CHAPITRE XII
LBS BiaiOMfl CBNTmALBS DU SOUDAN.
L'Adamawa et sa capitale Yola. — Le Binué et le Faro. — Leur utilité prochaine pour les relations de l'Afrique intérieure. — Entreyue de M. Barth avec le cheikh d*Àdamawa. — Retour au Bornou., — Exploration des bords du Tchad. — Produits de ces contrées. — Chasse aux esclaves dans le Mandara. — Les affluents du Tchad. — Voyage au Ba* girmi. — Mort d'Ovcrweg.
L'occasion d'une autre excursion bien plus considérable et plus importante ne tarda pas à être offerte à M. Bjarlh : des envoyés du gouverneur fellani de FAdamawa étaient venus présenter au cheikh des réclamations relatives à un territoire en litige ; ils repartaient pour Yola, capitale de leur pays, en compagnie d'un officier d'Omar chargé à son tour d'exposer au gouverneur les prétentions de son maître. La longue guerre entre les Fellani et les Bornouans était enfin apaisée : les premiers semblaient avoir renoncé à la conquête d'un pays énergiquement défendu, mais la bonne intelligence n'était pas pour cela pleinement rétablie, et Barth ne l'éprouva
LES SHUWAS. 229
que trop. La région méridionale du Bornou, laquelle confine à rAdamawa, est aride et triste. Des hommes d'une race particulière habitent la frontière ; on les appelle Shuwas : ce sont des Arabes qui, s'avançant graduellement de Test par le Darfour, le Waday et le Bagirmiy ont pénétré jusque-là et s'y sont établis depuis plusieurs siècles sans se mêler aux peuplades qui les entourent. Les mœurs et le langage de leurs ancêtres se sont conservés plus purs au milieu d*eux que chez les Arabes nomades de TAfrique. Ils sont puissants, car ils peuvent mettre sur pied jusqu'à vingt mille hommes de cavalerie légère, et, bien que nominalement sujets du Bornou, ils vivent en fort bonne intelligence avec les Fellani. Près d'eux, dans la région marécageuse qui précède les premières hauteurs de TAdamawa, se trouvent quelques tribus {)aïennes misérables, végétant dans des huttes dont l'ouverture n'a pas plus d'un pied de haut, et dans lesquelles on s'introduit en rampant. Ces pauvres gens sont de mœurs assez douces, mais d'un caractère d'autant plus sauvage que les Fellani et les Bornouans les pillent également et les emmènent par grands troupeaux en esclavage.
Du Bornou à l'Adamawa, le climat et la configuration du sol changent entièrement : à des plaines basses et coupées par des komadugnSy grands déversoirs naturels des cours d'eau, recevant leur trop plein dans la saison des pluies et leur rendant à la saison sèche les eaux qu'ils tenaient en réserve, succède, une région monta-