LES LANGUES MODERNES DE L'AFRIQUE
D'après M. R.-N. Cust.
Le tableau d'ensemble des langues de l'Afrique présenté par M. R.-N. Cust, à la Société des Arts de Londres en 1881, et dont nous avons donné un résumé (III* année, p. 30), et la Notice du même auteur sur les écrivains qui ont contribué à l'extension de notre connaissance des langues africaines, n'étaient que les prémices d'une œuvre beaucoup plus importante *, et d'une utilité infiniment plus grande pour tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'exploration et à la civilisation de l'Afrique, sans parler de l'intérêt qu'elle ne peut manquer d'avoir pour ceux qui ne veulent ignorer aucun des phénomènes relatif au développement de l'humanité dans les différentes parties du globe.
Sans doute les explorateurs peuvent, à l'aide d'interprètes, poursuivre leurs voyages de découvertes, sans connaître eux-mêmes les langues parlées dans les régions qu'ils étudient. M. Cust fait remarquer en effet qu'il n'a jamais entendu parler de voyageurs empêchés de communiquer directement ou indirectement avec les indigènes, et que des explorateurs africains, tels que Duncan à la côte occidentale, Thomson à l'est, et les grands chasseurs dans l'Afrique australe, racontent des conversations avec les chefe et avec les indigènes de territoires très éloignés de leur point de départ. Comment faisaient-ils ? Ils avaient probablement à leur service quelqu'un de ces interprètes dont parle M. Cust, connaissant plusieurs langues, et qui abondent en Afrique. L'auteur signale dans son introduction, comme trait particulier à ce continent, le fait que partout la présence d'esclaves, de tribus nomades, ou vivant dans les forêts, et de bandes de maraudeurs, semble avoir eu pour résultat la coexistence d'une pluralité de langues. Les récits des voyageurs fournissent des tîxemples frappants d'Africains polyglottes : Mtcsa parle six langues, le nyoro, le ganda, le souahéli, le soga, lezoulou et l'arabe; un chef ma-koua en parle cinq ; Grant mentionne la présence à Karagoué d'un trafiquant, originaire de l'Inde, qui pouvait faire la conversation au moins dans dix langues africaines différentes ; et Livingstone parle d'un chasseur d'éléphants, portugais, demi-caste, qui parlait une douzaine de dialectes. Il n'en est pas moins vrai que la connaissance des
* A sketch of the moderne languages of Africa. Accompanied by a Language- Map, by Robert Xeedham Cust. London (Trftbner and C**), 188», 2 vol. in-8.
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langues de la région à explorer ne peut qu'être extrêmement utile aux voyageurs, en les dispensant de l'accompagnement d'interprètes, et en leur permettant de s'entretenir toujours directement avec guides, porteurs, ou natife de l'intérieur.
Toutefois, si cette connaissance ne leur est pas indispensable à eux, elle est d'une nécessité absolue à ceux qui s'établissent au milieu des indigènes pour les tirer de l'ignorance et de la barbarie dans lesquelles ils sont plongés, afin de les instruire et de leur communiquer les bienfaits de la civilisation. Comment les innombrables tribus de cet immense continent pourraient-elles progresser, si on ne leur parle ? Mais pour leur parler, il faut qu'il y ait des hommes, capables d'exercer au milieu d'elles les arts de la paix, qui possèdent leurs langues ; pour cela il faut que ces langues aient été étudiées et mises par écrit, et qu'une littérature, tout au moins les éléments d'une littérature : vocabulaires, grammaires, dictionnaires, spécimens des phrases les plus usitées ou de récits, aient été créés, pour former les matériaux de l'enseignement à donner à ceux qui veulent se vouer au relèvement des indigènes. Les grands voyageurs, Barth, Duveyrier, Livingstone, Stanley, Nachtigal, Schweinfiirth, etc., y ont contribué pour leur part, en rapportant des vocabulaires assez étendus des langues des tribus visitées par eux ; mais jusqu'ici, ce sont essentiellement les missionnaires établis sur tous les points de la périphérie du continent, ou déjà un peu en avant dans l'intérieur, qui ont pu étudier les langues des peuplades au milieu desquelles ils vivent, de manière à les mettre par écrit, à en rédiger la grammaire, à traduire dans ces langues quelques parties de l'Ancien ou du Nouveau Testament, pour quelques-unes la Bible tout entière, à composer des livres d'école ou de culte, et à permettre aux sociétés dont ils relèvent de les faire imprimer, pour pouvoir les mettre entre les mains de ceux qu'ils veulent instruire et relever.
Voyageurs, missionnaires et sociétés poursuivent leurs travaux séparément ; ceux-là découvrent incessamment de nouvelles tribus, parfois très petites, très voisines les unes des autres, et cependant différentes et parlant des langues diverses ; Lenz a trouvé, par exemple, dans l'Afrique occidentale, dans un espace de trois milles carrés, quatre tribus distinctes, ne comptant que 200 individus, parlant des langues entièrement différentes. Un seul fait pourra donner une idée de la multiplicité des idiomes africains. Dans sa Polyglotta af ricana, Kœllea recueilli, à Sierra Leone, de la bouche d'esclaves libérés, deux cents vocabulaires de dialectes appartenant à soixante langues.
A mesure que les parties encore inconnues du continent seront découvertes, de nouvelles tribus, parlant des langues ignorées jusqu'au moment où M. Cust a posé la plume, nous seront révélées. Ce sera la tâche de la génération à venir d'en faire le dénombrement et de les classer, en assignant à chacune d'elles, dans la carte des langues de l'Afrique, la place que lui auront marquée les récits des explorateurs.
En attendant, le nombre de celles dont on connaît positivement l'existence et le pays où elles sont parlées est assez considérable, pour qu'un travail de concentration et de classification méthodique, accompagné d'une carte dressée avec le plus grand soin, ait été rédigé et publié, afin de fournir aux savants à venir une base solide, qui leur permette de s'avancer d'un pas sûr dans la voie du progrès. Personne n'était mieux placé que M. Cust pour s'acquitter d'une semblable tâche, à laquelle l'avaient préparé un travail analogue sur les Langues modernes de VInde, et ses fonctions de secrétaire honoraire de la Société royale asiatique, de membre du comité de la Société royale de géographie de Londres, du comité de la Société des missions anglicanes, de celui de la Société biblique britannique et étrangère, ainsi que du comité de traduction de la Société pour le progrès des connaissances chrétiennes, constanunent occupé de la question des langues de l'Afrique. Aussi crut-il de son devoir de combler la lacune qui existait dans les grands ouvrages de Max Millier : Lecture on the Science of Language, et de Whitney : Language and the study of Language, ouvrages très importants, traitant soi-disant de la matière du langage dans sa totalité, mais où les langues et les dialectes de l'Afrique ont été oubliés, quoiqu'ils présentent des phénomènes remarquables et uniques.
