‹ L'Afrique explorée et civilisée;Chapitre 7 sur 38 · LA PROVINCE ÉGYPTIENNE DU BAHR-EL-GHAZAL · texte numérisé non relu

LA PROVINCE ÉGYPTIENNE DU BAHR-EL-GHAZAL

Quoique Tattention publique se porte presque exclusivement sur la partie centrale du Soudan égyptien, sur Khartoum et les' voies qui y conduisent d'Assouan et de Dongola, la partie méridionale connue sous le nom de Provinces de TÉquateur et du Bahr-el-Ghazal, n'en est pas moins digne d'intérôt. D^autant plus que, sous Tadministration de gouverneurs européens, Emin-bey, pour le territoire à Test du Nil-Blanc, et Lupton-bey, préposé à la province du Bahr-el-Ghazal, ce pays a pu jusqu'ici résister aux bandes envahissantes du Mahdi, et continuer à réaliser les progrès inaugurés par Baker, Gordon et Gessi. Abandonnées par le gouvernement égyptien, ces provinces feront vraisemblablement retour à la barbarie à laquelle elles avaient été récemment arrachées, et la porte du nord se fermera sans doute pour un temps, devant ceux qui tenteraient d'y rentrer pour les explorer et les civiliser. Au moins devonsnous profiter du moment actuel, pour faire connattre à nos lecteurs ce que nous apprennent de ce pays ceux qui y sont encore aqjourd'hui, nous nous bornerons à la province du Bahr-el-Ghazal, et aux dernières explorations de Lupton-bey dans la partie occidentale de ce territoire, d'après les renseignements communiqués à la Société de géographie de Londres et publiés dans les Proceedings de cette Société.

La province du Bahr-el-Ghazal est située entre Ies6'',30et9'',30 latitude nord, et les 22'',40 et 28'',40 longitude est de Paris. Bornée au nord par le Bahr-el-Arab, elle s'étend vers le sud jusqu'à quelques journées de marche du Congo. Ce qui la caractérise ce sont les vastes plaines ou steppes et les épaisses forêts qui couvrent des centaines de kilomètres carrés. Tout ce territoire est drainé par de nombreux cours d'eau et rivières, affluents du Bahr-el-Ghazal, qui, à l'époque des pluies, en transforment la plus grande partie en une immense nappe, si bien qu'il est difficile de trouver un coin de terre sèche pour y dresser son camp.

Avant 1878, il était tout entier entre les mains des chasseurs d'esclaves, dont Gessi-pacha brisa le pouvoir après de sanglants combats. Puis il établit un gouvernement juste et bon, rendit la confiance aux indi-

gènes et encouragea un commerce légitime. Pendant ce temps Lupton travaillait avec Emin-bey à Texploration du pays des Bari, des Latouka et des Chouli. A la mort de Gessi, en 1881, il fut nommé gouverneur de la province du Bahr-el-Ghazal^ et s'efforça de marcher sur les traces de son prédécesseur.

Pour maintenir ce territoire dans la dépendance de PÉgypte, il a eu six compagnies de troupes régulières et quatre debachibozouks, gardant généralement les stations et veillant sur les affaires locales. Mais la grande force du gouvernement résidait dans les Besingers, esclaves armés, auparavant au service des chasseurs d'esclaves. Armés de fusils à deux coups, ils sont bons tireurs, soldats fidèles, et coûtent peu : quelques poignées de grain leur suffisent pour la marche ; Tuniforme leur paraît un article superflu ; la plupart d'entre eux sont recrutés du pays des Niam-Niam ; en réalité ce sont eux qui font tous les travaux pénibles. Quant au commerce, les principaux objets sont rivoire,le caoutchouc, la gonune, le tamarin, qui abondent, mais couvrent à peine les frais de transport. Le pays pourrait produire du coton de quoi fournir le monde entier. Il y a aussi abondance de bon bois, que Ton envoie à Ehartoum pour la construction de bâtiments, et pour celle des barques du Nil.

Au début, le commerce avec les natifs était très difficile. Us avaient été traités avec tant de cruauté, qu'ils regardaient avec défiance tout étranger arrivant dans leur pays, et envoyaient régulièrement leurs femmes et leurs biens dans les montagnes, d^ qu'ils entendaient parler de la venue d'une troupe de trafiquants. Mais peu à peu la confiance est rentrée dans leurs cœurs, et l'on pouvait espérer qu'au bout de quelques années toute cette région.serait ouverte à un commerce honnête.

Si le climat est malsain pendant la saison pluvieuse qui dure cinq mois, et près des rivières où les ndigènes seuls échappent à la fièvre intermittente, en revanche, pendant la saison sèche, il est salubre, et s'améliore à mesure qu'on s'éloigne des rivières, aussi Lupton croit-il que la plupart des Européens pourraient s'y acclimater, à la condition d'avoir une vie active, de porter de la flanelle, de s'abstenir de spiritueux et de vivre des produits du pays.

Les principales tribus qui habitent cette vaste région sont les Bongo, les Denka, les Golo et les Djour. Les Bongo habitent le pays situé entre les 6" et 8% dans la partie S.-O. du bassin du Bahr-el-Ghazal. D'un caractère doux, ils devinrent facilement la proie des gens de Ehartoum, qui, depuis 1856, année où ils s'établirent dans la contrée, en enunenèrent des esclaves par milliers. Us n'eurent pas l'idée de s'unir, mais

permirent aux soldats nubiens de s'emparer successivement de chacun de leurs villages, jusqu'à ce que tous fussent réduits à une sorte de vasselage. Le résultat de ce système fut qu'en peu d'années, de grands districts, naguère peuplés, devinrent à peu près déserts; aujourd'hui le nombre des habitants ne dépasse pas 100,000 âmes. Leur couleur est d'un brun-rouge, comme celle du sol sur lequel ils vivent. Les hommes seuls croient devoir se vêtir. Ils ne se livrent qu'occasionnellement à la chasse et h la pêche, et se nourrissent des produits de leur sol.

Le teiTitoire des Denka, au N.-E. de celui des Bongo, a été décrit d'une manière détaillée par Schweinfurth. Ils appartiennent aux tribus les plus noires, sont généralement propres, et s'occupent surtout de l'élève du bétail ; ils possèdent d'immenses troupeaux. D'un caractère belliqueux, ils ont pour arme principale la lance. En opposition aux Bongo, les hommes, chez les Denka, ne portent aucun vêtement. Les Djour habitent entre les Bongo et les Denka, un petit territoire peu peuplé. Ils sont connus surtout pour leur habileté à travailler le fer.

