‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 6 sur 38 · L'ŒUVRE DE GORDON DANS LE SOUDAN ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE DE GORDON DANS LE SOUDAN ÉGYPTIEN

L'heureuse arrivée de Gordon-pacha dans la capitale di égyptien, et l'éiDotioa causée dans le monde civilisé, par la { tion déclarant abolis les firmans relatif à l'interdiction du I esclaves, nous engagent k rappeler l'œuvre réformatrice qu'il fi d'accomplir, dans cette immense province, de 1874 à 1879. K servirons pour cela du Report trti the egyptian provinces ofthe BedSeaand Equator, du Bureau de la guerre, et'd'une pi spéciale, due à la plume du zélé seo^taire de rAntislavery M. C.-H. Allen : The Life ofChineee Qordon, qu'un ami a b nous communiquer.

Gordon ne fut pas le premier h travailler h la civilisation de ce des possessions égyptiennes, dont Khartoum, le chef-lieu, était depuis sa fondation par Mehemet-Âli, un marché central pour sur une vaste échelle. En 1853, l'établissement égyptien le pi dional était & 200 kilom. au sud de cette ville, miùs ce fut ceti

là, que M. Petherick, consul anglais pour le Soudan, ouvrit la voie du Haut-Nil au commerce européen. Une fois la route ouverte, de nombreux trafiquants y entrèrent ; ils établirent des postes beaucoup plus avant dans l'intérieur, et, trouvant que la chasse aux esclaves était beaucoup plus lucrative que Tivoire, ils organisèrent des troupes armées, qui, sous le commandement d'Arabes, devaient faire des incursions chez les tribus voisines. Aussi, en 1854, Sald-pacha trouva-t-il le pays dans une condition déplorable ; les taxes étaient exorbitantes, et Tadministration en désordre encourageait ouvertement le trafic des esclaves.

Résohi à établir un état de choses meilleur, Sald-pacha fit, en 1857, un voyage rapide dans cette région, proclama à Berber Tabolition de l'esclavage, et organisa à Khartoum un nouveau gouvernement pour les cinq provinces du Kordofan, du Sennaar, du Taka, de Berber et de Dongola, qui composaient alors le Soudan. Il supprima les taxes excessives sur les terres et les roues d'irrigation, et créa un service postal de dromadaires à travers le désert. Mais, en 1860, les trafiquants européens vendirent leurs stations à leurs agents arabes, qui durent payer de fortes sommes au gouvernement égyptien pour l'exploitation des districts oii ils étaient établis, et la misère et la ruine s'accrurent énormément.

Au retour de sa première expédition aux sources du Nil, Sir Samuel Baker représenta, sous les traits les plus tristes, les résultats de l'administration de Mouça-pacha à Khartoum : les provinces, où la force militaire régnait seule, étaient entièrement ruinées, les taxes paralysaient tout développement, et les dépenses excédaient de beaucoup les revenus ; toute communication, de ce pays entouré de déserts, avec le monde extérieur, était extrêmement difficile ; le seul avantage qu'osaient à l'État ces provinces annexées, était celui que lui procurait la traite.

Lorsque Ismaïl-pacha monta sur le trône en 1863, des ordres furent donnés pour la suppression de la traite ; à son arrivée à Fachoda, en 1865, Baker trouva même un camp égyptien de 1000 hommes, établi à cet effet chez les Chillouks.

Les trafiquants étaient surtout des Arabes suje{s du khédive, qui se livrent à la traite sous le couvert d'un commerce légitime. Khartoum était le quartier-général de compagnies, qui louaient à bail, du gouverneur-général du Soudan, certains districts, soi-disant pour le trafic de l'ivoire, dont elles achetaient le monopole. Dans les contrats, le gouverneur n'hésitait pas à affermer des territoires sur lesquels il n'avait absolument aucun droit; l'on peut même dire, que toute l'Afrique centrale, au sud de Khartoum, était envisagée par lui comme propre à être mise

à bail. Dès lors certains trafiquants s'établirent dans de vastes districts, sur lesquels ils prétendaient avoir des droits de propriété, spécialement dans la partie de TÂfrique centrale qui est au sud du Darfour et du Kordofan, et le long du Nil-Blanc. Leur principale affaire était le trafic des esclaves, pour lequel ils levaient des troupes de brigands, et fonoaient, à travers leurs districts, des chaînes de stations, de 300 hommes environ chacune ; ils attaquaient les tribus indigènes, qui étaient obligées de se soumettre, ou d'abandonner leur pays, ou de s'allier aux chasseurs d'esclaves pour être employées contre d'autres tribus.

Jugeant que, pour exécuter des réformes, il fallait annexer tout le bassin du Nil, établir un gouvernement et un commerce honnêtes, et ouvrir les lacs équatoriaux à la navigation à vapeur, le khédive Ismall accorda, en 1869, à Baker-pacha un firman, par lequel il le chargeait de soumettre à l'autorité égyptienne les contrées situées au sud de Gondokoro, de supprimer la traite pour la remplacer par un commerce régulier, et d'établir une Ugne de stations militaires et d'entrepôts commerciaux, séparés lés uns des autres par une distance de trois jours de marche, en prenant Gondokoro pour base d'opérations.

Parti de Souakim, en décembre 1869, pour Khartoum, Baker rencontra dans cette dernière ville une vive opposition de là part des fonctionnaires, tous plus ou moins impliqués dans le trafic des esclaves, et il apprit que las provinces qu'il était chargé d'annexer, étaient déjà affermées par le gouverneur-général du Soudan, à un fameux traitant nommé Âchmat- Scheik-Agad, dont le gendre, son associé, Âbou-Saoud, était encore mieux connu sous ce rapport. Néanmoins il remplit sa mission, de 1870 à 1873, organisa des postes militaires à Massindi^ Foveira, Fatiko, etc., entra en relations amicales avec Mtésa, roi de l'Ouganda, et établit l'autorité du khédive jusque sous le 2° au nord de l'Equateur. Il donna à la traite un coup mortel, en lui fermant les territoires annexés, en sorte que toute issue dans la direction de Khartoum lui eût été ôtée, si on avait pu avoir confiance dans les fonctionnaires égyptiens.

Au terme de l'expédition de Baker-pacha, le khédive, désireux de consolider son empire, chargea le colonel Gordon de continuer l'œuvre commencée, en particuUer d'achever la reconnaissance du Haut-Nil, d'établir un gouvernement et de supprimer la traite. Accompagné du colonel Ghaillé-Long, officier américain, et d'un certain nombre d'employés civils européens, il devait avoir l'administration des Provinces équatoriales du Nil, avec Gondokoro comme quartier-général.

A son arrivée dans cette localité, en mars 1874, Gordon trouva que les

provinces en question n'étaient que de nom sous Tautorité égyptienne ; il n'y avait en effet que deux garnisons, Tune de 450 hommes, dont 150 soldats égyptiens, à Gondokoro, l'autre de 200 soldats du Soudan, à Fatiko. Sa première mesure fut d'occuper Bohr, position importante au nord de Gondokoro, et d'envoyer le colonel Chaillé-Long.en mission auprès de Mtésa. Puis, en juin 1874, il se dirigea vers le Bahr-el-Seraf, pour y supprimer trois stations, centres d'un grand commerce d'esclaves, et il créa au confluent du Sobat un poste fortifié, dans une position qui permettait d'arrêter tout trafic illégal par la voie du fleuve. U établit les esclaves libérés sur les bords du Sobat, selon leur désir, et les encouragea à porter leur attention sur l'agriculture, pour remédier à l'insuffisance des vivres, d'oii provenaient, à son avis, la plupart des guerres entre les tribus. Parmi ses aides se trouvait Gessi, qu'il envoya inspecter la voie du Bahr-el-Gbazal. En quelques mois, il sut si bien gagner la confiance des chefs indigènes les plus hostiles aux garnisons, que vingtcinq d'entre ceux des environs de Gondokoro vinrent lui rendre hommage, pendant que le gouverneur de Fachoda arrêtait un convoi de 1600 esclaves et de 190 têtes de bétail, venu des stations du Bahr-el-Seraf.

Gordon ne perdait pas de vue l'ouverture d'une voie de communication avec les lacs équatoriaux. Baker avait laissé à Gondokoro un steamer démonté ; il en fit porter les sections en amont des rapides de Dufilé, au delà desquels le Nil est navigable jusqu'au lac Albert. Puis il établit des postes fortifiés, en vue de l'extinction de la traite dans les stations de Laboreh, Dufilé, Fatiko et Foveira, mesure rendue nécessaire par l'attitude hostile des populations à l'égard de l'expédition du colonel Ghaillé-Long, contre laquelle les trafiquants d'esdaves avaient prévenu le roi de l'Ou-Nyoro. En revanche, Mtésa s'étant montré bien disposé, il lui envoya un représentant digne de confiance, le D' Emin-bey. Quant à son quartier-général de Gondokoro, il l'abandonna pour se fixer à Lado, localité plus salubre, et fonda, à une petite distance en amont du fleuve, le poste de Regaf. A la fin de 1874, il avait relevé le Nil d'une manière exacte, de Khartoum à Regaf, continué la poursuite des chasseurs d'esclaves sur le Nil-Blanc, et rétabli la confiance et la paix parmi les tribus voisines de Gondokoro, qui se décidèrent à fournir à ses gens des bœufe, du blé et de l'ivoire. En outre, l'ouverture d'une communication par eau, de Gondokoro au lac Albert, avait été sérieusement commencée; des relations avaient été nouées avec Mtésa, et de nouvelles expéditions étaient en préparation, entre autres une contre Kabréga, roi de rOu-Nyoro, qui intriguait contre Gordon, avec cinquante chasseurs d'esclaves, auxquels il avait accordé un refuge dans ses États.

Gordon chargea alors Gessi de se rendre au lac Albert, avec deux bateaux de sauvetage, pendant que lui-même se dirigerait vers le lac Victoria, pour faire le relevé du Nil-Somerset, de Foveira à Mrouli. Gessi partit en mars 1876, et réussit à faire, en neuf jours, le tour de TÂlbert-Nyanza , malgré Thostilité des indigènes et le manque de lieux de refuge le long de la côte occidentale. Quant à Gordon, après avoir ouvert la voie du fleuve jusqu'au lac Albert, établi des postes fortifiés dans onze stations, du Sobat à Foveira, et arrêté la traite dans les territoires soumis à son administration, il revint en Angleterre à la fin de 1876.

Mais il n'y demeura pas longtemps ; cédant aux insistances du khédive Ismad, il retourna, en 1877, en Egypte, où il fiit investi des fonctions de gouverneur-général du Soudan, constitué en une grande province de 2600 kilom. de longueur, sur plus de 1000 kilom. de largeur, et comprenant le Soudan proprement dit, leDarfour, et les Provinces équatoriales. Le khédive le chargea spécialement de la suppression de la traite, de Tamélioration des communications, et des négociations avec TAbyssinie, pour mettre fin aux disputes qui existaient avec le roi Jean. Mais, vu rétendue du pays soumis à son administration, trois gouverneurs délégués lui furent adjoints, l'un pour le Soudan propre, le second pour le Darfour, et le troisième pour la mer Rouge et le Soudan oriental.

Gordon se rendit en février 1877 à Massaoua, et tâcha d'obtenir du chef Walad-el-Mikael qu'il cessât ses incursions en Abyssinie. Il visita le pays des Bogos, Kassala et Sennaar, d'où il descendit à Ehartoum. Mais une révolte sérieuse au Darfour l'appela dans cette province.

Jusqu'en 1874, elle avait été gouvernée par ses propres sultans pendant 400 ans; elle était célèbre comme marché d'esclaves. En 1874, la traite ayant été arrêtée sur territoire égyptien, le gouverneur du Soudan avait saisi tous les esclaves appartenant à la grande caravane annuelle, qui transportait au Caire de l'ivoire, des plumes, de la gomme, etc. Ce fait avait amené une rupture entre l'Egypte et le Darfour. Le khédive envoya une petite troupe, qui devait agù' en même temps contre le sultan du Darfour, et contre les chasseurs d'esclaves du Bahr-el-Ghazal, ayant à leur tête un certain Ziber, qui vivait conmie un prince et était considéré comme un roi. Celui-ci battit les troupes égyptiennes ; mais bientôt le khédive résolut d'occuper le Darfour, contre lequel il organisa deux expéditions, dont l'une fat confiée k ce fameux chasseur d'esclaves qui défit le sultan du Darfour, fut créé pacha, et réclama le titre de gouverneui*-général de la nouvelle province, ce qui lui aurait bientôt procuré

un pouvoir redoutable. Le khédive lui refusa sa demande, et le fit venir au Caire, où on le traita comme un pacha, tandis que son fils Suleiman le remplaçait au Darfour, oii il se trouva en peu de temps à la tète d^une forte troupe de chasseurs d'esclaves, avec Chekkapour quartier-général. La révolte à laquelle nous avons fait allusion plus haut était fomentée par Haroun, parent du dernier sultan, autour duquel s'étaient rangées des tribus de Bédouins, à demi indépendantes sous leurs propres cheiks, et dont chacune pouvait mettre en campagne de 2000 à 6000 cavaliers ou chameliers. Elles étaient largement engagées dans la traite, faisant des incursions chez les tribus nègres qui vivaient plus au sud, ou achetant des esclaves d'autres tribus de Bédouins vivant plus à l'ouest. Quoique le commerce des grandes caravanes d'esclaves eût cessé, il en existait encore un trafic assez étendu, fait par de petits traitants, qu'il n'était pas possible de supprimer.

Gordon estimant qu'il ne valait pas la peine de garder ce pays, se décida à ne maintenir des garnisons que le long de la route principale, de Khartoum à El-Fascher. Haroun était à Tanné; Gordon se proposait de marcher contre lui, avec les troupes dont il disposait, renforcées par les garnisons de Tawaïcha, Dara et Hadjmour, en tout environ 30OO hommes. S'avançant sur Dara, il vit Haroun se retirer à Toura, d'où ce dernier ravagea la partie septentrionale du pays ; mais, voyant la supériorité des forces de Gordon, il disparut pour un temps.

Quelque décidé que fût Gordon dans sa lutte contre les chasseurs d'esclaves, il était arrêté par moments par l'embarras que lui causaient ceux qu'il voulait délivrer, a Que devrai-je faire, » écrivait-il à sa sœur, en juin 1877, « des trois ou quatre mille esclaves, femmes et enfants qui sont maintenant h Chekka, si nous la prenons? Je ne peux pas les renvoyer dans leur propre pays ; je ne peux pas les nourrir. Il faut que je les laisse prendre par mes auxiliaires, ou par mes soldats, ou par les marchands. Si je les laisse courir, ils seront repris dans toutes les directions, car un esclave échappé est, comme une brebis égarée, la propriété de celui qui le trouve. Il faut considérer ce qui vaut le mieux pour l'individu luimême, non pas ce qui peut paraître le meilleur au jugement de l'Europe; c'est l'esclave qui souffre, non l'Europe. »

A la fin d'août, apprenant que Suleiman avec ses compagnons et leurs troupes d'esclaves armés, au nombre de 6000 hommes, étaient campés près de Dara, il résolut de s'y rendre. D se présenta seul, avec quatre hommes, à Suleiman, entouré de 3000 de ses gens, femmes et enfants ; il lui posa son ultimatum en termes précis : « Si vous voulez la guen-e,

je Taccepte; si vous {i^référez la paix, retournez dans vos possessions, » et leur donna jusqu'au lendemain pour y réfléchir. C'était un de ces actes d'audace comme on en rencontre plusieurs dans la carrière de ce vaillant officier. Les chasseurs d'esclaves furent comme subjugués par son apparition au milieu d'eux et se retirèrent à Chekka ; mais Gordon les y suivit; il renvoya Suleiman au Bahr-el-Ghazal et dispersa les autres traitants en différente endroits. La traite fut supprimée pour un temps dans ce pays, et un grand nombre d'esclaves furent libérés.

Gordon retourna alors à Khartoum, et, apprenant que Mikael avait recommencé ses incursions en Abyssinie, il se rendit chez les Bogos. Il proposa au négous que l'Egypte gardât le pays des Bugos, mais se reconnût responsable de la conduite de Mikael ; et voyant qu'on ne pouvait pas se fier à ce dernier, il proposa au roi Jean de l'aider à s'emparer de lui pour l'envoyer au Caire. Il ne reçut pas de réponse, et Mikael continua pendant longtemps ses déprédations sur les frontières d'Abyssinie. En 1878 cependant il fit sa soumission au roi Jean, qui renoua les négociations avec Gordon au siget des frontières.

Le gouverneur du Soudan avait alors des difficultés au sujet de 1300 soldats esclaves demeurés fidèles au gouvernement et dont il ne savait que faire. Ils avaient été autrefois enlevés par Ziber, qui les avait «xercés au métier des armes. Il se décida à les envoyer sous leur chef Nuehr-bey-Angara, accompagné de deux Européens, dans une zone de pays entre le Ouadaï et le Darfour.

Quoiqu'il eût indiqué clahrement au gouvernement égyptien, que la destruction de la bande de Ziber était le point le plus important dans la question de la traite, il ne recevait aucun appui du Caire. Le 4 août 1877 avait été conclue, entre l'Angleterre et l'Egypte, la Convention d'après laquelle tout commerce public d'esclaves était prohibé, tandis que la vente privée devait être supprimée, en Egypte, en 1884, et au Soudan, en 1889 ; on savait que Ziber avait été le principal fauteur de la traite pendant les dix dernières années, et cependant, au Caire, il était traité avec honneur ; Nubar-pacha offrit même de l'envoyer aider à Gordon.

Les lettres de celui-ci à sa sœur mentionnent néanmoins la déUvrance de nombreuses caravanes d'esclaves. « Nous en avons pris douze en deux mois, » écrit-il de Khartoum en juillet 1878, a ce qui n'est pas mal. J'ai intercepté une lettre d'un homme du Bahr-el-Ghazal, disant qu'il a un lot d'esclaves, mais qu'il ne peut trouver une route pour les envoyer à

la côte. Je l'ai surpris ainsi que ceux auxquels il écrivait » Et plus

tard, a la vue de ces 90 esclaves était terrible. Un de mes amis m'a dit

qu'il y en avait peu au-dessus de 16 ans; quclqulpimes avaient de petits enfants ! Elles avaient fait 800 kilom. dans les déserts; c'était le reste de 400 environ. Je dois me contenir beaucoup pour m 'abstenir d'actes cruels, illégaux, envers les trafiquants d'esclaves; mais il faut observer la loi. » Les souffrances que lui causait l'œuvre qu'il avait à accomplir, étaient aggravées par les difficultés qu'il rencontrait de la part de l'autorité égyptienne; les hommes qu'il envoyait au Caire n'étaient jamais punis, au contraire, ils étaient invités aux bals de la cour.

Parfois sa position lui paraissait intolérable, et lui faisait envier le sort d'un travailleur. Interrogeant un jour quelques cbe& du Darfour, il apprit d'eux qu'un tiers de la population avait été emmené en esclavage. Aussi écrit-il à ce sujet : « Quand on pense au. nombre énorme d'esclaves qui, de ce pays, ont été conduits en Egypte, on peut à peine comprendre ce qu'ils sont devenus. U y en a eu des milliers et des milliers... Nous en avons pris 2000 en moins de neuf mois, et je crois que nous n'avons pas pris le cinquième des caravanes. Et combien meurent en route ! Ceux qu'on libère ne donnent aucun signe de joie d'être délivrés. Je suppose que les longues marches leur ont enlevé tout ce qu'ils avaient de vie. »

En mars 1879, il dut se rendre dans le Kordofan. Non seulement le Bahr-el-Ghazal était en pleine révolte, mais il y avait aussi des soulèvements au Darfour et dans le pays voisin. Haroun avait reparu sur la scène ; les insurgés étaient conduits par Sabahi, auparavant un des chefs de Ziber, qui s'était mis à faire la traite pour son propre compte, avait assassiné le gouverneur laissé par Gordon à Edowa, et s'était retiré dans les montagnes où les troupes égyptiennes, sous Hassan-pacha-Helmi, ne faisaient aucun effort pour l'attaquer.

En entreprenant l'expédition du Kordofan, Gordon voulait aider à Gessi à empêcher les partisans de Ziber de secourir les traitants, et les bandes de Ziber de pénétrer dans le Darfour pour rejoindre Haroun. A la fin de mars, il alla à Edowa; Sabahi, avec 400 hommes, n'était qu'à quatre jours de distance. II captura bon nombre de caravanes d'esclaves, et atteignit Chekka, où il reçut un message de Gessi lui demandant des secours en hommes et en munitions. Alors il crut que le parti le plus sage serait de réinstaller la famille du sultan dans le Darfour, en la personne du fils du sultan Ibrahim, qui était gardé au Caire, et il télégraphia au khédive pour qu'on le lui envoyât. En attendant, il nomma connue régent un ex-vizir du Darfour qu'il avait trouvé emprisonné à Souakim, puis délivré et renvoyé dans sa province. D se préoccupait des conséquences que pouvait avoir la libération des esclaves dans l'Egypte propre

en 1884. « Si le système actuel de gouvernement subsiste, rt écrivait-il, i ilne peut manquer d'y avoir une révolte dans tout le pays. Les gens du Caire oublient complètement qu'en 1884 leurs revenus diminueront de moitié, et que le pays aura besoin de plus de troupes pour y maintenir Tordre. Les sept huitièmes de la population du Soudan sont esclaves; et la diminution des revenus en 1889 (époque fixée pour la libération des esclaves dans les territoires en dehors de TÉgypte propre), sera de plus des deux tiers, si elle s'effectue jamais. »

Quittant Chekka en avril 1879. il se rendit par Kalaka, Dara, El- Fâcher, à Kolkol, oii il arriva le 26 mai, releva la garnison et repartit pour El-Facher. Là il sut que Gessi s'était emparé de la forteresse de Suleiman ' et il aUait partir pour Ehartoum lorsque, apprenant qu'une troupe de gens appartenant à Ziber était en route pour le Darfour, il retourna à Tawaicha, où, le 25 juin, il rencontra Gessi, qui venait d'écraser la dernière bande des rebelles. Il le laissa poursuivre Suleiman et revint à Khartoum, l'flme navrée par la vue des nombreux squelettes dont les routes étaient jonchées, des districts ravagés et dépeuplés, les habitants ayant été capturés ou étant morts d'inanition. D a calculé que la perte des hommes dans le Darfour et au Bahr-el-Ghazal, du fait seul de la traite, s'est élevée à 80,000 ou 100,000 personnes. *

Après la déposition du khédive Ismall, Gordon quitta le Soudan en juillet 1879; son œuvre contre les chasseurs d'esclaves fut continuée avec habileté par Gessi-pacha, Emin-bey et Lupton-bey. Le premier est mort des suites des fatigues de la guerre contre les négriers du Bahrel-Ghazal; les deux derniers sont encore dans les Provinces équatoriales, à r^t et à l'ouest du Nil-Blanc. Mais on comprend que le souvenir de Gordon-pacha ait fait désirer à la population de Khartoum, déjà en mars de l'année dernière, de le voir nommé de nouveau gouverneur-général du Soudan. D'après une lettre de Schweinfurth, un grand nombre des indigènes partageaient ce désir, Gordon étant le plus populaire, et le plus aimé de tous les gouverneurs qui ont conmnandé au* Soudan ; toutes les classes de la population de cette partie de l'Egypte le chérissaient. On peut se représenter l'impatience avec laquelle tous les habitants de Khartoum, menacés par la marche envahissante du Mahdi, et sans communication aucune avec Souakim et Massaoua, attendaient dernièrement le libérateur qui leur arrivait par la voie de Korosko et de Berber, et l'accueil enthousiaste avec lequel ils l'ont reçu. L'on s'ex-

* V. l'« année, p. 88.

pUque très bien aussi, que le souvenir des anciennes exactions des administrateurs égyptiens, et Pindignatiou provoquée par la vue des injustices des fonctionnaires actuels, aient porté Gordon à détruire tout ce qui rappelait le régime auquel peut être attribuée en partie la révolte du Soudan. Quant à Tabolition qu'il vient de proclamer, des firmans concernant Tesclavage et le châtiment de ceux qui se livrent à la traite, probablement nous surprendrait-elle moins si nous connaissions exactement le but qu'il poursuit.

S'agit-il uniquement d'obtenir l'évacuation des Européens enfermés dans Ehartoum, et dispersés dans les Provinces équatoriales, puis d'abandonner à eux-mêmes, c'est-à-dire au Mahdi, ces territoires et ceux qui s'étendent jusqu'à la mer Rouge, moins les villes de Souakim et de Massaoua? Ou bien essaiera-t-on de conserver à l'Egypte la possession du pays à l'est du Nil-Blanc, en reconnaissant l'autorité du Mahdi, sur tout ce dont il pourra s'emparer à l'ouest et au sud, même sur les provinces égyptiennes de l'Equateur et du Bahr-el-Ghazal, où il n'a pas encore pénétré? Ou encore restaurera-t-on les familles des sultans dépossédés il y a si longtemps par le gouvernement égyptien, et quelles conditions mettra-t-on, soit à cette restauration, soit à la reconnaissance du Mahdi, en ce qui concerne la traite et l'esdavage? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre aujourd'hui.

On nous engage à prendre patience, en nous promettant que, tout en autorisant la vente des esclaves, Gordon ne sera point infidèle à son passé. Mais nous ne comprenons pas comment il a pu croire, qu'en rouvrant le marché de Khartoum, il ne rouvrait pas, du même coup, la voie de la traite et de la chasse à l'homme.

