‹ L'Afrique nouvelleChapitre 126 sur 265 · VISITE DE BARTH AU SULTAN · texte numérisé non relu

VISITE DE BARTH AU SULTAN

déploya tout le luxe de son costume africain : sandales richement ornées, burnous blanc sur tobé noir. Le sultan, Télu d'une chemise grise et d'un vêtement blanc, la (été entourée d'un châle de même couleur, le reçut dans une salle basse dont le toit est soutenu par deux colon* nés massives d'argile, de forme primitive et légèrement amincies sous le simple abacus qui les couronnes. Il était assis entre une des colonnes et le mur. Après les salutations, le voyageur prit un siège, et la conversation s'engagea dans la langue hausa, qui est une de celles dont remploi est le plus fréquent à Âgadès. Barth exposa comment l'Angleterre, bien que placée à une grande distance, désirait entrer en relation d'amitié et de commerce avec les chefs et les hommes puissants de toute la terre. Le sultan dit que dans son pays retiré il n'avait jamais entendu parler de l'Angleterre, malgré tout son pouvoir, et n'avait pas soupçonné que a poudre anglaise » vint de là. Il s'étonna que, dans un âge encore jeune, Barth eût accompli déjà de si grands voyages, exprima son indignation en entendant le récit des exactions que les Touaregs de la frontière d'Asben avaient fait subir aux voyageurs , et se montra constamment plein de grâce et de bienveillance. Plus tard, lorsqu'après vingt jours passés à Agadès Barth songea à quitter cette ville, le sultan, pressé d'écrire au gouvernement anglais, ne Gt à cet égard que de vagues promesses, qu'il ne tint pas, mais il donna à son visiteur, pour le sultan de Sokoto (t d'autres chefs, des lettres de recommandation

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qui, si elles ne furent pas très-ellicaccs, maiM|uaient du moins sa bonne volonté.

En général, à part des accès de fanatisme excités par la présence d*uu chrétien, la population d'Âgadès se montra assez bienveillante : on s^aperçoit qu'au sang berbère se trouve mêlé celui de races plus douces. Barth trouva même parmi les habitants quelques hommes véritablement intelligents dont il put tirer des renseignements utiles sur des contrées situées à une grande distance. Un des indigènes des vallées de TAir, avec lequel il eut occasion de converser de l'Egypte, que celuici avait visitée dans un pèlerinage, reconnaissait la supériorité de civilisation de ce pays sur le sien ; mais il avait observé aussi que la misère est plus fréquente dans les grands centres de population, et il ajoutait avec un certain orgueil que peu d'hommes en Aïr étaient aussi misérables que toute une classe de la population du Caire. Un autre , un mallem tolérant , qualité qui n'est pas ordinaire d^ns cette classe religieuse de lettres musulmans, se plaisait dans ses fréquentes conversations avec Barth, à amener Tenlretien sur des sujets de religion. Il manifesta un jour son profond étonnement de voir tant d'inimitié entre musulmans et chrétiens, quand il existait tant de rapprochements entre les points essen-* tiels de leur croyance. « C'est, lui répondit Barlh, que partout les hommes attachent plus d'importance aux pratiques extérieures qu'aux dogmes mêmes de la religion. » Tous les jeunes garçons fréquentent les écoles et

FEMMES DE L^AlH. 207

reçoivent de rinstruction, mais c'est Tinstruclion musulmane ; elle consiste uniquement dans la lecture et Fétude du livre sacré. Bien des fois, en traversant la ville, Barlh entendit résonner les voix perçantes d'une cinquantaine d'enfants répétant avec énergie et enthousiasme les versets du Koran que leur maître avait écrits pour eux sur des tablettes de bois.

Un goût très-vif pour la danse et la musique est encore un point de ressemblance entre les habitants d'Agadès et les peuples du Soudan. Les femmes ne sont pas astreintes à la réclusion, et il s'en faut que les mœurs soient chastes. Après le départ du sultan pour une expédition contre les tribus du voisinage, les femmes ne gardèrent plus aucune réserve à l'égard du voyageur. Un matin, cinq ou six vinrent dans sa maison lui faire des propositions plus que légères, a Deux d'entre elles, ditil, étaient vraiment jolies et bien faites, avec de beaux cheveux noirs tombant en tresses, des yeux animés et un beau teint; mais je savais trop quelle réserve est imposée à l'Européen qui veut être respecté dans ces contrées pour me laisser tenter par ces filles folâtres. Le mieux pour le visiteur de ces régions, ajoute M. Barth, soit pour son confort, soit pour imposer du respect aux indigènes, serait qu'il menât sa femme avec lui : les naturels, dans leur simplicité, ne comprennent pasqu'on vive seul;^ les Touaregs de l'ouest , qui en général sont de mœurs rigides et bien différentes de celles des Kelowis, ne me reprochaient que mon célibat. » Aux femmes sont aban-

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donnés tous les travaux de cuir, la sellerie exceptée^ et l'on voit sur les marchés d'Âgadès des ouvrages éléganls et pleins de délicatesse sortis de leurs mains. Quantité de petits ouvrages en bois, des coupes, des plais, des cuillers, témoignent, par Télégance de leur forme et la richesse de leur ornementation, du goût des artisans de TÂïr. Sur les marchés de -la ville, on n'emploie pas, comme intermédiaire pour les échanges, l'argent ou les coquilles, mais bien le millet, le duka, et d'autres sortes de grains. La mosquée principale , celle dont le minaret indique de loin la ville d'Agadès, ne fut pas d'un accès facile pour le voyageur, cependant il obtint la faveur de voir de près ce minaret, qui est l'un, des plus curieux spécimens d'architecture africaine. C'est une lour carrée et large de trente pieds environ à sa base , largeur qui décroit à mesure qu'elle s'élève, mais en conservant un léger gonflement au milieu de l'édifice, dont les côlés dessinent ainsi des lignes légèrement courbes. Elle peut avoir quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze pieds de hauteur ; on la voit s'élancer de la terrasse formée par le toit peu élevé de la mosquée, à 1 intérieur de laquelle quatre piliers massifs la supportent. Sept ouvertures, pratiquées sur chacun des côlés, lui donnent du jour. Cette içnmense construction est tout entière d'argile. Pour lui donner plus de solidité , on a disposé d'étage en étage treize rangées de poutres de palmier qui U traversent dans toute sa largeur et réunissent les murailles entre elles. L'extrémité de ces

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poutres ressort extérieurement de trois ou quatre pieds, ce qui augmente l'effet bizarre que produit le monument. Après avoii^ bien visité Agadès et récolté une ample moisson de faits intéressants, le docteur Barth, muni des lettres de recommandation du sultan Abd el-Kader, regagna, sous la protection de ses guides, Tinlellust par le chemin qu'il avait déjà suivi. Dans cette ville, il retrouva ses compagnons, avec lesquels il ne tarda pas à reprendre le chemin du sud.

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