Lupton a relevé les principales rivières de sa province : le Djour, le Biri, le Kourou, le Pango, etc., qu'il a trouvés navigables pendant six mois de l'année, pour des bateaux ne (irant pas plus de cinq pieds d'eau. Ce serait, pour les transports, une grande ressource, qui permettrait d'alléger le fardeau des nègres, et de conserver beaucoup de vies sacrifiées dans les longs voyages par terre. Dans un pays en partie désert, il est impossible de transporter l'ivoire à de grandes distances, sans soufi&îr beaucoup de fatigue, de faim et de soif, et sans perdre un grand nombre d'hpnmies. L'eau et les provisions sont rares ; les bêtes de somme font défaut; les chevaux, les mulets, les ânes, les chameaux ne vivent pas plus d'une année dans ce pays, et le bétail des Denka n'est pas assez fort pour être employé au transport des colis. Lupton a fait un essai avec les bœufs des Baggara, mais Us sont morts au bout de peu de temps ; ils peuvent vivre encore assez bien dans les districts . de pâturages des Denka, mais, dès qu'ils arrivent dans les stations un peu élevées, c'en est fait d'eux.

Lupton avait une provision de 2500 quintaux d'ivoire et de 300 quintaux de caoutchouc ; mais, pour l'envoyer à Meshra-el-Rek, station où s'arrêtait le service des vapeurs de Khartoum au Bahr-el-6hazal, il lui aurait fallu 8500 porteurs, sans compter les soldats qui auraient dû accompagner ceux-ci. Et comment entretenir tout ce monde ? Il espérait que le gouvernement égyptien lui aurait fourni un petit vapeur, pouvant remonter jusque près de Dem-Ziber (ou Dem-Suleiman); c'eût été,pour le fisc, un revenu de 100,000 livres sterl.

Le pays abonde en gibier de toute espèce : rhinocéros, girafes, antilopes, hippopotames, buffles, lions, éléphants. Chaque année, dit Lupton» on tue de 5 à 6000 éléphants, et cependant il y en a toujours des multitudes. U a essayé d'en prendre de jeunes pour les élever, mais chaque fois ils sont morts.

 Tépoque oii il écrivait, au commencement de novembre de Tannée dernière, il était retenu à Djour-Ghattas par une révolte des Denka qui, avec les Nouer et les Mandata, mélangés aux Arabes, s'étaient joints aux partisans du Mahdi. U avait dû leur livrer vingt combats. Les Denka en particulier lui avaient tué beaucoup d'hommes, entre autres Rafai, un de ses meilleurs officiers, dans une bataUle où celui-ci s'était emparé d'un drapeau donné par le Mahdi au chef Ballal-Nagour.

Les tribus nègres Bongo, Grolo, Niam-Niam étaient tranquilles et heureuses. En revanche, les Djour, voisins des Denka, avaient vu ceux-ci leur brûler Jeurs récoltes avant qu'elles fussent coupées, et avaient été menacés de la disette.

Nos lecteurs se rappellent que c'est sous les coups d'assassins Denka qu'est tombé l'explorateur Schuver, lorsqu'il voulut s'avancer de Meshrael-Rek à Djour-Ghattas. Lupton euyoya un de ses officiers, Suttie- Efifendi, contre le village de Rek, appartenant au cheik Kutsch, ob le meurtre de Schuver avait été commis; le village fut brûlé, mais les meurtriers ne purent être pris. Lupton espérait néanmoins réussir à s'emparer d'eux. Il comptait ouvrir une campagne contre les Denka, mais devait attendre pour cela la saison sèche ; en novembre tout le pays était sous l'eau, et il n'était pas possible de songer à marcher contre l'ennemi. Après avoir châtié les gens de Rek, il se proposait d'attaquer Mayendout, le grand vakil du Mahdi dans cette région.

La guerre empêchait Lupton de continuer l'exploration qu'il avait commencée à l'ouest de sa province, dans le Dar Banda, où il a pénétré jusqu'à Foro, par 6 '' ,50 latitude nord et 21 "* longitude est de Paris. Il aurait beaucoup aimé à pousser au S. 0., dans la direction de l'Ouellé, et à résoudre le problème encore contesté de sou cours inférieur. Nous avons exposé en détails les résultats acquis par les explorations de Junker dans la région du cours supérieur et du cours moyen de cette rivière, et son voyage plus au sud jusqu'au point où il atteignit la Népoko, affluent du Congo (IV"* année, p. 107, 140, et carte p. 116; V"* année, p. 74). Junker a envoyé, de la résidence de Semio, à Lupton, qui l'avait invité a venir le voir à Dem-Ziber, une carte reproduite par Lupton pour les Troi\teà%ngB^^\* dans laquelle se trouvent dessinées la Nepoko et son affluent^

la Nava, se réunissant sous le l'',45 de latitude nord, pour couler à Touest oii elles forment un grand lac, dont Témissaire rArououimi se verse dans le Congo. Nos lecteurs se rappellent le lac Key-el-Aby, dont Lupton-bey annonça Tan dernier la découverte, rapportée par un de ses agents, Rafal-Aga, et qui devait se trouver à quinze journées de marche de rOuellé. D'après Junker, le nom du lac est Mbwikeyebay.

Quant à l'Ouellé, si Lupton-bey n'a pu l'atteindre lui-même, il a reçu d'un de ses agents, envoyé aux stations que possède le gouvernement égyptien sur les bords de cette rivière, des renseignements qui lui ont permis d'ajouter quelque chose aux connaissances que nous ont appor* tées les explorations de Junker. Celui-ci n'avait guère dépassé la limite du 24° longitude est de Paris, soit sur l'Ouellé, soit sur le Bomokandi. Sous ce méridien-là, l'Ouellé coulait par 4'' environ latitude nord, et d'après les renseignements reçus par Junker, le Bomokandi devait le rejoindre à 4 ou 5 journées à l'ouest, aussi sous le 4"^, par 23'',40 longitude est de Paris.

De Foro, point extrême ouest de l'exploration de Lupton, celui-ci a envoyé vers le sud-ouest, à la station de Barousso, sur l'Ouellé, sous le 20'' ,40, un agent, qui a mis 44 heures environ pour franchir la distance de 144 kilomètres entre ces deux localités, ce qui, d'après les calculs de Lupton-bey, placerait le cours de cette rivière, appelée Koutadans cette région, au nord du ô"*. De l'endroit oii Rafal-Aga l'avait traversée, au sud du 4^", jusqu'à Barousso, elle décrirait donc un grand arc de cercle vers le nord, et le nom de Kouta qu'elle porte dans cette partie de son cours nous ramène aux indications de Nachtigal et de Barth, montrant l'un, rOuellé allant former le Bénoué, l'autre, le Chari. Les renseignements fournis par l'agent de Lupton confirmeraient aussi ceux qu'a rapportés Potages, d'après lequel l'Ouellé a une direction occidentale, «ncore au delà du 20**, 40 (v. H"' année, p. 62).

