusqu'à Senua, qui n'est qu'un village avec quinze maisons de briques et une nombreuse population cafre. A une journée au delà se trouve Chemba, le premier grand village du territoire placé sous l'autorité du colonel Antonio de Souza, territoire aussi vaste que celui de la colonie de Natal et du Zoulouland réunis. U le gouverne à l'aide de nombreux chefs ou capitaines qui obéissent à ses moindres désirs. De Chemba il fut conduit à Gorongoza par le capitaine Païva d'Andrada, représentant de la compagnie d'Ophir et l'initiateur des grands progrès accomplis dans cette partie des possessions portugaises. Gorongoza est dans une belle situation et très salubre, au pied d'une haute montagne et à quelques mètres d'une rivière qui peut fournir les moyens d'une abondante irrigation. Poui* le moment, il* n'y a guère qu'un jardin potager, qui suflSt amplement à l'alimentation des habitants. La maison du gouvernement est en commimicâtion par téléphone avec le bureau de la poste ; il y a de plus une vingtaine de maisons, une caserne, quelques soldats européens, un médecin du gouvernement. Tout le long de la route de Quilimane à Gorongoza, le correspondant a vu de l'or apporté de Manica par les indigènes.

Le voyage projeté par les missionnaires suisses des Spelonken, pour étudier le pays qui s'étend entre le nord du Transvaal et la baîe de Delae^oa, et visiter l'évangéliste Josepha, placé près de la résidence du chef Magoud, s'est heureusement effectué. MM, Henri Berthoud et Eugène Thomas, sont partis, le 28 mai, des Spelonken, avec huit chrétiens ma-gouamba, un chariot attelé de huit bœufs pour transporter les provisions et les bagages, et des ânes bâtés ou seUés, pour le cas oîi les bœufs auraient succombé aux piqûres de la tsétsé. Il aUaient au-devant

à l*ouest. Presque partout le sol était formé d'un grès rouge mêlé de formations calcaires; il Ta trouvé souvent couvert d'une herbe très haute fournissant un très bon foun*age pour les bœufs. Il a aussi rencontré de l'eau beaucoup plus fréquemment qu'il ne l'aurait cru, d'après l'opinion répandue jusqu'ici. Le long de la rivière Oschombindé croissent d'épaisses forêts d'une riche végétation, oti le gibier ne manque pas ; le bouquetin s'y rencontre auprès de l'éléphant. Parmi les produits du règne végétal, il mentionne spécialement les melons d'eau. Les habitants des localités qu'il a traversées lui ont paru beaux et vigoureux, sans rien qui rappelle les Bushmen ; ceux-ci ont été rencontrés par lui au N.-O. du lac Ngami. En somme il a trouvé que le plateau du Kalahari, à 1000" d'altitude, vaut mieux, sous le rapport de sa végétation, que la réputation qu'on lui a faite. Le climat en est salubre, pas trop chaud, en sorte que certains endroits pourraient convenir à des colons laborieux.

Le D' Wolff qui était parti de San-Salvador le 27 février pour le pays de Damba, afin d'y recruter des porteurs, n'ayant pas réussi dans son projet, s'est dirigé, avec cinq Loangos, vers le Quang^o, qu'il a atteint près du confluent du Cuilou ; le 16 avril, il arriva à la résidence de Quiamvou ; mais là non plus il ne put engager aucun porteur, en sorte qu'il dut reprendre une route plus méridionale, la route de commerce qui traverse les pays de Pombo, Poumbo, Zosso et Damba. La carte provisoire dressée sur ses levés rectifie la topographie de cette région, telle qu'elle a été fournie par Capello et Ivens dans leur premier voyage ; les derniers restes du lac Aquilonda, que les explorateurs portugais avaient relégué sous le 6**, 30 lat. S. et 15°,30 long. E., disparaissent entièrement. Le D'' Wolff, se basant sur le temps pendant lequel il a marché, incline à reculer le Quango de 100 kilom. plus à l'est. La publication des déterminations de positions du major von Mechow, dont on n'a publié jusqu'ici que celle de Malangé, dissiperait les doutes à cet égard.