Il nous paraît encore inadmissible que, après l'œuvre accomplie par lui au Soudan, de 1874 à 1879 *, Gordon devienne l'instrument de la reconnaissance de cet odieux trafic, pour la suppression duquel il a si vaillamment, lutté pendant cinq ans, aujourd'hui surtout que, quoiqu'il soit agent du khédive, la responsabilité de sa mission remonte à l'Angleterre. Celle-ci voudrait-elle, l'année même oii, d'après sa convention avec rÉgypte, la vente privée doit cesser dans tout le territoire qui s'étend d'Alexandrie à Assouan, sanctionner par son influence morale, un traité qui reconnaîtrait au Mahdi, ou à une autorité quelconque au Soudan, le droit de trafiquer des esclaves sur son propre marché?

Mais alors comment pourrait-elle célébrer, le 1*' août de cette année»

dans la salle égyptienne de Mansion House, comme elle s'apprête à le Cure, le jubilé cinquantenaire de Témancipation dans ses colonies? Et comment, après avoir agi auprès des États européens, Portugal, Espagne, France, Hollande, pour supprimer la traite par les côtes occidentale et orientale de TAfrique, imposé au sultan de Zanzibar un traité interdisant ce commerce, et nommé tout récemment M. le capitaine Foot, consul anglais, avec mission de le surveiller sur les routes, du lac Nyassa aux ports de la côte, par les possessions portugaises, comment, disons-nous, oserait-elle, au moment où son influence succède à Tautorité égyptienne, permettre elle-même ce qu'elle avait obligé TÉgypte à condamner?

Sans doute il est beau de rendre la liberté aune pauvre négresse détenue injustement depuis quinze ans dans la prison de Kbarteum , mais il n'est permis à aucun homme, s'appelât-il Gordon-pacha, ni à aucune nation, fût-ce l'Angleterre, de rouvrir à la traite les marchés publics du Soudan égyptien, au risque.de livrer aux chasseurs d'esclaves, partisans du Mahdi ou autres, les millions de noirs d'un territoire aussi vaste que la moitié de l'Europe, en faveur desquels la voix des Livingstone, des Nachtigal, des Schweinfurth, des Baker et des Gordon, avait ému les populations chrétiennes des deux mondes. Quelque habile qu'ait pu paraître la politique qui s'est servie de Gordon-pacha, pour relever le prestige de l'Angleterre, faciliter l'évacuation des postes du Soudan et prévenir l'intervention de la Turquie dans ses anciennes possessions africaines, l'humanité demandera compte un jour au gouvernement britannique de la désolation que les chasseurs d'hommes, auxquels il vient de lâcher la bride, vont répandi-e partout, des portes de l'Egypte jusqu'à l'Equateur, et des larmes versées par les milliers de pères, de mères, de jeunes gens et d'en&nts dont son agent vient, à son de trompe sur les places de Kfaartoum,. d'autoriser la vente. Quelque valeur qu'aient à nos yeux Thonneur de l'Angleterre et la vie de 60,000 Egyptiens et Européens du Soudan, rien ne nous prouve qu'ils n'eussent pu être rachetés qu'au prix du sang et de la liberté des nègres, infiniment plus nombreux, dont Gordon vient de river les fers. Personne né dira : périsse l'Angleterre, pourvu que les noirs soient affiranchis ; mais qu'on ne dise pas non plus : périssent tous les noirs du Soudan et que l'Angleterre soit sauvée ' !

^ D'après les journaux du Caire, le Mahdi a protesté contre la proclamation de Gordon autorisant la traite. Il interdit tout commerce d'esclaves, disant que ses stigets, quelle que soit leur race, sont égaux devant Dieu et devant le Prophète. — Le rôle de champion de la civilisation a passé au Mahdi 1 1 !

CORRESPONDANCE

Bethléem, 9 janvier 1884 (Orange Free-State). Cher Monsieur,

Dans ma lettre de novembre dernier, je vous informais que notre départ devait subir un délai, vu l'attente de nos amis Weizeker. C'est le 22 décembre qu'ils sont arrivés à Léribé ; dès lors, la porte nous était ouverte de ce côté-là. Une autre difficulté est survenue ; la petite-vérole éclata au Lessouto et nous ferma la route de rÉtat-Libre.

Sur une requête adressée au Président Brandt, accompagnée d'une déclaration médicale, nous obtînmes le droit de franchir le Calédon. Le 2 janvier, notre caravane quittait Léribé, composée de 24 personnes, plus 70 et quelques bœufs, 10 chevaux, 10 chiens, 2 chèvres, 2 .oiseaux, une vraie émigration patriarcale.

Dès l'abord les difficultés ne nous ont pas manqué ; c'est ainsi que nous avons mis deux jours pour traverser le Calédon, et, avons dû, à cet e£fet, décharger deux de nos wagons. La route très accidentée, de Léribé à Bethléem, a rendu notre marche très lente. L'une des pièces de mon wagon s'étant cassée, nous l'avons déchargé une seconde fois. Nous sommes arrivés pour passer notre premier dimanche sur une ferme hospitalière. C'a été pour nous un jour dci repos, de recueillement, après toutes les agitations précédentes. Notre culte, célébré sous la voûte des cieux, semblait, par ce fait même, nous rapprocher davantage de l'Auteur de cette belle nature. La journée du lundi a été notre plus forte traite, 62 kilom.; ce jour-là nous arrivions à Bethléem, d'où nous repartons aujourd'hui même. Cette petite ville possède une jolie église hollandaise et d'autres lieux de cultes, anglicans ou wesleyens; elle est peut-être jolie, en tant que cité africaine. La contrée que nous avons parcourue présente le même aspect que le Lessouto, mais nous allons entrer dans la région des plaines et des troupeaux de moutons. Nous espérons, si la pluie ne nous contrarie pas trop, arriver à Pretoria à la fin de la semaine prochaine, en passant par Francfort et Heidelberg. Généralement nous nous levons à 4 on 5 h. du matin, et marchons jusqu'à 10 ou 11 h. Alors, nous déjeunons et faisons une bonne halte jusqu'à 4 h. L'heure d'arrivée à notre campement du soir est entre 8 et 9 h. Après le dîner et la prière, chacun gagne ses campements, pour y trouver un repos bien mérité. Notre caravane est animée d'un bon esprit. Tous, si j'en excepte un enfant d'un évangéliste, nous avons joui d'une excellente santé. Nous sommes reconnaissants de ce que notre plus ardent désir ait pu se réaliser ; nous marchons au-devant d'une carrière difficile, mais avec le doux sentiment de l'accomplissement d'un devoir.

Votre dévoué,

D. Jeanmairet.

BIBLIOGRAPHIE '

Histoire et géographie de Madagascar, par M. Henry cfEscamps. Nouvelle édition, avec une carte de M. A. Grandidier. Paris (Firmin-

* On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bâle, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et civilisée.

Didot et €*•), 1884, in-8% LIX-636 pages. Fr. 6 . — Les récits des missionnaires et des voyageurs, et plus encore Texpédition française actuelle ont, dans ces derniers temps, attiré l'attention sur Tîle de Madagascar. On connaît les travaux de M. Grandidier, le principal explorateur de cette grande terre, sur laquelle ses itinéraires ont un développement de cinq mille cinq cents kilomètres. La relation de ces voyages, entrepris en 1865, sous les auspices du gouvernement français, est en cours de publication à la librairie Hachette. Après lui, un Anglais, M. MuUens, est rSuropéen qui a fait à Madagascar le plus long voyage. Envoyé par la Société des Missions de Londres, il a visité les provinces oii les Anglais ont établi des temples et des écoles, et ses excui*sions ont une grande importance au point de vue géographique.

Ces explorations ont permis à M. d'Escamps de publier une seconde édition de son livre sur T histoire et la géographie de Madagascar; mais, par suite des nombreux remaniements et additions que Fouvrage a subis, ■on peut le considérer comme une œuvre toute nouvelle, à la composition de laquelle a puissamment coopéré M. Grandidier lui-même, dont les itinéraires sont indiqués sur la carte placée à la fin du volume.

Rédacteur d'un journal colonial, attaché au ministère de la marine et des colonies, M. d'Escamps avait en mains tous les éléments d'une histoire et d'une géographie de Madagascar. Aussi, à son apparition, cet ou\Tage fut-il accueilli avec faveur, et devint-il, en quelque sorte, le manuel de la grande Compagnie de Madagascar, qui se fonda en 1862.

Actuellement, il est mis à jour, et on peut le considérer comme donnant un exposé très exact, au dire d'autorités compétentes, de la question de Madagascar. Sans doute, il est écrit au point de vue purement français ; les Anglais et les Hovas n'y jouent pas le beau rôle, et les prétentions de la France y sont admises sans réserve; mais, h part cela, il constitue une monographie d'autant plus importante qu'elle est la seule qui existe en français, et dans laquelle l'homme politique et l'homme d'études peuvent puiser de précieuses indications, non seulement sur la grande terre, mais aussi sur les îles voisines, de S** Marie, Nossi-Bé et Mayotte.

C'est que Madagascar mérite qu'on s'occupe d'elle ; d'une superficie plus vaste que la France, peuplée de près de deux millions d'habitants, elle commande la côte orientale de l'Afrique et la route des Indes par le Cap de Bonne-Espérance. Les moussons y apportent une quantité suffisante de pluie ; le sol est fertile et nourrirait facilement une forte population ; les golfes, dont quelques-uns constituent des ports excellents, sont placés en dehors de la région des cyclones, et pourraient servir de

points de ravitaillement et de chantiers de radaub, car c'est dans la baie d'Àntongil, qu'en 1746, le célèbre La Bourdonnais put remettre son escadre en état de tenir la mer et de supporter le choc des Anglais.

Le sol malgache offre de grandes ressources, soit au point de vue minéralogique, car la houille, le sel et plusieurs métaux s'y rencontrent, soit au point de vue agricole. Le sucre, le coton, la soie en sont les produits principaux ; mais les bois de construction et d'ébénisterie, Tindigo, le caoutchouc, le tabac, le café, le riz pourraient alimenter un commerce étendu. En outre Madagascar, comme l'Amérique, serait à même d'exporter en Europe des viandes de conserve et des laines, car les zébus ou bœufs à bosse, bien connus au Sénégal ou dans les Antilles, et les moutons à grosse queue du Cap, forment de nombreux et immenses troupeaux. L'auteur indique dans le cours de son livre, le prix des denrées indigènes sur le marché de Tananarive ; leur bon marché pourra donner une idée de la richesse du pays ; on y verra qu'un bœuf coûte 50 fr., une dinde, 50 centimes, une poule, 23 centimes, le riz, 5 fr. le quintal métrique, etc.

Mais comment, dira-t-on, tous les essais de colonisation dans un tel pays ont-ils échoué? Cela tient principalement au fait que l'on a toujours choisi, pour lieu de résidence, la côte orientale qui est la moins salubre, tandis que le rivage septentrional, d'après le témoignage de l'amiral Fleuriot de Langle, est beaucoup plus sain. Cela tient aussi à la mauvaise volonté des Hovas qui ont mis tous les obstacles possibles à l'établissement des immigrants européens, leur refusant, récemment encore, le droit de posséder la terre. M. d'Escamps, fait une histoire complète et détaillée de Madagascar et des relations entre son gouvernement et les États Européens. U montre la France prenant possession de la côte sud-orientale en 1643 et fondant le Fort-Dauphin ; puis il raconte la tentative du comte polonais Benyowski,en 1773, pour coloniser la région voisine de la baie d'Antongil, et toutes les phases par lesquelles a passé la question de Madagascar durant ce siècle. Pour lui, du reste, elle est facilement résolue : « en dehors, » dit-il, « de la petite peuplade des Hovas, dont la domination usurpée est loin d'être reconnue par les vingt-cinq principaux peuples de l'île, qui tous ont leur gouvernement propre et leur roi, la France est souveraine de Madagascar, à la fois par des prises de possession réitérées, et par les traités contractés de nos jours, particulièrement par celui de 1860.

En terminant, M. d'Escamps résume d'une manière très claire les faits politiques qui se sont passés depuis la prise de Majunga et de Tamatave jusqu'à aujourd'hui.

BULLETIN MENSUEL (7 avril 1884). >

Le rétablissement de la tranquillité dans le Sud Oranais, ayant ramené la sécurité de la route du Touat, a permis aux tribus nomades du S--0. de l'Algérie, de reprendre leurs relations commerciales avec Tomsis de Gourara, qu'elles avaient dû interrompre depuis 1880. Une caravane des Hamyans, composée d'un millier de personnes et de 8000 chameaux, a récemment effectué ce voyage, dans des conditions très satisfaisantes. Partie le 15 novembre de Moghar-Thatani, la caravane atteignit, le 30 novembre, Tabouda, point extrême de l'oasis susmentionnée, ayant parcouru 600 kilom. Elle avait emporté du blé, de l'orge, du beurre fondu, du fromage, des toisons de laine, des fèves, de la viande sècbe, de l'huile et un millier de moutons ; elle a rapporté des dattes rouges, des burnous et des haicks. Pendant le voyage de retour, qui s'est accompli également en quinze jours, les Hamyans ont fait route avec une caravane des Doui-Menia, tribu marocaine, dont les principales fractions paraissent aujourd'hui animées des meilleures dispositions à l'égard des Algériens.

M. Tirman, gouverneur général de l'Algérie, fait une excursion au sud de la province d'Alger. Après avoir visité le llzab, et promis aux habitants de ce territoire que le gouvernement respectera leurs institutions, améliorera leur position matérielle et leur donnera de l'eau, il s'est rendu à Metlili. D doit avoir une entrevue avec le fils de Ikhenoukhen, chef des Touapeg-Azguer, et d'autres notables de cette tribu, qui ont eu à subir, ces dernières années, de sanglantes razzias de la part des Touareg-Hoggar, et désirent en tirer vengeance. Nos lecteurs se rappellent que la mission Flatters fiit massacrée par des Touareg-Hoggar, accusés aussi du meurtre des missionnaires envoyés de Ghadamès à Bhat par Mgr Lavigerie. Un Chambaa d'Ouargla soupçonné decompUcité dans ce dernier assassinat, désireux de se laver des soupçons d'y avoir participé, est allé, le 22 février, attaquer à cinq jours de marche d'Ouargla, le neveu et l'héritier d'Ahithaghel, chef des Hoggar, accompagné de onze personnages importants de cette tribu. Le colonel Fatters s'était adressé à ce chef pour obtenir le libre passage sur son territoire, et avait reçu

' Les matières comprises dans nos SiUletins mensuels et dans les Nouvelles complémentaires y sont classées suiyant un ordre géographique constant, partant de l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

L'AFRIQUE. — CINQUIKKE ANN^E. — N<> 4. 4

de lui le guide qui conduisit la mission dans le guet-apens où elle fut détruite. Le Cbambaa tua plusieurs Hoggar, et apporta à Ouargla la tête de Tassassin du capitaine Masson, ainsi qu'un certain nombre d'objets ayant appartenu à l'expédition Flatters, entre autres un fusil et un revolver dont la gaine a permis de reconnaître qu'il avait appartenu au D' Guiard.

Les journaux politiques fournissent chaque jour à leurs lecteurs des détails sur ce qui se passe autour de Khartoum, le long du Nil de Berber à Chendy , sur la route de Souakim, et même au Kordofan et au Darfour. Nous pouvons donc nous dispenser d'en entretenir nos abonnés ; d'autant plus que le télégraphe étant coupé entre Khaptomn et le Caire, nous ignorons sur quelle autorité reposent les récits de victoii'es des tribus favorables à Gordon sur les partisans du Mahdi. Ce qui nous paraît incontestable, c'est le danger que court aujourd'hui le gouverneur général du Soudan, et la difficulté de lui trouver un successeur, car, quoi qu'en ait dit la presse anglaise, nous n'admettons pas que le chef des chasseurs d'esclaves, auquel Gordon a fait la guerre en 1874, soit le seul gouverneur possible à Khartoum. Nous ne parlons pas de la position qu'a faite à Gordon la mise à prix de la tête d'Osman-Digma par l'amiral Hewett, mesure désavouée aujourd'hui, mais dont l'effet moral subsiste encore, et peut avoir pour Gordon des conséquences fatales.

La Société royale de Géographie de Londres a reçu communication de lettres de Lupton-bey» gouverneur du Baluvel-Ghazal) la dernière était datée du 10 novembre 1883 ; le timbre de Khartoum porte la date du 19 janvier 1884. Ces lettres renferment, disent les Proceedings de cette Société, beaucoup de renseignements géographiques intéressants et une carte de la région explorée par Lupton et ses agents, jusqu'à la rivière Khouta, grand cours d'eau qu'ils croient être un affluent du Congo. Lupton a dû guerroyer constamment contre les partisans du Mahdi. Nos lecteurs comprendront, d'après une lettre de Schuver publiée comme correspondance, le motif pour lequel les populations nègres du Bahr-el-Ghazal se sont jointes aux Arabes contre les représentants de l'autorité égyptienne. Quant aux données nouvelles fournies par Lupton-bey, sur le territoire qu'il a exploré, nous y reviendrons lorsque les Proceedings auront publié ses lettres.

Nous pouvons dès aujourd'hui compléter les renseignements que now< avons donnés sur les explorations du D' Junker dans la région du Haut Ooellé (lY- année, p. 106-113, 140-144, et la carte p. 116). Une lettre de l'explorateur, du 8 décembre 1882, du pays de Semio.

expose les résultats hydrographiques et ethnographiques du voyage qu'il a fait daus la seconde moitié de cette année-là, au sud de TOuellé, jusqu'à la Nepoko. Une carte provisoh'e, dont les données sur la direction des rivières ne s'écartent pas beaucoup de celles delà nôtre, accompagne cette lettre. LeBomokandi, affluent méridional de l'Ouellé, a à peu près la moitié de la largeur de celui-ci, il prend sa source au loin à Test, dans les montagnes qui bornent le lac Albert-Nyanza. Les deux rivières, coulant à peu près parallèlement jusque près de leur confluent, forment une presqu'île dans laquelle aucun tributaire important ne peut se développer. Il n'en est pas de même pour les affluents méridionaux du Bomokandi. La ligne de fatte d'où ils descendent étant assez éloignée vers le sud, ils peuvent prendre un développement considérable, c'est le cas pour le Telli, le Pokko et le Makongo. Quant à la Nawa elle appartient à un autre bassin, et porte ses eaux à la Nepoko. Junker a atteint celle-ci dans son cours moyen, à quatre fortes journées de marche au sud du Bomokandi, un peu au nord du 2"" lat. S., et presque sous lo même degré de longitude que le couflueut du Kibali et de la Gadda, et que la Seriba de Tangasi. Elle a à peu près la même largeur que le Bomokandi, et ses sources doivent être cherchées assez loin vers l'est. La ligne de partage des eaux du Bomokandi et de la Nepoko, sur la route suivie par Junker, est à peine perceptible; cependant le bassin des affluents septentrionaux de la Nepoko a un caractère très particulier. Au lieu de tributaires encadrés de forêts de haute futaie comme partout ailleurs, l'on rencontre ici des dépressions marécageuses, larges, plates et sans arbres. Une végétation flottante très semblable à celle du Nil- Blanc, forme un pont pour traverser ces marais que l'on nomme O'bae, et qui s'étendent au loin vers l'est; ils sont très nombreux, et il n'est pas possible que des bêtes de somme y passent. Le plus grand de ces O'bae s'appelle dans sa partie occidentale Maka; dans le voisinage de son embouchure dans la Nepoko, il perd son caractère de marécage et prend celui d'une large rivière. Junker ne doute pas que la Nepoko ne soit identique avec l'Aronouimi de Stanley. — L'explorateur a aussi donné l'énumération des peuplades de cette région, en indiquant sur la carte la place approximative qu'elles occupent, mais sans entrer dans les détails historiques qui expliquent pourquoi des groupes d'une même peuplade se retrouvent disséminés sur des points différents de ce territoire, les Mangballé par exemple, que l'on trouve entre le Mbrouelé et la Gourba, affluents septentrionaux de l'Ouellé, et sur les bords de la Nepoko. Des 53 fils de Kipa, dont on a donné les noms à Junker, les

deux plus distingués sont actuellement Bakangaï et Kanna, qui regardent leurs frères comme leurs vassaux ; leurs vastes territoires s'étendent au sud du Bomokandi. Un grand nombre de tribus A-Barambo sont leurs tributaires. Les Maigo plus au sud, et les Mabode des bords de là Nepoko, appartiennent comme les précédents aux Mombouttou. Quant aux Akka, ils n'occupent pas un pays qui leur appartienne en propre. Quoiqu'on les rencontre en beaucoup d'endroits, ils n'ont nulle part de demeure fixe, mais ils vivent comme nomades, en colonies, surtout parmi les Monvou et les Mabode. Là où un jour une colonie akka a passé la nuit, on trouvera le lendemain des buttes vides. Junker les a rencontrés, vivant de cette vie nomade, dans leurs petites huttes au milieu des forêts, le long des rivières. — Les Mittheilungen communiquent encore que d'après des lettres du 1" octobre 1883, à ses parents à Saint- Pétersbourg, le D' Junker avait terminé son voyage au S.-O., et qu'il était revenu au pays de Semio, où il était en bonne santé. Informé des troubles du Soudan et des combats que Lupton-bey a dû soutenir contre les Denka, les Nouer, etc., il a fait déposer à Wau les trente caisses de collections ethnographiques qu'il comptait envoyer en Europe. On espère que dès qu'il verra l'impossibilité de prolonger son séjour dans le bassin de rOueUé, il se joindra à Lupton-bey pour se rendre auprès d'Eminbey et de Casati, afin de prendre, de concert avec eux, les mesures les plus propres à leui: permettre d'échapper au Mahdi.

D'après une lettre de J. Thornson, du 10 juin 1883, ce voyageur a fait, avant de quitter le voisinage du Kilimandjaro pour s'avancer dans l'intérieur, une visite au chef Mandara, qui, en 1875, traita si cruellement le Rev. Charles New, que celui-ci en tomba malade et en mourut. Mandara rendit à Thomson un chronomètre d'or, pour le faire parvenir aux parents du missionnaire New, avec l'expression de ses regrets. Thomson a adressé, le 7 juillet, au consul général anglais à Zanzibar, une dépêche en ces termes : « A la requête de Mandara, de Moschi, la terreur de Chega, le grand guerrier de ce pays, je fais savoir que j'ai été chez Mandara, et qu'il m'a reçu d'une façon royale et cordiale. Mandara veut que l'on sache qu'il désire recevoir de la même manière beaucoup de visiteurs européens. Il envoie ses salutations à Boulouza (l'agent poUtique anglais), et à tous les visiteurs à venir. Il recevra volontiers un nombre illimité de fusils et des provisions de poudre. Que personne ne vienne les mains vides. » — On n'a plus reçu de nouvelles de Thomson depuis le 1*' août ; une caravane a rapporté l'avoir vu près du lac Nalvash.

La station des missionnaires anglais établie à Eaghel, au sud du Vie-

toriarNyanza, étant peu salubre, M. Hfuskay s'y est rendu, de Boubaga, f^

pour chercher un emplacement meilleur, sur la côte ouest de Tanse de Jordan 's NuUah, et assez avant dans Tintérieur pour se trouver dans les états de Mirambo. L'exploration qu'il a faite, lui a permis de relever, pour le journal de la Chiirch Missionary Society, la carte de cette anse qui a deux bras. De Kaghel, il s'est rendu d'abord à l'extrémité sud du bras oriental, puis à Moleshi, au delà du bras occidental, et dans le Msalala, pour demander au roi de ce district, Mtemi, l'autorisation de s'établir dans son pays. Celui-ci efirayé par la vue des Mouzoungous (les blancs), ne l'a pas accordée. Aussi les missionnaires ont-ils résolu d'établir la nouvelle station à Kiva-Sonda, dans une partie du Msalala dépendante de Mirambo, qui leur a promis sa protection, chose très importante pour leurs caravanes. Il y a de bonne eau potable ; on peut atteindre de là un port sur le Victoria-Nyanza en un jour, et la station d'Uyuy, en 17 jours ; la route à travers les états de Mirambo est plus sûre, plus courte et moins coûteuse que les autres routes employées d'ordinaire. On peut en outre se servir des Wa-Nyamouezi, de Zanzibar jusqu'au lac, à moins de frais que des Wa-Ngwana ; de plus on n'est pas harcelé par les Arabes ; enfin les vivres abondent et ne sont pas chers. Les missionnaires ont remonté un bateau qui leur permettra d'établir des communications plus régulières entre le sud et le nord du Victoria-Nyanza.

M. Ledoulx, consul français à Zanzibar, a transmis à la Société de géographie de Paris des nouvelles de M. Giraud, d'après une lettre de cet explorateur, datée de Katimkourou, au nord du lac Bangouéolo. Le voyageur était en bonne santé, mais il avait eu à subir l'hostilité du roi Mukanilla et de ses sujets, qui n'ont rien omis de ce qui pouvait lui rendre odieux le séjour forcé d'un mois qu'il a fait parmi eux : tributs de toutes sortes, cadeaux exigés, extorsions, cherté des vivres, avanies sans cesse renaissantes. Après avoir traversé le sud de l'Ou-Bena, il a atteint le village du roi Mahura, qui l'a bien reçu; malheureusement une rixe survenue entre les indigènes et sa caravane, a contraint M. Giraud de quitter précipitamment le pays et de gagner le Tchambezi. Arrivé au Bangouéolo, il a vu reconmiencer toutes les difficultés; aussi, fatigué des exigences excessives des petits souverains, s'est-il décidé à remonter vers le nord.