A Barousso, le Kouta a de 3 à 5 kilomètres de large; sur ses bords sont plusieurs stations, où les tribus du sud apportent de l'ivoire que Lupton fait acheter pour le gouvernement égyptien. A six jours en aval de Barousso, le Kouta, coulant toujours à l'ouest, reçoit un affluent du 6ud, le Noungo. Entre ce tributaire, le Kouta et le lac, au sud-est, qui, d'après les renseignements des indigènes, a 30 kilomètres de large et 50 de long, il y a plusieurs cours d'eau assez considérables, dont les principaux sont le Roubi, qui se jette dans le Kouta, le Terré , dans le Roubi, et le Mombago, dans le Noungo. Les tribus qui habitent entre le Kouta et le Noungo, sont celles des Moubensa et des Moubengué. D'autres tri-

bus sont disséminées entre le Eouta et le Mombago, ce sont les Ba-Rboa, les Ba-Ganyero, les Bou-Mamé, les Bou-Poutta, et plus au sud-ouest, les Ba-Nyambay. Autour de la station de Barousso, habitent les Banda et les Ingany. Au sud du Kouta, le pays s'appelle Rembéché, ou Limbéché.

Quelque incomplets que soient encore ces renseignements, ils semblent confirmer les hypothèses de Barth, de Schweinfurth, de Junker et de Casati sur T Quelle, cours supérieur du Chari. Nous ne voyons pas la possibilité de les accorder avec l 'annonce toute récente de Stanley, dans la publication de TAssociation internationale du Congo (p. 130), reproduite dans le Mouvement géographique de Bruxelles, et dans d'autres journaux, d'après lesquels le problème de l'Ouellé aurait été résolu par lui, dans le sens de l'Arououimi. « Nous arrivons le 20 novembre, dit Stanley, au village de Yambounga, en amont duquel la navigation de l'Arououimi est coupée par des rapides. Latitude 2'', 13 au nord de l'équateui*. En cette partie de son cours, l'Arououimi porte le nom de Bi-Yéré; plus haut on l'appelle Berré, puis Ouerré. C'est évidemment rOuellé de Schweinfurth. » Nous ne pensons pas que la ressemblance des noms Ouerré et Quelle fournisse une preuve évidente en faveur de l'hypothèse de Stanley, qui nous paraît être encore sous l'influence de l'opinion émise lors de son premier voyage, en 1877. Comme nous l'avons dit (!¥■• année, p. 142), le mot Quelle, dans la langue Niam-Niam, signifie fleuve, rivière, grande eau, ce qui explique le grand nombre de cours d'eau portant les noms deQuerré, Quelle, Quille (v. la carte, IV"' année, p. 116).

Pour que l'Ai'Ououimi, remonté par Stanley jusque sous le 2% 13 latitude nord — il n'indique ni la direction, ni la longitude — fût l'Quellé, quel détour ne devrait pas faire le Kouta de Lupton, depuis le confluent du Noungo, situé par 5° latitude nord, et environ 20° longitude est de Paris? D'ailleurs, d'après Lupton, plusieurs cours d'eau, affluents de l'Quellé, ont une direction du sud-est au nord-ouest, ce qui indique qu'il y a, à une certaine distance au sud de l'Quellé, une ligne de partage des eaux entre le bassin de cette rivière et celui du Congo. Le Bi-Yéré, Berré et Querré de Stanley, nous paraît être la grande rivière de Junker, formée par la réunion de la Nepoko et de la Nava, coulant sous le 2"^ , dans une direction occidentale. La ligne de faîte de Lupton serait la prolongation de celle qu'a signalée Junker entre la Nepoko et la Nava au sud, et les affluents du Bomokandi au nord.

Au reste nous ne serons plus bien longtemps en suspens. Le D' Cha-

vanne ou le lieutenant Massari ne s'arrêteront pas en chemin ; ils traverseront la région équatoriale, du 2° au 5°, et en relèveront l'hydrographie et l'orographie, de manière à résoudre définitivement le problème de rOuellé. Quelle que soit cette solution, ce sera bien par la porte du sud que, comme nous le pressentions, Texploration de T Afrique centrale au nord de Téquateur, pourra poursuivre ses progrès. Puisse-t-elle aussi, par la solution à l'amiable de la question de la navigation du Congo, n'y voir pénétrer après elle qu'une civilisation vraiment pacifique et chrétienne.

BIBLIOGRAPHIE

Africana ; OR the Hkart of keathen Africa, by the Rev. Diiff Macdonald. Aberdeen (A. Brown et C*»), 1882, 2 vol. in-8** avec gravures, prix : 21 sh. — L'intérêt que les découvertes de Livingstone éveillèrent en Ecosse, en faveur des indigènes de l'Afrique centrale, se manifesta par un déploiement de zèle missionnaire dans les deux grandes églises de ce pays, auxquelles sont dues les stations de Blantyre, création de l'Église établie, et de Livingstonia relevant de l'Église libre. Quoique appartenant à des communautés différentes, les missionnaires ont néanmoins le sentiment qu'ils travaillent à une œuvre commune, et maintiennent entre eux les rapports les plus fraternels. M. Duff Macdonald, un des missionnaires de Blantyre, revenu en Ecosse, a exposé, dans ces deux volumes, le résultat de ses expériences, au service de l'œuvre à laquelle il avait été appelé à concourir. Son récit est de nature à dissiper les préventions qui se sont fait jour à l'égard de cette station, ensuite des conséquences fâcheuses auxquelles les missionnaires furent entraînés, par l'obligation que leur avaient imposée les directeurs de la Société, d'agir envers ceux des indigènes qui s'étaient groupés autour d'eux, comme des magistrats investis d'une juridiction civile. Aujourd'hui les missionnaires de Blantyre ont été déchargés de ces fonctions étrangères à leur vocation. Sans doute les difficultés que leur crée la présence de nombreux esclaves fugitifs ne sont pas diminuées et leur imposent le devoir d'une grande prudence ; mais on est heureux de savoir que, tandis que les croiseurs européens s'efforcent d'arrêter les négriers le long des côtes de l'Afrique orientale, il y a, à l'intérieur, des

' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à B&le, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique expUirèe et cwilisée.

établissements qui, par eux-mêmes, sont un obstacle à la traite, en ce sens que les trafiquants d'esclaves les redoutent, les évitent, et que les malheureux qui peuvent leur échapper y trouvent un refuge assuré.

Toutefois, ce n'est pas cela seulement que Ton rencontre dans ces deux volumes, dont le premier est entièrement consacré à la description de la vie des indigènes, dans tous ses détails. Le long séjour de M. Duif Macdonald au milieu des noirs, son inteUigence et sa perspicacité, au service d'une grande affection pour eux, lui ont permis de comprendre leurs idées, leurs us et coutumes, mieux que beaucoup d'explorateurs, qui n'ont pas eu le temps de pénétrer assez avant dans leur intimité pour saisir, sous les apparences extérieures, tout ce qui se cache de bien et de mal dans leur vie sociale et individuelle. U y a là des misères sans nom, que l'auteur expose, non pour faire mépriser ceux qui en sont accablés, mais au contraire pour presser les lecteurs d'aider toujours mieux à toutes les œuvres entreprises en vue de leur relèvement.

