‹ L'AfriqueChapitre 10 sur 22 · La Sicile · texte numérisé non relu

La Sicile

elle ciel tombera au fond do i'Averne |ikilôt que vous ne ?oyez ami de la bonne loi. Mais la jusle vengeance des dictix poursuit les coupables, clic frappe la race impie, et, bien qu'en marchant d'un p"e 1 boileux, cib^ devance quelquel'ois ceux qui la liiienl. Dieu comb'iuple d"en haut les crimes et la perfidie, quoique pour vous, Annibal, rcxislence de Dieu soil une lable vainc. Que de lois les vagues cn>anglan!f'cs. ayant englouli des floiles, oi;l ballu le riva"C qu'elles rOugissaienL ! Que d'cnlniillos do guerriers ont (lotie épai'ses sur l'Océan! Que de '.ai??e;iux dégi-éés ou fracassés ont vogué snr l'onde ! Que de carènes inondées de sang ont été Itallolées par les flots ! Que de boucliers, que de tillacs dégoullanls d'un sang noir! Croyez-vous encore qu'il n'y a point de Dieu? Le peu do temps qui nous en sépare a-l-il donc effacé entièrement de volro mémoire la journée dt s Égales? Denx fois auparavant vous avez porte contre nous des armes criminelles. Toujours en butte à vos attaques et voulant aider des alliés qui en éi.aient dignes, nous avons été foicés do vous tenir tète, l/amitié nous a fait un devoir de secourii- jadis les Sicilien.? et récemment les Esp.-ignols. C'est avec inie douleur mêlée de lionle que l'on songe aux actes révoltants de cruauté que vous avez exercés sur ces derniers, paice que les secours de Rome leur arrivèrent, liélas ! trop lard, et Sagonle est notre grand opprobre M.ns Dieu, ce Dieu que vous mépiisez, vous a iniligé la punition que vous méritiez ; l'issue de la pr'tn)ièrt! guerre a été celle que vous savez, et il en sera de même de celleci, à moins que Dieu ne se lasse d'un juste cliâliment. Si dans l'intervalle nous avons reçu, à la vérité de nombreuses blessures, le ^engeur équitable l'a permis sans doute pour éprouver et purifier les bons. Mais laissons le passé.

« Si vous tenez à ce que votre paix ne nuise point à vos concitoyens, je ne veux pas non plus qu'ils recueillent la récompense de leur perfidie Eb quoi! quand il est de notoriété publlifue que vous avez violé les traités et tout espoir de la paix, lorsqu'un premier parjure vous a rendus indignes des mêmes conditions, vous sollicitez de nouveaux traités et une seconde paix à des conditions plus douces ? Et vous n'avez pas de honte? On me représente cà combien de dangers la fortune est soumise, combien glissnnlc est la roule qui conduit aux grandeurs ; on rappelle à ma mémoire les ix)is et les capitaines qu'un changement de fortune a précipités soudain d'unrani,'^ élevé, on m'accable d'exemples. Je sais (|ue nous avons dc!S coips mortels et des âmes immortelles. Je sais qu'après la mort, de nombreux supplices et de longs tourments sont réservés aux criminels, cl que les bons recncilleul ici-bas de la gloire et au ciel des incompensés cternclles. Voulez-vous m'ap|)rundrc autre chose, homme s^avanl? Je vous écoule. Je sais qnc je suis exposé aux dangers, et je vous tiens pour un vaillant et illustre capiluinc.

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Cessez de menacer : nous vous connaissons et nous espérons qu'il en rojaillira sur nos armes une ploire plus éclatante. Je n'ignore point Tcmpire cpi'oxerccnL sur les ciio?cs humaines les caprices de la fortune; mais nulle puissance n'est com|)aiaLle à celle du Dieu suprême ; il prclo ordinairement son assistance à ceux qui soutiennent des guei'res justes.

« Mais pour ne point perdre toute cette joiirnéc en paroles, si les premiers traites vous agréent, si l'oulrapc récent lait à nos Vaisseaux et à nos députes reçoit une ré|)aration, vous aurez ce que vous demandez. Et pour qu'on ne m'accuse pas de méconnaître la valeur de cette promesse, en recevant ce riche présent de la paix, voyez où votre fortune en est réduite. Si quand votre nom retentissait comme un tonnerre dans le l.atium, au moment le plus critique de la guerre, vous aviez, ennemi traitable, humblement sollicité la paix, il y aurait eu peut-être de l'orgueil à ne point vous l'accorder. Maintenant que, presque vaincu, chassé de toute rilalie, tremblant de peui', vous implorez la paix pur force, on {lourrait à bon droit vous la refuser Eh bieu ! pour que le monde voie que nous ne nous laissons ni abattre par les revers, ni enorgueillir par la prospérité, et (pie dans la bonne et la mauvaise fortinie notre attitude reste la même ; pour que la postérité sache que nous ne faisons la guerre ni pai' l'appât du butin ni par haine, mais par amour de la paix, la paix vous sera donnée si vous la voulez sincèrement. Mais pourquoi l'aire de vaines propositions ? L'Espagne, • si vous l'ignorez, a été conquise par mou bras et a coûté des torrents de sang. Tout le reste nous appartient. Donner ce que l'on ne peut garder n'est qu'une folle jactance. Vous laites le généreux à nos dépens. Donc, si vous avez autre chose, ajoulez-Ie vousmême à la paix et aux traités précédents. Si ces conditions vous paraissent trop dures, si vous ne pouvez supporter la toge, si vous abhorrez la p lix, préparez vos glaives et vos armes. »