Le D' Buttncp s'est avancé, avec 80 porteura de la côte de Loango, de San Salvador à Kioulou et aux cataractes Arthington, sur la rivière Ambriz, puis de là il a atteint le Qiiang^o, près des chutes de Kamalombo, au point oîi le major von Mechow avait dû abandonner l'exploration de la rivière. Il a ensuite longé le Quango jusqu'à Kwamouth, complétant ainsi la reconnaissance de cet important affluent du Kassaï. Les lieutenants Kund et Tappenbeck qui se proposaient de pénétrer jusqu'à Quiamvou en remontant le Quango, voyant qu'ils n'avaient pas

la possibilité de réaliser leur projet à partir du Congo, ont commencé à construire une station à Stanley-Pool.

Les Annales de la propagation de la foi ont publié une lettre du P. Auf^ouArd, sur son nouveau voya§^e de Landana au Con^^ moyen, et sur la fondation de la station de Linsolo, en amont de Stanley-Pool. Les détails de son récit sont bien propres à montrer quel développement le passage des caravanes pour le haut fleuve a déjà donné au commerce des riverains du Congo, et combien les relations entre les indigènes et les blancs se sont améliorées. A propos du voyage d'Isanghila à Manyanga, le P. Augouard écrit : a Quelle différence avec le voyage précédent! Aujourd'hui nous sommes connus partout, les chefis viennent à notre rencontre, et les populations, au lieu de fuir ou d'entrer en hostilité, nous apportent des vivres eu grande quantité. Vu la nombreuse caravane que je conduis (160 hommes), je ne peux donner à chaque honune les vivres qui lui sont nécessaires. Je leur distribue donc une certaine quantité d'étoffés, avec lesquelles ils achètent les provisions du jour. Chaque soir, le camp se transforme ainsi en uu vaille marché, où se mêlent les poules, les chèvres, les porcs et les chiens. Pour deux jours je donne à chaque homme un pli d'étoffe, soit environ 0^,70; moyennant cela il trouve abondamment de quoi se nourrir. Entre Isanghila et Manyanga, un chef voulut absolument nous faire rester chez lui, nous invitant à prendre tout le terrain que nous voudrions. Pour nous prouver son amitié, il nous accompagna jusqu'à Manyanga et nous rendit toutes sortes de bons offices pendant le voyage. » Même empressement après l'arrivée des missionnaires à la station de Linzolo. « Pendant les jours qui suivirent, ce fut une véritable avalanche de che£s et de sous-chefs qui apportaient des présents, dans l'espoir, bien entendu, d'en recevoir davantage. Notre chef, le plus voisin, fut le premier à venir me souhaiter la bienvenue ; il m'offrit une superbe vallée que nous désirions vivement pour pouvoir détourner le chemin des caravanes d'ivoire qui passaient au milieu de notre propriété. Quinze joura plus tard, les chefs vinrent avec une foule compacte pour enterrer la guerre, et une fois la cérémonie terminée, la foule des noirs se mit à danser autour du monument en jurant, haine étemelle à la guerre avec les blancs. Dès lors aucun noir ne peut plus paraître en armes sur le terrain de la mission ; les chefs qui venaient autrefois avec un attirail de fusils, d'assagaies, de coutelas, etc., déposent aujourd'hui leurs armes avant d'entrer chez les missionnaires. Une maison d'école a été construite et pourra recevoir les nombreux enfants que

chefe et parents désirent faire instruire. Le P. Augouard espère aussi pouvoir faire bfttir un hôpital. En attendant, un des missionnaires soigne à la porte de la mission tous les malades qui viennent chercher un remède ou un soulagement à leurs maux ; il va aussi dans les villages des alentours à la recherche des infirmes qui ne peuvent plus marcher. Convaincus que l'Afrique ne se civilisera que par le travail, et en particulier par l'agriculture, les missionnaires se sont efforcés de former des travailleurs ; ils ont donné l'exemple des travaux agricoles, et quantité de noirs sont venus apprendre d'eux les procédés de culture européens. Ai^ourd'hui déjà ce sont eux qui vont travailler chaque jour à la station de Brazzaville. » Depuis l'envoi de cette lettre, le P. Augouard est redescendu à Boma par un chemin nouveau. Au lieu de suivre la rive droite du fleuve, nous apprend le Mouvement géographique, il a pris une route plus au nord, traversant le plateau qui sert de ligne de fatte entre le Congo et le Quilou. Non seulement il a atteint Boma très promptement, mais le chemin qu'il a suivi est facile, dit-il, et traverse un excellent pays.

