‹ L'AfriqueChapitre 11 sur 22 · Rome · texte numérisé non relu

Rome

vée, bouillante, pleine de menaces, plus hâlée par les rayons du soleil et un peu plus âgée. Elle portail aussi un sceptre et les marques terribles de la royauté, méprisant dans son àme les dieux' les Iiommes et Je roi des dieux. Toutes deux suivaient ensemble le iiaut des airs; là oii le Scorpion couvrait de ses bras entrelacés et de sa queue la planète effrayante de Mars, elles franchirent en même temps les portes du ciel. En les voyant passer, les habitants des deux s'étonnèrent et les astres suspendirent leurs cours rapide.- Arrivée en face du trône le plus élevé, la seconde se hâta de prendre la parole en ces termes :

« Quel odieux attentat! Moi- qui fus longtemps l'hôtesse de Juron, et qui, par la volonté du destin, dois l'être éternellement me voilà attaquée par l'Italie ! Ni toutes les blessures (Qu'elle a reçues, ni la fameuse journée de Cinnes, qui, si l'on peut se fier aux glaives, me paraissait mortelle, rien n'y fait. 0 durs arrêts des dieux! Qu'il soit permis aux bons d'élever de justes plaintes et de parler au Ciel sans détour. La nature, je le reconnais, s'est montrée libérale envers moi ; dieux cruels, vous en avez été jaloux. Dans sa bonté, elle m'avait entourée des plus beaux rivages d'une mer immense, elle y avait ajouté un port superbe, et de plus un doux climat où se marient le souffle caressant du vent d'ouest et la tiède haleine duzéphir. Je voyais le froid glacial du rivage qui me fait face, et derrière moi des chaleurs torrides qui brûlent tout. Contente de ma situation, je jouissais avec bonheur d'une température moyenne qui, si je ne me trompe, pouvait offrir la véritable image de la terre céleste. Ajoutez tant d'illustres enfants, tant de litres de gloire du second Mars", tant d'exploits de ce capitaine renommé. Non, vous n'auriez point à rougir, Mars, de l'avouer pour votre frère. Le jour où les deslins jaloux enlevèrent furtivement ce héros, on sut quels grands desseins il avait nourris, jusqu'où rinfortunc voulait porter mon nom, de quel ardent amour il était pénétré pour sa mère. Sans parler de mes autres fils, car j'en possède une foule considérable, quel héros dans mon dernier rejeton! Je le déclare, dieux immortels, et l'Envie mordante ne me démentira pas, la cour illustre de Jupiter ne renferme rien de plus grand. Qui fit preuve d'autant d'ardeur depuis que Promc thée, dérobant au ciel une parcelle de feu, l'introduisit dans la cavité sombre du cœur et enflamma les hommes? Quelle inébranlable fermeté) Comme il se précipite à travers tous les périls! Croyez-moi, si le poids des membres n'accablait son âme renfermée dans la prison du corps, il serait au nombre des dieux et siégerait sur un trône rayonnant. Il n'estpas besoin de dire le nom-

Page 1