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de Silius Italiens, au corriiliencement du seîz^ième livre des Puni' ques, les Ironte-lrois vers qui terminent le sixième livre de l'Afrique. Le temps a fait JLislks de cette so te accusation. La meilleure preuve de l'innocence de Pétrarque, c'est qu'il n'a jamais connu Silius Italicus. Desonteuips, celui-ci dormait encore dans un monastère de Constance, au fond d'un caveau où Pogge le déterra en 1414, c'est-à-dire quarante ans après la mort de Pétrarque.
Si l'auteur de VAMqiJ'S a- été maltraité par la critique, il n'a pas moins soulï'ert de l'ignorance et de l'incurie des éditeurs. Ceux-ci semblent avoir pris à lâche de le rendre inintelligible, Les deux éditions de Venise et les quatre éditions de Bâie sont remplies de fautes les plus grossières. On en peut dire autant de l'édition de Paris'. Heureusement un savant italien, plein d'éri:dition et de goCit, François Corradini, a publié récemment, à l'occasion du centenaire de Pétrarque, un texte de V Afrique qui n'est pas seulement un pieux hommage, mais une légitime réparation'. Voici comment il s'exprime dans sa préface :
« Le poème de François Pétrarque, qui est* intitulé l'Afrique imprimé seulement au xvi° siècle, deux fois à Venise et quatre foi à Bâle, fourmillait de tant et de si grandes fautes qu'il était lenvi de le lire au lecteur le plus patient. Aussi réclamait-il les soins d'un critique très attentif et très pénétrant qnelaa Petits poèmes ont obtenus il y a quelques années. L. Pingaud a revendiqué dernièrement cette lâche et l'a entreprise volontairement. Je ne sais en vérité ce qu'il a fait dans son édition parisienne. Sans parler d'erreurs considérables, on n'y trouve aucune trace de l'art de la . critique, nul souci ni de la géographie et de l'histoire, ni de la prosodie, ni même de la grammaire. Je ne puis concevoir avec quelle ignorance ou quelle témérité ce Français a ponctué l'ouvrage. Incises, membres, périodes, il a tout mêlé, tout interverti. Et même dans les endroits qui sont plus clairs que le milieu du jour, il a répandu tant de ténèbres que le poète le plus éminenl par le génie, la science, l'érudition, est forcé, à son grand déshonneur, de ne dire que dc-s choses absurdes, monstrueuses, je dirais presque qui ressemblent aux oracles de la Sibylle. C'est pour(|uoi, afin d'effacer cette tache récente que la plus honteuse négligence a imprimée à un grand homme dont la gloire el la dignité nous sont très chères, et en même temps, afin que le poème de V Afrique fût enfin revu avec quelque soin et corrigé en Italie, comme il convenait
1. F. Pelrarchas Afriea quam recensait, praefatione, noUs et appendicibus i/àittravit L. Pingaud, Scholas normali solim alumnus. Parisiis, apud Thorin, 1872, in-S".
2. Ce texte. deVAfrica fait partie d'un volaftie iD-4o qui a pour titre: Padovn a Francesco Petrarca il 18 Luglio 1874. Padova, dalla premiala tipoyrafia del semitiario, 1874.
plulôt^u'ailleurs, trente habitants de Padoue, à l'occasion des fêtes et des honneurs séculaires décernés à François Pétrarque, ont été d'avis de Taire celte édition'. «
Corradini s'est acquitté à merveille de sa tâche. Sa connaissance parfaite de la latinité, la justesse de son sens critique, l'ardeur de ses invesligations, l'ont aidé à surmonter presque toutes les difficultés. Seulement, par excès de zèle, il outrepasse parfois ses droits de censeur. Il propose volontiers des corrections lors même que la leçon des manuscrits donne un sens satisfaisant.
Eit-il besoin de se demander maintenant pourquoi V Afrique est restée si lon;çlemps oubliée et méconnue? Quelle œuvre littéraire aurait pu résister à ce travestissement odieux pei'pétué de siècle en siècle par une sorte de conspiration? D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'un chef-d'œuvre aura été frappé de l'ostracisme de l'oubli. Nous lisons dans Lamartine- :
« Dante a été oublié pendant trois siècles, et puis tout à coup l'Europe s'est aperçue qu'elle avait une grande épopée originale enfouie dans les traditions littéraires de la Toscane. Milton adormi plus d'un siècle dans son tombeau sans qu'on eût déroulé dans le manuscrit duParadis perdu le legs immortel qu'il avait fait à l'Angleterre. Boileau a fait croire pendant cent cinquante ans à la France que Pétrarque, le plus accompli des poètes de sentiment, égal en expression à Virgile, n'était qu'un faiseur de sonnets et un rimeur de jeux de mots; puis l'heure du grand et divin Pétrarque est revenue, et ce sera l'heure éternelle, et on le nommera à jamais le Platon mélodieux des poètes. »
Pétrarque, qui mettait son Afrique bien au-dessus de ses Sonneti, eut en quelque sorte le pressentiment de l'avenir réservé à son oeuvre de prédilection. Il lui recommande de ne pas s'étonner si elle traverse inconnue plusieurs générations, mais aussi il lui promet qu'à la fin des jours meilleurs luiront pour elle.