Lors des négociations qui ont eu lieu entre le cabinet de M. J. Ferry et les représentants du roi des Belges, pour la délimitation des territoires respectifs de la France et de l'Association internationale du Con§^o, les délégués de cette dernière réclamaient d'abord des compensations pécuniaires pour la vallée du Itf iari-Quilou dont l'Association revendiquait la propriété. Le gouvernement français consentit seulement à remboui'ser à l'Association la valeur matérielle de ses stations. Celle-ci se rabattit alors sur une demande de loterie qui devait permettre d'obtenir du public les fonds nécessaires à l'organisation du nouvel État du Congo. Le gouvernement français ne crut pas devoir opposer un refus aux fondateurs du nouvel État. L'autorisation a été donnée à la condition qu'un comité français présiderait à l'émission de la loterie, l'entreprise restant bien entendu aux risques et périls de l'Association. L'émission sera de vingt millions.

La Société de géographie de Paris a reçu de M. Rogozinslci des renseignements détaillés sur l'exploration qu'il a faite du mont Cameroon, pendant son séjour à la côte de Guinée. Le nombre des villages à une altitude de 0" à 1000", est d'environ soixante, inégalement distribués; ainsi la pente occidentale n'est habitée que sur la côte. Quoique le climat soit très bon, relativement aux pays environnants, le manque d'eau qui se fait sentir presque partout dans les villages est un grave inconvénient. Les principales ressources commerciales sont l'huile de

femmes quand le sujet est riche. Les additions en viande Kont a.sse2 rares, le mari étant paresseux et parfois mauvais chasseur. Karemeirt on apprend qu'ils aient tué un léopard, jaitiais un éléphant, quoique ces animaux soient assez communs. L'esclavage n'existe pii-s chez les montagnards du Cameroon. Les travaux dans leurs petites plantations sont à la charge des femmes et des enfants, surtout des premières. Une cabane de bambous, couverte de nattes, abrite toute la famille, y compris les animaux domestiques : chèvres, moutons, porcs, poules, canards, ce qui rend l'intt'-rieur très malpropre.

Une aHih»Mi*acI<- m^irocalne s'est embarquée h Tanger pour Malaga ; elle se rendra de là à Madrid, oii elle est chargée de reprendre les négociations sur la question de l'échange des territoires de Sauta- Cruz de Mar-Pequena, contre des terrains autour de Ceuta, que le Maroc serait prêt h céder, et qui, suivant l'opinion des militaires espagnols, seraient aussi plus avantageux pour la situation de l'Espagne sur le détroit de Gibraltar. L'ambassade discutera aussi les modifications que l'Espagne demande fi introduire dans le traité de commerce hispanomarocain de ISfiO. Le Cabinet de Madrid a et*' poussé à demander ces modifications, par les négociations qui se poursuivent entre rAllemagno et le Maroc, en vue de la conclusion d'un traiti^ï qui assure au cominerci' allemand une situation exceptionnelle, tant sur les cfites que dans l'intérieur du Maroc, et qui donne à l'Allemagne le droit d'y établir des comptoirs, ainsi que des dépôts de charbons et de vivres ; il lui accorde même des concessions de mines, de voies ferrées et de travaux publics.

NOUVELLES GOMPLCHENT AIRES

D'après le Courritr det Comptoirs, un service de steamers d'Alger b '. à Tanger sera proclitunenieDi créé par le Comptoir central de Paris qui établira en même temps des factoreries à Tunis et à Sous.

M. GermoD, explorateor de mioes d'antimoine à Sauza, province de ( a. été autorisé à disposer du produit de ses recherches jusqu'à concurrc tonnes.

