LeUre à la postérilé
a. L'Afrique, 11, 32,
mais sans succès. La défaite de Carlliage sera le prélude de la soumission du monde entier. Dès lors Rome ira de victoire en vietoire. Les Marius, les Pompée, les Jules César, les Auguste, élargiront à l'envi les liuiites de son eu)j)ire. Vcspasien et Titus y ajouteront la Judée. Arrivée à cet apogée, la grandeur romaine déclinera. iJes étrangers viendront s'asseoir sur le tiône des Césars. Rome, déchirée par des divisions intestines, ne sera plus que l'ombre d'elle-même, mais elle n'en restera pas moins, de nom, jusqu'à la Un des siècles la reine du monde.
Passant ensuite à un autre ordre d'idées, le père disserte sur le néant de la gloire. Des hauteurs du ciel il montre à sou (ils le peu d'étendue qu'occupe dans l'espace le globe terrestre. Ce peu d'étendue, les mers et les régions inhabitables le rétrécissent encore. Malgré cela, quel nom peut se flatter d'avoir été connu dans les deux hémisphères? Vaines sont les pompeuses épilaphes gravées sur les tombeaux; elles s'écroulent avec eux. Vaines sont les louanges insérées dans les livres; ceux-ci périssent à leur tour. Ce n'est point la faveur humaine qu'il faut aiubilionner, il faut élever ses regards vers le ciel où la vertu jouira d'une récompense éternelle. Entre autres conseils pleins de sagesse, le père recommande à son (ils le culte de l'amitié.
« Tu éprouveras, lui dit-il, qu'il n'y a rien de plus doux dans les choses humaines qu'un commerce réciproque cL que le cœur d'un ami sur'. »
Il teru)iue en lui annonçant qu'il sera un exemple mémorable de l'ingratitude des peuples et qu'il nmurra dans l'exil, loin de celle patrie ipii lui dm-ra son salut. Au nu'me instant les trompettes du camp sonnent le réveil cl rappellent Scipion à la réalité.
Au troisième livre Scipion se dispose à porter la guerre en Afi'ique. Mais auparavant il charge l.elius, son lieutenant et son ami, d'aller solliciter l'alliance de Sy[)hax, roi de Numidic. Lélius arrive au palais de ce monarque et eii admire les magnificences. Admis auprès de Syphax, il lui expose ious les avantages d'une alliance avec les Romains. Il caresse adroitement son ambiliou et lui fait entrevoir l'espérance de régner un jour sur loulc l'étendue de l'Afrique. 11 lui ofire les présents que son maître lui envoie Le prince numide acceple les |)ri'.?i'n!set expiimeson admiration pour Scipion. I! est tout prêt à (aire alliance avec lui, mais à la cou 1 lion qu'il vi -mira lui même la conclure.
Lélius est invile à s'asseoir à une lable somptueuse. A la fin du repas, un poète chante sur lu lyre les prouesses d'Hercule, libeia-
teur de la Libye, et raconte l'origine de Carthage. II parle de la guerre actuelle et confond dans ses louanges Annibal et Scipion. Léiius raconte à son tour l'origine de Rome. Voulant donner une haute idée de ses concitoyens et montrer à son royal auditeur qui Rome était la terre du dévouement, il lui cite les glorieux exemples des Curtius et des Décius.
(( Si vous l'ignorez, ajoute-t-il, c'est le devoir d'un Romain de mépriser les coups de la l'orlune; d'aller avec calme au devant de la mort; de dédaigner ce que les autres peuples admirent et envient; d'aimer au contraire ce qui semble redoutable; de braver les supplices; de fouler aux pieds les souffrances; de mourir volontairement plutôt que de mener une vie honteuse'. »
Il explique par suite de quelles circonstances les Romains firent Succéder au despotisme des rois le régime de la liberté.
Le quatrième livre contient le panégyrique de Scipion. Syjdiax désire vivement connaître un héros dont la renommée publie tant de merveilles. Léiius satisfait pleinement sa curiosité. Il dépeint son maître au physique et au moral. Il dit sa haute stature, la noblesse de son front, la vivacité de ses regards, sa naissance en quelque sorte divine. Son intrépidité, sa douceur, son désintéressement, sa piété envers les dieux, sa piété filiale, sonamour de la patrie, toutes ses vertus sont racontées par un témoin fidèle de sa vie. A la bataille du Tésin il ramasse son père blessé et l'emporte en se frayant un passage à travers l'ennemi. Après Cannes il relevé par son énergie les esprits abattus qui songeaient à se rendre. Devant la soudaineté de ses coups tombe la défense deCarthagène. Le panégyrique inachevé cesse au moment où le narrateur entame le récit du mémorable exemple de continence donné par Scipion,
La lacune qui existe entre le quatrième et le cinquième livre est considérable. Les événements intermédiaires fournissent amplement le sujet de trois livres, et il est à supposer que Pétrarquequi professait pour Virgile tant de vénération, avait sur le modèle du V Enéide composé son Afrique de douze livres. Il est hors de doute que Pétrarque acheva entièrement son œuvre. Il le déclare lui-même en plusieurs circonstances d'une manière formelle. Comment se fait-il que son poème n'est point parvenu entier aux mains de la postérité? On en est réduit hà-dessus à des conjectures. Pétrarque était trop jaloux de ses travaux pour qu'on attribue cette disparition au hasard, et nous inclinons" à croire qu'à l'exemple de Virgile, qui voua aux flammes son Enéide, il aura lui-même, dans une heure de désespérance, lacéré son Afrique, Disjecti mcmbra poetx. Cette perle est à jamais regrettable.