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pit'ge cl quelque embu^^cado, ear le iïiàssacrfe dé MarceUuâ et de son collègue' elTi-ayait Scipion. [.es dcUx armées s'y rêndcnl simullanéiikmU d'un pas Bgal bu niairhaut en cai'ré, puis elles s'arrèlent à la même di-lance. i.e^ doux chefs s'avancent ssir -le hauts coursiers, ayant mis bas leurs armes d'un commun accord, suivis chacun de son iulerprèle pour unique témoin et compagnon. C'est ainsi que s'aliordèrent sur ce tertre Les deux i)lus illustres des rois et des généraux qu'onts produits les aires précédents et que produiront les âges suivants sous qnehiuc climat que ce soit. Supposons que les Géants, rangés en bataille, recommencent leur guerre indigue contre les dieux; que le puissant Jupiter, posant sa Ibudre, s'avance accompagné de Mercure ; et que le parti opposé envoie Typhée, auquel s'est joint un chélif mortel; supposons que les Titans armés regardent de loin cette entrevue et que d'autre part, les dieux fassent taire leur fureur; que Phébus tire ses flèches et les tienne à la main, que Pallas menaçaTite agite de loin sa terrible égide, que la terre tremble, qu'il fasse des éclaii-s, que le ciel tonne; pareil émoi et pareil frissonnement excita dansl'àmedcs spectateurs l'entrevue d'Annibal et de Scipion. Qu'on ne me cite aucun de leurs prédécesseui'S ; la fortune ne niera point qu'elle n'ajamais vu figurer sur un champ de bataille deux héros plus grands.
En face l'un de l'autre ils restèrent tous deux immobiles, puis, roulant mille pensées au fond de leur âme, ils gardèrent quelques instants le silence sous le coup de l'admiration. Scipion, en voyant le visage terrible et les regards farouches du chef redoutable ; « 0 Jupiter! se dit-il, le voilà celui dont le visage est craint des légions armées, la terreur de l'Italie, le rempart et la citadelle de Carthage, le vainqueur de l'ilespérie; celui qui, parcourant les champs de la Gaule, dompta les Alpes inaccessibles, et s'y fraya une route dans les neiges ma'gré la nature; qui immola tant de nos armées et tant de nos généraux; qui souilla tant de fois les fleuves de notre sang; qui en rase campagne et en bataille rangée a pu vaincre mon illustre père et moi jeune homme! S'il a quitté les portes de Itomc tremblante, ce n'est point devant notre cpée ni par crainte de nous, c'est à cause de la protection manifeste des dieux et grâce à un orage qui nous a favorisés. Je rougis de devoir notre salut non au courage, non à la vaillance, non à la foi'ce des armes, mais seulement au secours d'une pluie torrentielle. » Ainsi, pensait Scipion.
De son côté, Annibal : « Le voilà celui dont la renommée, quoique dans un âge encore tendre, se répand jusqu'aux e.vlrémi-
1. Lfs ron?iil^ M. Claudius Mnrccllns et T- Qniiiliiis Cri-pinns périt <'iit dans un pièye que leur leuJit Anuibui. Vuir Tile-Live, ^X\il,
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tés des pôles; celui dont les siècles crédules attribuent la naissance aux dieux immortels, parce que sa vertu le fait supposer; qui n'a pas craint de fouler le sol arrosé du sang de son père et qui, vengeant victorieusement ses défaites, poursuit les vaincus, et, après tant de batailles, nous chasse de la terre d'Espagne et annule nos travaux. Quand tous voulaient partir, lui seul a changé leur résolution; quand tous tremblaient, lui seul est demeuré incbranluMo. Pas un l^omain n'osait défonlre ses campagnes, et le voilà qui attaque nos citadelles! 11 gagna d'abord par ses discours un roi' sur lequel nous avions fondé de grandes espérances, puis i! le défit complètement èYi bataille rangée et jeta le vaincu dans les fers. Moi-même il m'a aussi débusqué avant de me voir, et maintenant il m'a cha>sé de l'Italie. Bref, ou je dois le craindre assurément, ou je ne dois craindre personne dans tout l'univers. »
Lorsqu'ils eurent fait également toutes ces réflexions en un clin d'œil, Annibal, rompant le silence, parla le premier en ces termes: «Si ma destinée sous l'influence d'un astre malin, me condamnait, après tant de guerres achevées, tant d'armées détruites en rase campagne, tant de milliers d'hommes taillés en pièces, à venir seul, désarmé, suppliant, implorer devons la paix par une vicissitude de la fortune, je me féliciterais de voir que de tous ceux à qui cet honneur était réservé, le sort vous eût choisi de préférence, parce qu'un noble vainqueur sera pour moi une grande consolalion, el que je ne rougirai point de succomber devant un Ici héros, Et ce ne sera pas pour vous la moindre gloire (si la conscience de mes actes ne m'aveugle pas) qu'Annibal, à qui les destins généreux ont accordé tant de triomphes sur vous, à qui tant de généraux romains, battus à la tète de leurs "armées, ont cédé, cède à vous seul, vaincu non en bataille, non par la force, mais par votre seul nom. Dois-je m'indigner ou plutôt m'étonner de cette dérision de la fortune qui laisse à terminer au fils les guerres que j'ai commencées avec le père? Votre père, général renommé par sa vaillance, vainqueur intrépide et dans la plénitude de l'âge, l'a cédé à moi jeune homme, el a été vaincu dans le pays des Latins. Vous, au contraire, à la fleur de l'âge, vous me vaincrez aujourd'hui sans coup férir dans ma propre patrie, moi vieux généra aguerri, portant des étendards victorieux, un cœur ferme et dos membres endurcis.
« L'amour de la paix aurait été, je l'avoue, bien préférable pour deux peuples invincibles. Car ni la Trinacrie, ni la terre sauvage de Sardaigne, ni 1 Ibérie, ne sont à nos yeux une récompense suffisante pourtant de flottes, pour tant d'armées perdues, pour tant de sang versé. On peut toujours blâmer en paroles les faits accom-