Pour rassembler tous les documents dont il avait besoin, sur les langues de tribus dont l'existence est certaine et le pays connu, M. Cust étudia tout ce qui avait été écrit par ses prédécesseurs, et dépouilla les nombreuses publications scientifiques et missionnaires reçues par les Sociétés dont il fait partie ; il correspondit avec des amis dans tous les États d'Europe, d'Afrique et d'Amérique, et surtout avec les voyageurs africains de toutes nationalités, et avec les missionnaires, revenus en Europe ou encore à l'œuvre dans leurs différents champs de travail ; il visita les grandes bibliothèques de Londres, Paris, Berlin, Vienne, Rome, et se rendit même parfois en Afrique pour obtenir, sur les lieux mêmes, les renseignements dont il avait besoin ; en un mot il n'épargna ni soins, ni temps, ni argent, pour arriver à la certitude, au sujet des données qu'il voulait centraliser aussi complètes que possible sur cet important sujet.
Les matériaux ainsi recueillis formaient une masse énorme de documents ; les plus élémentaires comme les plus savants : alphabets, chiffres, vocabulaires, les uns de quelques mots seulement, les autres de dizaines de milliers de mots, notes grammaticales, granunaires spéciales et grammaires comparées, dictionnaires, simples phrases, traductions, etc., etc., avaient afflué en quantité si considérable que la seule pensée en donne le vertige.
Dans ce fouillis de documents, il fallait introduire Tordre, sous peine de n'avoir créé qu'un chaos informe. Heureusement Tesprit méthodique de M. Cust et la lucidité de son intelligence ont réussi à y répandre la lumière, par une classification judicieuse, résultat d'un examen approfondi. Sachant que des ressemblances extérieures dans la composition des mots pourraient faire croire à une parenté des langues auxquelles ils appartiennent, tandis qu'en réalité leur origine est différente, il a cherché, sous la forme des mots, l'esprit ou le génie de' la langue, et les principes sur lesquels elle repose, et a dépouillé la racine des mots des préfixes et des suffixes qui y ont été ajoutés, afin d'arriver à la connaissance des procédés employés pour les composer, ou pour les mettre en rapport les uns avec les autres. Ce n'est qu'après un examen sérieux et souvent très minutieux qu'il s'est décidé à rattacher les 591 langues et dialectes, dont l'existence est hors de doute et qui sont parlées par de^ indigènes ayant un habitat dont les limites ont pu être tracées d'une manière précise, aux six grandes familles dont nous avons parlé (ni"* année, p. 30), sémite, chamite, nubienne-foulah, nègre proprement dite, bantou, hottentote et bushmen. Dans le nombre indiqué cidessus ne sont comprises que les langues du continent et des îles qui s'y rattachent positivement ; celles de Madagascar appartenant à la famille des langues malaies, ainsi que celles de Sainte-Hélène, de l'Ascension, de Tristan d'Acunha n'y sont pas comprises, non plus que les langues qui ont pu être parlées autrefois dans le nord de l'Afrique : l'égyptieui le latin, le phénicien, etc., ou celles de tribus naguère vivantes, mais éteintes aujourd'hui ; non plus encore que celles qui sont particulières aux colonies européennes des côtes africaines ; non plus enfin que celles dont on a pu entendre parler, mais dont la tribu n'a encore été visitée par aucun explorateur ou missionnaire capable de recueillir sur elle des renseignements suffisamment précis.
Les 591 langues et dialectes africains reconnus par M. Cust se groupent ainsi dans les six familles susmentionnées :
l"" Sémite 10 langues, 9 dialectes, total 19
2« Chamite 29 » 27 » » 56
3^ Nubienne-Foulah 17 » 7 » » 24
4^ Nègre 195 » 49 » » 244
5* Bantou 168 » 55 >> ^) 223
6*^ HottentoteetBushmen. 19 » 6 » » 25
438 langues, 153 dialectes, total 591
Il va sans dire que, malgré le soin que M. Cust a apporté dans l'examen de chacun de ces idiomes, pour lui assigner sa vraie place dans sa classification, ainsi qu'à la préparation de la carte dressée par M. Ravenstein, le savant cartographe chargé par la Société royale de géographie de Londres de construire la grande carte de l'Afrique équatoriale, il n'est pas encore possible, au point où en sont nos connaissances, de dire d'une manière certaine : tel dialecte appartient indubitablement à tel ou tel groupe. M. Cust est le premier à reconnaître que, pour plusieurs, sa classification est provisoire, et à appeler de ses vœux des travaux ultérieurs, dussent-ils l'obliger à modifier tant soit peu ses divisions et ses subdivisions, ou tout au moins leur contenu.
L'on peut admettre cependant que les modifications qui pourront y être apportées seront très peu considérables, car il n'a procédé à sa classification et à l'inscription des noms sur sa carte, qu'appuyé, d'un côté, sur des faits linguistiques reconnus, et de l'autre, sur des faits géographiques constatés, n'admettant jamais comme établie l'existence d'une langue, à moins qu'il ne pût indiquer, sur la carte, le pays où elle est parlée, en s'aidant pour cela des documents cartographiques les meilleurs, et des indications des écrivains les plus autorisés. Il a ainsi évité, autant que possible, les chances d'erreur, et a indiqué d'avance les points sur lesquels pourront porter les modifications. C'est, d'après lui, dans la famille des langues bushmen, que pourront se produire les changements les plus sensibles.
Il a groupé autour de cette famille, vu la petite taille des individus qui la composent, toutes les peuplades pygmées signalées jusqu'ici sur la surface du continent africain: obongo, akka, bakké-bakké, doko, mdidikimo et'toua, quelque disséminées qu'elles soient, de l'ouest à Test et du nord au sud, parce qu'il n'aurait pas su à quelle famille les rattacher au point de vue linguistique. Sans doute leur situation géographique est bien déterminée : les Akka habitent chez les Mombouttou, dans le bassin de l'Ouellé ; les Obongo, dans celui du Gabon ; les Bakké-Bakké, sur la côte du Loango ; les Doko, au sud de l'Abys-
ëinie ; les MdicUkimo, k l'ouest des monts Ngourou, but Zanzibar à l'Ou-Nyanvembé, et les Toua, au confluent de et du Loualaba. Mais, k part la langue des Âkka, dont l'ab a publié, dans le Bulletin de la Société italienne de géograpi bulaire et des spécimens des phrases usuelles, d'après ce q apprendre des deux Akka ramenés à Vérone par Miani, ou qu'ici les langues des autres peuplades pygmées. L'étude s leur assigner leur vraie place.
Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit (III* au des traits qui caractérisent et distinguent les langues de ces Mais Dous ferons remarquer, à propos du nombre considéra gués et des dialectes des fomilles nègre et bantou, d'aprè etbaologiste expérimenté et d'uu esprit juste, qu'on croyait langues africaines iimorabrables et sans rapports les un autres, mais qu'à mesure qu'on les a examinées de près, le i est réduit graduellement, et que l'on a trouvé, pour un non gués relativement petit, une infinité de dialectes.
D'ailleurs, malgré les diversités qui les distinguent, il y s certunes affinités, qui permettent aux voyageurs de travers* de difficultés, de vastes territoires habités par des tribus difi sait que Livingstone, parti de Kolobeng, se dirigea vers atteignit le Zambèze près de son conâuent avec le Chob< rendit à la côte de l'Angola, pour revenir ensuite à son poit et atteindre de là QuCimane; il ne paraît pas avoir jamais eu k s'entretenir en langue chuana avec les indigènes de cet in ritoire de l'Atlantique k l'Océan indien, quoique souvent k manquassent et qu'il dût se diriger au moyen de la bouse compare des langues de points extrêmes, celle des Xosa, p dans la Cafrerie, avec celle des tribus de l'équateur, il va sai est difficile de reconnaître qu'elles appartiennent à la roê: mdJB si l'on examine les racines des mots de chaque langue, çoit que les différences se fondent les unes dans les autres, di que l'on doit reconnaître entre eUes une parenté réelle, affirme que le langage de Teté, sur le Zambèze moyeu, resst coup k celui de l'Angola, et il f^oute qu'en passant d'une autre, il n'est nécessaire de connaître qu'une seule langue, l tes étant belles à trouver.
On se représente souvent les langues des familles nègre comme trèe pauvres ; mais, ainsi que le fait remarquer M. I
Livingstoue, cette opinion n'est bien souvent, chez celui qui Texprime, que la preuve d'un esprit d'une fiEiible portée. En e£fet, pour ne parler que des langues de la famille bantou, employées par des millions d'Africains, de la Cafrerie au golfe de Guinée, a elles sont » dit M. Cust, a excessivement riches. Chaque monticule, colline, montagne ou pic a un nom, ainsi que chaque cours d'eau, chaque vallon, chaque plaine; discuter le sens de ces noms prendrait une vie d'homme. Ce n'est pas la disette, mais la surabondance de noms qui induit en eiTeur les voyageurs. La plénitude du langage est telle, qu'il y a des vingtaines de mots pour marquer les variétés de la marche, de la flânerie, de la fanfaronnade ; chaque mode de marche est exprimé par un mot spécial. Boyce et Appleyard, versés dans la connaissance des langues de la branche méridionale du groupe bantou, J.-L. Wilson qui avait étudié spécialement celles de la branche occidentale, Krapf et Steere qui s'étaient voués à celles de la. branche orientale, sont unanimes à en louer la beauté et la puissance plastique. J.-L. Wilson, en particulier remarque qu'elles sont douces, souples, flexibles à un degré presque illimité ; que leurs principes grammaticaux sont fondés sur une base très systématique et philosophique, et que le nombre de leurs mots peut être augmenté presque à l'infini ; eUes peuvent exprimer les nuances les plus délicates de la pensée et du sentiment, et il n'y a peut-être pas d'autres langues au monde qui aient un caractère plus déterminé et plus de précision dans l'expression. »
Quelque ignorants, superstitieux, vicieux même et infortunés, que puissent être les possesseurs d'un semblable trésor, celui-ci demeure comme un témoignage qui atteste leur origine supérieure. Si, dans leurs ténèbres et leurs misères actuelles, ils savent s'en servir de manière à étonner ceux qui les entendent, que sera-ce lorsqu'ils auront reçu des blancs, par ce moyen de communication, la civilisation sous sa forme la plus haute, mais aussi la plus humaine. Dans la bouche d'hommes relevés et instruits, ces langues deviendront, nous n'en doutons pas, le meilleur moyen de propagation des pensées les plus nobles, pour le bien de toutes les tribus africaines.
En attendant, ceux qui se préparent à travailler au relèvement des indigènes de l'Afrique, doivent être extrêmement reconnaissants envers M. Cust, de leur avoir fourni le moyen de s'orienter facilement dans ce dédale de langues diverses, en joignant, à la carte qui accompagne le texte de son ouvrage, des appendices renfermant des tableaux bibliographiques des langues, des dialectes, des localités et des autorités
dtées, avec des index alphabétiques de différentes sortes, extrêmement précieux pour la consultation de ces deux volumes.
On le voit, Tauteur n'a rien négligé pour que son œuvre fût en même temps la meilleure et la plus utile. Nous n'avons cependant parlé jus* qu'ici que de ce que nous pourrions appeler le mérite intellectuel de Touvrage, Tordre dans l'abondance des matériaux, la justesse des vues et la sagacité des observations. Nous nous reprocherions de ne pas relever un trait particulier qui ôteàces volumes, semés d'indications bibliographiques, quoique l'auteur ait éliminé du bas des pages toute espèce de notes, et où les divisions et les subdivisions abondent, toute l'aridité qu'un pareil sujet semblait devoir entraîner nécessairement avec lui, et qui leur donne au contraire un grand charme. Nous voulons parler du sentiment d'affection que respirent ces pages pour tous ceux qui ont fourni à M. Cust la possibilité de les écrire, et dont il a eu soin de placer les photographies en tête de son premier volume, en donnant une place à part au premier évêque noir, Samuel Crowther, l'apôtre du Niger, auquel il devait une carte des langues du bassin .de ce fleuve et beaucoup de renseignements sur les tribus qui l'habitent; — de la reconnaissance de l'auteur pour tc^ les explorateurs et les ^missionnaires qui travaillent à faire mieux connaître les innoiTibrables tribus de cet immense continent et leurs langues, — et surtout de l'amour qu'il a voué à ceux en faveiu" desquels ce travail s'accomplit. On sent que chez l'écrivain le cœur est aussi grand que la pensée est élevée ; on est touché des adieux émus qu'il adresse à chacun des grands voyageurs ou missionnaires qui lui ont servi de ^des dans l'étude de telle ou telle partie de son vaste sujet et, dans le bel ouvrage qu'il vient de publier, on admire surtout la bonne œuvre d'une âme ingénieuse dans son dévouement pour les plus déshérités de l'humanité, et pour ceux qui s'efforcent de les enrichir de tous les bienfaits de la civilisation.
CORRESPONDANCE
Londres, 12 janvier 1864.
Cher Monsieur,
L'intérêt que je porte à V Afrique eocplorée m'engage à vous demander si vous pourriez adopter un système perfectionné pour l'orthographe des noms propres en Afrique.
Vous avez un exemplaire de mon ouvrage sur les langues modernes de l'Afrique : vous y verrez, au bas de la page 11, qu'il n'est pas correct, soit en anglais, soit en français, d'ajouter une s comme suffixe pluriel à un nom propre; il faut écrire les Zoulon, et non les Zoulou s.