A partir du 1"' décembre la navigation du canal de Suez a été ouvt entre Port-Said et le kilomètre bi, aux paquebots- poste et aux Davirei munis d'appareils électriques. La durée du trajet de Port-Saïd à Suez e: qui avait augmenté avec l'accroissement du tonnage, diminuera ; on venir à faire transiter les navires en vingt-quatre heures d'une mer à '.

Le V' RagaKzi, directeur de la station italienne de Let-Maréfia, au voyé à la Société de géographie de Rame un rapport sur les condition du pajs qu'il a traversé d'Assab en Abyasinie; la malaria y prêdomin

l.e D' Nerazzini, revenu pour quelque temps en Italie, se prépare à nouvelle mission auprès du roi Jean d'Âb^ssinie.

Le capitaine Longbois, de retour de sa mission au Choa, a remis a de la République française une lettre du roi Ménélik.

Sous les auspices de la Société africaine d'Italie, une conférence colo à Naples, du 8 au l'i novembre, a décidé de charger les explorateurs se rendront du Choa au Kaffa, d'explorer la région des sources du Ju' suivre le cours jusqu'à la cdte de l'océan Indien.

Les établissements de la Mission des Universités, à Magila, Mbouéni ont éprouvé des pertes considérables, par suite d'incendies ; henreusen pas eu de victimes.

L'Angleterre, l'Allemagne et la France ont décidé de charger une de délimiter les possessions continentales du sultan de Zanzibar.

Le capitaine Cecchi a quitté Zanzibar pour revenir en Italie.

M. ^. Reichard, le seul survivant de l'expédition allemande aux I et Moêro, est arrivé à Wiesbaden, sa ville natale.

Il s'est fondé à Tamatave, une société dite • Société des colons frai favoriser l'établissement des colons à .Madagascar, aider à la création ments agricoles, ouvrir au commerce un nouveau champ d'exploitation les anciens colons dans leurs efforts de colonisation.

M. Joaquim, José Machado ingénieur, a fait, à la Société de géograj bonne, nue communication sur les études du chemin de fer de Loren i Pretoria. Il a fait une description intéressante des contrées que tri ligne, dans lesquelles on rencontre des villes déjà importantes, fond Boers, et de nombreux éléments de civilisation.

Le gouverneur de ta Colonie du Cap, sir Hercules Robîoson, a fait

tions soient apportées à la vente des spiritueux aux indigènes africains. La con* férence a également étudié la question d'une mission au Cameroon.

Le traité conclu entre le roi de Dahomey et le Portugal ayant placé Kotonou sous le protectorat portugais, le ministre des affaires étrangères de Lisbonne a fait droit aux réclamations de la France, et a envoyé aux agents portugais Pordre 4e rétablir les choses à Kotonou dans l'état où elles étaient auparavant.

La maison Brauer et C% de Bochum, a établi une station de charbon à Porto- Grande, dans Ptle Saint-Vincent pour faire participer les houilles de Westphalie 4IUX avantages du traiic des vapeurs sur les grandes lignes transatlantiques.

Le steamer SUvertown^ de la India Rubber Company, chargé de poser, pour le compte de la West Âfrican Telegraph Company, un câble destiné à relier au Sénégal les possessions françaises de la côte occidentale d'Afrique, a opéré avec succès Patterrissement du cftble à Dakar. La canonnière française, le Niger, a fait une reconnaissance du fleuve, en aval du Bammakou, sur un parcours de 350 kilomètres.

Le ministère français de la marine et des colonies dresse le programme d^une mission commerciale à la côte occidentale d'Afrique et d'une mission du même genre dans l'intérieur du Sénégal. Il développera l'institution des bourses de voyage en faveur de jeunes gens ayant fait des études commerciales, afin qu'ils puissent visiter les colonies françaises et se rendre compte des ressources qu'elles présentent.

M. Henri Duveyrier a demandé à la Société de géographie de Paris de signaler, à l'administration compétente, le décret espagnol qui proclame le protectorat de l'Espagne sur la côte d'Afrique, du cap Bojador au nord, jusqu'au cap Blanc au sud, décret qui enlèverait à la France 98 kilomètres d'une partie de côte reconnue possession française par des traités antérieurs.

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