A l'assaut des pays nègres. Journal des missionnaires d'Alger dans l'Afrique équatoriale. Paris (Œuvre des Écoles d'Orient), in-8**, 347 p., avec gravures et cartes. — L'Afrique orientale est, au point de vue religieux, un champ d'activité où travaillent simultanément, et quelquefois dans les mêmes localités, des missionnaires protestants et catholiques. A part quelques cas isolés, ils sont pleins de bienveillance et de cordialité les uns envers les autres et se rendent mutuellement des services, mais on ne peut nier que les divergences de doctrine ne nuisent, dans une certaine mesure, aux progrès de la mission. Depuis quelques années Mgr. Lavigerie, a provoqué la création de plusieurs établissements, soit près de la côte, soit sur les bords des grands lacs. Les Missions catholiques ont publié de nombreuses lettres résumant les voyages et les travaux des missionnaires ; sous le titre un peu belliqueux indiqué plus haut les Pères d'Alger en ont raconté avec détails les premières étapes à travers les forêts et les déserts, jusqu'au cœur du continent. L'ouvrage se compose de trois parties : la première donne le récit de la marche de l'expédition de 1878, de Zanzibar à Tabora, où les missionnaires se partagent en deux groupes ; la deuxième suit ceux qui se dirigent de Tabora vers le Yictoria-Nyanza et s'établissent chez Mtésa ; la troisième, ceux qui continuent leur route vers le Tanganyika. Le voyage d'Alger à rOu-Ganda ne dura pas moins d'un an, deux mois et vingt-cinq jours, ce qui donne une idée de la lenteur avec laquelle avancent les cai'avanes dans cette partie de l'Afrique centrale.

Les premières pages du voluine sont consacrées à une lettre-préface, dans laquelle Tarchevèque d'Alger fait Thistorique des missions de TAfrique équatoriale, et les dernières, à Tallocution qu'il a prononcée lors du départ de Texpédition. Le morceau qui traite du commerce des esclaves est un plaidoyer fort éloquent et d'une grande élévation de pensées. Une carte donne, avec beaucoup de détails nouveaux, la route suivie par les missionnaires.

Deux volumes faisant suite à celui-ci sont en préparation. L'un a pour titre : A la cour de Mtésa, l'autre, Autour du Tanganyika.

Orioinal-map of South Afhica, coirrAiyiHG all South African Colonies and Native Terbitories, by Rev. A. Merensky. Berlin. (Simon Schropp'sche Hof-Landkarten Handlung), 1884, 1 : 2,500.000, 4 feuilles ; fr. 16. — Inspecteur, depuis de longues années, des missions de Berlin dans le Transvaal, M. Merensky a pu dresser, d'après de nombreux documents oflSciels ou privés, et d'après les résultats des voyages récents, une carte foit belle et à grande échelle de la partie de l'Afrique australe qui s'étend au nord jusqu'à Mossamédès et au Nyassa. Les montagnes, en noir, sont indiquées d'une manière assez légère pour ne pas rendre difficile la lecture des noms, et en même temps assez forte pour donner une idée exacte du relief du pays du Cap. Beaucoup d'indications nouvelles figurent sur cette carte, entre autres plusieurs localités du Transvaal; l'orthographe des noms a été l'objet d'une étude attentive. Toutes les routes et les voies ferrées, construites ou projetées, sont marquées, ainsi que la ligne que suivra, jusqu'à la frontière du Transvaal, le chemin de fer qui doit relier Lorenzo Marquez et Pretoria. Les limites des districts dans le pays du Cap sont indiquées au moyen de traits de couleur ; l'auteur a maintenu l'ancienne division de la République du fleuve Orange en cinq provinces, au lieu d'adopter la nouvelle en quatorze districts.

La carte de M. Merensky est la première sur laquelle nous voyions figurées par une teinte spéciale, les possessions de la maison Lûderitz de Brome, au nord de l'Orange ; d'autre part, il n'y est pas tenu compte des derniers renseignements fournis par l'ingénieur Andersen sur la Cimbébasie, la Hottentotie et le Kalahara ; aussi ne faut-il pas s'étonner qu'elle ne soit pas d'accord avec celle que nous avons donnée de ces régions dans notre numéro d'avril (p. 100).

BULLETIN MENSUEL {7 juillet 1884)'.

Nous avons annoncé (p. 101), le projet d'un voya^^e de ciroum- ■avif^tion autour du continent africain» SOUS le patronage de la Société milanaise d'exploration commerciale en Afrique. D'après la Perseveranzaj cette Société a attaché à l'expédition M. Beecarî» voyageur bien connu et auteur de précieux travaux sur le commerce africain. Les conférences qu'il fera pendant le voyage, et les études qu'il pourra poursuivre sur les lieux où touchera le navire, donnent lieu d'espérer que le but que s'est proposé la Société sera atteint, et qu^il en résultera, pour tous ceux qui auront pris part à l'expédition, une connaissance exacte de l'histoire, des us et coutumes ainsi que du commerce de ces régions.

Nous espérions pouvoir donner dès aujourd'hui des renseignements détaillés sur la tpavepsée de. TAfrlque par M« Buonfanti, de Tripoli au golfe de Guinée, par le lac Tchad, et le pays de Sokoto. Mais le manque de place nous oblige à les ajourner à un prochain numéro. Disons seulement ici, qu'il a réussi à remonter et à relever le Niger dans son cours moyeu, de Say à Tombouctou, ce que n'avait encore fait aucun Européen, et que, de Tombouctou, il s'est rendu à la cAte en traversant, à peu près par le milieu, les vastes territoires en partie inconnus jusqu'ici, compris dans le grand arc formé par le fleuve dans son cours moyen.

Pendant que les puissances européennes correspondent entre elles au sujet de la conférence qui doit régler la position financière de l'Ê^ypte et fixer le terme de l'occupation anglaise, les troupes du Malidl continuent leurs conquêtes ; vers le nord, elles se rapprochent des frontières de l'Egypte propre, et vers le sud, elles ont triomphé de la résistance de Slatin-bey au Darfour. Des messagers envoyés de cette province ont apporté au Caire des lettres de l'ex-gouvemeur, et de l'émir nommé par le Mahdi pour le remplacer. Slatin-bey écrit « qu'après avoir lutté deux ans contre les insurgés, n'ayant plus ni vivres, ni munitions, il a été réduit à fondre des boulets de cuivre sans effet contre l'ennemi; enfin, ayant vainement attendu les secours qu'il

^ Les matières comprises dans nos Bulletins menauéls et dans les Nouvdks compUtMntaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de i^Algérie, puis allant à l'Est, longeant ensuite la c6te orientale du continent et revenant par la c6te occidentale.

l'afsiqui. — ciNQUiin àxkéi. — k^* 7. 7

avait réclamés à plusieurs reprises, il s^est rendu, pour éviter une plus grande efiusion de sang. » Kassala ne peut guère compter sur le secours du roi d'Abyssinie qui ne paratt pas avoir accueilli très favorablement la demande à cet égard de l'envoyé britannique. La situation deSouakim est des plus précaires ; Berber est tombé, Abou-Hamed est pris, Dongola est abandonné, Korosko et Assouân sont menacés ; quant à Khartoum, impossible d'en rien apprendre. Dans quel état se trouve sa garnison au milieu d'une population sans doute peu sympathique aux Égyptiens, et probablement encore moins aux Anglais ? De Gordon, ni messagers, ni télégrammes, ne sont parvenus au Caire depuis le 10 avril, et Ton soufPre en pensant que plus le temps s'écoule, plus l'esprit d'animosité inspiré aux populations soudaniennes par le Mahdi et ses derviches doit s'enflammer contre les étrangers, surtout contre celui qui représente le mieux au milieu d'elles la civilisation européenne.