En outre, quand on écrit le nom d'une tribu ou d'un peuple, il faut écrire :
Ou-Ganda, et non Ouganda, Ma-Viti, et non Maviti,
et quand il est question d'une langue, l'on doit écrire : Ganda, Chuana, Qwamba, comme l'on écrit : Souahéli, Yao, Zoulou. Le préfixe ki n'est pas nécessaire quand on traduit, dans une autre langue, le nom de la langue. En anglais, j'écris:
I speak French et non :
I speak Language Frencb.
On emploie pour un pays le préfixe :• ou
Ou-Ganda ;
> pour un peuple, les préfixes :
-, Ma-Viti.
\ Ba-Kongo.
I Wa-Biea.
\ A-Tonga.
» pour une langue, seulement la racine.
(juand on a à écrire le nom d'une tribu qui n'est pas bantou, pourquoi sgouter un préfixe bantou, comme Wa-Khwafi, les Souahéli les appellent ainsi dans leur langue, mais nous n'avons pas besoin de faire de même.
C'est le désir de voir la clarté et la netteté, seule chance de progrès, régner
dans tous les domaines se rapportant à l'Afrique, qui m'a engagé à y pus adresser
ces lignes.
Votre tout dévoué,
Robert Ccst.
P.'S. M. d'Abbadie m'assure que Vs est une faute, en français comme en anglais.
BIBLIOGRAPHIE
Le protectorat français en Tunisie, par Edmond Desfossés. Paris (Challamel aîné), 1882, in-8% 27 p., 2 fr. — De la réorganisation
ADMINISTRATIVE ET FINANCIÈRE DE LA TuNISIE, pRT le même. PariS
(Challamel aîné). 1882, iii-8*, 40 p. — Au moment oîi la question tunisienne va revenir devant les Chambres françaises, on lira avec intérêt CCS deux brochures, émanant d'un écrivain qui s'est déjà fait connaître par plusieurs publications sur la Tunisie, et que les voyages dans ce
* On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à B&le, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée.
paye ont mis à même d'eo parler en connaissance de cfiuse. propose un véritable plan de gouvememeat, comprenant V judiciaire, financière et municipale. Il demande l'abolition ( commission financière, le développement de rinstructiou pi construction de routes remplaçant les diemins peu pratica Tunisie est sillonnée, ainsi que celle du chemin de fer de Tu qui, coïncidant avec le creusement de ce dernier port, lui d importance considérable au point de vue stratégique et cou On trouvera dans ces publications, outre le texte officiel Bardo, du 12 mai 1881, quelques indications statistiques donner une idée de l'accroissement du mouvement des afi l'occupation française. C'est ainsi que le nombre des télégr diés ou reçus, qui était en 1879 de 169,528, est monté en IS de 2.^7,423. La poste a pris aussi une activité bien plus gram la recette journalière ne s'élevait pas à mille francs ; auji dépasse quatre mille francs. Le nombre des navires qui on différents ports de la Tunisie a été en 1880, de 1961 , et en li Enfin il résulte de la comparaison des recettes des douanes à 1881, l'exportation a doublé et l'importation a augmeni Il est probable que cet accroissement considérable d'affaire: partie de la présence des troupes françaises en Tunisie.
Mk8 bouvenihs, par Eugène Qtsalie, ancien mission (Ft&chbacher). 1664, in-12, 345 p. — Le nom de M. Casalis tement uni à l'histoire de l'établissement du christianisme que australe, qu'il n'est pas de personne s'intéreesant aux ; civilisation qui ne le connaisse. H. Casalis peut être appelé, le missionnafre des Ba-Souto, car c'est chez eux, ou dans Cap, qu'il a passé 22 années de sa, vie (1832-1854.) Déjii, dan souvent consulté, il avait fait connaître le pays des Bassout dernier livre, écrit à la demande pressante de ses enfa amis, est, pour ainsi dire, un abrégé de son journal de vo] ferme des souvenirs plus personnels et plus intimes. L'aui même, dans sa préEftce, de trop parler de lui ; et cependant s'en plaindre ? Le fût d'avoir vu de ses yeux les hommes i qu'il décrit, ne donne-t-il pas au conteur une autorité plus { contribue-t-il pas à rendre les portraits et les descriptions et plus vivants ?
Du reste, M. Casalis parle comme un honmie qui aime pi
sa vocation. Son livre respire le bonheur à chaque page, a On aura ici, dit-il, le témoignage d'un vétéran qui, étant entré à Tftge de vingt ans dans une carrière où il n'avait attendu que des périls, des résistances et fort peu de succès, Ta trouvée semée de secours, de bénédictions et bien souvent de jouissances très vives. » Aussi son ouvrage n'est-il point morose, mais gai et semé d'anecdotes charma^tes qui, écrites d'un style naturel et nullement exagéré, rendent le récit des plus attrayants. C'est un livre de voyages et d'aventures qui, sans contredit, captivera ses lecteurs grands et petits, les jeunes gens surtout, pour lesquels, du reste, il a été composé. Les chapitres les plus intéressants sont ceux dans lesquels le missionnaire raconte son départ pour le Pays du Cap, la rencontre d'une bande de lions, l'histoire des lunettes cassées et l'arrivée chez Lépoko ou Moshesh, le chef de Thaba-Bossiou.
AOENDA POUR 1884, AVEC EPHiMÉBIDBS GÉOGRAPHIQUES. BrUXellCS.
Institut national de géographie. — Il y a des agendas qui donnent pour chaque jour le nom d'un saint, une ou plusieurs dates d'histoire ou même le menu de dîners variés. Celui-ci qui est, croyons-nous, une véritable innovation, renferme des annotations glanées dans le champ immense de la géographie, des découvertes et des conquêtes, ainsi que des relations nouvelles qui en ont été la conséquence.
L'éphéméride est un des moyens les plus simples de meubler la mémoire de faits positife et certains. C'est une étude facile, à petites doses, car l'article du jour est lu, chaque matin, sans effort et sans perte de temps. On acquiert ainsi peu à peu des notions exactes qui, s'ajoutant les unes aux autres, forment, à la fin, un certain ensemble.
L'auteur de l'agenda que nous annonçons l'a accompagné d'une chronologie de l'histoire de la géographie et de la géographie de l'histoire, répertoire utile à avoir dans sa bibhothèque quand on s'occupe de cette branche des connaissances humaines.
L'ouvrage actuel n'est qu'un essai, qui demanderait à être complété sur quelques points, simplifié sur d'autres, mais qui contribuera, et ce ne sera pas son moindre méhte, à répandre le goût des lectures et des études géographiques.