II dit et frappa la terre de sa javeline Ireniblanle. Ces paroles dites, ils se retirent. Lorsque deux taureaux ont lutté longtemps avec leurs cornes et se sont enivrés de haine en se lançant des regards furieux, ils se séparent sans bruit et s'en retournent pour se chai'ger de nouveau avec plus de violence de tout leur f oids; frémissants de rage, ils remplissi^nt toute la forêt d'horribles mugissements; leurs génisses, les entourent et les excitent au combat. Les deux capitaines, en se retirant, respiraientsur leur visage autant de colère et nourrissaient au fond de leur âme la même ardeur martiale. Dès qu'ils eurent rejoint les cohortes voisines, ils donnèrent l'ordrtî d'apprêter enfin les couragrs i-t les armes jiour la dernier.; bataille. Le ciel retentit de ci-i.s de joie. On eût vu alors s'agiter les aiguillons de la bravoure et les brandons de la colère : les paroles menaçantes, les yeux enflammés, les visages ardents.

Ainsi, quand deux laboureurs se rendent de concert dans des champs éloignés pour mettre le feu aux herbes sèches, un horrible incendie éclate tantôt ici, lan'ôt là, et une flamme soudaine bi'ille tour à tour en pétillant. A leur retour au camp, chacun des chefs est accueilli par des acclamations qui rappellent le bruit joyeux avec lequel les abeilles saluent leur roi. La l'oulese répand jalouse de les voir et recueillant avidement les moindres nouvelles.

Le même langage circulait dans les deux camps. « Le jour suprême, disait-on, était arrivé. La récompense de la guerre ne serait point celle qu'on a coutume d'espérer une fois le péril passé; la punition non plus. L'univers et sa domination éternelle seraient à la merci des vainqueurs: les plus grandes catastrophes menaçaient les vaincus, Gartliage agonissante, vaincue par la crainte, sur le point de tomber, chancelait avant d'avoir été frappée, et, condamnée par le destin, elle ne pouvait ditlercr plus longtemps sa ruine immense. Les Romains ne pouvaient compter nisur l'abri protecteur d'une colline; la mer leur fermait toute issue; il ne leur restait d'autre moyen de retraite que de voler dans les plaines duciel. "Excités d'un côté par la terreur, de l'autre par l'espoir et par les ordres de leurs chefs, les deux camps retentissent des bruits divers. L'un redresse sa lance; l'autre aiguise son glaive; l'autre essaye ses flèches légères. Celui-ci met son casque sur sa Icte et l'embellit d'une aigrette tremblante; celui-là bride un cheval vigoii- "reuxcn le caressant d'une voix douce etl'orne de phalcrcs, cet autre, courbé, s'applique à lui ferrer les pieds, il frappe le sabot creux, et sous ses coups répétés fait jaillir des étincelles. Celui-.i munit ses épaules et sa forte poitrine d'un bouclier peint, d'une cotte de mailles et d'armures d'un fer léger. Celui-là revêt des cuissards, il s'arme les jambes et les pieds, et sur ses genoux brille une image dorée.

Ici, Muses (puisqu'avec de faibles forcesj'aborde un vaste sujet), si je vous ai toujours aimées dès ma naissance, si je me suis plu à vous honorer, si je vous ai invoquées religieusement, ici, inspirez-moi, et que tout l'Hélicon me soit favorable. Dévoré de soit je parcours les sentiers innaccessibles de la fontaine deCastalie ; l'amour me pousse et le doux espoir d'une belle renommée m'entraîne. Ce jour, employé de part et d'autre dans de terribles préparatifs, avait disparu, et les astres brillaient au ciel retourné. Une matrone dans toute la vigueur de l'âge, célèbre par ses richesses magnifiques et par son appareil redoutable, traverse les airs. Un diadème orne sa tête sacrée; son front est couronné de tours; elle lient un sceptre à la main ; mais ses cheveux sont épars, et elle s'avance d'un pas précipité'. Venait à elle une femme, la robe relc-

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