‹ L'Afrique nouvelleChapitre 140 sur 265 · BARTH CONTRAINT DE QUITTER YOLA · texte numérisé non relu

BARTH CONTRAINT DE QUITTER YOLA

pour y venir rautorisation de l'émir deSokoto. Le person^ nage chargé de renïplir cette mission auprès du voyageur ajouta qu'une lettre du sultan de Stamboul, ou même de son propre souverain, Taurait beaucoup mieux servi que la recommandation malencontreuse du cheik de Bornou. Enfin, en le quittant, il lui insinua que le gouverneur serait, malgré la dureté de son procédé, disposé à lui faire quelques présents et à recevoir en échange ceux qui pouvaient lui être destinés ; mais M. Barth montra une grande fermeté : il répondit qu'il était venu comme ambassadeur d'une puissance lointaine, et non comme un marchand pour faire du commerce, et quoique trèssouffrant d'une fièvre violente, et pouvant à peine se tenir à cheval, il fit ses préparatifs de départ.

Installé sur sa selle, les pieds dans ses larges étriers, il se mit en chemin; deux fois il tomba en défaillance; mais sa force de volonté, la quinine à larges doses et la vigqeur de son tempérament surmontèrent le mal. Les habitants le suivaient en foule, lui demandant des charmes et des talismans. Beaucoup de ces pauvres gens, convertis depuis peu à l'islamisme, ne faisaient pas .do distinction entre un chrétien et un musulman, et lui demandaient sa bénédiction. Ses chameaux, les premiers qu'on eût cucore vus à Yola, excitaient une grande admiration, et des femmes passaient sous leur cou pour en être bénies, les regardant comme des animaux sacrés. Yola est une ville ouverte, de création récente, contenant environ douze mille habitants. Ses huttes, faites de roseaux et

254 YOLA ET L'ADAMAWA.

couvertes de chaume, sont entourées de champs cultivés ; la maison du gouverneur et de son frère seules sont en argile. Cette ville a trois milles de long de Testa Touest, et la plaine marécageuse dans laquelle elle s'ctend est inondée dans la saison des grandes pluies. Cesont les conquérants fellani qui Tout bâtie, et son nom n'est autre que celui d'un des principaux quartiers de Kano. L'ancienne capitale du pays, sur laquelle Denham

avait obtenu quelques renseignements, était Gurin. Le nom d'Adama>va aussi est nouveau : la province qui le porte et qui Ta pris de son conquérant fellani, il y a trente ou quarante ans, s'appelait primitivement Fumbina. C'était un Etat païen fondé sur les ruines d'Etats plus petits, dont le plus important était le Kokomi; sa soumission aux Fellani n'est pas complète, et il y a dans les montagnes plusieurs tribus païennes toujours en guerre avec les conquérants auxquelles elles ont résisté jusqu'ici avec succès. Le commerce et l'industrie sont peu développés dans l'Adaniawa : c'est avant tout un pays agricole; il est un des plus beaux et des plus fertiles de l'Afrique centrale, accidenté, bien arrosé; le sorgho qui en est la principale céréale, atteint jusqu'à dix pieds ; on y cultive le coton, mais non l'indigo. Les Fellani ont établi dans toute la contrée l'esclavage sur une immense échelle : les riches propriétaires comptent leurs esclaves par milliers, et l'on trouve dans le voisinage des villes de grands villages autour desquels ceux-ci cultivent le sol et élèvent du bétail au profit de leurs maîtres; ils ont

Page 1