•■Ci if ^
BULLETIN MENSUEL {3 mars 1884). >
Le travail conuftncé ilya près de vingt ans, par Tétat-major français, pour dresser la (u»rte de rAl^érie, au Vaooooi est actuellement poussé avec une activité qui permet d'en prévoir l'achèvement pour 1894. M. le colonel Perrier, qui est à la tête du Dépôt des Cartes du ministère de la guerre, et qui a pris une part importante h ce travail, a présenté récemment, à TAcadémie des sciences, les douze premières feuilles de cette carte dont Texécution matérielle est très soignée. Le relief du terrain est exprimé par des courbes accompagnées de la couleur gris-bleu pour les montagnes. On a pris de grandes précautions pour l'orthographe des noms, qu'on a demandée d'abord aux indigènes, pour exprimer ensuite en français les sons entendus, en les faisant écrire par les lettrés du pays. A ces feuillejs sont joints des mémoires, rédigés par les officiers chargés d'opérer sur le terrain, et contenant des renseignements sur la nature du sol, les productions et les inscriptions de la contrée.
M. Hansal a transmis, de ELhartoum, au consul-général autrichien au Caire, des nouvelles des missionnaires prisonniers du Mahdi, apportées par une négresse chrétienne, partie d'El-Obeïd le 6 décembre, avec une caravane de marchands, et arrivée le 27, à Khartoum, où on l'incarcéra bien vite, pour qu'elle ne répandît pas de nouvelles alarmantes. Informé de son emprisonnement, M. Hansal intervint en sa faveur, et obtint qu'elle fût mise en liberté. Elle était porteuse de lettres écrites en partie sur papier, et en partie sur des morceaux de toile blanche, et portant que les prisonniers sont tous vivants et ne courent aucun danger, mais qu'ils sont dans le besoin, et que le P. Bonomi l'a envoyée pour chercher des secours. Elle leur en a porté en effet, ainsi qu'une lettre de M. Hansal pour le Mahdi demandant leur mise en liberté. Une dépèche ultérieure de M. Hansal, au Caire, portait que le P. Bonomi demandait 1500 thalaris en argent, et 100 en calicot ; avec cela il espérait obtenir sa libération et celle des autres prisonniers. C'est plus tard que les journaux ont annoncé que le Mahdi exigeait 2000 L. pour leur rançon ^ —
* Les matières comprises dans nos Bulletins mensuels et dans les Nouvelles cornpUmentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et reTenant par la côte occidentale,
' A la dernière heure, la Vorstadt Zeitung de Vienne annonce, que M. Hansal
l'AIHIQDE. — CINQUIÈME ANKÉE. — N° 3. 3
Quant à notre compatriote M. Gotfried Roth, surveillant de la traite au Eordofan, plusieurs journaux ont annoncé que, tombé entre les mains du Mahdi, il avait réussi à. s'échapper, et h regagner la Haute- Egypte, mais qu'il y avait succombé à la fièvre ftoiflefois, d'après des renseignements fournis par sa famille, qui n'a reçu aucune communication oflScielle de sa mort, nous pouvons espérer qu'il est encore vivant*.
Depuis de longs mois, on était sans nouvelles du D' Junker; un télégramme de Khartoum a annoncé l'heureuse arrivée dans cette ville, de Bohndor r, son compagnon de voyage , et la prolongation du séjour de Junker chez les Niams-Niams. Bohndorf était chargé de ramener à Khartoum, par la voie de terre, les collections du docteur, pendant que celui-ci achevait les explorations nécessaires pour compléter ses travaux cartographiques. Mais la voie de terre en question passait par El-Obeïd, et, pour ne pas compromettre les collections confiées à sa garde, Bohndorf prit la voie du Nil. On peut admettre que Junker, informé des événements du Kordofan, ne s'exposera pas à être capturé par les gens du Mahdi. Aussi longtemps qu'il sera dans le pays des Niams-Niams, il ne courra aucun danger, ces tribus ayant eu beaucoup à souffrir de la part des marchands d'esclaves qui font cause commune avec le Mahdi.
La Société milanaise d'exploration a reçu de Blanchi, une lettre datée du 16 décembre, de Debra-Kerami. Le chef de l'expédition écrit qu'il est de retour du Godjam, oii il a laissé le comte Salimbeni, et où il a pu conduire à bonne fin, avec le raz Tekla-Haïmanot, toutes les négociations désirées par la Société. Bianchi allait se rendre à Makalé, dans le Tigré, où le roi Jean l'attendait pour prendre les arrangements voulus, après quoi il comptait descendre à Assab, par la route de Lasta, Zaboul et Antalo ; toutefois il ne pourra guère arriver à la côte que vers la fin de mars, ou en avril, son départ d'Abyssinie dépendant des négociations ultérieures avec le négous. — Le comte Antonelli, reparti récemment pour Assab et le Choa, accompagné des deux jeunes Africains venus avec lui en Italie, a été chargé par le ministre de l'agriculture et du commerce d'Italie, de faire diverses acquisitions, entre autres d'étalons de robe alezan, de béliers et de brebis des meilleures
a envoyé les 2000 livres demandées, et qae le Mahdi a répondu vouloir faire amener prochainement les prisonniers à Khartoum.
^ n est vrai d^ajouter que, d'après V Exploration^ un marchand syrien, venu au Caire, avec une caravane du Darfour, a rapporté que Roth est mort à Dara, et qu'il Ta enterré lui-même à EKFacher, où son corps avait été transporté.
races du pays. U devra aussi rapporter des graines pour ensemencer les champs, en ayant soin d'étudier les conditions dans lesquelles elles croissent, afin que la culture puisse en être essayée en Italie. Au point de vue commercial, il rédigera un rapport sur l'arrivée des caravanes h Âssab, et sur la façon dont elles sont composées, ainsi que sur les prix des objets exportés par les naturels, et des marchandises italiennes importées à Âssab.
Après trois ans d'absence, le D' Stecker, empêché de pénétrer dans le Kaffa, est rentré en Europe, et il a exposé, à la Société de géographie de Berlin, les derniers résultats géographiques de son voyage dans le pays des Adda-Galla, riche en lacs salés amers, d'origine volcanique. Le plus intéressant de ceux qu'il a visités, est le lac Sekouala, dans le cratère d'un volcan du même nom, qui s'élève à une hauteur de 1200" au-dessus d'une plaine couverte de mimosas. D avait précédemment découvert, dans le Tchabbo, deux lacs, le Wontchi et le Cholé, d'où sort très vraisemblablement le fleuve Wobi, tributaire de Tocéan Indien; et, dans la plaine de Betcho, il a visité les sources de l'Haouach et découvert un grand lac du même nom. A la suite des armées du négous, de Ménélik et de Tekla-Haïmanot, ligués contre les Galla de l'Est, il a pu parcourir des pays que n'avait encore explorés aucun Européen, et où il eût été impossible de pénétrer sans une forte armée. Après la campagne, il éprouva un nouveau refus du roi Jean de le laisser aller dans le Kaffa, et se décida à revenir à Massaoua, après avoir encore relevé les deux lacs Haïk et Ardibbo, et fait l'ascension des deux pics les plus élevés du Semien.