En attendant les troupes égyptiennes qui viennent d'être toutes placées sous l'autorité directe du commandant des forces britanniques en Egypte, sir E. Wood, sont concentrées à Assouan, à Korosko et à Wadi-Halfa, où, tôt ou tard, celles du Mahdi viendront les chercher. Sauront-eUes résister mieux que celles de Tokar, de Sinkat ou de Berber? ou bien, l'imagination frappée par les progrès de la puissance du Mahdi, ne seront-elles pas vaincues avant même d'avoir vu l'ennemi? En tout cas ce ne sera pas la présence à leur tête d'officiers anglais, qui leur inspirera un profond désir de repousser l'envahisseur loin des fron* tières de ce qui reste à l'Egypte de l'empire de Méhémet-Ali. A quoi aboutiront d'autre part les préparatifs faits en Angleterre pour l'achèvement de la ligne de chemin de fer stratégique commencée il y a quelques années, pour relier la mer Rouge au Nil par Souakim et Berber? ou ceux qui concernent une expédition à envoyer au Soudan pour délivrer Khartoum? C'est le secret de l'avenir ! Quoi qu'il en soit, la i-esponsabilité de la défense de la Haute-Egypte incombe maintenant à l'Angleterre, et il est à prévoir que les préparatife militaires actuels devront servir à garder la vallée inférieure du Nil, beaucoup plus qu'à sauver Gordon, que Ton paratt disposé à abandonner à son malheureux sort. Une dépêche d'Aden du 16 juin a annoncé le retour de l'amiral Hewett de sa mission d'Abyssinie, mais jusqu'ici les termes du traité qu'il doit avoir signé avec le roi Jean sont tenus secrets.

L'état d'anarchie du Soudan n'empêche pas les négociants anglais de songer à exploiter ce pays au point de vue commercial. La Pall MaU Oazette annonce que des hommes d'affaires de la Cité ont élaboré un

plan, qu'ils ont soumis aux premières autorités de l'Angleterre et de rÊgypte qui Tout approuvé, et par lequel le Soudan pourrait être sauvé «n même temps que le commerce y trouverait son profit. U s'agirait de fonder une compagnie commerciale du Soudan sous le titre de Centpal Afrlc^n Tradiimr AsscMsIatlon» au capital de quatre millions de livres sterling, moyennant la concession d'un monopole de 99 ans pour le commerce du Haut-Nil. Elle commencerait par la construction d'un chemin de fer à voie étroite de Souakim à Berber ; cinquante milles de rails prêts à être posés sont déjà réunis à Woolwich ; cent autre milles peuvent être expédiés des comtés du centre, et les cent trente milles restants seront prêts avant que les travaux soient assez avancés pour qu'ils fassent besoin. La ligne de Souakim à Berber ne serait que la première partie d'un réseau qui s'étendrait h tout le Soudan et aux provinces équatoriales jusqu'au centre de l'Airique (?)

Les Proceedings de la Société de géographie de Londres rapportent une excursion faite par le vice-consul anglais à MoiiAbas» M. Gissin^, dans les villages à la tête du golfe ou du bras de mer qui pénètre à une vingtaine de kilomètres à l'intérieur. « Les montagnes, » dit-il, « sont la continuation de celles qui partent de Malindi ; elles sont à 24 kilomètres de la côte, et varient de hauteur de 200" à 400". Le pays est couvert de mimosas et de fourrés épineux, que les natifs doivent couper et brûler pour pouvoir faire leurs plantations annuelles. Le sol est fertile, et produit en abondance du blé d'Lide, de la cassave, des fèves, des pommes de terre douces et du riz. Le climat est chaud, mais salubre. Jomvou, station du missionnaire Wakeôeld, est agréablement situé sur une colline, tout près de la crique ; à 5 kilomètres plus loin est Rabbal, station <le la Société des missions anglicanes, construite sur le sommet d'une colline beaucoup plus haute, commandant une belle vue de la mer. Les indigènes sont des. Wa-Nlka, sujets du sultan de Zanzibar, tribu qui paratt avoir fait très peu de progrès dans la civilisation. Cependant ce «ont d'habiles agriculteurs, et ils possèdent des bestiaux qui excitent souvent la convoitise des Masaï pillards de l'intérieur. Les Wa-Nika pacifiques vivent dans une crainte perpétuelle de ces brigands, qui procèdent ainsi dans l'attaque d'un village : ils s'en approchent de nuit, fondent, au point du jour, sur les habitants endormis, et tuent tout 4ans les huttes, hommes, femmes, enfants, sans même épargner les chiens. D y aurait un moyen de se défendre contre ces maraudeurs, ce serait de les prendre par derrière ou de les envelopper, car ils ne peuvent protéger, avec leur bouclier, qu'un côté de leur corps; ils seraient

forcés de se retirer ; mais les timides Wa-Nika n'ont pas le courage de Tadopter. » De Babbal, M. Gissing s'est rendu à Ribé, ob il a trouvé les plus beaux spécimens de fermes qu'il eût encore vus dans le pays ; les champs sont parfaitement tenus, le sol en est aménagé comme celui d'un jardin. Mais le pays manque de rivières et d'eau permanente pour l'irrigation, et pour la boisson ; il y a cependant, dans les vallées voisine» de Ribé, des cours d'eau temporaires provenant de sources de montagnes ; la végétation y est magnifique.

L'installation du magistrat supérieur des Ba-Soutos. le colonel

Clarke s'est faite sous d'heureux auspices. Les allocutions des chefs, dans le pitso qui a eu lieu à cette occasion, ont été empreintes de la plus grande sympathie pour l'administration anglaise, sans qu'il y ait eu besoin que les missionnaires exerçassent une pression quelconque. Un des buts du colonel Clarke est de chercher à amener les Ba-Souto» à se gouverner eux-mêmes, en reprenant pour cela un projet formulé l'an passé par les ministres de la colonie du Cap, comportant la création d'un grand conseil composé de chefs et de conseillers. Ce conseil aurait à faire des lois qui seraient ensuite soumises à l'approbation du Haut- Commissaire. Celui-ci va demander à la tribu de payer l'impôt de 10 shellings par hutte ; s'il est payé d'une manière prompte et générale, ce sera une preuve que la tribu est satisfaite du nouveau régime. Le colonel Clarke a promis aux missionnaires de leur dire ce qu'il pourra faire pour les écoles, dès qu'il aura vu ce que l'impôt aura rapporté. Sa patience, son calme, sa manière de parler aux indigènes, sont bien propres à les attacher à lui. Il a déclaré vouloir ne rien précipiter et prendre son temps pour affermir la nouvelle administration.

