‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 36 sur 38 · LES DERNIERS TRAVAUX DE SAV0R6NAN DE BRAZZA · texte numérisé non relu

LES DERNIERS TRAVAUX DE SAV0R6NAN DE BRAZZA

L'arrivée de Savorgnan de Brazza en France nous a valu d'abondants renseignements sur la mission française dans Touest africain, sur laquelle nous étions sans nouvelles depuis de longs mois. Sans revenir sur les faits qui ont suivi immédiatement le retour de l'explorateur à la côte d'Afrique en 1883, nous indiquerons sommairement, d'après le Temps, les résultats de son activité et de celle de ses agents, le long du Niari, de rOgôoué et de l'Alima. M. Dolisie, remontant le Niari dans la direction du Congo, a fondé les postes de Ngotou et du Bas-Quilou, la station de Niari-Loudima et le poste de Niari-Babouembé, après avoir conclu avec les indigènes des traités d'amitié et de protectorat. Aujourd'hui les porteurs ba-bouembé et loangos font le sei*vice dans la vallée du Niari,

Au point (le vue géographique, la mission a déjà rapporté 4000 kilom. de levés, comprenant le cours de rOgôoué, de la côte à Franceville ; l'itinéraire de Franceville à Mayombé, du lieutenant Mizon ; deux levés du cours de TAlima ; le cours du Congo entre Brazzaville et le poste de rOubangi ; l'itinéraire de M. Dolisie, de Brazzaville à Loango par le Niari ; enfin, la reconnaissance partielle du vaste delta qui s'étend, sur le Congo, de l'embouchure de l'Alima à celle du Liboko-Oubangiv

Sous le rapport commeixial, M. de Brazza reconnaît que les voies qui doivent mettre l'Afrique centrale en communication avec l'océan Atlantique sont encore à établir. Le bas Congo, le Niari, l'Ogôoué, ne sont que des voies de pénétration dans l'Afrique équatoriale. Un chemin de fer seul pourra répondre aux besoins du transit, qui ne manquera pas de s'établir entre la côte et l'intérieur, lorsque les populations riveraines du Congo auront été amenées à un état plus avancé de civilisation.

Aujourd'hui on doit considérer comme un maximum le transport annuel de 800 tonnes de marchandises par la voie de l'Ogôoué qui, de l'Atlantique au Congo, n'a pas moins de 1500 kilom. ; malgré cela, le transport d'une tonne de marchandises à Brazzaville coûte beaucoup moins cher par l'Ogôoué que par le bas Congo.

Pour aiTiver à organiser le service de ravitaillement de la mission, M. de Brazza s'est efforcé non seulement d'entretenir de bonnes relations avec les indigènes, mais encore de concilier leurs intérêts avec ceux de la mission. Au début, les Pahouins, cannibales, venant du nord-est, envahissaient peu à peu le bassin de l'Ogôoué, repoussant vers la côte les Gabonais et les Bakalais, interceptant les communications des peuplades riveraines du fleuve, Adoumas, Okandas, etc. Sa première tâche fut de parlementer avec les Pahouins, afin d'obtenir pour ses gens la faculté de naviguer sur l'Ogôoué. Il mit en œuvre pour cela, la persuasion, la douceur, l'intimidation, la menace ; enfin de petits présents lui permirent de racheter complètement les droits de circulation sur la rivière. Poui* utiliser cette voie, il s'adressa aux Okandas et aux Adou- ' mas, les seuls piroguiers de l'Ogôoué ; peu à peu le service des transports s'organisa, et les communications devinrent régulières.

L'interdiction du commerce sur le haut fleuve, qui a donné lieu à beaucoup de critiques, a été expliquée par M. de Brazza par les raisons suivantes : Les moyens de transport sur le haut Ogôoué étant limités, et la mission ayant besoin de toutes les pirogues, elle aurait couru audevant d'un échec, si les traitants du Gabon, dont la majorité sont des étrangers, avaient pu diminuer ses moyens d'action sur le fleuve. En

chefs de tiibue, furieux, s'en prennent aux autres traitants et pillent indistinctement toutes les pirogues qui passent sur le fleure. Il faut sévir contre eux et le pays est troublé. Aussi, M. de Brazza ne permet aux traitants que de pratiquer le commerce au comptant, et le pays est très tranquille. Sur le bas Ogftoué, il n'a pas eu besoin de recourir à une semblable mesure. En échange de la sécurité qu'il garantissait aux Adoumas et aux Okandas contre les attaques des Pahouins, il a demandé à chaque homme valide deux mois de service par an pour la mission. Comme ils redescendent le fleuve à vide, il leur a accordé le droit de placer dans leurs pirogues des produits du pays. A la côte, ils les échangent contre des cotonnades, des couteaux, etc. ; à la remonte, chaque homme a droit au transport de trois kilogrammes de marchandises et ils peuvent ainsi rapporter dans leur pays la valeur du eaout«houc et de l'ivoire qu'ils y ont pris. En outre, ils touchent une solde pour leur service. D'opprimés qu'ils étaient naguère par les Pahouins, ils sont devenus un peuple de libres travailleurs.

Quand les Pahouins virent les Adoumas s'enrichir, ils s'en plaignirent sans pouvoir offrir des services qui leur auraient valu une rémunération. M. de Brazza leur proposa de placer deux jeunes Pahouins dans chaque pirogue de la mission afin qu'ils fissent une sorte d'apprentissage. Us acceptèrent, et aujourd'hui les Pahouins, comme tes Adoumas et les Okandas, sont employés au service des transports par te fleuve.

Après avoir assuré la navigation de l'Ogôoué, M. de Brazza se préoc-

cupa de l'étendre suf les affluents du Congo. D emmena avec lui des Pahouins et des Adoumas sur le Congo, et n'eut qu'à se louer de leur fidélité à gai'der les établissements français. Constamment en rapport avec les tribus protégées, il est à même de les maintenir fidèles par les serviteurs dévoués sur lesquels il a conservé toute son autorité morale. *

Grâce à la courtoisie de sir Francis de Winton, les rapports des agents de TAssociation internationale et des collaborateurs de Savorgnan de firazza sont des plus cordiaux.

Il résulte"^ de lettres reçues par la Société de géographie de Paris, de M. Fourneau, chargé de la direction des stations de Bôoué, Madiville et Franceville, que les travaux pour l'établissement d'une station nouvelle sont commencés. M. Fourneau a envoyé un levé de la chute et des rapides de Bôoué, ainsi qu'un projet de canal ne comportant que des travaux faciles et simples, et qui pennettrait de supprimer l'immobilisation des convois à Bôoué, souvent pendant des journées entières, et de prévenir dçs perles de matériel. Il a fait une excursion chez les Cimbas dont le pays, arrosé de nombreux iniisseaux, offre un coup d'œil féerique. Les Okandas ayant monopolisé le commerce, et la crainte des Okandas ' paralysant les tribus qui ne demandaient pas mieux que d'entrer en relation directe avec les blancs, M. Fourneau a réussi à concilier les intérêts des deux parties. Il demande la création de deux postes dans la région comprise entre l'Ogôoué et Okona, le premier serait à Moningué, le second dans le haut Ogôoué, à Okoua.

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