M. 1I«-1I. tlolmstoii a accepté la mission d'explorer le Kilimandjaro, proposée par le Comité de l'Association britannique, qui a voté h cet effet un subside de 500 L.st. La Société royale de géographie de Londres en a accordé un de même valeur. Le principal but de l'expédition sera d'obtenir une connaissance aussi exacte que possible de la flore et de la faune de cette montagne, les quelques spécimens zoologiques fournis par l'expédition du baron de Decken, et les échantillons botaniques recueillis par le missionnaire Ch. New, ayant fait comprendre le haut intérêt scientifique que présente cette montagne, au point de vue de la distribution des plantes et des animaux. M. Johnston partira en mars.
Après avoir quitté l'Ou-Ganda, les missionnaireM romains de Boubaga se sont établis dans l'Ou-Koumbi, district au sud du lac Victoria. Le pays ressemble au reste de l'Ou-Nyamouézi; ce sont des vallées qui, pendant la saison des pluies sont de véritables marais, et ensuite servent de pâturages pour les bestiaux ; elles sont séparées par
des plateaux découverts, où les indigènes établissent leurs villages et la plus grande partie de leurs cultures ; de distance en distance s'élèvent des collines formées d'énormes blocs de granit, parmi lesquels croissent des broussailles et quelques arbres rabougris. Ce pays est plus salubre que rOu-Nyamouézi, mais il paraît Tétre moins que TOu-Ganda. Les missionnaires se sont construit une habitation, dont les fondements de granit s'élèvent h un demi-mètre au-dessus du sol; le reste sera en briques cuites au soleil. Les indigènes sont moins sauvages que ceux de rOu-Nyamouézi, et paraissent bien disposés pour les blancs. Le P. Livinhac donne chaque jour ses soins à une quantité de malades. De rOu-Koumbi, les missionnaires comptent pouvoir rayonner dans les pays voisins; il n'y a pas de permission à demander comme dansTOu-Ganda; dès qu'on sait qu'ils ont un voyage à faire, des hommes se présentent pour les accompagner et porter leurs bagages. Ils voudraient établir une station dans le Msalala, entre Tabora et le Victoria-Nyanza, où, paraît-il, les Arabes n'ont pas encore pénétré ; le pays est salubre, la population très dense et laborieuse, et il est facile de s'y ravitailler.
A l'ouest du Tanganyika, les missionnaires de Monlonéoua ont étendu leur champ de travail au nord, où se trouvent de nombreux villages, près de la rivière Lougamba, où Stanley s'arrêta dans son excursion autour du lac. La station étant trop éloignée pour que les indigènes pussent s'y rendre régulièrement, un grand abri a été construit par eux, au centre de cette agglomération, pour l'instruction que les missionnaires vont donner régulièrement et pour la célébration du culte. Les indigènes voient, dans cette construction au milieu de leurs villages, un moyen d'être garantis contre les incursions des pillards. Quant à Moulonéoua, le terrain y manquant pour les cultures, les missionnaires ont accepté les oflEres de Pore, vieux chef du sud de l'Ou-Bouari, de transporter chez lui l'orphelinat qu'ils ont fondé; il a en outre promis de donner ses jeunes filles comme épouses à leurs orphelins, à mesure qu'ils voudront les établir. Son territoire forme un quadrilatère de 20 k 30 kilom. de côté ; il est situé dans un endroit favorable, sur un isthme de la côte occidentale du lac, près d'un port excellent, où les missionnaires vont construire un village, que Pore habitera avec eux.
La Société africaine allemande a reçu des lettres de ses voyageurs, MM. Bœhm et Reichard, de Mpala. Reichard a aidé au lieutenant Storms, chef de la station de Karéma, à choisir un nouvel emplacement pour une station internationale à, l'ouest du Tang^anyika ; ils se
sont décidés pour Mpala, à l'embouchure du Loufoukou, où la station a
blement représentées dans la cour, devant laquelle doivent être portés toutes les infractions aux règles, les u£fenses aux bonnes mœurs, les querelles, les jurements, les dégâts causés aux bâtiments, etc. Le plus souvent les pénalités consistent en travaux, de quelques heures à une semaine ou davantage. Quoique les décisions de la cour soient généralement acceptées, le défendeur a cependant le droit d'en appeler au conseil des professeurs. Les résultats de Tinstitution semblent justifier Topinion du D' Stewart sur la valeur des indigènes.
' Nos lecteurs se rappellent que le D' Holub, parti pour une nouvelle expédition dans l'Afrique australe, a emporté avec lui une belle collection de marchandises autrichiennes et spécialement d'articles de Vienne, qu'il comptait exposer dans plusieurs villes de la colonie du Cap, pour augmenter les ressources nécessaires à son exploration. Il pensait que, vu le but éminemment scientifique de son entreprise, les autorités du Cap laisseraient entrer sa collection en franchise ; mais celles-ci,craiguant une concurrence de la part du commerce austro-hongrois, lui réclamèrent 3000 florins de droits d'entrée. Holub ne pouvant pas les payer dut laisser ses marchandises en douane, et télégraphier à Vienne, où un comité fut immédiatement formé pour lui venir en aide.