Pendant que des membres des Parlements d'Angleterre et de la colonie du Cap interpellent leurs ministres respectifs sur les intentioni^ des deux gouvernements relativement à An^ra Pequena, le D' Kachtigal fait voile vers cette possession de la maison Lûderitz, pour affirmer que, conformément aux déclarations de M. de Bismarck, eUe est bien placée sous la protection de l'empire d'Allemagne. En même temps, et à l'instigation de M. Lûderitz, une expédition commerciale et scientifique ^t partie de Hambourg sur la corvette Elisabeth pour le Cap et Angra Pequena. Son but est de chercher une route commerciale entre ce dernier point et le cours moyen ou supérieur du Congo. Le chef de l'expédition est le lieutenant Siegmund Israël, qui, après avoir fsdt avec les Anglais la campagne des Achantis, a exploré deux fois, avec le capitûne Grant Elliot, le bassin du Quilou-Niari. H est accompagné du D''

Hôpfher chargé de la partie scientifique, qui a déjà fait un voyage dans les colonies portugaises de l'Afrique occidentale, et au sud de Cunéné jusqu'aux stations des missionnaires aUemands dans le Damaraland. Un frère de M. Lûderitz, le possesseur du territoire d'Angra Pequena, fait partie de Texpéditiou. Pour obvier au manque d'eau qui est une des difficultés dans les marches d'Angra Pequena à l'intérieur, Texpédition a été munie d'appareils perfectionnés pour le forage rapide des puits artésiens. Le gouvernement favorise cette entreprise en ce sens que les voyageurs font la traversée de Hambourg au Cap à bord de la corvette Elisabeth, et qu'une canonnière allemande les transportera du Cap à Angra Pequena. «

La Société de géographie de Berlin a reçu communication de la dernière lettre écrite par le D' Pog^^^e, de Malaugé, le 12 février 1884 ; il en ressort que, de Muquengué, il avait fait un voyage rapide, sans rencontrer de difficultés. Il avait visité le chef ba-chilangué Mofouka, qui demeure plus au nord, par 6' 10 lat S. et îS** 32 long. E. de Paris, et, à cinq jours de là, dans une direction N.-N.O., l'embouchure du Louloua dans le Cassai. De ce point, et en suivant une route parallèle au dernier fleuve, il atteignit Kikassa, oii il l'avait passé dans son voyage avec Wissmann en 1881. Marchant ensuite pendant six jours vers le sud, sur la route de Kimboundou, puis tournant à l'ouest et ensuite au S.-O., il traversa le Lounda en passant entre Kahoungoula au sud, et Mouata Koumbana au nord. Ensuite il retrouva la route de Schûtt au passage des rivières Loangué, CuUou et Ouhamba, et arriva enfin à Malangé parMachindéet Cassangé. AMalangé il rencontra Wissmann, le premier blanc qu'il revoyait depuis Nyangoué, oii ils s'étaient séparés deux ans auparavant. Il était affaibli par les fatigues et par un catarrhe dont U souffrait depuis une qmnée ; cependant rien ne faisait prévoir sa fln prochaine à Loanda. Arrivé à la côte, l'inflammation puhnonaire fit des progrès rapides, et l'enleva au bout de quinze jours à la science et aux amis qui l'entouraient. Quant à l'expédition de Wissmann, iensuite des entretiens de Pogge à Malangé, son chef a dû lui faire passer le Quango entre Cassangé et HoUo, traverser le petit pays des Kari, puis, soit par la route de Schûtt, soit par celle de Bûchner, gagner directement Kikassa en laissant Mouata Koumbana à sa gauche et Kahoungoula à sa droite. La route, au nord du Louboukou, présente de grandes difficultés par suite des immenses forêts vierges qu'il faut traverser, aussi Wissmann estimait-il que le Cassai était la route la plus convenable.

'^^ciù-<fy:

Les directeurs de la British and Jfrican Steam NajyigaMon Company ont adressé à S. M. le roi des Belges, président de TAsaociatioA Internationale afiricalne» la lettre suivante.

Liverpool, 24 mai 1884.

Sire,

Le bruit a cOuru ici que T Association internationale africaine, placée sous le patronage de Y. M., et qui poursuit énergiquement ses opérations sur le Congo, se propose d'accorder aux sigets belges des droits et des privilèges exclusif, au détriment des sujets d'autres nationalités. Connaissant le but digne d'éloges pour lequel T Association a été fondée — l'ouverture de l'Afrique centrale à la civilisation comme précurseur de l'instruction et du commerce, — nous sommes disposés à n'accorder aucun crédit à ce bruit. Nous sommes d'ailleurs affermis dans cette disposition, en nous rappelant l'exposé que Y. M. a bien voulu faire à M. Alfred-L. Jones, membre de notre Société, auquel Y. M. a eu la bonté d'accorder une audience il y a quelque temps. Néanmoins, comme de tels bruits trouvent crédit en quelques endroits, nous croyons bien faire d'attirer sur ce sujet l'attention de V. M., afin que l'opinion publique puisse être rassurée. Nous serions donc très reconnaissants, si Y. M., voulait bien démentir officiellement ce bruit, pour que nous pussions en informer le public anglais. Assurant Y. M. de nos meilleurs vœux pour le succès des plans en vue desquels l'Association internationale africaine a été créée, nous demeurons de Y. M. les très humbles et obéissants

serviteurs.

Eluen, Dbmpster et C".

A cette lettre M. Strauch, secrétaire général de la commission executive de l'Association internationale africaine, a répondu de la manière

suivante : \

Bruxelles, 2 juin 1884.

Messieurs,

La lettre que vous avez adressée au roi des Belges m'a été transmise. L'Association internationale a acquis de différents chefs, non seulement des droits de souveraineté, mais aussi des droits particuliers et exclusifs. L'usage que l'Association fait des privilèges reçus des chefe est rappelé dans la déclaration officielle faite à Washington. L'Association ouvre ses territoires au libre commerce de toutes les nations ; elle n'établira point de lignes de douane le long de ses frontières ; elle accordera des concessions, sans aucune distinction quelconque de nationalité, à ceux qui les demanderont, pourvu qu'ils s'engagent à respecter les lois et lea

règlements du nouvel État.

Signé : Stradch.

