‹ L'Afrique nouvelleChapitre 123 sur 265 · IL EST PRÈS DE PÉRIR · texte numérisé non relu

IL EST PRÈS DE PÉRIR

et couverte d'une riche végétation; dans un coin se trou- Taient quelques huttes faites avec des branches d'cthel. Barth se dirigea avec enapressement de ce côté; elles étaient vides. Entièrement épuisé, il s'assit alors sur le bord d'une plaine nue d'où sa vue plongeait dans toute la profondeur du wadi et attendit avec confiance la cara<vane. Un moment il crut voir une file de chameaux ; ce n'était qu'une illusion. Le soleil allait disparaître. In* capable de faire quelques pas sans être obligé de s'asseoir, il ne put que choisir entre les huttes ou un éthel qui se trouvait à peu de distance pour passer la nuit; il préféra l'arbre comme se trouvant sur un lieu plus élevé et dominant un plus vaste espace; il voulait faire du feu, mais ses forces ne lui permirent pas de rassembler le bois nécessaire ; la fièvre s'emparait de lui, et il était abattu.

« Après être resté à terre une heure ou deux, dit-il, je me levai quand les ténèbres furent entièrement venues; regardant autour de moi, je découvris, à ma grande joie, un large feu dans le sud-ouest, en bas de la vallée. Plein de l'espoir que ce devaient être mes compagnons, je déchargeai mon pistolet pour me mettre en communication avec eux, et j écoulai le long roulement de la détonation comptant qu'il arriverait à leurs oreilles ; mais je n'entendis pas de réponse, tout restait silencieux : je voyais la flamme monter vers le ciel et m'indiquer où je trouverais mon salut sans pouvoir mettre à profit ce signal. Après une longue attente, je tirai un second coup.

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qui resta aussi sans réponse. Je m'étendis à terre avec résignation, reinettant ma vie aux soins du Tout-Miséricordieux. Ce fut en i^ain que je cherchai le repos; plein d'inquiétude, pris par la fièvre, je m'agilais sur le sol, attendant avec anxiété et terreur Taube du jour suivant. Enfin cette longue nuit arriva à son terme; l'aurore commença à poindre, partout le calme et le silence; je pensai que c'était le moment le plus propice pour faire parvenir un signal à mes amis; je rassemblai toutes mes forces, mis dans mon pistolet une grosse charge, et tirai — une fois, — deux fois. Le bruit me semblait devoir réveiller les morts de leur tombe, tant il était répercuté par la chaîne de montagnes et roulait le long du wadi; mais pas de réponse. Je ne savais plus quelle idée me faire de la distance, considérable apparemment, qui me séparait de mes compagnons, puisqu'ils n'avaient pas entendu mes coups de feu. Le soleil, que j'avais moitié désiré, moitié attendu avec terreur, se leva enfin. Ma situation devint plus misérable avec la chaleur ; je me traînais, changeant h chaque instant de position , pour trouver un peu d'ombre sous les branches sans feuil* les de mon arbre. Vers midi, à peine un restant d ombrage, juste pour abriter ma tète; je souffrais toutes les tortures de la soif, et suçai un peu de mon sang. Enfin je perdis connaissance, et tombai dans une espèce de délire d'où je ne sortis que lorsque le soleil s'efTaça derrière les montagnes. Arce moment, je recouvrais mes sens, et, me traînant de dessous l'arbre, je

OASiS DE U'AT. 199

jetais un mélancolique regard sur la plaine, quand soudain retentit le cri d'un chameau. De ma vie je n'ai entendu plus délicieuse musique. Je me soulevai un peu de terre, et vis un Tarki passant près de moi et jetant les regards de tous côtés. Il avait suivi mes tiaces sur le sable, puis les avait perdues sur le sol caillouteux, et ne savait plus <lans quelle direction me chercher. J'ouvris ma bouche desséchée, et criai autant que mes forces épui* sées le permettaient: Aman! aman! (deTeau! de Teaul) Jeus le bonheur d'entendre la réponse: Iwah! iwah ! et en quelques instants le Tarki fut à mon côté, lavant et arrosant ma tète, tandis que je poussais un cri involontaire et non interrompu de el hamdu lillahil el hamdu lillahil »

Le libérateur de M. Barth le coucha sur son chameau, et rejoignit la caravane, où l'on désespérait de revoir l'imprudent voyageur qui , durant trois jours, ne put presque ni parler ni manger, tant sa gorge était desséchée. Peu à peu cependant ses forces se rétablirent, et lorsque peu après on arriva à R'al, il avait recouvré sa vigueur.

Ghat ou mieux R'at, si Ton voulait reproduire dans toute sa- sincérité la prononciation indigène, n'est pas une grande ville : elle ne compte guère plus de deux cent cinquante maisons ; néanmoins son commerce est considérable, et il le serait bien plus encore si la jalousie des Tawatis, habitants d'une oasis située plus à l'ouest dans le désert , ne lui interdisait le chemin direct de

SOO LA LWITE MÉEUDiONALE

Tombouctou. Elle est située dans une assez jolie position, avec ses jardins et ses bandes de palmiers, au pied de la longue ligne rocheuse des monts Akakus ; mais la culture n'y est pas aussi développée qu'elle pourrait l'être avec plus de soin et une meilleure distribution des eaux. Après quelques, négociations avec les chefs tawareks, l'expédition put reprendre sa marche à Ira vers le désert, cheminant tantôt dans des plaines de sable et de cailloux, tantôt dans de profonds ravins bordés de montagnes cyclopéennes ; les tempêtes de sables, les fantasmagories du' mirage étaient les accidents journaliers de sa uiar* che. Quelquefois, quand la chaleur était trop accablante, on plantait la tente à midi, et Ton poursuivait la route aux clartés de la lune. A mesure qu'on avançait dans le sud, le changement de climat devenait plus sensible : des arbres et des plantes de transition entre le désert et les régions tropicales se mêlaient aux palmiers et aux cthels, on rencontrait de grands troupeaux de boeufs sauvages , des aulruches ; mais c'est plus loin encore, tout au sud de l'Aïr, que les premières girafes commencent à se montrer. Le tonnerre grondait, \e sommet des montagnes s'enveloppait de nuages ; cependant les tempêtes de sable étaient plus fréquentes encore que les averses de pluie.

Au delà d'Asiu, les difficultés naturelles se trouvaient en grande partie surmontées ; mais d'autres dangers attendaient nos voyageurs : les Tawareks, contenus jusqu'ici par les négociations et les présents, devenaient

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