Le Central AJ'rica, journal de la mission des Universités, a publié une lettre de M. O'IVeill, qui se trouvait, le 28 septembre, à deux journées à Test du lac Chiroua, au miUeu de tribus de Ma-Bavi, chassés, disent-ils,

par les Ma-Ngon, de leur pays qui s'étendait sur les deux bords du lac Chiroua. Ils travaillent habilement le coton et le fer. Quoique les monts Namuli et Eradi ne soient pas ce que les trafiquants lui avaient dit, il n'a pas été désappointé. Ce sont de belles montagnes de plus de 2300" ; il estime même que le pic Namuli doit avoir de 2600" à 3000". La plus grande hauteur à laquelle il soit parvenu est 1810" ; mais il n'a pas cherché à gravir un des pics les plus élevés. Plusieurs rivières d'une grandeur considérable descendent du Namuli, à l'ouest duquel M. O'Neill a découvert, au nord du lac Chiroua, entre 14"* 19' et 14** 32' lat. S., le lac Amarambou dont la plus grande largeur est de 2 à 3 kilom. ; la Msamtiti l'unit au lac marécageux de Chiouta par 14"* 52'. C'est de l'Amarambou que sort la rivière Loujenda. De là, M. O'Neill a suivi la vallée du Likoungou, au sud du mont Namuli, par 16° 15'; puis, tirant vers l'est, il est arrivé à la côte à Angoche. U a ainsi ouvert une nouvelle route pour se rendre aux lacs, à travers le pays que parcourent les caravanes qui amènent encore des esclaves à la côte de Mozambique.

M. R. C. ^WiUiams, membre de la Société de géographie de Londres, a annoncé à cette société son arrivée, avec sa femme et son enfant, aux chutes, Victoria. De Shoshong il se rendit à Gouboulououaio, pour demander à Lobengula la permission de traverser son territoire. Le roi lui fit bon accueil, et lui donna des vivres pour la route. Ayant quitté Gk)uboulououai6 le 26 juin, il rencontra sur les bords de la Nata une troupe de 6000 à 7000 guerriers ma-tabélé, rapportant les dépouilles des Be-Chuana du lac Ngami, avec lesquels ils étaient en guerre. Quoique épuisés de fatigue et de faim, ces gens ne volèrent rien, mais respectèrent la volonté de Lobengula à l'égard des voyageurs, avec lesquels ils se conduisirent très amicalement. Le voyage le long de la Nata fut très difficile, le pays étant moms fréquenté qu'autrefois par les chasseurs ; M. Williams dut s'ouvrir, de Tati au Zambèze, une route à travers les forêts. A Panda-ma-tenka, il ne trouva que M. Westbeech et quelques missionnaires romains qui le reçurent très bien ; les nati£s se sont éloignés. Après avoir atteint les chutes du Zambèze, la caravane eut à souffrir de la fièvre et dut revenir, au commencement de décembre, dans le pays plus salubre des Ma-Tabélé, oii elle reçut les soins des missionnaires, ainsi que de M. Araot qui se trouvait alors à Panda-ma-teoka. — U avait dû s'y rendre pour renouveler ses provisions, ayant souffert à Lialui, sur le haut Zambèze, de la fièvre, de l'humidité et de l'insalubrité du climat, a J'ai essayé, écrit-il à M. Grattau 'Guiness, de vivre de grain concassé, si longtemps, que je m'en suis ressenti sérieusement»

réduit que j'étais à Tétat de squelette vivant, dans un moment de pluies ' constante, où je ne pouvais avoir aucune couverture sèche, ni pour me coucher ni pour me couvrir. La pluie avait submergé ma première habitation; la seconde fut percée de part en part la première nuit que j'y passai, et j'eus à endurer dix jours de pluie perpétuelle, sans provisions, n'ayant pas un pouce d'étoffe sèche sur moi, enfermé dans ma hutte, de l'aube jusqu'à la nuit. » De Panda-ma-tenka, M. Arnot est revenu à Lialui, toujours plus attaché aux tribus qui l'entourent à l'est, à l'ouest et au nord, et qui ne paraissent vivre que pour s'entre-tuer.

A propos de l'exploration faite par M. H. Berthoud et M. E. Gautier, en vue de l'ouverture d'une roote des Spelonken au liimpopo (IV"* année, p. 333), M. H. Berthoud écrit à la Société de la mission romande que, si le moment est venu d'étudier cette voie de communication , on ne peut guère y consacrer que les mois de juin à septembre, à cause des miasmes pestilentiels qui se dégagent très rapidement, et aussi du soleil brûlant qui peut déterminer de très graves insolations. Les changements de température ne sont pas moins dangereux; de 2"" au-dessus de zéro au lever du soleil, le thermomètre peut monter à 32° quelques heures plus tard. A la connaissance de M. Berthoud, la route qui arrive le plus près du Limpopo est celle des chasseurs boers, qui passent par Makwarelé pour se rendre chez les Ba-Nyal; elle a l'avantage d'être débarrassée de la tsetsé, tandis qu'une autre route, le long du Leboubié en est infestée. Le chemin suivi par MM. Berthoud et Gautier descend au sud jusqu'à Matyatyé, d'où il se dirige en droite ligne à l'est jusqu'à la Tabi; au gué de cette rivière, il se bifurque; l'embranchement de gauche est rendu impraticable par la tsetsé, celui de droite est excellent pour des wagons chargés, jusqu'à Matsété; est-il praticable au delà ? C'est ce qu'un autre explorateur aura à étudier. M. Berthoud a entendu dire que des Boers, qui avaient l'intention de descendre chez Makaringe pour chasser Thippopotame, avaient dû remplacer par des ânes les boeufs de leurs wagons. Si ni l'une ni l'autre des deux routes susmentionnées ne peut être adoptée, il faudra renoncer pour le moment à toute voie de conununication des Spelonken à la mer par le Limpopo. Quant à la question de la navigation dtt fleuve lui-même, une exploration en bateau permettra seule delà résoudre. — D'après le Natal Mereuryy le petit vapeur, Maud^ de 15 tonnes, capitaine Chadwick, chargé d'explorer les rivières de la côte orientale d'Afrique, à l'embouchure desquelles ne se rencontrent pas d'obstacles, commencera ses études par le Limpopo.

Diaprés la nouvelle convention entre l'Ang^leterre et le Transvaal, ce dernier état portera le nom de « République sud-africaine. » H n'y aura plus à Pretoria de résident anglais chargé de défendre les intérêts des tribus indigènes ; mais la république ne pourra conclure, sans le consentement de la reine, aucun traité ni convention directe avec aucune nation étrangère ou avec une tribu indigène quelconque établie à Test ou à Touest des territoires de la république, à l'exception de rÉtat Libre de TOrange. De nombreuses stipulations garantissent la liberté religieuse, la suppression de Tesclavage, la prohibition des droits différentiels. La frontière occidentale de la république sera étendue jusqu'à Test de la route qui conduit de la Colonie du Cap à l'intérieur, de Barkley à la rivière Molapo. Quant à cette route elle-même, au Be-Chuanaland et aux territoires de Mankoroane et de Montsiva, ils dépendront d'un nouveau protectorat colonial, à la tête duquel sera placé, comme résident, le successeur du D' Moffat chez les Be-Chuana, le Rev. Mackenzie, appelé à défendre, dans les négociations avec les délégués du Transvaal, les intérêts des deux chefs susmentionnés. L'Angleterre a voulu maintenir ouverte la route par laquelle les Be- Chuana se pourvoient d'armes et de munitions, en échange de l'ivoire, des plumes et des peaux qu'ils fournissent à la Colonie du Cap; cela lui assure le commerce de toute cette région jusqu'au Zambèze.

Les missionnaires nuiéricsains de Baïlounda se sont établis pendant quelque temps à Ochiloumbou au pied des montagnes Bleues, pour mieux apprendre la langue des indigènes; à 16 kilom. au N.-O. s'élève la montagne du roi, et vers l'est, une autre chaîne séparée de la précédente par les vallées de la Kouléli et de l'Oukié, dont le cours est marqué par une ligne de verdure plus fraîche. Ces vallées sont parsemées de bouquets de bois qui indiquent l'emplacement des villages ; au miUeu d'un de ces bouquets de bois, se trouve un énorme remblai, dont les indigènes disent qu'autrefois, il y a longtemps, des blancs y firent des constructions, puis, que beaucoup d'indigènes allèrent avec ces hommes à Benguéla d'où ils ne revinrent jamais. D est probable que c'étaient des trafiquants d'esclaves, car la population est généralement défiante à l'égard des blancs. Néanmoins Ifts missionnaires ont été invités à bâtir et à enseigner aux enfants à lire et à écrire. Mais MM. Sanders et Fay ont dû auparavant se rendre à Bihé, après avoir obtenu que le roi Kouikoui de^aXlounda consentît à leur départ. Il leur a de plus offert l'aide de ses gens pour le cas oh ils voudraient bâtir à Bihé.

Depuis longtemps il était question de négociations pendantes entre le Portni^al et l'Anfi^Ieterre au siyet des droits de souveraineté que le

&" Les traités contractés avec les indigènes seront respectés.

9*^ Le tarif des douanes adopté pour dix ans est celui de la province de Mozambique.

lO"" En tout état de choses, est garanti à TAngleterre le traitement de la nation la plus favorisée.

Telles sont les stipulations générales de Ce traité, dont un article encore est relatif à la traite sur les côtes occidentale et orientale d'Afrique. Ce dociunent va faire Tobjet des discussions du Parlement anglais et des Certes à Lisbonne. Nous apprendrons vraisemblablement pour quelles raisons le Portugal s'est absolument refusé à adopter Tidée d'une commission internationale du Congo analogue à celle du Danube, idée préconisée par le cabinet britannique ; et pour quels motifs le gouvernement anglais a accepté, pour les marchandises anglaises, le tarif dit de Mozambique de 1877, qui étabUt entre autres les droits suivants : 6 7o ^ valorem sur les fers, 10 Vo od valorem sur les lainages, soieries et tissus mélangés, et sur certains tissus de coton, et 10 7o ^ valorem sur d'autres sortes de cotonnades. Il est vrai que, dans sa lettre au président de la Chambre de commerce de Manchester, lord Fitz Maurice dit qu'on revisera les droits relatife à certains tissus de coton, eu égard à leur bas prix au Congo, et à la baisse considérable qu'il y a aujourd'hui sur ce genre de marchandises. Mais on comprend que les États qui importaient jusqu'ici leurs marchandises au Congo en franchise et sans contrôle, et qui sont représentés dans le territoire susmentionné par de nombreuses factoreries, ne soient pas disposés à reconnaître ce traité. M. Bourke a déjà annoncé à la Chambre des communes qu'il proposera une résolution portant, qu'aucun traité prohibant le commerce sur le Congo ou imposant des droits là où il n'y en a pas eu jusqu'ici, ne peut être sanctionné par le Parlement. Les chambres de commerce hollandaises ont demandé au cabinet de La Haye d'agir afin d'empêcher la ratification du susdit traité. Le Sénat des États-Unis a été saisi d'une motion proposant d'inviter le président Arthur à entrer en négociations avec les autres puissances, pour arriver à un accord sur toutes les questions relatives à la libre navigation et à la liberté du commerce sur le Congo, ses tributaires et les rivières adjacentes. Nos lecteurs n'ignorent pas qu'une proposition semblable a été présentée par M. G. Moynier, directeur de VAfriquej dans la session de l'Institut de Droit international, à Munich, en septembre de l'année dernière, et adoptée comme vœu à transmettre aux diverses puissances, en y joignant à titre d'information le mémoire de l'auteur de la proposition, publié dans notre journal (IV- année p. 272).

Quoique lord Fltz-Maurtce ait dit à la Clmmbre des o sa conDaissauce il a'y avait pas de station de l'Associai nale dans les territoires qui sont l'objet du traité anglo-; De pensons pas que le Comité d'Ëtudes du Haat-C« sans réserve. Nous croyons que Mboma et Noki servei matériel pour ses établissements du haut-fleuve. Quoi c □ombre de ses stations augmente. Stanley eu a établi . ractes qui portent son nom. Il a en outre exploré l'A: reconnu navigable. Mais les Arabes de Nyangoué - se vers l'ouest ; ils ont envoyé des caravanes pour se procur des esclaves, et ont ravagé tout le pays jusqu'à. l'Arouou cipale caravane était composée de 900 hommes avec 18i sonniers. — L'Assodation internationale a engagé k son Congo les explorateurs Massari et Buonfanti, ùnsi qu'u ingénieur suédois.

La mission de Savopgnan de Br»zza se développt teur Ballay, qui a précédé siu: le Congo le chef de l'exi reusemeut accompli l'exploration de l'Alima, qui, dans rieur, porte le nom de M'Bossi. D'après les observation! son confluent avec le Congo est par 1° 33' lat. S. et 14' qui reporte de 3° à l'ouest (?) le cours du Congo, tel q sur la carte de Stieler d'après les premières observatic De Franceville, Brazza avait envoyé à Brazzaville queli qui ont été plus ou moins bien accueillis dans les villages toutefois il n'y a pas eu d'actes d'hostilité ouverte. Mi fidèle k ses premiers engagements. A Bolobo, station du des du Haut-Congo, on s'est battu deux fois en 1883. 1a Brazza ont passé à un kilom. du poste sans y remarque le commandant, M. Brunfùrt, Belge, ne peut en sortir k tilité des naturels. En cet endroit le fleuve a la largeur d' traversé, les édaireurs reçurent l'hospitalité du ohef bi et de Nganchou. Le poste de l'embouchure de l'Ibari-Nke abandonné; ils y trouvèrent cependant un officier suédoii fièvre. A la date du 27 décembre, de Brazza était à Lekeh, de l'Alima, dans une région très riche, avec les babitan avait établi les meilleures relations.

Aux dernières nouvelles de Brazza n'était donc pa^ chez Makoko; cela n'a pas empêché VA/rican Times à son numéro du 1" mars, les lignes suivantes : « M. de Br

StaDley daiis l'exploration africaine, vient de faire un coup bien habile, n a fortifié la position de la France dans la Guinée inférieure, en épousant la fille du roi de cette région, Makoko ! Le mariage de M. de

Brazza doit vraisemblablement avoir un côté politique. »

Le D' Bayol, lieutenant-gouverneur du Sénégal pour la partie méridionale de la colonie, a réussi à rétablir de bonnes relations avec les indigènes, et à rendre la confiance aux traitants français de la Mellacorée et du Rio-Pongo, qui craignaient une attaque de la part de Bokary, Talmamy du Foutah-Djallon. Ce dernier a demandé une entrevue au D' Bayol, et lui a fait exprimer son désir de vivre en paix avec les Français. De nouvelles caravanes sont venues aux factoreries du Rio-Pongo. Le lieutenant-gouverneur a aussi pacifié le Rio-Nunez, ou deux chefs se faisaient une guerre acharnée. Après les avoir amenés à conclure la paix, il a obtenu pour la France la cession d'un petit territoire d'une quinzaine de kilomètres de long sur deux de large, très fertile, sur lequel des factoreries pourront être établies dans d'excellentes conditions.

Le ministre de la marine a reçu des nouvelles du D' Collin, envoyé par le gouverneur du Sénégal en mission dans la région encore peu connue de la haute Falémé et du Bafing. L'explorateur était, en janvier, à Kasdoma, dans le Diébédougou, à 140 kilom. de Bafoulabé, et à 180 de Médine. Ce pays passe pour être aussi riche en or que le Bouré, dont il est à une douzaine de jours de marche. Mais l'exploitation en est faite par les indigènes dans les conditions les plus rudimentaires. Le Diébédougou produit en outre du mil, des arachides, du riz, du caoutchouc, une soie végétale, etc. Tandis que dans les pays voisins le bétail est continuellement décimé par les épizooties, les bœufis s'y portent très bien toute l'année. Actuellement les indigènes, n'ayant pas d'écoulement pour le surplus de leurs récoltes, ne cultivent que pour leurs besoins p srsonnels ; mais lorsque des relations suivies seront établies entre ce pays et la colonie du Sénégal, le conunerce trouvera, dans le Diébédougou et dans les pays qui l'entourent, d'importants débouchés.

NOUVELLES GOMPLâMENTAIRES

Le BuUetin de renseignements cdaniaux annonce que dix médecins militaires de l'année d'Afrique ont formé une association pour l'établissement de colons français dans le district de Saïda, à 171 kilom. au sud d'Oran. Chacun des sociétaires founiit on capital de 6000 fr. et la Société fera construire d'une manière économique,

mus iuta les meillenres conditions d'iottKllaUo) Att prix de rerient à des colons Tenus de Franc

Appu;é par Ift Société de géographie de Pari nu TOf âge dans le pays des Touareg.

Une mission ayant k sa tète M. Hërand, ingéi des études géodésiques, s'est embarquée le 10 :

Le ministère français de la marine a décidé i de Tabarca et de Bizerte en Tunisie, de maint de la Ooulette et de Sfax, et prorisoiremeat ce

Le général Bacouch, grand propriétaire en T de plusieurs milliers d'hectares, la culture de Is qui peut remplacer le coton d'Amérique.

Un tofageur hollandais qui voulait explorer la flore, et aussi risiter le désert et étudier la v y renoncer, le pacha de Tripoli Ini ayant refusa l'intérieur n'est plus sûr depuis que des bande 9on territoire.

M. Lagarde a été chargé de procéder & la dél concert a*ec M. Connean, commandant de VInfe Ce même bfttiment a emmené les membres d'u Cboa; elle porte des présents au roi ïfénéUk. avec la Compagnie des steamers de l'Ouest un dépAt de charbon et d'approrisionnemeats k 01 lord Pitzmaurice à la Chambre des Commune sous son protectorat la baie de Tai^onra ; nos l a été vendue l'année passée par son possesseni

Une mission anglaise à la tête de laquelle es Harrar, qui appartient encore à l'Egypte.

Le rendent britannique d'Aden a fait visite il e8t question de construire un phare. TJn offici de déterminer l'emplacement le plus convenabi

Le ministère italien de l'agriculture, de l'ini un subside de 1000 &ancs & la Société africain'

D'après le journal arabe Noustret, le négons de tenir prêtes des provisions, des bCtea de tra des mnnîtions, pour qu'il les trouve à son paai à la cMe, pour y prendre possession des territo

Les denx frères Denhardt, d^& connus par i rent une expédition à la Dana, qu'ils remonter

JIM. Lindner et von der Braock, au service o caïne, sont partis de Zamdbar pour le Coi^o, e d'y remplacer ceux dont l'engagement est ezpi

M. James Roxburgh, l'ingénieur chargé d'accompagner les sections du vapeur la Bonne, NouvéUt, a annoncé à la Société des missions de Londres son heureuse arrivée à Liendwé, sur les bords du Tanganyika, endroit désigné pour remonter le steamer. U y a rencontré le capitaine Hore et M. Swann, qui ont immédiatement commencé la reconstruction du bateau.

M. J. Stewenson a choisi, comme successeur de M. J. Stewart, M. W.-O. M'EWan, jeune ingénieur qui, après avoir suivi le cours donné pour les voyageurs sous le patronage de la Société de géographie de Londres, est parti pour le Nyassa le 26 février. — Le Rev. Bain est arrivé avec M. et M*^* Scott à Bandaoué. De là, M. Bain s'est rendu avec le professeur Drummond à Maliouandou, pour chercher un emplacement favorable à une nouvelle station missionnaire chez les Choungou. -— Après neuf ans de service, le D' Laws et sa femme ont dû quitter le Nyassa pour venir se reposer en Europe.— La mission des Universités va faire construire, pour la c6te orientale du Nyassa, un steamer qui portera le nom de Chadu Janwn, le missionnaire décédé récemment.

La ligne anglaise Donald Currie a inauguré un service mensuel entre l'Angleterre et Maurice par le Cap de Bonne-Espérance, avec relâche à Natal et à Tamatave. Cette ligne a une correspondance sur la Réunion.

Le major Machado, qui était à Pretoria avec les ingénieurs portugais pour faire le tracé du chemin de fer sur le territoire du Transvaal, a reçu de Lisbonne l'ordre de se rendre à Lorenzo-Marquez, pour y conférer avec les ingénieurs envoyés par le gouvernement portugais, afin de commencer les travaux, de la baie de Delagoa à la frontière du Transvaal. On comptait mettre la main à l'œuvre vers la Hm d'avril. — M. Machado a découvert dans les monts Lebombo plusieurs passages faciles. — La construction de la ligne a été définitivement concédée à uae banque de Lisbonne et an Comptoir d'escompte de Paris. — D est question de faire de Lorenso Marquez une province indépendante de celle de Mozambique, sous les ordres directs du gouvernement de la métropole; M. Machado en serait le gouverneur.

D'après le Natal MereaniUe Adveriiser^ le gouvernement allemand a chargé M. A. Schultz, de Durban, de faire une exploration en vue dlétabUr une série de stations de commerce jusqu'au Zambèze et au Congo; il doit s'adjoindre un arpenteur et un géologue.

Le journal la Naturt, de Lonéres, annonce que le gouvernement anglais a télégraphié aux autorités de la Colonie du Cap, pour les engager à exempter des droits d'entrée les bagages de l'expédition du D' Holub.

La Société de géographie de Londres a chargé M. £.*G. B&venstein, qui a achevé la carte de l'Afrique équatoriale orientale, d'en faire une sembUble de la partie occidentale.

Le D' Zintgyoff, de Berlin, engagé par l'Institut géographique de Bruxelles, ira rijoindre le D' Chavanne an Congo. Ses recherches devront porter partkulîèreaeiit sur l'ethnographie et l'anthropologie.

Le gouvernement anglais a autorisé le colonel Deyinton et le lieutenant-colonel Hart à se rendre au Congo pour le compte du roi des Belges.

Une lettre de M. Rogozinski du 10 janvier nous apprend que, dans son expédition à l'intérieur, il a découvert le cours supérieur du Mungo et ses cataractes, deux lacs dans la région du partage des eaux du Cameroon et du Calabar, et le cours supérieur ainsi que les sources du Rio-del-Rey. Mais la tribu des Ba-Farangaya, qui voulait conduire chez elle l'explorateur, ayant été battue par les Mokouyé, M. Rogozinski a dû regagner l'île de Mandaleh.

Malgré le mauvais vouloir des indigènes, les commissaires anglais et français chargés de fixer les limites des territoires des deux pays sur la Côte d'Or ont terminé leurs travaux. Le roi de Kii^aboe a pris une attitude si belliqueuse que les commissaires anglais ont dû se faire protéger par un détachement en armes. Au départ du courrier, la situation sur la Côte d'Or était des j^us troublées, et l'officier anglais qui commande à Axim réclamait la présence d'un navire de guerre.

Le lieutenant Lenoir, commandant du poste de Sedhiou, est chargé d'explorer le Firdou, qui s'étend de la Grambie aux sources de la Cazamance, et qu'un traité récent a placé sous le protectorat de la France.

MM. Taylor et Jacques, missionnaires à Saint^Louis, ont fait dans le Qualo, habité par des Wolofs musulmans et par des émigrants bambaras, un voyage de reconnaissance en vue de l'extension de leur champ d'activité.

La construction de la voie ferrée de Kayes à Bafoulabé est poussée avec activité, sans rencontrer d'opposition de la part des indigènes.

Une expédition américaine est partie des lies Canaries pour le cap Blanc, avec l'intention d'y établir une iactorerie.

La Société de géographie de Barcelone a chargé M. Jimenez, qui a déjà exploré lltttérieur du Maroc et la côte au sud de Mogador, d'une expédition sur la côte du Biff. Le voyageur a débarqué au cap Aguas et pénétrera dans le Riff par la vallée d'ESI-Molnya.

Le consnl français à Tanger a interdit aux 8i:get8 français et aux musulmans placés sons sa protectiooa d'acheter, de vendre ou de posséder des esclaves au Maroc. Son exemple a été suivi par les représentants des autres puissances.

Le gonvemement espagnol a approuvé rétablissement d'une ligne postale de vapeusa entre Tanger et Tari£i. — Une société e^agaole demande la concession d'un c&ble sous-marin entre cas deux points^

UMBÉBASIE ET HOTTCKTOTIE

(avec carte)

L'acquisition, par la maison Ltideritz, de Brème, de la baie d'Angra- Pequena et du territoire qui Tavoisine, ainsi que Tautorisation d'y

arborer le paviUon de TEmpire allemand, ont récemment attiré Tattention sur la partie de TAfrique à laquelle on donne généralement les noms de Hottentotie et de Cimbébasie, et qui, jusqu'ici, est demeurée en dehors des grandes voies par lesquelles on a cherché à faire pénétrer la civilisation dans Tintérieur du continent. Non pas que ce pays inmiense, qui s'étend sur 14° de latitude, des deux côtés du tropique du Capricorne, du fleuve Orange au Cunéné, entre la colonie du Cap et lea possessions portugaises, et de TAtlantique au pays des Be-Chouana^ soit demeuré inexploré ou livré à la barbarie. Au contraire, depuis plus de 50 ans, les missionnaires de la Société rhénane en ont fait un de leurs principaux champs de travail ; plusieurs d'entre eux, MM. Hahn, Rath, Bôhm, en particulier. Font exploré dans des directions diverses, et après eux, pendant ces dernières années, le P. Duparquet en a étudié spécialement la partie septentrionale, tandis que l'ingénieur Andersen fedsait le relevé et dressait la carte de tout le pays compris entre l'Atlantique, le Transvaal, le fleuve Orange et le Zambèze.