Quant aux négociations poursuivies au sujet du traité an^lo-portarais, la plupart des gouvernements consultés se rattachent à Pidée émise l'année dernière par M. Moynier, au congrès de droit international, à Munich, d'une Commission internationale analogue à celle du Danube.

Aux nombreuses stations nouvelles du Comité d'études du Congo, il faut ajouter celles que créent les sociétés missionnaires. D'après le D' Sims, la Liivin§^stone Inland mission en fondera une, à une vingtaine de kilomètres en amont de l'embouchure de l'Ibari Nkoutou, dans une région oîi les villages abondent et où les champs sont bien cultivés, près de la rivière Kinshasha. Elle sera éloignée de Stanley Pool de 110 kilom. environ ; aux eaux hautes le trajet pourra se faire en six jours et demi avec sept rameurs. Sa situation sur le haut fleuve sera plus salubre que celle des stations du cours inférieur. — A Loukounga est mort M. Hartley, delà mission baptiste, chargé de la reconstruction du vapeur le Peace. A Pallabala, M. Harvey s'est assuré, par traité, la possession, d'une colline plus élevée que ceUe de l'ancienne station, et plus salubra aussi, afin d'y bâtir et de pouvoir offrir l'hospitalité aux étrangers de passage.

Quand à la station française de Gantsohou fondée par le D' Ballay à 10 kilom. de M'Suata, établissement du Comité d'études du Congo, Savorgnan de Brazza y est arrivé le 26 mars, avec deux blancs et un détachement de noirs, par l'embarcation à vapeur montée sur l'Alima. Le surlendemain il a reçu la visite de M. Westmark^ chef de la station de M'Suata, et du capitaine Hansens, l'organisateur d'une partie des stations de la vallée du Quilou. L'entrevue a été dea plus cordiales. Le 4 avril, de Brazza et le D' Ballay sont allés à M'Suata rendre à MM. Westmark et Hansens leur visite et passer auprès d'eux une journée entière.

Le D' Mœhll est revenu de Sala§^a à la côte, après avoir cherché à l'intérieur des emplacements salubres où puissent travailler les missionnaires de Bâle. Les anciennes stations seraient desservies par des pasteurs indigènes. Le voyage de Salaga a duré 44 jours. Parti le 11 janvier, avec les missionnaires Muller et Asanté et quelques porteurs de hamacs, il fit un voyage parfois pénible et fatigant, mais partout les étrangers furent bien reçus. Plusieurs chefs païens, ainsi que leurs sujets» leur ont demandé de leur envoyer des instituteurs. L'accueil fut particulièrement favorable dans le pays des Mkonyas, à quelques journées de Salaga. Le roi et les anciens, ses conseillers, les invitèrent à se fixer

dans le pays, et à choisir le lieu de leur résidence. Le prince de Krakye aussi les combla de faveurs et même leur fit cadeau de plusieurs esclaves, qui les accompagnèrent à Abouri, parfaitement libres d'ailleurs. Â Salaga ils ne demeurèrent que trois jours, le climat y étant dangereux pour des Européens. Depuis une dizaine d'années la ville a beaucoup déchu. En 1873, le géographe anglais Wyld évaluait sa population à 40,000 âmes, elle en a beaucoup moins aujourd'hui; son commerce, autrefois florissant, languit^ même celui des esclaves qui faisait de son marché un des plus importants de TAfrique. Les voyageurs descendirent le Yolta dans des bateaux pour lesquels ils durent changer plusieurs fois de pilotes, les tribus de l'intérieur craignant celles du bas fleuve. Le 23 février la caravane rentra à Abouri. Dès lors le D' Mœhli a dû revenir à Bftle. I^ous serons sans doute bientôt informés de ses études de climatologie médicale de la Côte d'Or.

M. de Fou€»iuld dont nous avons mentionné l'expédition au Maroc, dans notre dernier numéro, a communiqué par lettre à la Société de géographie de Paris l'itinéraire qu'il a suivi. De Tanger il s'est rendu à Fez et à Mequinez, puis a exploré la plus grande partie de la province de Tadla d'où il a descendu l'Oued-el-Abid jusqu'à Tabia. Franchissant le Grand Atlas au col de Glaoui, il s'est dirigé vers Tazenakht, pour passer au col d'Agni la seconde chaîne du grand massif atlantique et visiter ensuite les grandes oasis de Tissint, Talta et Akka, en poussant une pointe jusqu'à l'Oued-Dra, limite méridionale de son exploration. De Tissint il a regagné Tazenakht par le col de Harou et le territoire de la tribu des Zénaga. Son itinéraire a été relevé à la montre, à la boussole et au baromètre, et le plus souvent possible les latitudes et les longitudes ont été déterminées avec le sextant et le chronomètrel <t Le fait qui m'a le plus frappé, a dit l'explorateur, » c'est rextrème faiblesse du gouvernement marocain. Les États de Moulal-el-Hacen sont bien petits ; il n'est sultan du Maroc, ni de fait ni de nom, sauf pour les Européens. Son empire, facile à délimiter, se compose de la côte de l'Océan et des basses vallées des cinq fleuves. C'est la région occupée par des tribus de race arabe. Quant au massif montagneux qui occupe la portion centrale, il est, ainsi que les hautes et moyennes vallées, entièrement indépendant ; uniquement peuplées de Berbères, ces vastes contrées ne reconnaissent aucun autre pouvoir que celui de leurs cheiks ou de leurs Djemaa et se gouvernent elles-mêmes. »

^ NOUVELXJESS COMPLÉMENTAIRES

Le Journal officiel de )a Régence de Tunis a annoncé qu'une concession, pour 99 ans, a été accordée à la Compagnie de Mokta-el-Adid, d'un gisement de fer en Kroomirie^ au lieu dit Nefsa, avec obligation de construire un port en face de Tabarka, et une voie ferrée de 32 kilom. pour relier les mines à la mer.

La ligne télégraphique entre Tunis et Eairouan est terminée.

M.Paul Melon, délégué de l'Alliance pour la propagation de la langue française, et l'un de ses plus zélés promoteurs, a Yisité les écoles de la Régence de Tunis et 4e la Tripolitaine, distribué des livres, des médailles et des récompenses ; il a en ontre créé à Tunis une bibliotkèque populaire.

Le D' Schweinfurth est de retour au Caire, de son exploration dans le désert de Lybie, qui lui a fourni une riche moisson d'objets d'histoire naturelle. Aux environs du Birket-el-Keroun, le lac Mœris des anciens, il a découvert un temple égyptien qui remonte aux premières dynasties de l'empire des Pharaons.

D'après le rapport du ministre du commerce d'Italie, le résultat de la mission italienne en Abyssinie est favorable. Il sera possible d'obtenir de ce pays, où les moutons sont nombreux, une bonne laine noire. Un Italien qui réside à Gondar, veut essayer d'exporter cet article et en a envoyé des échantillons à Livourne.