Le Rev. Comber, de la mission baptiste à Stanley-Pool, a fait en bateau, avec son collègue, M. Bentley, et le D' Sims, de la Livingstone inland Mission, le tour de cette étendue d'eau, dont la carte de Stanley ne pouvait donner une idée exacte. U a accompagné son rapport à la Société de géographie de Londres d'une carte de son expédition. U résulte de son relevé, que Stanley-Pool a une longueur de 36 kilom. et une largeur à peu près égale ; il est partagé en deux, dans le sens de la longueur, par une île de plus de 25 kilom. très boisée, et peuplée d'éléphants, de buffles et d'autre gibier. Ds ont constaté que les Dover Cliflfe de la rive droite ne sont point de formation calcaire comme le croyait Stanley, pour les avoir vus à distance, mais de sable d'un blanc d'argent, mêlé, par places, d'un sable bi-un; des forêts d'une teinte noire forment un contraste qui ajoute à la beauté des falaises. Celles-ci ont 70" de hauteur, et les découpures qu'y ont formées les eaux pendant la saison des pluies, j)résentent un effet fantastique. Les pluies tombant d'en haut, et le courant du fleuve minant le pied des falaises, il en est résulté d'énormes éboulements de ce sable blanc ; mais il reste des colonnes avec leurs chapiteaux, des murailles avec leurs créneaux et leurs tours, d'un aspect magnifique. L'entrée du fleuve dans l'étang de Stanley a 4 kilom. de large; elle est flanquée à droite et à gauche de collines boisées de 120" à
160"de hauteur, avec des pentes herbeuses, sans arbres, par intervalles. Outre la grande île susmentionnée, il y en a beaucoup d'autres, sablonneuses, mais couvertes de hautes herbes, de palmiers, et d'une espèce de bambous moins épais que ceux de l'Inde. Dans les îles de la partie méridionale se trouvent des papyrus. Les hippopotames abondent dans le fleuve ; les voyageurs en vh'ent des centaines ; on les rencontre généralement par troupes de dix ou vingt. Les espèces d'oiseaux sont aussi très nombreuses. En revanche, les bords de Stanley-Pool ont relativement très peu de villes et d'habitants : une ou deux petites villes près de l'entrée, sur la rive méridionale, et celles du territoire où sont les établissements de Stanley et des missions anglaises; Kinkamo, l'une d'elles a 1500 habitants. — Les 800 colis formés par les sections du steamer, Peace, construit pour l'usage de la mission baptiste, étaient en grande partie arrivés à Stanley-Pool ; la reconstruction allait commencer. Tout le transport s'était effectué par des natife, ce qui permet d'espérer que bientôt Zanzibarites et Kroumens ne seront plus nécessaires. M. Comber écrivait, le 6 octobre, qu'il comptait faire prochainement un voyage I beaucoup plus étendu avec le vapeur en acier. D annonçait que la der-
nière station de Stanley était fondée à l'embouchure de l'ikelemba, et que l'explorateur était probablement dans le pays des Ba-Mangala.
Le journal V Excursion^ nous apprend que la btation belge du Massabé, commandée par le lieutenant Harou se développe graduellement, et qu'elle étend aujourd'hui son autorité sur plusieurs stations nouvellement créées. Un schooner, monté par dix matelots nègres, transporte tous les mois, sous pavillon belge, de Landana à Massabé, la correspondance et les marchandises arrivées d'Europe. La côte est civilisée jusqu'à un certain point. Un roi du voisinage, avec lequel M. Harou est dans les meilleurs termes, l'ayant un jour invité à dîner, celui-ci accepta l'invitation. Les mets, les vins et jusqu'au service, tout rappelait la vieille Europe ; le roi lui-même avait toutes les apparences de la civilisation. La conversation ayant roulé sur les sujets de S. M. noire, M. Harou se plaignit du mauvais vouloir'qu'ii avait cru rencontrer autrefois chez un des principaux gouverneurs. Le roi ne répondit pas, et son interlocuteur, croyant avoir été indiscret, aborda un autre sujet. Mais quel ne fat pas son effroi, en voyant, le lendemain matin, un messager royal lui apporter, au haut d'une pique, la tête de l'infortuné gouverneur. A cette vue, son désespoir fut grand et il jura, mais un peu tard, qu'il ne se fierait plus aux apparences civilisées des rois africains.
D'après le Heidenbote de Bâle, l'augmentation de la population
muaulmane à, Accra, à 3 kilom. à l'ouest de Christiaosborg, rendra nécessaire la création d'une mission auprès des mahométans de la Côte d'Or. De mois en mois, ils deviennent plus nombreux; et, indépendamment de ceux qui viennent de l'intérieur, de Salaga et autres lieux, pour trafiquer avec la côte, ils formeront bientôt la majorité de la population d'Accra, o Ces nègres mahométans, » écrit leD'Mœhly, « ne sont pas des musulmans rusés et fanatiques comme les Arabes du Nord de l'Afrique, ce sont des usuriers. Leur quartier à Accra est composé de huttes rondes et basses ; il se distingue du reste de la ville par sa propreté. Tout ce que ces gens savent de l'Islam, c'est qu'il autorise la polygamie et l'esclavage, qu'il faut prier matin et soir agenouillé sur une natte, et qu'on est agréable à Allah en se tenant propre, ce qui n'est pas un mince progrès siu* les nègres païens de la côte.» — D'autre part le missionnaire Ramseyer écrit d'Abétifi, dans l'Achanti, k l'un de nos amis, qui a bien voulu nous communiquer sa lettre : « On parle ces temps-ci d'étendre l'œuvre du côté du Nord ; je m'en réjouis, car Karakyé et les autres provinces sont aussi des contrées autrefois soumises auroi Asanté; mais pour cela il nous faut de nouvelles forces. Nous trouverons des catéchistes tout prêts à aller s'établir au milieu de ces peuplades, mais il faut que le missionnaire européen les accompagne et les dirige. Lorsque ces lignes vous parviendront, je serai, s'il plait k Dieu, en route pour Atéobou, Salaga, Karakyé, etc. A Salaga j'espère rencontrer mes amis Muller et le D' Mœhly. C'est un voyage que je projette depuis longtemps. » Le dernier numéro du Heidenbote annonce que le D' Maehly compte quitter l'Afrique au milieu de mars.
La dernière malle de la côte occidentale d'Afrique a apporté d'Axim une dépêche anglaise, d'après laquelle deux officiers anglais, envoyés avec escorte, pour faire le lever de la frontière entre les territoires français et anglais de la Côte d'Or, se sont vu refuser, par le roi d'une partie de l'Assinie, située sur le territoire anglais, le droit d'arborer sur sa ville le drapeau britannique. Là-dessus, le roi du territoire d'ApoUonie, allié des Anglais pendant la guerre de l'Achanti, s'est diiigé sur l'Assinie, avec des forces considérables, pour soumettre le monarque récalcitrant. Il a été suivi du commissaire d'Axim et de la garnison de ce fort.
NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES
Le cardinal Lavigerie, fondateur des missions d'Afrique, a reçu du comte de
Chambord un legs de 100,000 francs pour les missions du Sahara, du Soudan et de l'Afrique équatoriale.
M. Teîsserenc de Bort s'est rendu à Touggourt, pour y faire des observations magnétiques.
MM. Salomon Reinach et Ernest Babelon, chargés par le ministère de l'instruction publique d'une mission archéologique en Tunisie, ont fait à El-Kantara, à Bou- Ghara et à Zian, au sud de l'tle de Djerba, des fouilles qui leur ont fait découvrir quantité de statues en marbre de couleur, de fûts de colonnes, d'inscriptions, et un forum entouré de grands portiques.
La Compagnie franco-africaine, propriétaire de l'Enfida, a fait venir, de Malte, un certain nombre de familles d'agriculteurs, auxquelles elle a fourni des terrains, des animaux et des instruments aratoires; elles forment un petit village au centre du domaine.
D'après VHtphratUm, une caravane envoyée à Assab, par le roi du Choa, doit aussi apporter des marchandises à l'établissement français d'Obock; la seule route du Choa qui offre quelque sécurité est celle d' Assab.— Un correspondant du Temps écrit d'Aden, à ce journal, que la caravane de M. Soleillet est arrivée à Obock.