Il nous a paru que le moment était venu de présenter à nos lecteurs ce que ces différents explorateurs nous ont fait connaître de cette partie de l'Afrique, oii se fonde la première colonie allemande, et oU les missionnaires allemands travaillent depuis si longtemps, en accompagnant notre exposé d'une carte rédigée d'après les travaux cartographiques les plus récents, et surtout d'après la carte d'Anderson, que vient de publier la Société de géographie de Londres.

Ce vaste territoire n'est habité par des indigènes de race hottentote que dans sa partie méridionale, la plus voisine du fleuve Orange, où se sont établis les Grands-Namaqua, refoulés du sud par les Européens, tandis qu'au nord les plateaux du Damaraland et de l'Ovampo sont peuplés de noirs appartenant à la race bantoue, et qu'à l'est le& Bushmen sont disséminés dans le désert de Ealahara \

U semble que le voisinage de l'Atlantique aurait dû faire de la zone côtière une région humide, arrosée par les vapeurs qu'y transporte la brise de mer, et couverte d'une végétation tropicale. Mais la nature des eaux de l'Océan, et celle du sol de la terrasse qui le borde, s'opposent à ce qu'il en soit ainsi. Les eaux de la partie de l'Atlantique qui longe la côte, refroidies jusqu'à l'embouchure du Cunéné par le courant

* Nous adoptons cette ortographe au lieu de celle de Kalahari, d'après Anderson,^ Pauteur le plus autorisé, qui dit que la prononciation de ce mot correspond à celle de Namaqua, Damara, etc.

polaire aotarctique, fournisseut, il est vrai, un maltitude de poissons, même aux baleines qu'i jouer dans ces parages. Mais ies vapeurs, dont 1 ne servent -pas à arroser la zone côtière. Celle-ci au moins dans sa partie méridionale, et sur une de kilomètres, d'un sable que le soleil surcbi l'Atlantique en passant sur lui, s'échauffent si n être question de pluie, ni de condensation quelo

La première terrasse littorale se présente, dai comme une vaste plaine, sans verdure ni végétai vant insensiblement vers l'intérieur, d'où ne dt quelques tributaires d'une certaine importance la baie d'Angra-Fequena, le Kuisip, le Swakop < voisinage de Walfish-bay, et un peu plus au nor encore, grftce k l'énorme évaporation produite {i rivières n'ont-elles de l'eau qu'une partie de l'a niers cours d'eau susmentionnés, s'élèvent, n montagnes proprement dites, mais des monts d^ varie de 1000" & 3000" environ : le Quanwas, p et rOmataka, aux sources du Swakop, atteint "i

A la côte, les seuls groupes de population se ti lish-bay. Quant à Ajigra-Pequena, jusqu'à ces 6 voyait que de temps à autre arriver un petit' noi venaient faire quelques échanges de peaux, d'iv tmche, avec les navires envoyés aux Iles des Rf situées au-devant de la baie dont elles garantis; vents du nord. Ces tles sont des stations de pêcli nombre d'années, des compagnies de Capetown de guano dont elles sont recouvertes.

A mesure que l'on s'élève vers la terrasse sut irai, la verdure remplace avantageusement le s littorale. Peu abondante encore dans le Nama( coup plus dans le Damaraland, oti elle fournit ut nombreux troupeaux des Héréro. Plus au nord, par les omarambas que remplissent les crues du cipal unit à ce fleuve le lac Etosha, elle est si ri< derson décrit ce pays comme une des plus belle montagnes pittoresques, clairières ouvertes, di fertile pour les céréales, climat sec et salubre, to

en foire une contrée des plus agréables à habiter. Les indigènes très noirs, bien proportionnés, laborieux et industrieux, ont de grands troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres : en outre ils cultivent des champs de blé d'une grande étendue.

D'après le P. Duparquet, un des royaumes de TOvampo ne compte pas moins de 60,000 à 80,000 habitants ; il s^étmid du Cunéné au Coubango, et a pour roi un jeune honmie de 18 à 20 ans, nommé Nambadi, qui vient de suceédar à son onde Kipandeka. Ce monarque a un vif désir de s'^instniire et d'introduire la civilisation dans son pajs. Il a donné aux missionnaires un vaste terrain , couvert d^arbres fruitiers, pour fonder une station près de sa résidence, et les a pourvus de guides pour les accompagner jusque chez les AmboeUas^ qui halntent entre le Coubango et le Zambèie siqpérieur, où ils veulait s'étabUr pour initier les indigènes aux arts et métiers les plus nécessaires à la vie, ainsi qu'aux perfectionnements des travaux de Fagriculture.

Au sud de TOvampo, s'étendent les plateaux du Damaraland et du pays des Grands-Namaqua, séparés de la terrasse littorale par une arête, au-dessus de laqudle s'élèvent, dans le voisinage de Barmen et de Kehoboth, des pics de 1500 mètres à 2500 mètres. Inclinés du nord au sud, ils sont drainés par deux grands cours d'eau, la Rivière des Grands Poissons et le Hygap, tributaires de TOrange, par lequel ils sont rattachés au bassin de Tocéan Atlantique. Les sources de la première sont situées près du mont Awas, qui s'élève à une hauteur de 2100 mètres ; elle court à peu près parallèlement au méridien, et ne reçoit de FEst aucun affluent important ; en revanche, plusieurs tributaires, dont le plus considérable est le Amhup, hd amènent les eaux des montagnes de l'ouest. A en juger par la grandeur de son lit. le pays a dû recevoir autrefois beaucoup plus de pluie que maintenant, car il est profond, large, et rempU de rochers qui indiquent comluen le courant a dû être jadis rapide et puissant. Dans son cours inférieur, son bassin est uni à celui(du Hygap, par la Back-River, dont les sources se trouvent près des monts Brinus, et dont les eauxfs'écoulent, en partie à l'ouest, dans la Rivière des Grands-Poissons, et en partie à l'est, dans le Hygap.

Celui-ci est le plus long des cours d'eau de cette région. Il prend sa source][au centre des montagnes du Damaraland, et porte, dans son cours siq[)érieur, le nom d'Omouramba. Il reçoit de Touest les daix Nosops, noir et blanc, qui drainent la partie S. £. du Damaraland, puis la rivière des Éléphants, qui lui apporte les eaux du Namaqualand septentrional.

Toute cette zone, dont la partieN.-E. appartieni d'ordinaire le désert de Kalahara, est couverte d rées par de vastes étendues de plaines berbeuses. '. d'eau peu profonds traversent le désert, mais l'e; l'année que dans des étangs ; pendant la saison pi en mai, elle coule avec abondance, mais ensuite qu'en creusant dans le lit de ces rivières. A une tn au sud de Meer, se trouve le lac Hogskin, de 50 ki alimenté par trois rivières qui le remplisseut après il est fréquemment à sec. Au sud s'élèvent deux c( que, de 140 mètres de hauteur, visibles de loin, ei qui ajoutent beaucoup à la beauté du paysage. M. la houille sur les bords des rivières et sur les flanci A l'époque des pluies la végétation de cette maguifique, l'herbe fine et belle, le gibier ab( léopards et beaucoup d'autres espèces appartenai rencontrent; c'est un vrai parc aux lions ; Andersc grands et petits, en ime seule troupe, et souvent peu de distance de ses wagons, six ou sept se ren près de laquelle il avait dételé. C'était aussi auti des autruches; le même explorateur en a vu, un i une troupe de plus de 200, qui s'éloignèrent en a; elles disparaissent actuellement devant les fléchi fusil des chasseurs blancs. Ce désert a été considé désolée et sans intérêt, mais il n'en est pas ains des parties que l'on ne peut pas traverser penc plusieurs voyageurs qui ont voulu y pénétrer ont i y laissant wagons et bœu&, foute d'eau. Cepend entourées de dunes de sable et le silence qui y rè£ tagnes qui bordent l'horizon, la variété de gib dans toutes les directions, l'isolement de cette pos de toute habitation européenne, le voisinage de q men qui vivent de la vie primitive de leurs ancêtn sans un certain charme.

Le trait le plus caractéristique du pays ce sont ! mentionnées. Elles s'étendent de l'ouest à l'est plusieurs kilomètres, et varient d'altitude de 15 Leur base est formée d'un calcaire foncé couvert d d'environ 30°. Andersen les compare h une m<

vagues gigantesques, subitement changées en sable. Sur les flancs croissent beaucoup d'arbustes, de buissons et aussi une belle herbe. Il y a de petites sources et des étangs dans quelques-unes des dépressions, sans cela personne ne pourrait y passer, parce que la route à travers ces dunes a 50 kilomètres de longueur, puis viennent 12 kilomètres à faire sur le calcaire, et de nouveau des dunes de sable.

A peu près sous la latitude du lac Hogskin, le Hygap reçoit de Test le Kourouman et le Molapo qui, dans leur cours inférieur, traversent un pays inhabité par suite du manque presque absolu d'eau pendant huit mois de Tannée.

La partie septentrionale du désert de Kalahara est semée d'étangs et de lacs dont le plus considérable est le lac Ngami. Situé dans une dépi-ession du plateau central, il forme un bassin intérieur, dans lequel se versent les eaux du Coubango, et une partie de celles du Chobé qui, dans le voisinage de Lynianti, est exactement à la même altitude que le Ngami (938 mètres). La Zouga qui unit celui-ci au lac Makarakara, lui sert tantôt d'émissaire et tantôt d'affluent, suivant la quantité de pluie qui tombe sur les montagnes, à l'ouest ou à l'est de ce désert.

Les Bushmen sont à peu près les seuls habitants de cette partie de l'Afrique ; ils vivent dans des grottes, dans les bois, ou dans de petits kraals. Quelques individus des tribus frontières vont y chasser, mais n'y restent pas ; on peut les voir par petits groupes, traversant le désert, avec un ou deux bœufe chargés de gibier et de plumes, résultat de leur chasse, ou de leur vol au détriment des Bushmen qu'ils peuvent avoir surpris. Dans ses voyages à travers le désert, Andersen s'est toujours fait accompagner par plusieurs Bushmen Méséré et leurs fEimilles, qui le conduisaient aux lieux oii se trouvait de l'eau, endroits qu'il n'aurait jamais explorés sans eux. Si on les traite bien, ils vous aident volontiers de toutes manières.

En général la taille des Bushmen ne dépasse pas 1 mètre 40; leurs bras et leurs jambes sont d'une maigreur excessive ; la peau, même chez des personnes jeunes, est plissée ; les cheveux laineux forment de petites touffes, entre lesquelles apparatt la peau jaune de la tête. Ne cultivant pas la terre et n'élevant point de bestiaux, ils n'ont pour toutes ressources que le produit de la chasse et du vol. Armés de leur arc et de quelques douzaines de flèches, ils errent dans les solitudes ; s'ils peuvent se glisser inaperçus dans le voisinage d'un troupeau de moutons, ils en prennent autant qu'ils peuvent en chasser devant eux, les conduisent

dans leur retraite, les égorgent e consomment alors une telle quan prostration complète et s'endorm Quand l'éleveur surveille ses trou n'est pas fructueuse, te Bushmen de sauterelles, de fourmis, et mêm tellement que, jusqu'ici, tous les e thropes n'ont pu l'amener à renon adopter une vie sédentaire et labo A Meer babiteot des Bastards,d et de femmes hottentotes. Ils y oi que, qui crott en importance chaq leur servir d'esclaves. Leur magisi fois par semaine.

Distincts des Busbmen, des Bas waarts et les Veltscoondrawers ha de la rivière des Grands-Poissons i cultivateurs, emploient la cham tons; ils vivent près des petites ; procurent de l'eau eu creusant d endroit à un autre à mesure que 1' du ctiivre; vers le sud, daus le v sont exploitées.

Mais les deux peuplades principi Kalahara de ]& zone cdtière, sol Damara, auxquels se sont mêlés < ron deux cents ans, et qui, sous le dominant. Les caractères des de rents.

Les Mamaqua, de race hottentoi bien douée pour la musique, très :

lia se sont appropriés très rapide:

aux vêtements et aux aliments; i l'eau-de-vie. Très habiles à la cha nent peu de soin à l'élevage du b sable.

Les Héréro sont d'un caractèr à fait noirs, ils sont calmes, réSé( ils ne subissent pas facilement l'ii

quand on a gagné leur confiance, ils se montreat ordinairement fidèles. Us sont voués sans réserve à l'élève du bétail, et leur langage est rempli de mots qui s'y rapportent. Attachés outre mesure à leurs troupeaux de bœufe, ils se laissent diflScilement persuader de vendre quelque peu de leur superflu. Leur opposition à l'influence des Européens les a fait résister jusqu'ici à l'introduction de l'eau-de-vie parmi eux.

Les Namaqua étant moins riches en bestiaux que les Héréro du Damaraland, convoitent les bœufs de ces derniers, tandis que les Héréro manquant de pâturages pour leurs immenses troupeaux, empiètent presque involontairement sur les terres des Namaqua. Il en résulte de temps à autre des guerres entre les deux races. Nous avons parlé à plusieurs reprises de la dernière guerre, qui dure depuis trois ans, et des efforts faits par les missionnaires de la Société rhénane pour rétablir la paix entre les deux peuples. Qu'il nous suflise de dire ici que, d'après le dernier numéro du joui*nal de cette société, un des chefe namaqua, qui jusqu'à présent avait fait le plus d'opposition à la conclusion d'une paix générale et définitive, s'est décidé à cesser sa résistance, et que les négociations avec le chef suprême des Héréro sont en bonne voie.

Mais nous tenons à citer le témoignage que le D' Hôpfner, chargé récemment parle gouvernement de l'empire allemand d'explorer le pays entre le Cunéné et le fleuve Orange, au point de vue géologique et minier, a rendu à l'activité civilisatrice des missionnaires de la susdite société.

Déjà à Okozondyé, la première des huit stations du Damaraland*, à laquelle le voyageur s'arrêta en venant de l'Ovampo, il fut surpris des soins donnés à la culture des arbres le long des cours d'eau, des palmiers dattiers en particulier, des melons d'eau, des figuiers et de la vigne, ainsi qu'à celle des légumes de diverses espèces qui réussissent très bien, et des céréales que l'on sème dans le sol du lit des cours d'eau, immédiatement après la saison des pluies. Il en .est de même, dit-il, dans toutes les stations. « Sans doute les antiques coutumes et préjugés païens n'ont pas encore entièrement disparu, mais les progrès dans la civilisation sont manifestes. Les missionnaires ont développé chez les indigènes le désir d'être vêtus, mieux logés, mieux nourris, ils leur ont appris à cultiver le blé, tandis qu'auparavant les Héréro ne vivaient que du lait de leurs vaches, sans s'occuper d'agriculture. »

^ Ayant la guerre il y en arait 11; dans le Namaqoaland leur nombre est descendu de 9 à 7.

Les conditions du pays habité, au nord par les Héréro, au Namaqua, sont & peu près les mêmes; toutefois il est & ren la nature du désert se fait de plus en plus sentir à mesu ^^'avaiice vers le sud, où la zone littorale de sable s'élari ilavantage.

Le plateau est salubre, mais, comme le dit encore le D^ '. n'est pas un pays découlant de lait et de miel, ni qui pu Iteaucoup de colons agriculteurs. En revanche, on y a constt foule de points, l'eitistence de gisements de minerai de cuivi k pays des Grauds-Namaqua, le Damaraland, l'Ovampo, jus cessions portugaises, sur une immense étendue en longuet couches transversales qui pénètrent assez avant dans l'intérii On a commencé à les exploiter dans le nord de la Cotoifie du vingt-cinq ans, il y eut & Capetowu une véritable épidémie i nombreuses sociétés se formèrent, et pénétrèrent jusque daj ralaud. Presque toutes furent ruinées au bout de quelques a i^eule est restée debout, la « Cape Copper Mining Company Ookiep, an sud du fleuve Orange; elle est devenue une i minières les plus puissantes. Ses actions de 10 I. sterl-, su 7 1. sterl. ont été versées, sont actuellement cotées à 56 I bourse de Londres. Depuis quelques années elle paye un d 100 % environ. Elle a compris qu'une des premières condi exploitation rémunératrice était la construction d'un chemi la côte à la mine, le transport par wagons à bœufe exigea énorme de véhicules et d'animaux, pour lesquels l'eau et seraient très difficiles & se procurer, ce qui entraînerait de ^

C'est, paralt-il, en vue de l'exploitation des gisements df cuivre, que la maison Lflderitz a fait l'acquisition d'Angraa étendu sa concession primitive jusqu'à l'embouchure du flei Sans doute les montagnes du pays des Grands -Namaqui encore été beaucoup étudiées au point de vue géologique, m que de terre végétale en beaucoup d'endroits permet de voi courant, soit dans le Namaqualaud, soit dans le Damaralan gisements à découvert. Le voyageur C.-G. BUttner dit aV' pendant une heure, au N.-O. de Reboboth, à travers un d teinte verte de la roche révèle la présence du cuivre. L'enti maison Lûderitz revêtira donc un caractère minier; si son est aussi lucrative que celle des mines de Ookiep, elle n

regretter d'avoir tenté de créer sur ce point de l'Afrique une colonie allemande.

Nous ne pensons pas que le caractère allemand donné à l'établissement d'Angra-Pequena par l'autorisation d'y arborer le drapeau de l'Empire, puisse donner lieu à des complications avec l'Angleterre. Il est vrai que, en 1877, sous le ministère de lord Beaconsfield, cette puissance avait conçu le pi*ojet d'annexer à ses possessions de la Colonie du Cap tout le pays au nord de l'Orange, jusqu'aux possessions portugaises, et fait de Walfish-bay le centre de l'administration du territoire annexé. Mais, en 1882, le ministre des colonies, lord Kimberley, donna pour instruction à Sir Hercules Robinsôn, de n'y maintenir l'autorité britannique que si le gouvernement de la Colonie du Cap voulait en faire les frais : « Walfishbay a été déclaré territoire britannique, » portait la dépêche, « d'après le vœu de la Colonie du Cap, afin que l'on pût surveiller le seul port, pai' lequel, sur une longue étendue de côtes, des armes et des marchandises peuvent être introduites à l'intérieur. Le gouvernement de la reine ne veut rien changer à l'état de choses actuel, si le P&rlement du Cap continue à soutenir l'établissement susnommé. » Le ministre ajoutait : qu'il ne voyait aucun avantage à conserver cette possession si éloignée de la Colonie du Cap, et exposée aux attaques d'indigènes mal disposés ; d'autant plus que l'occupation de Walfish-bay n'empêchait nullement l'importation d'armes et de munitions, et que le commerce insignifiant n'ofi'rait pas grande chance de développement. Dans le cas où le Parlement du Cap ne ferait pas le nécessaire pour protéger cette place comme partie de la colonie, le ministre déclarait, que les Topnaars qui demeuraient dans le voisinage et avaient réclamé la protection de l'Angleterro contre les Héréro, seraient transportés dans le Namaqualand, et que le gouvernement anglais renoncerait à tout exercice de l'autorité britannique à Walfish-bay. La question est encore en suspens devant le Parlement du Cap. Le gouvernement allemand n'en croit pas moins ses droits sur cette côte bien fondés, car, d'après un télégramme de Berlin, du 12 mars, publié dans les journaux de Madrid, et reproduit ^arV Export, il se propose de déclarer officiellement la baie et le territoire d'Angra- Pequena, colonie allemande.

Il ne serait pas impossible que, des plateaux de la Hottentotie, plus salubres que la plupart des côtes du continent, l'on pût pénétrer jusqu'au Zambèze sans trop de difficulté, à travers l'Ovampo, oii l'eau et le fourrage abondent. Tandis qu'à l'est et à Touest de l'Afrique on a dû jusqu'à présent se servu- de caravanes de porteurs, ici l'on pourrait

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sans inconvénient employer le mode de transport par wagons attelés de bœufe, — ce que font déjà les Boers pour transporter leurs produits, de la colonie de San Januario à Mossamédès, — en attendant que le c(éveloppement de Texploitation des mines amène la création de chemins de fer, d'abord de la côte aux gisements de cuivre les plus rapprochés de rOcéan, et plus tard jusque dans l'intérieur du continent.

CORRESPONDANCES

Nous avons annoncé (lY^'^' année, p. 298), le départ de notre correspondant, M. J.-M. Schuyer, de Khartoum, pour Meshra-er-Rek, le 14 juillet 1883. Dès lors, une dépèche de Khartoum du 14 janvier 1884 au Times a apporté la nouveUe de la mort de l'explorateur. Nous n'en publions pas moins la lettre suivante ; quoique datée de Meshra-er-Rek du 16 août 1883, elle portait le timbre de Khartoum du 21 février 1884, celui d'Assiout du 3 mars, et n'est arrivée à Genève que le 22 mars.

Meshra-er-Rek, 16 août 1883.

Monsieur,

Après un très heureux voyage de 31 jours, nous voici à Meshrâ-er-Rek ; nous trouvons la petite garnison bloquée depuis deux mois et vivant en grande partie des semences du Lotus NUoUca, qui ne se recueillent qu'en quantités minimes.

M'étant décidé à forcer le blocus pour me mettre en communication avec Lupton-bey, qui se trouve à Dem-Suleiman, à 16 journées d'ici, je laisse une déclaration attestant que je me reconnais seul responsable de mon sort et pars demain avec un guide nègre et cinq soldats hasingers ^ sans armes, comme porteurs. Espérons que les nègres sauront distinguer entre un voyageur désarmé et leurs t}Tans turcs et arabes. Les nègres sont exaspérés parce que le gouvernement les force à transporter sans payement les immenses quantités d'ivoire, de tamarin, etc. ainsi que les marchandises d'échange pour l'intérieur, et parce que le gouvernement leur a pris, en six mois, 1700 jeunes gens, pour être envoyés à Khartoum comme soldats, esclavage bien plus dur que celui auquel les soumettaient les .\rabes. Quoique les nègres n'aient que leurs lances, ils ont réussi à tuer cette année 1200 soldats, dont 300 cherchaient à se frayer un chemin jusqu'à-Meshraer-Rek.

J'espère forcer le blocus sans accidents, et vous donner des nouvelles plus

importantes à mon retour ici avec les 40 porteurs dont j'aurai besoin. Jusque-là,

veuillez agréer mes salutations empressées.

Juan-Maria Schuver.

P.-S. Le cri de guerre des nègres est :

Mieux vaut mourir comme hommes, que vivre comme bêtes de somme !

Après cela, que l'on dise du mal des nègres !

D'après les données fournies par VŒsterreiàhische Monatschrift fur dm Orient,

* Soldats nègres ci-devant au service des chasseurs d'esclaves (Réd.).

et par les Mittheilungen de OothOj Lupton-bey avait donné des ordres stricts pour que, si un vapeur arrivait à Meshra-er-Rek, personne, ne lui fût expédié à Detn- Suleiman, non plus que le courrier ; on devait lui envoyer par un nègre un billet seulement, pour l'informer de la venue du steamer. Arrivé le 15 août à Meshra-er- Rek, Schuver en partit le lendemain du jour où il écrivait la lettre ci-dessus, avec cinq soldats niam-niam, un interprète denka et son domestique hongrois, Charles Nagy, pour traverser le territoire des Denkas révoltés et se rendre à Djour- Ghattas. Suivant le rapport de l'interprète susmentionné, qui est arrivé auprès de Lupton-bey, disant avoir réussi à s'échapper, des incendies d'herbes et des inondations obligèrent St'.huver à faire de grands détours; le cinquième jour il arriva au village de Tek où il fut assassiné (21 août). Comme le font observer les Mittheilungen de Qotha^ la nouvelle de sa mort ne repose que sur l'affirmation du dit interprète, à la suite de laquelle Lupton-bey envoya, pour punir les meurtriers, une troupe de soldats qui trouvèrent le village abandonné, mais ne purent découvrir aucune trace du cadavre de Schuver. On n'a aucun renseignement sur son domestique, Charles Nagy, non plus que sur les cinq soldats de l'escorte. D'autre part le dernier numéro des Tijdschrift de la Société néerlandaise de géographie annonce que, d'après une lettre de M. Insinger, de Louksor, du 15 février, Schuver aurait été fait prisonnier par des partisans du Mahdi

Prétoria,*5 février 1884.

Cher Monsieur,

Vous aurez, je l'espère, reçu ma dernière lettre datée de Bethléem, c'est donc de là que commencera mon récit.

Le 10 janvier nous quittions cette ville, par la route qui conduit à Heilbronn. Nous passons par les fermes Mûller, Kriger, Rensburg, et le 16 nous arrivons à Heilbronn. Cette ville a, comme toutes les villes africaines, le cachet d'une cité commerciale. Ce qui la caractérise peut-être, c'est le luxe et le confort de ses habitations. Bâtie sur un petit mamelon, au milieu d'une plaine sans bornes, elle est comme une oasis dans cette solitude; un petit ruisseau ajoute au charme du tableau; la chapelle wesleyenne apparaît aux voyageurs comme un phare, et un joli temple hollandais en construction, au centfe du square, donne un peu d'unité à ces constructions posées çàet là selon le caprice des habitants. Le même jour nous levions notre camp, pressés que nous étions de gagner le Yaal.

Tandis que le pays que nous venions de parcourir était passablement ondulé, à partir de Heilbronn, la contrée présente l'aspect d'une plaine aride jusqu'au Yaal.

A quelques lieues de cette rivière, la route se partage en deux embranchements dont l'un coudait directement à Pretoria, l'autre, celui que nons avons suivi, à Heidelberg. Le 18 nous traversions le Yaal, non sans difficultés, quoique les eaux fussent basses. A l'endroit où nous l'avons passé il est un peu encaissé, et large d'environ 500*" ; aucun arbre ne projette son ombrage sur ses eaux grisâtres. Les canards sauvages et les hérons sont les seuls êtres qui peuplent ses rives.