M. Albert Pogliani est parti de Milan pour faire une exploration commerciale dans la mer Rouge et sur les côtes du continent africain.

Le vice-consul français à Khartoum, M. Lemay, en mission dans la mer Rouge, s'est rendu à Harrar par Zeïlah.

M. de Courcy a été nommé résident français sur le territoire d'Obock, oik sera établi un poste de 25 hommes d'infanterie de marine.

Le D' Paulitschke se prépare à faire, avec le D' de Hardegger, un voyage au pays des Adal et dans l'Harrar. Avant de partir, il a fait paraître sur l'histoire de l'exploration de cette région un savant mémoire dont nous rendrons compte dans notre prochain numéro.

M. 6. Revoil est rentré en France de son expédition au pays des Somalis.

M. J. Thomson est heureusement revenu à Zanzibar de son exploration de la région au delà du Kilimandjaro et du Kénia.

Une lettre du D' Bôhm au Comité national de l'Association africaine allemande rapporte, que l'on a constaté une élévation périodique des bords du Tanganyika, et Pexistence de traces supérieures d'inondation le long des rives. De son c6té, le D*" Reichert signale un combat contre la tribu des 0u-Qa-0u*6a.

La mort du chef ma-kololo Chipitoula, de la main d'un Européen a troublé la paix dea rives du Chiré et rendu dangereuses les communications avec le lac Nyassa. Le capitaine Foot, consul anglais dans cette région, écrit que la position est sérieuse, les Ma>Kololo ayant, par représailles, coulé le vapeur Lady Nyassa avec une par* tie de la malle.

Le D' Aurèle Schulz a informé la Société de géographie de Berlin qu'il est

anÎTé à Rastenbourg le 28 mars ; il comptait atteindre les chates Victoria du Zambèze en sept semaines.

Le Tapeur Maud^ chargé de reconnaître le coars du Limpopo an point de yue / de la nayigation, a réussi à franchir la barre du fleuve et à le remonter sur un parcours de 130 kilom., jusqu'au kraal de Matshoba. De là l'équipage atteignit par terre la station commerciale de Wyllie, à travers de nombreux marais, qui rendirent sa marche pénible et dangereuse; presque tous les membres de l'expédition eurent la fièvre. C'est le premier vapeur qui ait réussi à remonter le Limpopo.

M. Williams, dont nous avons dit l'expédition aux chutes du Zambèze avec sa femme et son enfant, est revenu à Port-Élisabeth où, dans une séance publique, il a raconté son exploration. Il a trouvé la contrée entre le Limpopo et les mines d'or de Taté moins bien arrosée que ne le montrent les cartes; sans doute cela tient au fait du^ dessèchement graduel des cours d'eau de l'Afrique centrale. Il y a d» For & Tati, mais les moyens d'extraction font défaut et les difficultés sont grandes. Quant à la disparition des explorateurs Patterson et Morgan Thomas» M. Williama croit que le premier est mort pour avoir bu de l'eaa empoisonnée, et que le second a été assassiné par son escorte.

Le D' Holub a passé quelques jours à Colesberg pour y étudier les gisements de fossiles nouvellement découverts. Il y attendait des nouvelles du pays des Ma- Tébélé ; si elles étaient pacifiques, il comptait s'y arrêter de manière à se rendre au delà du Zambèze l'année prochaine; si au contraire elles étaient favorables, il voulait traverser le fleuve déjà au mois d'août de cette année-ci, après avoir visité l'Étot libre de l'Orange.

De nombreux gisements aurifères ont été découverts à Moodie's Reef dans le Transvaal. Beaucoup de personnes s'y rendent, de la colonie de Natal par la voie de Lorenzo-Marquez, la route qui conduit de la côte aux mines étant exempte de fièvre à ce moment de l'année.

Le ZoulonlaAd continue à être troublé par les luttes entre les partisans d'OusibepoH et ceux d'Ousoutou, anciens adhérents de Cettiwayo. Ces derniers ne respectent pas même le territoire de la Réserve, où se trouve le résident anglais, M. Osbome. L'appui d'un certain nombre de Boers des frontières, qui se sont joints à eux contre Onsibepou, avec l'espoir de recevoir des fermes dans le Zoulouland, risque de compliquer encore un état de choses déjà très embarrassé, quoique d'ailleurs ils aient promis de s'abstenir d'intervenir dans le territoire de la Réserve.

Une compagnie s'est constituée sous le nom de « Kimberley Junction Railway,» au capital d'un million de livres sterling, pour la construction et l'exploitation de lignes de chemins de fer prolongeant vers le nord celles que possède déjà dans le voisinage du fleuve Orange le gouvernement de la Colonie du Cap.

En rapport avec la Chambre de Commerce de Londres, et sous le titre de « South african trade 8ection,9 il s'est formé une section qui aura pour but de développer les relations commerciales entre la mère patrie et l'Afrique méridionale. Une des premières questions qu'elle étudiera sera celle des arrangements postaux avec les colonies du sud de l'Afrique.

Une société s'est fondée en Portugal pour créer, dans la province de Mossamédès, une colonie agricole et civilisatrice, afin de contribuer au développement des richesses de cette partie des possessions portugaises.

Une expédition scientifique organisée sous les auspices des sociétés de géographie de Berlin, de Hambourg et de Gotha (?) partira prochainement pour Loanda. Parmi ses membres se trouvent un botaniste, un géomètre, un photographe, etc. Le but en est la traversée du continent, de Loanda à Zanzibar ; les explorateurs devront faire le lever du terrain, déterminer des latitudes et des longitudes, faire des collections minéralogiques et zoologiques.

Le gonvemement français a édicté, pour ses possessions du Gabon, un décret qui râqne de nuire aux écoles des stations missionnaires américaines ; en effet, aucune école ne pourra être établie dans la colonie sans le consentement du commandant, aucune autre langue que le français ne pourra y être enseignée, et la moitié des heures d'école devra être consacrée au français, l'autre moitié aux sujets désignés par le gouvernement.

L'Kspagne a accordé à l'Allemagne, dans l'île de Fernando-Po, un terrain pour y établir un dépôt de charbon^ et l'a autorisée à y installer un consul, mais sans lui accorder aucun droit de souveraineté.

Les noirs de l'établissement portugais de Bissao, dans une grande lie de la rive droite du Rio-Geba, se sont révoltés contre les autorités, et se sont même emparés de la seule canonnière portugaise en station dans ces parages, le Barrebo^ dont l'équipage a dû se sauver dans les embarcations.

Le capitaine Lenoir a fait une expédition aux sources de la Casamance et dans le Bondon et le Bambouk.

Le gouvernement espagnol a ratifié la convention relative au câble des Canaries au Sénégal.

La ville de Eayes, tête de ligne du chemin de fer du Haut-Sénégal, a été presque entièrement détruite par un incendie: les bâtiments du chemin de fer, le dépôt de vivres, l'hôpital, la caserne, les habitations ont été la proie des flammes.

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