L'explorateur Révoil n'a pu quitter Guélidi, par suite de la malveillance des tribus dont il devait traverser le territoire. Le fanatisme religieux et l'horreur de l'étranger ne sont toutefois pas les seuls motifs des refus obstinés contre lesquels s'est brisé le courage de l'explorateur; les indigènes ont vu en lui un concurrent commercial, qui diminuerait les bénéfices que leur procurent le transport à la côte des produits de leur pays.
D'après une dépêche adressée aux journaux anglais, les Arabes de Zanzibar ont recommencé la traite sur la côte occidentale de Madagascar ; mille esclaves africains ont été débarqués dans l'Ile.
M. O'Neill est revenu à Mozambique, après avoir traversé 2240 kilom. d'une région inexplorée jusqu'ici. Il a découvert le lac Amarambou, qu'il croit être la vraie source de la Pienda. A son avis, le lac Chiroua est plus petit qu'on ne le représente généralement. En revenant, il a suivi la vallée Likeloungo, qu'il a trouvée très peuplée.
Les missionnaires suisses pour le Lessouto et les Spelonken, au sud du Transvaal, se sont embarqués à Dartmouth, sur le GrantuUy-Castle^ le 14 février.
Par suite des arrangements intervenus entre l'Angleterre et le Transvaal, ce dernier État s'agrandira des territoires de Stellaland et de Gochen, à l'est de la grande artère commerciale entre le Cap et l'Afrique centrale, que le gouvernement britannique veut maintenir libre, en dehors des limites du Transvaal. L'Angleterre reconnaît l'indépendance absolue de cet Etat, qui prendra le nom de République de l'Afrique du Sud; elle ne se réserve qu'un droit de veto sur les traités que les Boers pourraient conclure avec un autre gouvernement. Remise est faite au Transvaal d'un tiers de sa dette.
Cettiwayo est mort subitement, par suite de la rupture d'un anévrisme.
La canonnière allemande NanUUus est revenae à Capetown, d'Angra-Peqnena, où M. Lûderitz cherche à étendre son acquisition jusqu'au fleuve Orange.
Les dernières nouvelles du D' Pogge, datées de Muquengué, du 27 septembre 1882, annonçaient son départ pour la côte occidentale, en mai 1883.
Une expédition portugaise commerciale, due à l'initiative de MM. Païva de Andrada et Henrique de Carvalho, se prépare à Lisbonne. Elle est appuyée par le ministre de la marine, et t&chera de pénétrer par l'Angola et Malangué, jusque chez le Mouata-Yamvo.
M. Ch. Bovet, de Neuchfttel, a été désigné,par le ministère français de l'instruction publique, pour faire partie de l'expédition de S. de Brazza au Congo.
D'après VEconamisty le traité entre l'Angleterre et le Portugal, relatif au Congo, a été signé à Londres. Le texte en sera présenté au Parlement. Ce journal ajoute qu'une commission mixte, composée de Portugais et d'Anglais, sera chargée de régler la question de la navigation, et que la frontière portugaise sur le Congo sera fixée à Noki; dans l'intérieur, elle s'étendra jusqu'aux frontières que se sont tracées diverses tribus. Les tarifs de douane seront les mêmes qu'à Mozambique.
A propos des rumeurs alarmantes qui ont couru sur la situation de Savorgnan de Brazza, M. Dutreuil de Rhins, qui l'a accompagné dans la première partie du voyage sur l'Ogôoué, a rappelé à la Société de géographie de Paris, dans la séance du 5 février, que de Brazza était le 14 décembre dernier à Franceville, et qu'on ne peut avoir de nouvelles de lui, par dépêche, avant le 1*' mars, et par lettre, avant le 15 du même mois. Le ministre de l'Instruction publique demandera aux Chambres de continuer à de Brazza la subvention qu'elles lui ont accordées l'an dernier. — Deux canonnières démontables ont été expédiées au Congo.
M. Mizon a fait hommage à la Société de géographie de Paris de la première feuille de la carte au '/loooo, qu'il a dressée dans ses voyages entre l'Ogôoué et l'Océan Atlantique. Cette feuille donne le cours de l'Ogôoué et de la Passa, de la rivière Ivendo à Franceville. Dans deux autres feuilles il donnera la région comprise de Franceville à Mayoumba; la ligne de faite entre les deux bassins de l'Ogôoué et du Quilou-Niari y sera indiquée.
Le département de la marine se propose de faire, dans la colonie du Gabon, des plantations d'eucalyptus et de bambous, pour en assainir les parties où régnent les fièvres paludéennes.
M. le D' C. Passavant de Bftle est parti pour recommencer l'expédition projetée par luif de la baie de Cameroon au lac Liba, interrompue par un accident à l'embouchure de la rivière Cameroon.
D'après un rapport de lord Aberdare, président de la « National african Company, » dont le but est de développer le commerce dans les bassins du Niger et du Bénoué, aux 39 factoreries que cette Compagnie possède sur ces deux rivières, s'en sont ajoutées, l'année dernière, deux nouvelles sur le Bénoué, l'une à Waka, à 330 kilom., l'autre à Yola, à 720 kilom. de l'embouchure du fleuve.
Le ministère français de la marine a déposé sur le bureau de la Chambre, un
projet de loi spécial demandant, pour le chemin de fer du Haut-Sénéga de trois milUong, afin de permettre au gouTemement de faire face atu en contractés l'année dernière. — Qnant au chemin de fer de Saint-Louia i section de Saint-Louis àM'Pat {30kiloni.),aÉté înauKurëe le 23JanTie:
Le D* Colin est encore à Sénoudébon, passant des traités arec les chefs ponr obtenir la libre circnlation des produits français.
Le chérif de Ouazzan, cédant aux conseils deM. Ordega, représentant ii an Maroc, a renoncé, pour lui et ss famille, à la coutume de vendre ot des esclaves. Espérons qne c'est un premier pas vers l'abolition de la tr ment demandée, à plusieurs reprises, par les représentants des pnissa péennes au Maroc. Le chérif a déclaré qne l'eeclavage n'est pas nne natûntaie vnhérmJc â la rrii^ùM, et que c'est au contr^re une œnvre qne de lihérer les nègres. — H. Ordega a obtenu dn sultan qne le KifC mais ouvert aux étrangers.
Une association, patronnée par plusieurs ministres, s'est formée à Mat nom de < Sociedad de Âfricanistas Colonistas, • pour développer la ci espagnole en Afrique et spécialement au Maroc.
11 s'est constitué, à Barcelone, une société de commerce et de navig • Spanish Âfrican Company, > dont le but est de développer les relation ciales de l'Espagne avec l'Afrique, par l'établissement de factoreries et d'une ligne régulière de bateaux k vapeur. Le gonvemement lui a i lubside.