Nous passons ici notre troisième dimanche sous la voûte des cieux. Quelle satisfaction de voir couler le fleuve derrière nous ! Il faut savoir quel cauchemar les fleuves africains causent aux voyageurs, pour comprendre la douce quiétude que nous avons éprouvée en établissant notre camp sur le territoire du Transvaal.

Tout contribuait à nous mettre en belle humeur: le Yaal derrière nous, avec la

monotonie de PËtat-Libre^ et devant nous les belles collines du Transvaal, Pherbe abondante pour nos attelages et la perspective d'atteindre bientôt Pretoria !

Le 21 nous nous remettons en «route, après avoir donné quelque repos à nos attelages. Nous parcourons un beau et fertile pays, charmante solitude parsemée seulement de quelques fermes. A la station du missionnaire berlinois, M. Ddraing, nous passons le Sugar-bush River, et le 24 nous arrivons à Heidelberg. De loin déjà nous vojrions la ville adossée pittoresquement à une chaîne de montagnes . elle nous paraissait jolie à Tombre de ses eucalyptus, de ses peupliers et de ses sapins. Quelle déception n'est pas la nôtre en parcourant ses rues rocailleuses et mal tenues ! Il n'y a pas même un temple pour consacrer la dignité de la cité. En revanche les habitants de Heidelberg sont des plus aimables pour nous, et nous font part de leurs plus beaux fruits.

Le 26 nous partons pour Pretoria. Déjà précédemment nous avions vu quelques attffar-bushs sur les flancs des collines, mais ici, ce sont de vraies forêts qui s'offrent à nos regards, et la veille de notre arrivée à Pretoria, nous campons au milieu de bosquets de mimosas.

Le 30, la capitale du Transvaal se présentait à nos yeux, tout entourée de verdure, au centre d'un amphithéâtre de montagnes. Sa position est des mieux choisies au point de vue esthétique et stratégique ; elle a une eau surabondante, conduite par des canaux dans toutes les rues de la ville, au risque même de l'inonder dans les fortes pluies. Avec tous ces avanta^s, Pretoria n'a pas l'aspect d'une ville européenne. Ses rues sont mal entretenues, ses maisons basses et sans apparence; le square est un pâturage enclos par de petites constructions; une seule rue présente l'animation d'une de nos cités européennes, avec tous ses magasins à l'entresol ; un grand et beau temple hollandais en construction relèvera bientôt son square.

Une grande pré<^ccupation absorbait toutes nos pensées à notre arrivée: quels droits aurions-nous à payer sur tous nos bagages ? Selon tous les renseignements, ils devaient être considérables. Aussi quelle ne fut pas notre surprise quand, après avoir fait visite aux autorités et échangé avec elles plusieurs lettres, nous apprîmes hier matin que le gouvernement nous exemptait des droits, bien que nous fussions sous le coup de la loi! Celui qui incline les cœurs des hommes comme des ruisseaux d'eau avait, agi en notre faveur ! En effet, le gouvernement a de nombreux griefs contre les missionnaires, qui se sont parfois compromis au point de vue politique ; nous avons d'autant plus sujet d'être reconnaissants pour le procédé libéral dont il a usé à notre égard. '

Ce même jour eut lieu une conférence sur la mission du Zambèze ; le vice-pré< sident de la république, M. Joubert, présidait lui-même l'assemblée, à laquelle assistaient le pasteur hollandais, M. Bossemann, qui avait plaidé chaleureusement notre cause, l'évêque anglican, le pasteur wesleyen et un nombreux auditoire hollandais et anglais. L'école du dimanche hollandaise s'intéresse à notre œuvre et le pasteur cherche à fonder ici un comité auxiliaire pour nous venir en aide. Malgré de nombreuses difficultés avec nos wagons pesamment chargés, nous

sommes déjà bien loin du Le88oato,et nous savons sur qui compter pour Tayenir. Tous nous sommes en bonne santé et une boAne entente règne entre nous. Ici, pour li^ première fois, Tun de nos bœufs est malade. La famine règne, dit*on, à Shoshong, aussi prendrons-nous ici tous nos vivres. La contrée que nous avons à parcourir a peu de bonne herbe et nous réserve de nouvelles difficultés. Votre dévoué, D. Jeahmairbt.

BIBLIOGRAPHIE '

Là confrébie musulmane de Sîdi Mohammed BEN^Aii-Es-SENOÛst bt SON DOMAINE GEOGRAPHIQUE, par H. Diweyrier^ Paris (Société de géographie), 1884, in-8**, 84 pages avec carte. — La Société de géographie de Paris vient de publier une étude d'une haute importance et d'une grande actualité, due à la plume de M. H. Duveyrier, l'explorateur bien connu du Sahara septentrional. C'est un exposé historique et géographique, fait avec une conscience extrême et h l'aide de nombreux documents, de la puissante secte des Senoûst. L'auteur en étudie le développement si rapide depuis sa fondation, en 1837, par un humble jurisconsulte algérien des environs de Mostaganem, et, après avoir passé en revue les lois qui la dirigent, il montre qu'elle s'est partout posée en ennemie irréconciliable de la domination française dans le nord de l'Afrique, et au Sénégal, ainsi que de tous les projets tendant à étendre l'influence européenne à l'intérieur de l'Afrique.

Le travail si original de M. Duveyrier intéresse non seulement les Français, mais encore tous les amis des sciences géographiques, qui attendent des expéditions futures l'achèvement de la reconnaissance du Sahara et du Soudan. Il croit en eifet que c'est chez les Senoûsî, qui l'ont poursuivi lui-même, qu'il faut chercher les assassins de Dournaux- Dupéré, du colonel Flatters, de von Beurmann, de von der Decken,etc.

Une carte qui accompagne l'article, permet de se rendre compte, pai' des teintes et des signes spéciaux, du domaine immense soumis à l'influence des doctrines senoûsiennes, ainsi que des zaouiyaque poss^e la redoutable secte, qui est toute-puissante en Tripolitaine, dans le Fezzan, le Tibesti et l'oasis de Eoufara, et qui compte des affiliés jusqu'en Sénégambie, à Timbouktou et dans la presqu'île des Somalis.

' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à B&le, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et cwiUsée,

L'abondance des matières nous oblige à ajourner à un prochain numéro, la publication des autres articles bibliographiques, et, vu le grand nombre des ouvrages reçus, nous supprimons, pour cette fois-ci, la liste des échanges.

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BULLETIN MENSUEL {5 mai 1884).'

Nous disions dans un de nos premiers numéi'os (v. T* année, p. 1 13) que, si notre Tour de V Afrique n'était pas encore aussi à la mode que le Tour du fnonde, il le deviendrait peut-être un jour. Nous ne pensions pas alors avoir à enregistrer aussi prochainement, dans notre bulletin, Tannonce d'un voyante de cipcumnavi^ation autour du con^ tinent africain. Mais le projet est réel; la Société milanaise d'exploration commerciale en Afrique, grâce à l'initiative de son président, Mf > capitaine Manfred Camperio, et d'accord avec la Société générale italienne de navigation, organise, pour le premier septembre prochain, une expédition qui partira de Gênes et fera le tour de l'Afrique, en sens inverse, il est vrai, de notre voyage mensuel. En eifet, son itinéraire la conduira d'abord à Alger, puis à Tanger, Mogador, Saint-Louis, Lagos, Borna, Loanda, Capetown, Natal, Zanzibar, Assab, Massaoua, Suez, Alexandrie, Tobrouk, Tripoli et Tunis. Ce voyage a pour but de compléter l'instruction des jeunes gens de l'école supérieure commerciale et technique italienne, et d'offrir aux négociants l'occasion d'apprendre à connaître de nouveaux marchés pour l'Italie. Les savants et les voyageui'S pourront aussi en profiter. La Société d'exploration mettra à la disposition des voyageurs sa bibliothèque de voyages et d'ouvrages sur l'Afrique, ainsi que ses instruments scientifiques, ses cartes et ses appareils photographiques. Un professeur, délégué par la Société, accompagnera les voyageurs et fera un cours régulier de géographie commerciale africaine. Un médecin fera partie de l'état-major de bord. Deux mois environ seront employés à la navigation, et autant à des haltes, en répartissant les jours selon l'importance des ports indiqués dans l'itinéraire et le temps qui restera disponible. Le prix du voyage sera do 5000 francs, payables en trois termes : le premier, en souscrivant pour le passage, 500 francs ; le second, le 30 juillet, 1500 francs ; le troisième, avant le départ, 3000 francs. Le voyage n'aura lieu que si, au 30 juillet, il y a 40 inscriptions prises. Les inscriptions peuvent se prendre dans toutes les agences de la Société générale italienne de navigation et auprès de la Société milanaise d'exploration en Afrique (via Silvio Pellico, 6),

^ Les matières comprises dans nos Bulletins mefisueîs et dans les Nouvelles complémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant^ partant de l'Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

L'AFRIQUE. — CINQUlèME ANNÉE. — N** 5. 5

Après cette course rapide autoui'de l'Afrique, revenons à l'Algérie, par laquelle nous commençons d'ordinaire notre bulletin, et dans laquelle, comme d'ailleurs dans toutes les colonies de la France, l'Alliance française se propose de répandre toujours davantage la connaissance de la langue française, comme un des meilleurs moyens de gagner les indigènes, et de faciliter avec eux les relations sociales et les rapports commerciaux. A cet effet elle compte fonder de nouvelles écoles, accorder des subventions à celles qui existent déjà et introduire des cours de français dans celles qui en sont dépourvues; créer des écoles normales spéciales destinées à former des maîtres ; distribuer des récompenses propres à assurer la fréquentation des écoles, à stimuler le zèle des élèves et à honorer celui des maîtres. Quant aux écoles normales, elles seront organisées de manière à faire connaître aux futurs maîtres la langue, les institutions et les mœurs de^ indigènes. L'action de l'Alliance s'exercera d'abord en Algérie, pour s'étendre ensuite en Tunisie et dans les autres pays placés sous le protectorat de la France.

Le département de la Seine vient d'acquérir, sur le littoral de la province de Constantine,. près de Bône, le domaine de Guebarbou-Aoun, de 600 hectares, pour y installer deux cents jeunes garçons orphelins, qui le cultiveront et feront ainsi l'apprentissage de futurs colons. Tous ceux qui auront fait preuve d'aptitudes pour la eoloni»ation, et qui auront donné l'exemple d'une bonne conduite, pourront, après leur service militaire, obtenir une concession de terre. Le gouvernement de l'Algérie a concédé à l'administration de l'Assistance publique du département de la Seine, dans les provinces de Constantine et d'Alger, deux terrains domaniaux d'une contenance de près de 3000 hectares, à charge d'y installer comme colons les orphelins devenus majeurs, une fois qu'ils seront mariés.

Quelque précaire que soit l'état danslequelsetrouvel'fegypte, il n'en est pas moins intéressant de connaître lesidées du khédive sur les moyens les meilleurs de relever son peuple. C'est à ce titre que nous extrayons, de VAntislavery Reporter, les paroles suivantes prononcées dans une conversation avec le baron de Malortie, après le départ de Gordon pour sa dangereuse mission au Soudan : « Vous savez quel intérêt profond je prends à l'instruction publique, car, à mon avis, c'est la base de toute réforme; c'est le fondement sur lequel il faut construire; elle mérite donc la plus sérieuse attention. D'autres réformes peuvent présenter un résultat plus immédiat, mais on ne peut rien attendre avant d'avoir élevé le niveau du peuple. Pour faire des hommes, il faut instruire la

jeunesse et répandre l'éducation. Le fellah est docile et n'a besoin que de bons instituteurs; fournissez-lui les occasions de s'instruire, et il ne trompera pas les espérances les plus hautes. Le plus cher désir de ma vie est de réformer et de développer notre système d'éducation, mais nous n'avons pas d'argent. Comment les indigènes peuvent-ils espérer concourir avec des Européens soigneusement élevés ? Comment peuventils espérer remplacer quelque jour les nombreux hommes capables que le continent nous a prêtés comme maîtres d'écoles, si l'on ne fait rien pour élever une génération utile? Ce n'est pas seulement l'éducation des garçons qu'il faut se proposer de développer, c'est aussi celle des filles. Il faut que la femme soit l'égale de l'homme; son influence sera mauvaise ou bonne, selon qu'elle sera ignorante ou cultivée. Un entourage sans éducation est fatal à nos enfants dans leur âge tendre, et laisse sur eux: une empreinte indélébile. Mais il y a encore une autre chose extrêmement importante, c'est, comme je Tai dit à réitérées fois, le fait que l'éducation des femmes mettra fin à la polygamie, et par suite au système de l'esclavage du harem, et aux misères associées à un trafic que j'abhorre. Le prpphète interdit d'avoir des esclaves musulmans, et la mutilation est un crime égal au meurtre. Avec une femme, votre égale et votre compagne, les barrières du harem tomberont; ce n'est qu'une question de temps ; mais si vous voulez réellement abolir promptement l'esclavage, aidez-nous à élever la génération qui grandit. C'est une noble tâche, et l'a, b, c de toute réforme. Donnez-nous l'éducation et la justice ; tout le reste suivra. »

Le khédive verra-t-il ses vœux réalisés ? Les événements actuels ne permettent guère de l'espérer. La retraite des troupes anglaises de Souakim, le soulèvement des tribus autour de Berber, de Schendy, de Khartoum et de Kassala, les appels inutiles de Gordon au gouvernement britannique qui refuse d'envoyer des troupes à son secours, à Ziber-pacha qui reste tranquille au Caire, aux millionnaires de l'Angleterre et de l'Amérique qui ne donneront pas leur argent pour solder des légions turques, tout semble conspirer pour rendre des plus périlleuses la position 4u gouverneur du Soudan qui, à vues humaines, ne paraît plus pouvoir compter, pour faire évacuer les postes égyptiens, que sur les divisions qui peuvent éclater parmi les partisans du Mahdi, ou même sur la révolte des adhérents du faux-prophète contre l'autorité qu'il s'arroge. Il n'est guère possible de savoir exactement ce qui se passe dans le Kordofan, autour d'El-Obeïd, où des bruits représentent Mohammed-Ahmed Assiégé, comme Gordon l'est dans Khartoum. Ce que l'on sait, d'après

une lettre de M. Hansal, du 5 mars, à M. le baron de Hofmann, à. Vienne, publiée dans V Oesterreichische Monatsschrift fur den Orient^ c'est qu'un officier nègre de l'ancienne garnison d'El-Obeïd, Abdalah- Aga, qui a pu s'échapper, a raconté que, après l'occupation de. la ville par le Mahdi, les soldats ont été vendus ; lui-même, chargé de fers aux mains et aux pieds, fut conduit à Takalé, où il fut traité comme un serf. D mit 80 jours pour faire, k pied, le trajet de Takalé à Khartoum, vivant d'herbes, de racines et d'écorces d'arbres. Le Darfour est soumis au Mahdi, à l'exception de la capitale El-Facher, où est assiégé Slatinbey. Quant à l'abandon de la doniination égyptienne au Soudan, et à la remise de l'administration aux chefs des provinces, sous une autorité supérieure commune, « c'est l'anarchie,» dit M. Hansal. « La guerre des races est inévitable. Les nombreux roitelets lutteront pour s'emparer du pouvoir jusqu'à ce que le Mahdi les subjugue tous. L'époque des expéditions annuelles des barques remontant le Nil-Blanc, jusqu'au cœur des États nègi-es, va refleurir avec toutes les horreurs qu'elles entraînaient; le vol, la fraude, les rapines, le meurtre et l'incendie seront célébrés comme des exploits, le trafic de chair humaine renaîtra et s'étendra plus que jamais, ce sera le triomphe de la barbarie! De telles pei-spectives rendent impossible la vie au Soudan pour les Européens, qui se trouvent condamnés à émigrer sans savoir où trouver un asile. A la nouvelle de la mission de Gordon, l'émigration en masse s'était arrêtée temporairement, parce qu'on espérait que l'insurrection serait réprimée par la force militairje. Après la déception qui suivit, l'évacuation vers l'Egypte recommença ; tous les Coptes abandonnèrent leurs riches propriétés. Quelle indemnité recevront-ils pour l'abandon de ces richesses mobilières et immobilières? »

Pendant longtemps nous avons espéré que les biniits qui circulaient sur la captivité et la mort de notre compatriote, Gottfpîed Roth^ n'étaient pas fondés. D'après un message du D' Schweinfurth, du Caire, à VAntislarery Reporter, le doute sur sa moil; n'est plus possible. Un marchand syrien nommé Yousouf Taber, qui a passé les deux dernières années au Kordofan et au Darfour, et qui est revenu récemment au Caire, a rapporté au D' Schweinfurth que G. Roth, envoyé à Chekka, au sud du Kordofan, comme inspecteur de la traite, dut se rendre à son poste par El-Facher. De là U partit pour Chekka, en compagnie du gouverneur Slatin-bey. A Dara, il tomba malade de la fièvi-e du pays* L'insuiTection des Baggaras, soulevés par le Mahdi, ne lui permit pas de poursuivre sa route jusqu'à Chekka; il dut revenir, déjà très malade, à

El-Facher,où il mourut quelque temps après. Au dire de Yousouf Taber, cette mort doit remonter au mois de décembre 1882 ; chrétien, il assista à l'ensevelissement de notre compatriote à El-Facher. La cause de la suppression de la traite a perdu en Gottfried Roth un de ses champions les plus braves, au moment oîi elle a le plus besoin d'hommes vaillants, qui demeurent inébranlablement fidèles au devoir de s'opposer à la vente de leurs semblables. Il faut lutter en effet contre une politique impitoyable, qui accumule les arguments pour atténuer le crime des vendeurs et des acheteurs d'hommes, et pour présenter, comme moins triste qu'il ne l'est en réalité, le sort de ceux que l'on dépouille de leur dignité d'homme en les privant de la liberté !

D'après une lettre du missionnaire Mackay, écrite des bords du Victoria-Nyanza, tout ce qu'il entend dire aux Ba-Ganda, qui dans leurs incursions pénètrent bien au delà de Bou-Soga, lui fait croire qu'il n'y a pas de lac du nom de Baring^o. a L'idée qu'il y ait un lac dans cette direction provient, » dit-il.« d'un malentendu, de la signification en arabe du mot Bahr, Le mot Baringo signifie le peuple du léopard, et se rapporte à une tribu, mais non à un lac : Ba étant le préfixe employé par toutes les tribus au nord du Victoria-Nyanza, et ngo signifiant léopard, en ganda, le r n'est qu'une lettre euphonique. Les Ba-Ganda ont parlé à M. Mackay d'une tribu de ce pays à laquelle on donne le nom de Ba- Riiigo, parce que, à la guerre, ses hommes portent des peaux de léopards. De même ils parlent d'une autre tribu dans le même voisinage, qui s'appelle Ba-Mporogoma, parce que ses gens portent des peaux de lions, mporogoma signifiant lion. »

M. Giraud, explorateur francjais, a adressé à M. Strauch, secrétaire général de l'Association internationale africaine, une lettre dans laquelle il exprime sa vive gratitude pour l'hospitalité que lui a accordée le chef de la station de Karéma, M. Storms, et donne, sur la première partie de son expédition, des détails que nous nous faisons un devoir de communiquer à nos lecteurs.

a Mon voyage, dit M. Giraud, quoique relativement très heureux, n'a pas donné tous les résultats que j'en attendais. Au Ban^ouéolo. où je comptais vou* un lac, je n'ai trouvé qu'un immense marais où j'ai pataugé près d'un mois. Le Louapoula, que les géographes [d'après Livingstone] font sortir au N.-O. du lac, en sort du côté opposé. Je m'y lançai néanmoins avec les huit braves qui montaient mon bateau, pendant que le reste de ma caravane allait m'attendre chez Cazembé.

« Dès ce jour-là commença pour moi une vie de misères, qui devait

durer jusqif au Tangaoyika. Le Louapoula sort au sud du lac, et, avant de prendre la direction S. N. qu'il a dans le Lounda, il court pendant plus de 160 kilomètres au S. 0. C'est au coude formé par ces deux direc^ tions, que je fus arrêté un beau jour, à quelques centaines de mètres de la puissante cataracte de Mombottouta, harcelé depuis trois jours par un millier d'indigènes, qui me hurlaient la guerre sur les deux rives ; que pouvais-je faire, avec mes huit hommes, en face de cette grande cataracte ?

a Je dus me constituer prisonnier, eu abandonnant la moitié de mon matériel et mon malheureux bateau. Lui avoir fait franchir l'Ou-Sagara et tout le massif de montagnes au N. du Nyassa, et l'abandonner après vingt-cinq jours à peine de navigation ! C'était navrant! Le jour où il me fallut m'en séparer fiit sans contredit le plus mauvais de mon voyage.

« Conduit chez Mere-Mere, chef des Wa-Naoumi^ qui demeure à dix marches au nord, et à peu près par la latitude du Bangouéolo, j'y restai deux mois en captivité, mourant de faim avec mes huit hommes. Le temps me manque pour vous raconter comment j'arrivai un jour à rejoindre ma caravane chez Cazembé. Ce fut un beau jour que celui-là» mais de bien courte durée. Profitant de mon absence, Cazembé s'était emparé de la moitié des fusils de ma caravane ; fort alors de mon impuissance, il m'obligea d'acheter de l'ivoire avec les quatre pauvres charges d'étoffe qui me restaient.

« A moitié désarmé, sans vivres, je m'enfonçai aloi's dans le pori, en lui déclarant la guerre; j'y restai un mois et demi avant d'atteindre le Tanganyika, nourrissant mon monde de ma chasse. Pendant tout ce temps, mes hommes qui se sont bravement conduits, n'ont pas trouvé à acheter une seule poignée de farine. Les habitants sont du reste rares dans l'Itahoua, ravagé en ce moment par une famine effrayante.

a Le Moero, sur lequel j'ai passé quatre jours à chasser et à pêcher, est un grand beau lac, bien encaissé entre ses deux rives.

« A Jendoué, oîi j'atteignis le Tanganyika, je trouvai deux missionnaires anglais qui me facilitèrent autant que possible la tâche de faire parvenir tout mon monde à Karéma.

« J'avais bien souffert, il est vrai, mais à Karéma on se guérit de tout. Cette station vous a coûtébien des sacrifices, mais vous pouvez en être fiers à juste titre. Si l'Association avait là un officier en permanence, nul doute qu'avant vingt ans Karéma n'eût entièrement remplacé l'Ou- Djidji et l'Ou-Nyanyembé ; à part le confort et les améliorations

apportées à la station par les divers voyageurs, la position de Karénia devient, par le retrait constant du lac, unique * sur le Tanganyika...

« Je ne vous dis rien de ma santé. Depuis la côte, je n'ai pas ouvert ma hotte de médicaments. M. Storms du reste ne me le cède en rien, il doit vous récrire ; nous restons deux phénomènes au centre de cette Afrique si redoutée.

« Pourquoi l'Association n'ahandonne-t-elle pas la route empestée de rOu-Nyanyemhé, le seul endroit malsain de l'Afrique tropicale, en dehors des côtes. Vous en avez une autre superhe et aussi courte par rOu-Héhé, rOu-Sasa, et l'Ou-Fipa. L'Ou-Nyanyemhé est tout près d'ici; le jour où la station en aura besoin, ce n'est qu'un jeu d'y dépêcher une caravane... Je suis convaincu que c'est pour m'être écarté de l'Ou-Nyanyemhé, que je n'ai pas eu en tout deux grammes de quinine à avaler depuis la côte.

« Je compte rester à Karéma jusqu'au milieu de mars. J'attends en ce moment une caravane que j'ai envoyée dans l'Ou-Nyanyemhé, pour me chercher un ravitaillement, qui me servira d'abord à rendre à M. Storms les étoifes qu'il m'a prêtées, et ensuite k continuer mon voyage vers le S.O. M. Storms veut bien me transporter dans sa barque à Mpala, votre nouvelle station. De là, mon intention est de traverser le Maroungou, le Loualaba, et de gagner Léopoldville en suivant h peu près le sixième degré de latitude. »

M. Storms, en envoyant cette lettre à M. Strauch, écrit, le 17 janvier, que M. Giraud est arrivé à Karéma au commencement de décembre 1883, et qu'il se proposait d'y séjourner jusqu'à la fin de la saison des pluies, c'est-à-dire jusqu'à la mi-mars. — M. Storms ajoute qu'il a envoyé par Sef ben Rachid, Arabe chargé de la direction des caravanes de l'Association entre Karéma et la côte, une collection d'objets d'histoire naturelle. — La santé des trois agents de l'Association était excellente.

Le Précurseur d'Anvers annonce que l'AHSocmtion internationale affk-icaine enverra sous peu une expédition sous les ordres du lieutenant Beclcep qui sera chargé de se rendre par le Zambèze et le Chiré, au IVyasi^a, pour établir une station sur le lac, au point le plus rapproché du Tanganyika.

On connaissait depuis assez longtemps des spécimens des dessins laissés par les Bushmen dans les grottes du Lieas^onto; c'étaient des

* Sans doute à cause de la profondeur du lac en cet endroit, où la côte forme un promontoire, qui s'avance au sein des flots comme un énorme brise-lames.

scènes de la vie privée, des aventures de chasse ou des figures d'auimaux. M. Christol, actuellement missionnaire à Hermon, a récemment découvert et reproduit un de ces dessins, qui présente un intérêt particulier, en ce sens qu'il nous apporte une des pages de l'histoire du pays. Une bande de Matabélés (Zoulous du Nord), dont l'organisation puis-santé a fait verser des torrents de sang dans l'AMque australe, accourent armés de leurs boucliers et de leurs sagaies, pour se ruer sur une troupe de Bushmen. Les Matabélés sont représentés en noir, une ceinture blanche ou rouge autour du corps, la tête empanachée de plumes. Quant aux Bushmen, ils sont peints avec cette couleur de peau qui leur est particulière, en rouge; ils sont armés de leurs petits arcs, avec lesquels ils se défendent de leur mieux contre leurs agresseurs plus forts, tout cela est très exact. Du côté gauche de la scène, un troupeau de zébus est repoussé en arrière par des gardiens qui cherchent à le protéger contre les assaillants. Ancien élève de Gérôme, M. Christel a pu donner de cette scène historique une reproduction fidèle.

L'expédition portugaiiie, dirigée par M. Henrique de Garvalho, partira en mai. Elle se propose d'étudier, spécialement au point de vue commercial, la région qui s'étend k l'est de la province d'Angola jusqu'aux États du Mouata-Yamvo $ elle en étudiera les principaiix produits, les routes que suivent actuellement les trafiquants ; en outre elle examinera les points oii il serait convenable de fonder des stations commerciales et civilisatrices, pour développer des relations directes avec les principaux centres de trafic de la province d'Angola, et cherchera à se concilier le respect et l'amitié des indigènes. M. Carvalho a cherché à intéresser h son entreprise le commerce de Lisbonne et de Porto, en offrant de se charger de marchandises dont l'écoulement est assuré et facile dans la région qu'il compte explorer.

L'établissement par Stanley d'une station aux chutes qui portent son nom, et l'envoi, par la voie de Nyangoué à Karéma, d'un message pour Zanzibar, marquent un grand progrès dans l'œuvre du Comité d'Études du Haut-Congo, et permettent de présenter comme non interrompue la communication entre les côtes occidentale et orientale de l'Afrique. Sans doute d'autres stations intermédiaires viendront compléter cette chatne de postes, mais c'est déjà beaucoup d'avoir créé, en quatre ans, une trentaine de stations hospitalières — y compris celles du QuiUou- Niari — desservies par une flottille d'une douzaine de steamers et de baleinières, avec une armée de 1800 porteurs zanzibarites, aux ordres de 128 Européens de toutes les nationalités. Stanley n'estime cepen-

dant pas avoir terminé sa tâche d'explorateur. Quoique le bruit ait couru qu'il allait revenir en Europe pour se reposer, il se propose, d'après un article du Times dont l'auteur semble bien informé, de remonter l'Arououimi, pour passer dans le bassin du Bahr-el-Ghazal et résoudre le problème de rOuellé. Nos lecteurs se rappellent que lors de sa descente du Congo, il assimilait l'Arououimi à l'Ouellé de Schweinfurth. Depuis qu'il a quitté l'Europe pour reprendre ses travaux sur le cours moyen du grand fleuve, il n'a pu être informé des découveites du D' Junker dans le bassin de l'Ouellé ; il ignore également les explorations du voyar geur russe dans la région du Bomokandi et de la Népoko, et l'on comprend son désir de déterminer les bassins du Congo, du Ghari, et du Bahr-el-Ghazal. Quoi qu'il en soit, ses nouvelles études seront utiles, et jointes à celles de Junker, de Lupton-bey et de Casati, qui vraisemblablement devront chercher à se frayer une route vers le sud jusqu'au Congo, elles serviront à faire connaître une des régions sur lesquelles les renseignements font encore à peu près complètement défaut.

Le traité anslo-portug^is dont nous avons donné le résumé dans notre dernier numéro, n'a été discuté jusqu'ici, ni dans le Parlement anglais, ni aux Certes. Néanmoins depuis le 26 février, jour où il a été signé, il est devenu l'objet de vives protestations, aussi bien en Angleterre et dans le Portugal, que dans les autres États de l'Europe et de l'Amérique, intéressés au maintien de la libre navigation et du commerce sur le coura inférieur du Congo. La Société de géographie de Lisbonne a chargé sa Commission africaine de l'étudier et de &ire rapport à l'Assemblée générale, où il sera discuté avant del'étredans les Chambres, de manière à ce que celles-ci connaissent l'opinion du pays avant leurs délibérations. Les Chambres de commerce de Londres, de Manchester, deLiverpool, de Birmingham, de Bradford, de Glasgow, etc. demandent des explications sur les motife qui ont engagé le gouvernement britannique à céder aux instances du Portugal et à sacrifier la liberté dont le commerce a joui jusqu'ici dans cette région. Les sociétés missionnaires et philanthropiques anglaises réclament au nom de la liberté religieuse et de la liberté des noirs, compromises, leur semble-til, par la reconnaissance de l'autorité portugaise sur un territoire où jusqu'ici elle ne s'est pas exercée. La Hollande, la France, l'Allemagne, les États-Unis protestent, chacun à leur manière, contre cette reconnaissance. Devant cette opposition presque universelle, il est douteux que le traité anglo-portugais soit ratifié. Il semble plus probable qu'on en viendra à la solution exposée par la Correspondance diplomatique^

d'après laquelle les rives du Congo seraient, il est vrai, placées nomi* nalement sous la souveraineté du Portugal, mais pour être administrées en réalité par une commission internationale qui, ayant la haute main ' sur les impôts, aurait une part directe dans Tadministration générale du pays. C'était à peu près la première proposition anglaise, qui tendait à rétablissement d'une commission internationale pour le Bas-Congo, composée comme celle du Danube.

En même temps que s'ouvre toujours plus complètement la voie du Congo, celle deTOf^ôoné et de l'Alima devient plus libre, grâce aux négociations de Savopfpnan de BrasEza avec les indigènes des rives de ces deux cours d'eau. Il a complété les résultats commerciaux obtenus en 1881, en amenant la plupart des chefs des territoires situés le long de rOgôoué (Okanda, Âdouma, Batéké), à se placer sous le protectorat de la France. Tous les petits monopoles et les droits énormes qui entravaient la circulation ont été supprimés ; la navigation ne sera plus interrompue, et le commerce européen pourra pénétrer par l'Alima jusqu'au centre de l'Afrique. Les Apfourous qui, en 1875, avaient accueilli l'explorateur à coups de fusil, qui, en 1881 encore, lui avaient refusé le passage, ont laissé, en 1883, le D' Ballay mettre à l'eau, sur l'Alima' la chaloupe démontée qu'il avait à grand'peine amenée du Gabon, et n'ont conmiis aucun acte d'hostilité envers les membres de l'expédition française. D'après les dernières nouvelles, de Brazza était, au mois de février, à 400 kilomètres en amont de Stanley-Pool. — Le P. Augouard, qui a établi une station à 12 kilomètres de Stanley-Pool, dans le pays des Batéké, l'a quittée, le 28 janvier, dans une situation satisfaisante, pour venir se reposer en Europe.

La Société des études coloniales et maritimes, a nommé une commission chargée d'étudier les voies et moyens d'exécuter une exploration scientifique et commerciale dans le Soudan occidental. Partant de Bamakou sur le Niger, l'expédition, munie d'une canonnière démontable, visiterait le Massina et Tombouctou, puis remonterait le Sokoto jusqu'au point où il cesse d'être navigable, et regagnerait après cela le Niger pour le descendre jusqu'à son embouchure. Elle a demandé h la Société de géographie commerciale de Paris de déléguer deux de ses membres, pour les adjoindre à ceux de la susdite conmiission, qui deviendrait commission executive si le projet était reconnu utile et réalisable.

Le Comité anglais de la mission chez les Kabyles et les autres races berbères de l'Afrique, a décidé de fonder, à côté de son œuvre

en Algérie, une station à Tann^er, en commençant par une mission médicale qui sera confiée au IK Witten. Il aura avec lui un ou deux collègues pour travailler à Tœuvre missionnaire et à l'éducation proprement dite. Un bâtiment et un terrain ont été achetés, à un kilomètre de la baie de Tanger, à 60" au-dessus de la mer. Ce sera la première mission au Maroc. Le Ciomité espère pouvoir envoyer plus tard, de Tanger, un agent indigène aux tribus des vallées de l'Atlas et au Chlous du sud-ouest du Maroc.

NOUVEIXES GOKPIjÉMENTAIRES

Pendant son excursion au sud de la province de Constantine, le gouTerneur général de l'Algérie a été saisi, par les commerçants de Biskra, d'an projet de chemin de fer de Biskra à Touggourt, dont on Pa prié de presser l'exécution.

M. Eraldo Dabbene, revenu en Europe après un long séjour dans les provinces égyptiennes équatoriales, où il a fait de riches collections zoologiques, se propose de se rendre au Ghoa et au Kaffa. La Société itaUenne de géographie lui a accordé son appui moral et un subside de 1,000 francs.

M. Felice Gessi, fils de l'illustre Gessi-pacha, est parti pour l'Afrique où il compte se vouer à l'exploration et au commerce.

Il s'est fondé à Gènes, grâce à l'initiative de M. Manfred Camperio, une société d'exploration en Afrique, qui associera ses efforts à celle de Milan.

Bianchi écrit à VEsploratore qu'il a rejoint le négous dans le voisinage de Lalibela ; il espérait obtenir l'autorisation de descendre sur Assab, accompagné seulement d'un guide sûr, et en passant par les lieux où Giulietti a été massacré.

Le 10 mars a eu lieu à Turin une réunion, dans laquelle M. C.-C. Benzi a exposé le projet de créer des stations pour le commerce italien, à Assab, dans l'Aoussa, au Choa et en Abyssinie. Un comité a été nommé pour préparer la mise à exécution de ce projet approuvé par l'assemblée.

Les intérêts de la colonie d' Assab et des explorateurs italiens dans ces parages sont menacés par l'attitude hostile d'un gouverneur voisin, qui empêche les Danakil de prêter leurs services aux étrangers.

Le sultan des Amphalis, dont le territoire s'étend entre la possession française d'Obock et l'Abyssinie, a adressé au président de la république française une lettre, dans laquelle il demande à la France de faire passer par son pays les caravanes qui se rendent au Choa.

Une dépêche d'Aden annonce que le migor Hnnter est chargé de régler la question de la cession du territoire de Harar, actuellement soumis à l'Egypte, à ses anciens possesseurs, et que les Somalis ont demandé au gouvernement anglais d'exercer un contrôle sur les ports africains du golfe d'Aden. M. Hunter deviendrait gouverneur de Berbera.

Le Rev. G.-H. Swinny, agent de la mission des Universités, se rend an lacNyassa, avec sa femme et un jeune Zoulou. Leur champ de travail sera au N.-£. du lac, au milieu d'une tribu puissante, parlant le zoulou, et adonnée à la chasse aux esclaves.

Le journal Écho annonce que des dépôts diamantifères ont été découverts à 1 V< kilomètre de la ville d'Utrecht, dans le Transvaal.

Après la signature de la nouvelle convention entre l'Angleterre et le Transvaal, les délégués du gouvernement de la République du sud de l'Afrique sont venus en Hollande, où ils ont conclu un emprunt de 15,000,000 de florins, puis à Paris, et maintenant ils sont à Lisbonne, où ils doivent poursuivre les négociations relatives au chemin de fer de Pretoria à la frontière des possessions portugaises.

D'après le Despatck^ de East-London, une forte émigration d'Allemands de la Colonie du Cap se prépare pour le Transvaal. Il est question de 200 à 300 émigrants.

Le territoire acquis à Angra-Pequena par la maison Luderitz, de Brème, ne servira pas seulement à l'installation d'une station commerciale, ou à l'exploitation des gisements de cuivre signalés dans cette partie de l'Afrique ; l'agriculture et l'élève du bétail y auront leur part ; une trentaine de familles allemandes, des pâtres allemands, des taureaux et des étalons y sont attendus. Les missionnaires de Barmen prévoient que cet établissement de colons allemands dans le Namaqualand amènera une transformation du système de la propriété qui, jusqu'ici, est demeurée collective.

L'insalubrité de la région où les Boërs ont créé la colonie de San Januario, dans la province de Mossamédès, les obligera probablement à la quitter. Ils songent à demander aux Damara la permission de traverser leur territoire pour s'établir dans le Namaqualand. Si les Namaqua ne veulent pas leur accorder une concession de terrain, ils remonteront le long des bords de l'Orange et du Yaal jusqu'au Transvaal. Un comité s'est formé à Pretoria pour leur faciliter le retour.

Sous les auspices de la Société néerlandaise de géographie, une expédition hollandaise partira prochainement pour l'Afrique centrale. Les trois voyageurs qui la dirigeront comptent se rendre de l'Angola au Kaoko, pour explorer ensuite le pays entre le Cunéné et le Coubango, d'où ils atteindront le Zambèze et le Transvaal.

Le D*" Nachtigal a quitté Tunis pour se rendre à la côte occidentale d'Afrique et au Congo, où il est chargé de remplir, pour le compte de l'empire allemand, une mission politique, scientifique et commerciale ; il sera accompagné du D*" Bûchncr. — Le gouvernement allemand a l'intention de créer dans cette région une station navale pour sauvegarder les intérêts de ses ressortissants.

Le D<^ Pogge, qui était revenu de Nyangoué à Muquengué, où il a fondé une station scientifique et hospitalière, était en route pour rentrer en Europe. Il a réussi à atteindre la côte à Loanda, mais il y est mort le 16 mars.

D'après une dépêche de Dondo du 29 février, le lieutenant Wissmann avait quitté cette localité pour se rendre à Malangé, d'où il devait envoyer des porteurs aux autres membres de l'expédition qui l'auront rejoint à Malangé.

•'V.-^Vi

Le gouvernement portugais a présenté aux Cortèaun projet de loi Fautorisant à mettre en adjudication un chemin de fer, de Saint-Paul de Loanda à Ambaca.

M. Bnonfanti s'est rendu à Rudolfstadt, station du Comité d'études du Congo, fondée à l'embouchure du Quillou par le lieutenant Van de Yelde.

Le Mouvement géographique publié par l'Institut national de géographie, de Bruxelles, annonce que cet Institut patronne seul l'expédition du D' Chavanne an Congo, et qu'il prend à sa charge les frais de l'entreprise. Le Comité d'études du Congo a simplement accordé à l'explorateur son appui moral et la protection de ses stations.

D'après une lettre du D' Sims, de Léopoldville, aux Begion's 5eyondy les Arabes, dont la présence au confluent de l'Arououimi et du Congo a été signalée par Stanley, dans sa dernière exploration du fleuve au delà de l'Equateur, sont venus jusqu'à Stanley-Pool, ayant avec eux des esclaves.

La ville de Niffou, dans la république de Libéria, a été déclarée port ouvert à l'importation et à l'exportation pour le commerce intérieur et extérieur.

Une ambassade d'Ahmadou, roi de Segou, est arrivée à Sierra-Léone, chargée d'offrir dix vaches au gouverneur de la colonie et de lier avec celle-ci des relations commerciales.

Le ministre des finances de France a chargé M. Reulet, inspecteur de l'enregistrement, de se rendre au Sénégal, pour y faire une enquête sur la gestion des fonds affectés à la construction du chemin de fer du haut Fleuve.

Le sultan du Maroc a appelé des ingénieurs européens pour étudier des gisements de charbon signalés aux environs de Tanger.

BIBLIOGRAPHIE

Les Éoyptbs, par Marins Fontane (de 5000 à 715 av. J.-C). Paris, (Alphonse Lemerre), 1882, m-8% 513 p., avec deux cartes. Fr. 7.50. — C'est une histoire universelle complète que compte écrire M. Marins Fontane. Elle doit se composer de 16 volumes dont 3 seulement ont paru jusqu'à ce jour : l'Inde védique, les Iraniens et les Égyptes ; puis viendront les Asiatiques, et une série de volumes, dont chacun embrasse une période caractéristique et qui nous conduiront jusqu'aux événements récents.

Il est presque superflu de parler ici de l'auteur comme écrivain. Sa haute valeur, son talent d'historien critique, son style dair, concis, sans emphase, sont connus de tous. Ses ouvrages, dès leur apparition, ont attiré

' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à BMe, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique explorée et cmtiaée.

rattentioQ du monde savant, et se trouvent maintenant dans toutes les bibliothèques scientifiques. Des cartes dressées par Tauteur lui-même les enrichissent et en facilitent la lecture ; le volume sur TÉgypte en renferme deux : Tune, du bassin du Nil, d'après les découvertes modernes, Tautre, de TÉgypte au temps des Pharaons. En outre, des recherches peuvent aisément se faire, au moyen d'un index alphabétique annoté.

Il ne nous est pajs possible, par suite du cadre étroit dans lequel nous devons nous maintenir, de donner une idée, même bien pâle, du contenu du volume que nous avons sous les yeux, non plus que de la haute science et du sens critique qui y éclatent presque à chaque page.

Il débute par une description complète du grand fleuve et de ses crues périodiques, car TÉgypte, c'est le Nil ; puis le pays lui-môme, son climat, ses productions, sa faune, sa flore, sont passés en revue et préparent le lecteur à l'étude historique proprement dite. M. Fontane cherche ensuite à débrouiller Fécheveau confus des éléments qui ont contribué à former la population égyptienne. Quelle est l'origine du type rouge égyptien? Il n'est pas possible de le dired'une manièrepréci6e,et l'on doit admettre que, par les Éthiopiens au sud, par les Africains à l'ouest et par les Asiatiques à l'est, l'Egypte a reçu, de bonne heure, le sang des principales races qui peuplent la terre; mais le type primitif est bien difiicile à retrouver sur un sol oii se sont établis successivement les Perses, les Assyriens, les Hébreux, les Syriens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Arabes et les Turcs.

Après cette introduction sur le pays et ses habitants, l'auteur aborde l'histoire proprement dite, et la poursuit, avec une rare clairvoyance, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin de la 24** dynastie (715 avant notre ère). Les découvertes archéologiques ayant rendu à la liste royale de Manéthon toute son autorité, c'est sa nomenclature qui, malgré ses imperfections, sert de guide à M. Fontane. «c On peut, dit-il, discourir sur l'importance de Menés, rechercher s'il fut le premier souverain de l'Egypte, l'organisateur du pays nouveau, ou s'il ne fut que le continuateur d'une série déjà longue de souverains ; mais on ne nie plus aujourd'hui le règne de Menés. » Depuis Menés, c'est-à-4ire depuis l'an 5004 avant notre ère, l'histoire générale de l'Egypte est fixée, et divers systèmes de classification de ces temps anciens existent déjà. Disons, en terminant, que, d'après M. Fontane, la véritable divivision se basant sur les dynasties de Manéthon, au nombre de trentedeux, comprend : L'Ancien Empire (5004-3064 avant notre ère) ; le Moyen Empire (3064-1703) ; le Nouvel Empire (1703-332) ; l'Egypte des

Grecs (332-30) ; l'Egypte des Romains (de l'an 30 avant notre ère à 381 après J. C.)*

Egypt exploration fund. Report of first gênerai meeting and balance sheet. London,in-8% 20 p. — La découverte faite, l'année dernière, par notre savant compatriote, M. Edouard Naville, des ruines de la ville de Pithom-Succoth, a fait jaillir la lumière sur plusieurs points demeurés obscurs jusqu'ici dans Thistoire égyptienne et dans l'histoire biblique. Le rapport de M. Naville, présenté à l'assemblée générale de la Société pour l'exploration de l'Egypte, en exposant les progrès des fouilles entreprises par lui à Tell-el-Maskutah, sur l'emplacement de la Pithom de l'Exode, bâtie parRamsès II, le Pharaon de l'oppression, montre la justesse du coup d'œil de l'explorateur, et la sagacité de son esprit, en même temps que la sagesse et la prudence de ses déductions. Les faits acquis comme certains ne l'entraînent pas à des conclusions précipitées sur la route suivie par les Israélites à leur départ de l'Egypte. Il se borne à émettre, comme hypothèse, l'idée qu'ils ont pris la route du sud, et non celle du nord comme l'affirme Brugsch; mais la certitude ne pourra être fournie que par des fouilles ultérieures. Le succès de la campagne de M. Naville nous garantit de précieux résultats pour ses recherches ultérieures.

Uganda und der acgyptische Sudan, von Rev. C.-S. Wilson und R.'W. FeUcin. Stuttgart (J.-G. Cotta), 1883,2 vol. in-8« illust. Fr. 9. 50. — Nos lecteurs se rappellent que le Rev. Wilson appartenait au premier groupe de missionnaires envoyés au lac Victoria par la voie de Zanzibar, et que, demeuré seul après la mort de ses compagnons de voyage, il fut le fondateur de la mission de l'Ou-Ganda ; M. Felkin lui fiit envoyé conune aide, par la route de Souakim à Berber et par la vallée du Nil. Plus tard ils revinrent ensemble par cette dernière voie, accompagnant les trois ambassadeurs que le roi Mtésa envoyait à la reine d'Angleterre. Ils ont donc eu l'occasion de bien voir le pays et les tribus de cette partie de l'Afrique.

Empruntés en grande partie aux journaux personnels des deux voyageurs, ces volumes, dont la première partie est due à la plume de M. Wilson, et la seconde à celle de M. Felkin, ont tout l'attrait de tableaux peints d'après nature. Ils se sont proposé de décrire, non pas tant leur œuvre missionnaire, que la nature du pays habité et parcouru par eux, ainsi que les mœurs des indigènes au milieu desquels ils avaient vécu, ou qu'Os avaient pu observer pendant leur voyage. Ils l'ont fait de la manière la plus simple et la plus propre à donner au lecteur une

idée exacte d'une région qui, pourvue de bons moyens de communication, et sous un gouvernement juste et désintéressé, offrirait à la civilisation et au commerce un champ vaste et fécond. A cet intérêt s'ajoute celui de la comparaison que la lecture de ces volumes permet de faire , entre l'état de cette partie de l'Egypte à l'époque oîi MM. Wilson et Felkin la traversaient, où l'on pouvait descendre toute la vallée du Nil, du lac Victoria à Khartoum, et passer de Berber à Souakim, sans autre arme défensive que son bâton de voyage, et ce qu'en a fait la révolte du Soiidan, étendue aujourd'hui à tout le bassin du Nil jusqu'aux provinces de l'équateur, oii Schuver vient d'être assassiné, et d'où lesexplorateurs Junker et Casati, et les gouverneurs Lupton-bey et Emin-bey ne savent pas comment sortir.

C'est un privilège pour l'Allemagne d'avoir une traduction aussi bien faite, à laquelle les illustrations fournies par les photographies du niagnifique ouvrage de M. Richard Buchta, sur le haut-Nil, donnent un charme de plus. Nous ne pouvons qu'en souhaiter une semblable au public de langue française.

Qu'il nous soit permis d'exprimer le vœu que la prochaine édition de la traduction allemande, soit accompagnée d'une carte, ne fftt-ce que celle de l'itinéraire du voyage de MM. Wilson et Felkin, publiée pour les Mittheilungen, par l'Institut de M. Justus Perthes à Gotha.

Un EXPLORATEUR AFRICAIN. Auguste Stahl, mort au Gabon en 1881. Son voyage et sa correspondance (avec 2 cartes), par Emile Dietz. Paris (P. Monnerat), 1884, in-8% 64 p. Fr. 1,25 ; avec portrait Fr. 1,75. — Cette notice a été présentée à la Société des sciences de Strasbourg, qui s'occupe aussi des questions africaines.

Si l'importance d'un voyage se mesurait à l'enthousiasme de son auteur, celui dont nous parlons aurait été fécond en résultats. Pourquoi a-t-U fallu que la fièvre impitoyable brisât, dès son début, une carrière si bien commencée ? Né à Blidah, en Algérie, Stahl considérait l'Afrique comme sa vraie patrie. N'ayant pu, malgré son désir, faire partie de la mission Coiilard au Zambèze, ni de l'expédition Flatters, il partit, en novembre 1880, avec MM. Ballay et Mizon pour le Gabon et l'OgÔoué. Ces derniers devant séjourner quelque temps à Dakar, il les devança et arriva à Libreville, le 1" février 1881. Là, négligeant les recommandations des officiers de la colonie, il parcourut le pays, se promenant toute la journée soit au fort soleil, soit sous bois, au milieu des marécages, et dans ces courses, il contracta la fièvre à laquelle il succomba le 14 mars à l'âge de 28 ans.

La notice de M. Dietz renferme une biographie de l'explorateur, une lettre de Mizon annonçant le &tal événement, et une dizaine de lettres de Stahl lui-même, adressées à sa famille et à ses camarades d'études ; elles respirent, sauf la dernière, une inaltérable gatté et une grande confiance dans l'avenir, et donnent, sur le Gabon, des renseignements intéressants.

Crakiologische Untebsuchukcî der Neoer und der Neoervôlker, Nebst einem Bericht uber meine erste Ileise nach Cameroons (West- Afrika) im Jahre 1883, von D' Cari Passavant Basel (H. Georg), 1884, in-S**, 94 p. Frs 2,50. Le peu d'accord qui existe entre les savants, sur la question de savoir si les nègres appartiennent à une seule et même race ou à plusieurs, a engagé M. le D^ Passavant, de BâJe, à choisir, pour essayer de la résoudre, un critère plus fixe que ceux que les ethnologistes ont adoptés jusqu'ici. Après avoir passé en revue les opinions de Lepsius, de Waitz, de Fritsch, de Muller etc., qui établissent leurs distinctions, sur la couleur de la peau, sur la nature des cheveux, ou sur la philologie, notre savant compatriote a choisi pour base de son examen la forme du crâne, moins susceptible d'être influencée par des circonstances extérieures. Il a mesuré un grand nombre de crânes de nègres proprement dits et de nègres du Congo, de Cafres, de Hottentots et de Bushmen, et il a dressé des tableaux comparatifs, desquels il ressort, pour lui, que les peuples nègres proviennent de trois races au moins : 1* dolicocéphale, 2** mésocéphale, 3^ brachycéphale, représentées par 66 Vo, 30 Vo ©t 4 7o ^6 la population nègre. En outre, de tous les peuples nègres, les Cafres sont, dans son opinion, la race la moins mélangée; elle a 92 % de dolicocéphales. C'est parmi les nègres du Congo que les éléments des trois races sont le plus fortement représentés. Les peuples nains de l'Afrique centrale n'appartiennent pas à la même race que les Bushmen.

L'expédition entreprise par M. le D' Passavant, sans succès d'abord, mais reprise avec le D' Pauli, lui permettra sans doute de compléter ses intéressantes études. Le récit de son premier voyage renferme d'utiles renseignements sur les nègres de Libéria, sur le mode d'engagement des porteurs, sur l'hydrologie et la flore du Cameroon, ainsi que sur les indigènes de la baie de Biafra, sur leur intelligence, leur costume, leur caractère, leurs occupations. Il se termine par le récit du naufrage dans lequel se noya le D' Retzer, compagnon de l'explorateur, et par l'exposé du plan de son nouveau voyage au Cameroon, dans lequel nous l'accompagnons de nos vœux les meilleurs.

Trknte-deux ans a travers l'Islam (1832-1864), par Léon Roches. Tome ?'. Algérie, Abd-el-Kader. Paris (Firmin-Didot et C«), 1884, in-S', 508 pages. Fr. 6. — L'auteur de cet ouvrage est un ancien membre du corps diplomatique français, que le.s hasards d'une vie agitée et les diverses missions dont il fat chargé, conduisirent en Algérie, au Maroc, en Tunisie, jusqu'à la Mecque et au Japon. Les récits de ses aventures qui, toutes surprenantes qu'elles paraissent, ne sont pas moins réelles, captivaient à un tel point ses amis, qu'ils l'engagèrent à publier ses mémoires, ce qu'il se décida à faire, en donnant cependant à sa narration le titre plus modeste de a Trente-deux ans à travers l'Islam. »

Le mérite de ce livre est de nous initier au caractère et à la vie intime des musulmans, ce que peu d'Européens pourraient faire avec l'autorité et l'expérience de M. Léon Roches qui, depuis l'âge de 23 ans, a vécu au milieu des Arabes.

Il arriva en Algérie en 1832, c'est-à-dire au début de la conquête française. Un coup de tête le décida, quelques années après, à se rendre auprès d 'Abd-el-Kader, qui venait de signer avec la France le traité de la Tafna. Se faisant passer pour musulman, grâce à sa connaissance du Coran et de la langue arabe, il s'insinua si bien dans les bonnes grâces de l'émir qu'il devint son secrétaire intime. Mais ne voulant pas trahir sa patrie, il le quitta au moment de la reprise des hostilités contre la France, et oflfrit ses services au maréchal Bugeaud, qui l'éleva au rang d'interprète en chef, et bientôt après, lui confia une mission secrète à Kaïrouan et à la Mecque. Le récit de ce voyage fera l'objet du deuxième volume qui doit paraître prochainement.

Voyage dans l'Ou-Doé et l'Ou-Zigoua (Zanguebar), par le R. P. Baur. Lyon (Mougin-Rusand), 1882^ in-8^, 95 pages, avec gravures et une carte. — Les missions catholiques possèdent plusieurs établissements dans la région côtière orientale de l'Afrique, en face de Zanzibar. Le P. Baur, vice-préfet apostolique du Zanguebar, voulant visiter les stations déjà fondées et chercher des emplacements favorables pour en établir de nouvelles, entreprit, en 1882, en compagnie du P. Hacquard^ un voyage de deux mois dans l'Ou-Doé et l'Ou-Zigoua.

Partant de Bagamoyo, les voyageurs explorèrent les bassins du Wami et du Ghéringhéré, affluent du Kingani, et visitèrent de nombreux villages disséminés dans une région fort accidentée, et en particulier Mandera et Mrogoro. Six jours après le retoui* à Bagamoyo, le P. Hacquard était enlevé par la fièvre.

La relation du voyage, extraite du journal Les Missions catholiques, renferme des détails très curieux de géographie physique et d'ethnographie, qui dénotent chez le P. Baur une grande finesse d'observation. Il est enrichi de nombreuses gravures fort bien exécutées, dont Tune en particulier représente la terrible mouche tsetsé, et d'une carte à grande échelle de la région comprise entre Tanga, Mpouapoua etTOu-Khoutou.

Une excubsion a Haaimam-R'ikha, par Victor Wàille. Alger (P.Fontana etC"), I883,in-8*,16 pages. — Hammam-R'irha est un village de la province d'Alger, à 26 kilomètres au nord-est de Miliana, près duquel se trouvent des eaux minérales très réputées, déjà utiliséesparlesRomains, et aujourd'hui fréquentées aussi bien par les indigènes que par les Européens. Les ruines de la ville balnéaire antique, désignée sous le nom d'Aquœ Calidse, que la présence des sources chaudes autorise, mais qui n'est confirmé jusqu'à présent par aucun texte gravé, ont été visitées récemment par M. WaiUe, chargé d'une mission par le directeur de renseignement supérieur. Il a consigné le résultat de ses recherches dans une courte brochure, qui renferme une notice archéologique sur Hamraam-R'irha, la reproduction de sept inscriptions qu'il a découvertes, et une nomenclature des objets d'art que les fouilles ont fait découvrir : chapiteaux, fûts de colonnes, pierres gravées, lampes funéraires, bustes, etc.

Grammaticai. note on tue gwamba language in South Africa, by Paul Berthoiid (from the Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, vol., XVI, part. 1), in-S**, 29 p. — Nous avons déjà rendu compte (IV"' année, p. 327), des deux premiers ouvrages de M. Berthoud, relatifs à la langue gwamba, parlée par les indigènes au milieu desquels travaillent les missionnaires suisses établis dans les Spelonken, au nord du Transvaal. A la demande de M. Cust, le savant auteur de « Moderne Lauguages of Africa, » M.Paul Berthoud a rédigé, pour la Société royale asiatique de Londres, le présent mémoire dans lequel, avec une connaissance précise des travaux philologiques de Bleek et de Peters, il ajoute, sur le nom, la tribu, le pays des Ma-Gwamba, ainsi que sur tout ce qui se rapporte à la phonologie, à la formation des mots, à la coi^ugaison, et à leur système arithmétique quinaire — tandis que toutes les tribus bantou ont le système décimal, — des données toutes nouvelles, que Bleek ne possédait pas encore, et que le séjour de sept ans de M. Berthoud parmi ces indigènes lui a permis d'acquérir. Ce mémoire substantiel est un utile complément au chapitre que M. Cust, dans l'ouvrage susmentionné, a consacré à la langue gwamba.

Dkr Kkieosschaupi^tz im ^qïptiscuek Sudàn, 1883 eL 1884. Gotha (J. Perthes), 1884, Fr. 1 ,20. — Cette carte du théâtre de la guerre dans le Soudan égyptien est Tœuvre de Hassenstein, le cartographe bien connu des lecteurs des Mittheilwigen de GotJia; c'est dire qu'elle présente toutes les garanties désirables d'exaptitude et de dessin. Nous estimons cependant qu'il aurait été préférable de faire les montagnes en couleur plutôt qu'en noir. Ce dernier système présente l'inconvénient de trop charger la carte, ce qui rend difficile la lecture des noms, surtout dans la région montagneuse de l'Âbyssinie. Nous le regrettons d'autant plus que la carte est aussi détaillée que possible, et renferme en particulier les noms de toutes les localités mentionnées chaque jour par les journaux. Elle se compose d'une carte générale : Bassin du Nil et Soudan égyptien, au Vij5ooooo» oîi le théâtre de l'insurrection est indiqué par une teinte jaune ; et de quatre cartons : P Soudan oriental et Abyssinie au V7500000Î c'est-à-dire, l'espace compris entre Souakim, El-Obeïd, le lac N6 et Ankober ; 2* Pays avoisinant Souakim, Trinkitat et Toka r ^u Vioooooo ; 3^ Environs et plan de Khartoum au Vasoooo ; 4** Port de Souakim avec les profondeurs du goulet qui y donne entrée au Vsoooo-

A Map of the Nile fbom the Equatorial Lakbs to the Méditer -

RANEAN, EMBRACIXG THE EgYPTIAN SuDAN AND AbVSSINIA. LoudOU (Ed.

Stanford), 1 dec. 1883, Fr. 6. — C'est toute l'Afrique nord-orientale qu'embrasse cette carte, et non pas seulement le théâtre de la guerre au Soudan. Elle a en effet pour limites la grande Syrte, le golfe Persique, Berbéra, l'embouchure du Djouba et le Congo. Chargée de noms, elle est cependant d'une lecture facile, les montagnes étant indiquées d'une manière très légère. Il est vrai que, par ce fait, elle ne donne pas une idée juste du relief; on ne se rend pas très bien compte, en particulier, de l'important massif des monts d'Abyssinie. En revanche, les routes des cai*avanes à travers le désert sont tracées, ainsi que les itinéraires des bateaux à vapeur de la mer Rouge, avec l'indication du nombre de jours qu'ils mettent à les parcourir. Un trait vert enferme l'ex-empire égyptien ; des teintes diflférentes permettent de retrouver les possessions anglaises, françaiseis et italiennes.

De REBUS africanis. The claims of Portugal to the Congo akd ADJACENT LITTORAL, by tho Eavl of MayOy F. R. G. S., London (W. H. Allen et C"), 1883, in-8*, 63 p. et carte, 3 sh. 6 d. — Au retour de son voyage dans les possessions portugaises de la côte occidentale d'Afrique,

Tannée dernière, le comte Mayo comprit l'importance que pouvaient avoir, pour le commerce en général et pour celui de l'Angleterre en particulier, les négociations pendantes entre les gouvernements portugais et anglais, relativement au Congo. Il crut devoir exposer, de la manière la plus simple, Tétat actuel du commerce dans le territoire réclamé par le Portugal, et le danger auquel ce commerce, libre jusqu'ici, serait exposé, si le gouvernement anglais, constamment opposé aux réclamations du Portugal, finissait par céder aux instances de ce dernier. A son exposé il a joint des lettres de la Chambre de commerce de Manchester, du 30 mai 1881 au 29 janvier 1883, dans lesquelles les intéressés protestent à l'avance contre la reconnaissance, par le gouvernement de la Reine, de toute annexion de territoires des natife sur les deux rives du Congo, ainsi que contre la sanction du gouvernement de la Reine à la moindre intervention, dans la complète liberté de navigation et de commerce dont les négociants anglais jouissent depuis tant d'années dans cette partie de l'Afrique. En outre, ils demandent que le gouvernement britannique s'eflorce de provoquer une entente cordiale entre les gouvernements de l'Europe et des États-Unis d'Amérique, pour que les droits souverains et territoriaux des natifs du Congo et des pays neutres adjacents soient respectés et maintenus, et pour qu'à l'avenir aucune puissance ne puisse restreindre la liberté de navigation et de commerce sur ce fleuve et ses tributaires.

Au moment où va s'engager, dans les Certes et au Parlement d'Angleterre, la discussion sur le traité anglo-portugais, on ne peut refuser à l'ouvrage du comte Mayo, quoique datant d'une année, le mérite d'une grande actualité.

A 6RAHMÂR OF THE ASAKTE AND FANTE LAKGUAGE CALLEl) T8HI, by

Rev. J.-G. Ckristaller. Basel, 1875,in-8% 203 p., Fr. 12,50. — A dic-'

TIOSARY OF THE A8ANTE AUD FANTE LANOUAGE CALT.BD T8HI, by RcV.

J.'G, Cfiristaller. Basel (Missionsbuchhandlung), 1881,in-8^ 671 p., Fr. 32,25. — La langue dont le missionnaire Christaller a rédigé la grammaire et le dictionnaire, est la principale des langues de l'Achanti ; son domaine s'étend au delà des limites de ce royaume, de l'Assinie à rOuest jusqu'au Volta à l'Est, et de l'Atlantique aux monts de Kong. Avant Christaller, d'autres missionnaires, W.-J. MuUer au XYII"* siècle, et Prott au XVIII™*, en avaient publié un vocabulaire et une grammaire, qui facilitèrent les travaux philologiques ultérieurs deBowditch, Norris, Wilson, Oldendorf, Clarke et Robertson. Mais les ouvrages de

ces auteui's furent dépassés par la grammaire de Riis, parue en 1854, et plus encore par celle de Christalier qui avait été son élève. Toutes deux attirèrent Tattention sur la langue de FAchanti; elles eurent les honneurs d'un compte rendu, la première, de Pott, dans le Journal de la Société orientale allefnande^ la seconde, deLazarus et de Steintbal, dans Is. Zeitschrift fur Volker-Psychologie und Sprachenkimde (1876). L'Institut de France décerna en outre à Christalier une médaille d'or de 300 francs.

En terminant sa grammaire celui-ci exprimait le vœu de pouvoir y ajouter une collection de sentences et de proverbes bien choisis, servant pour ainsi dire de « Grammaire en exemples, » ainsi qu'un dictionnaire tshi-anglais. Il y a réussi, et son dictionnaire est une des œuvres les plus considérables de la philologie africaine. 11 ne s'est pas borné à la langue principale del'Âchanti, il en a aussi donné plusieurs dialectes : Vahan, la langue de la cour et du gouvernement de Coumassie ; Vakwapem, le plus propre à devenir le dialecte littéraire, parce que toutes les tribus le comprennent; le bron, parlé à l'Est du Volta, inférieur à l'akau parce qu'il renferme des éléments étrangers et des archaïsmes. Mentionnons encore, dans les Appendix qu'il y a ajoutés, celui qu'il a consacré aux noms géographiques ; imparfait encore vu les lacunes qui existent dans nos connaissances sur la Côte d'Or, il peut néanmoins servir de base à une géographie de cette région. Il a déjà fourni à la Société des missions de Bâle, à laquelle la science est redevable de ces deux ouvrages, la possibilité de faire dresser une carte à grande échelle, pour laquelle on a pro&té de tous les renseignements envoyés par les missionnaires des 40>tations et annexes que cette société compte à la Côte d'Or.

Les Anglais en Egypte, par le lieutenant-colonel Hennebert. Paris (Jouvet etC'*)î 1884, in-8", 75 p., avec carte, Fr. 2,25. — LeMahdia déjà trouvé un historien, M. Hennebert, qui a voulu exposer, sans parti pris, la situation actuelle de l'Egypte et du Soudan. Résumant rapidement l'histoire de la formation de l'empire égyptien, il décrit l'influence exercée par l'Angleterre dans cette partie de l'Afrique, malgré la résistance que lui ont opposée les nombreuses sectes musulmanes, lorsqu'elle a voulu supprimer la traite dans le bassin du Nil.

L"* ingérence de la France et de l'Angleterre dans les affaires de l'Egypte amena la formation d'un parti hostile aux étrangers, décoré à tort du nom de parti national. M. Hennebert croit que c'est la compagnie des Bagara Sélim, gens de sang arabe, qui a provoqué le

soulèvement simultané d'Arabi en Egypte et du Mahdi au Soudan S'occupant particulièrement du Mabdi, il donne sur sa personne, son caractère, son armée, ses campagnes dans le Eordofan et le Darfour, des renseignements intéressants. Ce livre, composé avant l'arrivée de Gordon à Khartoum et les récentes victoires des Anglais dans les environs de Souakim, est écrit d'un style simple et d'une manière impartiale. Nous regrettons cependant que l'auteur ait négligé d'indiquer les sources oii il a puisé les informations assez curieuses qu'il nous fournit. Une petite carte donne le bassin du Nil et les limites de l'ex-empire égyptien.

Au cours de son exposé, M. Hennebert rappelle que la découverte des sources du Nil n'est pas un fait absolument nouveau. Il y a 8500 ans, d'après Mariette, les Pharaons guerroyaient déjà sur les bords des grands lacs; Hérodote les mentionne, Ëratosthène les place assez exactement, et on les trouve nettement dessinés sur les cai'tes portugaises du XV"* et du XVI"* siècle. Néanmoins, c'est k Speke et Grant que revient Thonneur de les avoir retrouvés.

Die Nilu*:sder, von Prof. D*" R. Hartmann, mit Bildern, Leipzig (G. Freytag), 1884, in-12^, 216 p.,Fr. 1,35. — Après avoir donné dans un premier volume de l'édition Freytag, la description de l'Abyssinie et des ten-itoires de l'Afrique orientale jusqu'à la province de Mozambique (voir rV"* année, p. 232), le savant D' Hartmann décrit, dans ce volume-ci, tout le bassin du Nil, de la Méditerranée aux sources du grand fleuve, ou du moins jusqu'au lac Victoria. En ayant exploré lui-même une partie, et possédant très bien la littérature du sujet, jusqu'aux derniers travaux de Schuver, de Buchta et d'Emin-bey, il expose d'une manière complète la géographie physique de chacune des provinces de cet immense bassin, jusqu'à celles de l'Equateur soumises naguère encore à l'Egypte, et aux États indépendants de l'Ou-Ganda et del'Ou- Nyoro, sans négliger aucun des détails importants de l'ethnographie de toutes les principales tribus qui les peuplent, lï diflFère d'opinion d'avec le D*" C. Passavant, sur les Bushmen, qu'il range dans la même famille que les Akka; et, d'après les rapports des coutumes et de la langue des populations de l'Ou-Ganda et de l'Ou-Nyoro, avec celles des autres tribus bantou, il place dans ces royaumes de l'équateur le berceau de la race bantou ou cafre.

UbER die CaPVERDEX NACH DEM RiO-GrANDE ITND FUTAH-DjALLON,

vou D' C. Doelter, mit Holzschnitten und Karte, Leipzig (Paul Froberg), 1884, in-4**, 263 p. ,Fr.l6,25.— L'expédition du Taï^man a attiré l'attention sur les îles du Cap-Vert, dont elle a visité les pêcheries de corail rouge, au S.-E. de Santiago, et exploré les îles de Saint-Vincent et Branco, au point de vue des grands sauriens. De 1880 à 1881, cet archi* pel avait été étudié parle D'Doelter, professeur à l'université deGratz, qui fit en même temps une excursion dans la Sénégambie méridionale, aux Ues Bissagos et au Rio-Grande. Grâce K une recommandation du gouvernement portugais pour les autorités de la province du Cap-Vert et de la Guinée, il trouva un appui auprès d'elles pour ses études, dont il a exposé les résultats dans ce volume, illustré avec soin d'après des croquis rapportés par l'auteur, et accompagné d'une carte dressée par lui.

Quoique ses recherches aient porté essentiellement sur la géologie des îles qu'il a visitées, il n'en a pas moins étudié la topographie et l'ethnographie, et mesuré, dans l'île Sa.ntiago, le pic d'Antonio qui atteint 2000". La nature volcanique de ces îles et la comparaison qu'il en a faite avec les Açores, les Canaries, Saint-Thomas, etc., l'ont conduit à examiner la question de l'Atlantide de Platon ; tout en admettant qu'il existait autrefois autour de l'île Mayo une terre beaucoup plus grande, en rapport avec le continent, il ne pense pas que l'on ait jusqu'ici recueilli assez d'observations, pour pouvoir admettre avec certitude l'assertion du philosophe grec. Rappelons cependant que les différents sondages faits ces dernières années dans l'Atlantique, semblent avoir révélé dans cet océan l'existence d'une chaîne de montagnes sous-marines partant de l'Islande ou du Groenland et allant mourir au sud du Cap de Bonne Espérance.

Des troubles dans la Sénégambie méridionale l'ont empêché de pénétrer dans le Foutah-Djallon. Néanmoins, son séjour aux îles Bissagos et dans le bassin du Rio-Grande lui a permis de recueillir d'utiles renseignements sur les Biafades, les Foulahs, les Mandingues, etc., sur les progrès de l'islamisme dans la Sénégambie méridionale, ainsi que sur ceux de l'influence française. Toutefois son attention s'est surtout portée sur la structure géologique, les gisements aurifères, les minerais de fer, la géographie physique, la flore et la faune de la Sénégambie méridionale.

BULLETIN MENSUEL {2 juin 1884).'

L'établissement du protectorat de la France sur la Tunisie facilitera Texploitation des richesses minières ^e ce dernier pays. Depuis un certain temps la compagnie des mines de fer de Mokta-el-Adid faisait explorer les territoires des Mukaras et des Nefeas en Kroumirie. Ayant reconnu la valeur des gisements qui s'y trouvent, elle a demandé au gouveraemeut tunisien une concession, pour l'exploitation de laquelle elle créera un port dans la baie du cap Serrât, plus deux lignes de chemin de fer de 70 kilom. pour relier le Djebel-Bellif, centre de la concession, avec Tabarka d'une part, et avec le port de Serrât de l'autre.

Quelque lente que puisse paraître la marche envahissante du Maitdiy les progrès n'en sont pas moins visibles d'un mois à l'autre. Maître des routes du Nil à la mer Rouge, qui ne lui sont plus disputées, il a rallié sous ses drapeaux toutes les tribus du Soudan proprement dit, de manière à isoler complètement les garnisons de Kassala, de Sennaar, de Khartoum, qui peuvent faire de temps à autre quelque sortie heureuse, mais doivent bien vite se renfermer dans la place, sans espoir de voir se rompre le cercle de fer qui se rétrécit toujours davantage autour d'elles, aucunes troupes ne cherchant à les dégager ni à faciliter leur évacuation. De Khartoum quelques centaines de personnes ont pu profiter de ce que le désert de Korosko n'était pas encore occupé par les partisans de Mohamed-Hamed, pour gagner Assouan, avant la chute de Chendy et de Berber. Mais» aujourd'hui les émissaires du Mahdi, enhardis par l'inaction des Égyptiens et des Anglais, menacent Dongola et Assouan, et les communications avec la capitale du Soudan sont coupées. Comment les nouvelles de Gordon parviennent-elles au Caire? Nous l'ignorons. Les messagers qui lui sont envoyés d'Egypte ne peuvent plus dépasser Dongola ni Korosko. Les difficultés de sa retraite augmentent de jour en jour. Il ne reste à sa disposition que la voie du Nil, encore les deux rives de celui-ci sont-elles occupées par des adhérents du Mahdi, aux projectiles desquels Gordon a pu échapper jusqu'ici, dans ses courses sur le fleuve avec ses bateaux à vapeur. Il a même réussi à les éloigner des bords du Nil, mais sans pouvoir leur infliger de défaites, ces bandes

* Les matières comprises dans nos BuUetins mensuels et dans les Nouvelles complémetUaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de l'Algérie, puis allant à PEst, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.

L'AFRIQUE. — CIICQUIÈME ANN^E. — N« 6. 6

étant insaisissables. On parle d'une expédition à envoyer à son secours, quand les eaux du fleuve auront assez grandi pour permettre la navigation ; mais les garnisons de Dongola et d'Assouau tiendront-elles jusquelà; et à supposer qu'elles puissent continuer à occuper ces points, les troupes du Mahdi n 'arrêteront-elles pas les vapeurs qui remonteront le Nil et ceux qui chercheront à le descendre depuis Khartoum, dans les endroits où les rapides et les cataractes obligeront à s Vrèter, h descendre à terre, et leur nombre n'aura-t-il pas facilement raison du corps expéditionnaii-e envoyé par cette voie au secours de Gordon? Plus on se hâtera, plus on aura de chances de ne pas arriver trop tard. Il n'est nullement nécessaire d'attendre jusqu'en juillet pour faire avancer ces troupes de secours. Sir Samuel Baker a fait à deux reprises l'expérience qu'il n'est pas impossible de gagner Khartoum, depuis le Caire, au printemps. La première fois, il quitta le Caire avec sa femme, le 15 avril 1861 , et atteignit Korosko le 11 mai, puis traversa le désert juste à l'époque oii nous nous trouvons ; la seconde fois, son expédition composée de six steamers, quinze sloops et quinze dahabiehs, devait partir du Caire en juin 1869 ; les steamers démontés et les machines devaient être transportés à travers le désert de Korosko, sous le commandement de M. Higginbotham. Alors on ne jugeait pas impraticable la traversée du désert à ce moment de l'année, et si le matériel de l'expédition ne partit que le 29 août, ce n'est pas qu'on la crût dangereuse, c'était simplement qu'on voulait la rendre impossible, parce qu'elle était destinée à supprimer la traite sur le Haut-Nil.

Les missionnaireii romains ont établi une nouvelle station à Souérou, entre leurs établissements de Tabora et du Victoria-Nyauza. A cet effet ils se sont adressés à Mirambo, dans les Ëtats duquel se trouve ce nouveau poste, pour lui demander l'autorisation de le créer. Mirambo les a très bien reçus dans sa ville royale de Konongo qu'ils ont trouvé fortifiée par une enceinte de troncs d'arbres, assez longs, reliés solidement les uns aux autres. Au-dessus de la petite porte qui y donne entrée étaient suspendus de nombreux boucliers de peau d'éléphant, pris peu auparavant par Mirambo sur les ^a-Touta. Le roi leur donna un de ses officiers pour les conduire dans l'Ou-Kouné, les présenter à ses gens comme ses amis, donner les ordres nécessaires afin qu'on ne leur suscitât aucune difficulté, et pour les guider dans la recherche d'un emplacement. Dans le trajet de Konongo à l'Ou-Kouné, ils traversèrent le lit de la rivière Gombé, alors à sec, mais qui, à l'époque des pluies, se rempUt sur une largeur de 90". Un pont de 150", reposant sur de larges pieux,

assure alors les communications entre les deux rives. Grâce à l'oflBcier deMirambo, ils reçurent partout un accueil amical et empressé. Comme on savait qu'ils soignaient les malades, la porte de leur tente était assiégée chaque soir par une quantité d'infirmes. Entrés dans TOu-Kouné, ils trouvèrent sur le penchant d'une colline un établissement de forgerons indigènes, qui fabriquaient assez habilement des lances, des flèches, des haches et des balles de fusil. Au milieu de la case était un grand brasier alimenté par du charbon de bois ; au-dessus, une petite construction en maçonnerie soutenait un grand vase en terre, sorte de creuset que l'on remplissait de petites pierres ferrugineuses qui se trouvaient dans le voisinage. Autour du foyer étaient placés huit soufflets, deux par deux, de manière que quatre hommes pussent les faire fonctionner tous. L'effet en était surprenant ; en quelques instants les pien*es entraient en fusion, le métal tombait au fond de l'appareil, et les matières étrangères flottaient à la surface comme nn épais bitume. Les missionnaires choisirent le village du chef Souérou, bâti au pied d'une colline, dans un district riche en sources, et où abondent le riz, les pois, les lentilles, et aussi le bétail : bœufs, moutons et chèvres. Le chef leur fit construire une habitation, et leur promit de leur confier l'éducation de ses enfants.

Sans être aussi intelligent que Mirambo, le chef de l'Ou-Gouha» Kaeian§;a, exerce à l'ouest du Tanganyika une grande influence. Son territoire s'étend sur une longueur de 190 kilom. le long de la côte du lac, du Loukouga à la frontière de l'Ou-Goma, jusqu'à 90 kilom. à l'intérieur. Lors du passage de Cameron, saisi d'une crainte supei-stitieuse, il refusa la visite de l'explorateur, sous prétexte que des hommes qui se vêtaient entièrement, corps, pieds et mains, ne pouvaient être que des sorciers de la pire espèce. Aujourd'hui, sous l'influence des missioimaipes angolais, il se promène dans ses rues vêtu à l'européenne. D'après une lettre de M. Griffith, publiée dans le Chronicle, journal de la Société des missions de Londres, le nom de Kasanga est un titre héréditaire, comme celui des Pharaons d'Egypte. La dignité de chef passe toujours au neveu, fils d'une sœur, afin de conserver la pureté de sang des héritiers et de prévenir les factions que pourraient créer les enfants du chef, comme il en existe en permanence, à l'est du lac, chez les Wa-Ha, lesWa-Songué,les Wa-Vinza, chez lesquels existe le principe d'hérédité par les propres fils du chef. Kasanga est en bonnes relations avec les chefs des territoires voisins du sien ; en temps de guerre, il est leur héros, et a le pouvoir de les rassembler de très loin. Le chef de Kiyombo, près du Congo supérieur, est un de ses amis les plus constants

et les plus loyaux ; ils échangent souvent des présents entre eux ; en outre Tunion est cimentée par des mariages entre les £Eimilles régnantes. L'importance de Kasanga s'est accrue depuis que les missionnaires se sont établis dans son pays. 11 commande la route commerciale de l'ouest, et les connaissances supérieures qu'on lui prête, parce qu'il est en rapport avec les Arabes et les Européens, font qu'on le consulte sur toutes les affaires politiques de quelque importance. Les chefs et leurs gens le visitent de très loin, çt avant de repartir, ils veulent voir la demeure de l'homme blanc et ses meubles qui les étonnent beaucoup. Kasanga est âgé de 60 ans; il a des infirmités causées peut-être par l'abus du pombé. Le rang d'un chef dépendant du nombre de ses femmes, il en a 200. Comme tous les potentats africains, il a été guerrier, et son ancienne nature reparaît, quand les gens de l'Ou-Goma négligent de lui payer le tribut : peaux de léopards, ivoire, cahots, etc. Depuis l'installation des missionnaires chez lui, U a cependant cessé de faire la guerre aux Wa-Goma, comme il la faisait auparavant.

M. Selous a exploré une nouvelle partie du haut-pays, au sod du ZambèaEe, près du cours supérieur de la Sabi, et en a envoyé aux Proceedings de la Société de géographie de Londres une courte description, avec une carte esquisse corrigeant quelques erreurs des cartes de Baines et de Mauch. Arrivé aux sources de THanyane ou Manyane, tributaire du Zambèze, il les a trouvées plus au sud que ne l'indique Baines. Sur le versant méridional, les eaux coulent dans la Rouzaroué, un des principaux af&uents de la Sabi. Pour passer de l'Hanyane aux sources de la Mazoé, M. Selous a traversé un plateau élevé, en forme de dôme, saturé d'eau, et fournissant les sources de toutes les rivières voisines. H estime que c'est le point culminant de toute cette partie de l'Afrique ; un vent froid du S.-E. y souf&e presque sans interruption, si âpre et si piquant qu'il semble venir directement des régions polaires antarctiques ; partout oîi il y a des arbres, ils sont courbés au N.-O. par le vent dominant. Aucune partie de l'Afrique méridionale, dit M. Selous, n'est aussi propre à être habitée par des Européens : les meilleures parties du Transvaal ne peuvent lui être comparées. Le sol est très bien arrosé, les sécheresses et les famines y sont inconnues ; nuUe part non plus les nati& n'ont d'aussi abondantes récoltes.

Plus à l'ouest, M. Eduvard Clayton a fait visite à Lobengula, roi des Matébélésy pour obtenir de lui, en faveur de M. John Swinburn, le renouvellement de la concession minière pour les gisements aurifères situés entre la Shasha et la Rhamakoan. Au commencement de février,

on craignait beaucoup que la sécheresse ne détruisit les récoltes. Dès lors la pluie est tombée pendant une vingtaine de jours, et la famine est prévenue. Mais jusqu'à cette chute de pluie, la sécheresse avait été telle, que presque tous les bestiaux enlevés aux Ba-Mangwato du lac Ngami avaient succombé. La perspective d'une bonne récolte a ramené dans le pays la paix et la tranquillité. Presque tous les Européens, chasseurs ou missionnaires se sont rendus plus au sud pour échapper à la disette.

Aux Spelonken des pluies diluviennes ont eu des conséquences désastreuses pour les nftisaionnaires suisBes $ leurs chambres ont été remplies d'eau, et MM. H. Berthoud et Mingard ont eu de violentes attaques de fièvre. De plus, la maison que M. H. Berthoud construisait sur un point plus élevé et plus salubre que la station de Yaldézia, pour y établhr son frère Paul • revenant d'Europe, a été entièrement ruinée par les pluies. Ce dernier a rencontré à Pietermaritzbourg, son ancien collègue, M. Creux, en route pour l'Europe, afin d'y rétablir sa santé. Dès lors M. Creux est heureusement arrivé en Suisse.

 la côte orientale, M. VITilcsox, missionnaire américain, a continué à travailler au milieu de la population de race zoulou qui habite autour de la baie d'Inh^mbané. Quoique son poste de Cocha soit situé dans un endroit élevé, et par conséquent plus salubre que les terres basses du bord de la mer, il compte choisir un lieu plus élevé encore, et croit que toute cette région pourra devenir salubre et habitable à mesure que le christianisme et la civilisation en changeront les conditions. Oumzila a quitté sa résidence d'Oumoyamoulé, pour se rapprocher de la Sabi, dont le voisinage lui paraît plus sain que la région ob il habitait jusqu'ici. M. Wilcox attribue une grande importance à l'extension de la mission américaine dans ce champ immense du Zoulouland au Zambèze.

M. et* M"* Jacottet sont arrivés au Lesaouto à la fin de mars ; leur première impression a été très favorable ; le contraste entre l'État libre qu'ils venaient de traverser, depuis Aliwal-North, et où ils n'avaient rencontré que quelques rares fermes avec quelques arbres et un ou deux champs de mais, est des plus frappants. « Au Lessouto, » écrit M. Jacottet, « des cultures de tous les côtés ; de splendides champs de mais, de blé, de mabélé, réjouissent les yeux ; on aperçoit sur le flanc des montagnes la fumée de nombreux villages... On a laissé la civilisation pour entrer dans la barbarie, c'est du moins ce qu'on dit et ce qu'on pense; et au contraire on trouve un peuple industrieux, travailleur, sachant, malgré les difficultés, tirer de son sol le meilleur parti possible. On comprend alors ce que l'on appelle, au sud de l'Afrique, arracher un

pays à la barbarie pour le conquérir à la civilisation. Le Lessouto bar* bare est un des pays les mieux cultivés de toute TAfrique du sud ; conquis à la civilisation, c'est-à-dire pris par les AnglaÎB ou les Boers, il serait aussitôt partagé en fermes ; les cultures disparaîtraient, les moutons feraient leur apparition, et un sol qui réussissait à nourrir et à enrichir 150,000 à 200,000 noirs, suflirait à peine à faire vivre ou végéter 15,000 à 20,000 Boers... Sous le rapport de la culture, on peut dire hardiment que le Lessouto est le pays le plus avancé de toute la colonie, sauf peut-être les environs du Cap. Un fait à noter, c'est que depuis quinze ans, on a acheté au Lessouto plus de charrues que dans tout le reste de la colonie ; et cependant la population du Lessouto est à celle de la colonie dans la proportion de 1 à 4 ou 5. »

Avant de se mettre en route pour Tintérieur, le D' Holub a, par Texposition des objets qu'il a apportés d'Europe, et par des conférences sur les tribus be-chuana, cherché à intéresser à son entreprise les habitants de Capetown. En outre, afin d'accoutumer ses compagnons de voyage aux feitigues que rencontrent les explorateurs, il a fait avec eux une excursion de quelques semaines dans les monta Somerset pour en étudier la géologie, la flore et la faune. Au point de vue géologique il n'a rien trouvé de remarquable; la saison n'était pas non plus très favorable pour les collections de plantes ; en revanche il en a fait d'assez riches d'animaux pour les musées d'Europe.

L'Asaociatloii internationale du Con^^, — c'est le nom sous lequel se présentent depuis quelque temps les directeurs de l'œuvre poursuivie sur ce fleuve par Stanley — a publié récemment des extraits du journal de voyage de l'explorateur, de Stanley-Pool aux chutes de Stanley, soit du 24 août 1883 au 20 janvier 1884. Quoique ces extraits renferment très peu de détails scientifiques, ils ont leur utilité en ce sens qu'ils nous apprennent oii ont été fondées les nouvelles stations créées le long du fleuve, et dans quel état sont les anciennes. C'est ainsi que nous voyons une station de Kouamouth établie à l'embouchure du Quango, et que nous apprenons qu'& Bolobo, un difiérend survenu entre la tribu des Ba-Yauzi et M. Brunfaut a retenu 18 jours Stanley, obligé de relever et d'approvisionner la station qui avait été brûlée ; au retour l'explorateur la trouva derechef incendiée à la suite d'hostilités nouvelles entre M. Brunfaut et le chef de la contrée, Ibaka.

C'est la station de l'Equateur qui a servi de base d'opération au voyage en amont jusqu'aux chutes de Stanley, accompli en compagnie de Roger et de 68 hommes, répartis sur les trois vapeurs, VEn ar^n^ le Royale et

V Association internationale africaine, plus une baleinière. Chemin faisant Stanley conclut des traités avec les chefs d'Ouranga sur la rive gauche, à Tembouchure du Loulemgou, de Bangala, sur la rive droite, de Boubounga et d'Oupoto, deux localités situées vis-à-vis l'une de l'autre, sur les deux rives du fleuve. Le 15 novembre il se perd dans les méandres du Congo, et au bout de quelques heures de navigation, s'aperçoit qu'il remonte un des affluents de droite (vraisemblablement l'Itourabiri); il le redescend bien vite et poursuit sa route. Le 15 novembre, sa flottille arrivait à l'embouchure de l'Arououimi, et jetait l'ancre sur la rive droite de ce tributaire, en face des villages, qui, eu 1877, lancèrent contre lui tant de canots de guerre. Cette fois encore les gros tambours résonnent, les rives se couvrent de gens en armes, mais deux canots seulement s'avancent et demeurent en observation. Après une heure d'attente Stanley lance ses steamers à toute vapeur, en serrant la rive, et passe devant les villages dont les habitants sont stupéfaits du bruit de la vapeur, de l'agitation des roues, de la rapidité de la course. Ils entrent en négociations et cherchent à détourner l'explorateur de l'idée de faire une reconnaissance de l'Arououimi. Stanley persiste dans son projet, et remonte la rivière, sans rencontrer des dispositions hostiles chez les populations riveraines. Arrivé au village de Yambounga près duquel se trouvent des rapides, il redescend l'Arououimi et en regagne l'embouchure dans le Congo ; cette excursion lui avait pris cinq jours. Il est infiniment regrettable que l'extrait de son journal soit si succinct, sur ce point surtout, car, h part l'indication des noms de Berré et d'Ouerré donnés à la rivière dans certaines parties de son cours, d'où Stanley conclut que c'est évidemment l'Ouellé de Schweinfurth, nous n'apprenons rien sur l'Arououimi, sur sa direction, sa largeur moyenne, sa vitesse, la couleur de ses eaux, ses affluents de droite ou de gauche, éléments importants pour la solution du problème si catégoriquement tranché par l'explorateur (p. 141). Le seul fait caractéristique extrait du journal, c'est que les Arabes du Soudan s'avancent jusqu'ici, et vendent des perles aux habitants des villages de l'Arououimi. Ce sont vraisemblablement les mêmes Arabes, — et non ceux de Nyangoué, comme nous l'avons pensé précédemment, — qui apportent des perles aux riverains du lac Key-el-Aby, découvert par Rafaï-Aga.

En continuant à remonter le Congo, Stanley rencontre une flottille immense composée de plus de mille canots, qui passent au large, sans aucune démonstration hostile. Mais en arrivant devant les villages Ma- Wembé, le long de la rive droite, il constate une horrible scène de dévas-

tatioD et d'incendie; les palmiers et les bananiers sont rôtis par le feu; la population anxieuse est massée sur la rive. Une troupe armée a attaqué les villages pendant la nuit ; les guerriers qui ont tenté de résister ont eu la tête tranchée, des femmes et des enfants ont été emmenés en esclavage, et ceux qui peuvent émigrer vers Touest, se jettent dans des canots pour descendre le fleuve. Le lendemain Stanley aperçoit au bord de Peau le camp des chasseurs d'hommes, auteurs du ravage des villages Ma-Wembé. Il remonte encore jusqu'aux chutes qui portent son nom, et fonde, à quelques kilomètres en aval de la première, une dernière station, dans rtle de Wana-Rousani, peuplée d'environ 1500 âmes, saiubre, abondant en vivres et d'un accès facile. Après avoir pourvu de vivres pour une année, la station gardée par 30 noirs, Zanzibarites et Haoussas, et envoyé un message à M. Storms à Karéma, Stanley redescend le fleuve, et, à chaque station, scelle par l'alliance du sang les traités conclus avec les chefe indigènes.

Quoique les extraits du journal ne renferment aucune indication sur la teneur de ces traités, nous pouvons nous en représenter les conditions, vraisemblablement les mêmes que celles des contrats passés avec les chefs des bords du Quillou.

Peut-être renferment-ils quelques traits nouveaux ; au moins voyonsnous dans la communication que M. Sanford, membre de la Commission executive de l'Association internationale africaine, a faite au Président des États-Unis d'Amérique, que l'Association internationale du Congo a obtenu, par les traités, des territoires pour y créer des États Libres i qu'elle a adopté, pour elle-même et pour ces États Libres, le drapeau de l'Association internationale africaine, étoile d'or sur fond bleu; qu'elle a décidé, ainsi que les dits États, de ne prélever aucun droit de douane sur les marchandises ou articles importés dans ces territoires, ou apportés par la route construite le long des cataractes du Congo, et cela, en vue de permettre au commerce de pénétrer dans l'Afrique équatoriale. Ils garantissent aux étrangers qui s'établissent sur leur territoire le droit d'acheter, de vendre, de louer des terres ou des bâtiments, d'établir des maisons de commerce, et d'y trafiquer, à la seule condition d'obéir aux lois. Ils s'engagent en outre à n'accorder aux citoyens d'une nation aucun avantage sans l'étendre immédiatement aux citoyens de toutes les autres, et à faire tout ce qui sera en leur pouvoir pour empêcher la traite. C'est sur cette déclaration que le sénat des États-Unis a reconnu le drapeau de l'Association internationale du Congo comme drapeau d'un gouvernement ami.

Dès lors des démai'ches ont été faites auprès d'autres gouvernements, pour les amener h imiter l'exemple des États-Unis. Mais la Norddetdsche AUgemeine Zeitung a fait remarquer à cette occasion que, jusqu'à présent, on ignore ce qu'est ou qui est l'Association internationale africaine. « Elle a, dit ce journal, un président honoraire et un secrétaire général, mais ses statuts n'ont point été publiés, et l'on ne sait pas si eQe possède des droits de coi'poration. Elle a de nombreux organes, mais on ne sait pas qui est l'Association aux yeux de la loi, et qui a le pouvoir de disposer ultérieurement de ces territoires? Même en Amérique, on désire avoir plus de lumière à cet égard. L'envoi à la côte occidentale d'Afrique du D'Nachtigal, membre, lui aussi, de la Commission executive de l'Association internationale africaine primitive, et l'appui donné, par le gouvernement allemand, aux protestations des Chambres de commerce de Hambourg, de Brème et de Francfort sur le Mein, contre le traité anglo-portugais relatif au Congo, font pressentir que l'opposition de l'Allemagne à ce traité sera au moins aussi vive que celle qu'il a soulevée d'emblée en Angleterre, au Portugal et en Hollande.

Quoique le Parlement anglais ne s'en soit pas encore occupé, le gouvernement portugais a cru pouvoir déclarer aux Certes, dans la séance du 9 mai, qu'il se considérait dès à présent comme tenu de pourvoir à l'occupation des territoires visés par le traité. Un projet de loi dû à l'initiative parlementaire de M. Luciano Cordeiro, secrétaire général de la Société de géographie de Lisbonne, propose de constituer une province du Congo, ayant pour chef-lieu Cabinda, et pour centres secondaires Landana, Banana, Ponta de Lenha, Boma et Noki. Cette déclaration prématurée ne nous paraît pas de nature à faciliter le règlement de ce qu'on est convenu d'appeler la question du Congo.

Sans faire autant de bruit, rexpédltlon de Brassa suit son cours régulier, étudie le pays, fonde des stations et des postes qui relient TAtlantique au Congo par TOgôoué et l'Alima. Le D' Ballay a reconnu le cours complet de cette dernière rivière ; le bassin du Nconi, important affluent de rOgôoué, a été exploré par M. de Lastour, en vue d'une route à y ouvrir; MM. Thollon, Jacques de Brazza et Pecile ont fait des collections d'histoire naturelle, de dessins et de photographies, et des observations météorologiques, sans négliger l'étude des langues et dialectes des tribus de cette région. De Brazzaville, oti Savorgnan de Brazza se trouve maintenant, il a fait de fréquentes excursions sur le Congo et dans Tintérieur des terres, à la recherche d'une route encore plus directe que celle de l'OgOoué et de l'Alima, entre le Congo et les

possessioQS françaises de la côte du Gabon. Le nombre des stations entre le cap Lopez et Brazzaville s'élève à 22, et la mission compte en créer encore dix autres. Le levé de l'Ogôoué est terminé, ainsi que celui de la partie du pays qui s'étend entre ce fleuve et l'Alima. Aujourd'hui le gouvernement français correspond avec l'Association internationale du Congo, pour régler les relations réciproques de la mission de Brazza et de l'entreprise dirigée par Stanley, à laquelle la France a promis de n'apporter aucun obstacle, en même temps qu'elle a pris l'engagement de respecter les territoires de l'Association. Tout permet donc d'espérer que ce règlement se fera à l'amiable. Puisse-t-il en être de même de la question générale de la navigation du Congo !

NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES

La mission topographique de Tunisie est rentrée en France, après avoir achevé le levé du territoire situé au sud du parallèle de Sfax, et comprenant les chotts Fedjed, Djerid et Rharsa, jusqu'à la frontière de PAlgérie. Commencés il y a trois ans, les travaux nécessaires à rétablissement de la carte de la Régence, se trouvent terminés.

La question de la mer inti^rieure des chotts de Tunisie n'est pas complètement abandonnée par le gouvernement français. Le président du Conseil des ministres, M. Jules Ferry, a promis à M. de Lesseps que la commission nommée pour l'examiner en sera saisie de nouveau. M. de Lesseps espère que le gouvernement ne refusera pas son autorisation à M. Roudaire, qui ne demande ni concession ni garantie d'intérêt.

D'après le BuUetin de la Société italienne de géographie, M. Maunzio Buonfanti a traversé l'Afrique, de Tripoli au golfe de Guinée, par le Fezzan, le Bornou, Tombouctou et le Dahomey. Nous reviendrons sur cet important voyage qui s'est accompli sans bruit.

M. G. Revoil, obligé de renoncer à son expédition sur le Djouba supérieur, s'est rendu à Zanzibar, d'où il revient en France.

M. le capitaine Gissing a été nommé vice-consul anglais à Mombas, où les vapeurs d'Aden à Zanzibar toucheront chaque quinzaine. Les missionnaires de Frere-Town craignent qu'il n'en résulte une forte importation de spiritueux dans cette partie de la côte. Le vice-consul a promis de faire son possible pour l'empêcher.

D'après un rapport de sir John Kirk, de Zanzibar, M. Hore a été frappé d'une attaque de paralysie, qui l'a empêché de terminer la reconstruction du steamer du Tanganyika. On espère qu'il pourra bientôt la reprendre, les effets de telles attaques, assez fréquentes dans ces parages, n'étant d'ordinaire que temporaires.

Un traité d'alliance et d'amitié a été conclu entre le chef ba-rolong, Sepinare Moroko, et le Président de l'État libre du fleuve Orange.

Un petit vapear de 12°" de long, 2",50 de large, et d'une vitesse de 15 kilom. à rheiire, a été lancé sur le Vaal, près de Potchefstroom.

Il s^est fondé récemment à Berlin une société d'exportation allemande qui se propose de fonder des comptoirs sur la côte orientale d'Afrique. M. le comte de Pfeil, qui y a fait dernièrement un voyage, estime que c'est la côte entre Zanzibar et Mozambique qui se prêterait le mieux aux établissements projetés.

Le roi de Portugal a approuvé l'acte de société de la Compagnie qui se charge de la construction du chemin de fer de la baie de Delagoa à la frontière du Transvaal. De là, un syndicat hollandais prolongera la ligne jusqu'à Pretoria.

UExport a reçu de Lisbonne une dépêche l'informant que le but du voyage du D' Xachtigal à la côte occidentale d'Afrique est d'arborer le drapeau de l'Empire allemand à Angra Pequena.

Le D' Hôpfner, qui a déjà fait l'année dernière une exploration du bassin du Cunéné et du Damaraland au point de vue des gisements miniers, se propose de visiter, en compagnie d'un jeune naturaliste allemand, l'Ovampo, et de pénétrer par là dans l'Afrique équatoriale. Un membre de la Société de géographie de Brème lui a donné de bons instruments d'astronomie; en retour, il enverra à cette Société des rapports et les cartes qu'il dressera.

Les missionnaires américains de Bailounda ont obtenu du roi du Bihé l'autorisation de Créer une station à Komondongo, à quelque distance de sa capitale.

Le lieutenant Wissmann a communiqué à la Société de géographie de Berlin que le Mouata-Yamvo a été assassiné à l'instigation de la Loukokécha,sacorégente.

La mort du D' Pogge à Loanda ne privera pas la Société africaine allemande des résultats de son exploration dans le bassin méridional du Congo. Son journal est parvenu à Berlin; nous aurons sans doute à y revenir dans un prochain numéro.

Le D' Zintgrafif, parti avec le D*^ J. Chavanne pour le Congo, a emporté avec lui un phonographe, afin de fixer le langage et les mélodies des tribus inconnues jusqu'ici. Les plaques employées en Afrique seront expédiées à Berlin, où on leur fera reproduire les sons qu'elles auront reçus.

Le David WiUiamson, destiné à la mission du Vieux Calabar, est parti pour sa destination. Les stations étant à plus de 100 kilom. de la côte, il sera d'une grande utilité pour les établissements missionnaires actuels.

A rinstigation de M. Xoirot, des plantations d'eucalyptus ont été faites à Kayes et à Bamakou, où elles contribueront à Passainissement de ces postes.

Le personnel du bureau du haut Sénégal construit un modèle d'embarcation à voiles, à fond plat destiné à la navigation sur le Niger. Plus tard des ouvriers spéciaux, seront envoyés à Bamakou, pour en construire sur place afin d'éviter le difficile transport à dos de mulets de bateaux démontables.

Le câble télégraphique qui doit relier le Sénégal à Ténériffe et à l'Europe aura son point d'atterrissement à Dakar et non à Saint-Louis.

Le ministre de France à Tanger, M. Ordega, négocie avec le sultan du Maroc au sujet d'une rectification de la frontière du Sud-Oranais, pour mettre fin aux incursions des pillards marocains sur territoire algérien.

M. de Foacauld a fait récemment, en compagnie du célèbre rabbin Mardochée, un Toyage de Fez au Wadi-Draa, par le Wadi-el-Abid et le Grand Atlas. Son itinéraire sur le versant méridional de PAtlas permettra de rectifier les erreurs des cartes antérieures, dressées sur de simples renseignements, la partie qu'il a parcourue n'ayant été visitée avant lui par aucun Européen.

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