‹ L'Afrique nouvelleChapitre 159 sur 265 · NAISSANCE DE TOMBOUCTOU · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE TOMBOUCTOU

due et de la prospérité commerciale, elle est inférieure à Sokoto, à Kano et à plusieurs autres villes du Soudan central. Son origine n'est pas très-ancienne : la poftion du Soudan oiî elle s'élève subissait, depuis environ un siècle, les influences de Fislamisme, qu'y avaient apporté les Almoravides, quand, dans lesixièmesiècle de l'hégire, une femme Touareg du nom de Buktou vint, à ce que racontent les traditions locales, s'établir dans une petite oasis près de Niger. La belle situation du lieu à proximité du fleuve et sur la lisière du désert et du Soudan, entre des peuplades agricoles et des tribus nomades et commerçantes, le prédestinait à autant de grandeur qu'en peuvent espérer les villes de l'Afrique centrale. Des huttes se groupèrent autour de celle de la femme Touareg, et le grand Mausa ou Meusé-Souleyman, chef de peuplades mandingues qui de la côte s'étaient avancées dans l'intérieur en subjugant les territoires qu'elles traversaient, en fit la capitale de ses États.

Ce fut environ cent quarante ans plus tard, au milieu du quatorzième siècle de notre ère, qu'Ëbn-Batuta la visita; elle appartenait au royaume de Melli. C'était, au dire de l'Arabe voyageur, une grande ville très-commerçante et renommée par la piété et la science de ses docteurs Hïusulmans, dont beaucoup avaient fait le voyage de la Mecque. Léon l'Africain, qui la vit dans le seizième siè- ? ®> ïïous en fait à son tour un tableau assez avantageux :

ous la montre avec ses petites maisons en terrasses ou ''vertes de chaume semées autour d'un temple de

TOMBUT AU TEMPS DE LÉON L^AFRlCAm. 259

pierre et de chaux et d'un palais somptueux pour un palais africain. Il ajoute : « La ville est garnie de boute tiques, les artisans y sont nombreux, surtout les tis- « seurs de coton. Des marchands de Barbarie y transpora tent des draps et d'autres articles venant d'Europe. « Ce sont des esclaves qui vendent les provisions de bou- (( che. Les habitants sont opulents, et il y a un grand « nombre d'étrangers fort riches, à ce point que le roi a a donné en mariage ses filles à deux marchands frères, à « cause de leurs grands biens. Lui-même est riche et « puissant. Quand il lui prend fantaisie de passer d'une « cité à l'autre (car Tombut n'est pas la seule de ses « États), il monte des chameaux ainsi que ses eourtia sans, et des estafiers le suivent tenant des chevaux a en main. Il a une grande infanterie armée d'arcs et « environ trois mille cavaliers. Il a coutume de faire « la guerre à tous ceux qui lui refusent le tribut, et « quand il les a vaincus, il les fait vendre à Tombut, a y compris les petits enfants. » Après le passage de Léon, Tombut ou Tombouctou subit des alternatives de bonne et de mauvaise fortune : dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, elle passa sous la domination des chefs des peuplades bambaras qui s'étendent sur le territoire qu'arrose à sa naissance le Niger; vers les dernières années du même siècle, un empereur marocain s'en empara, et fit de son territoire une province de son empire. A ce moment, le commerce avec le Maroc y développa une grande prospérité : d'innombrables caravanes y

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apporlaient des arlicles venus des bords delà Méditerranée en échange desproduits de l'intérieur de rAfrique; mais les Touaregs du désert occidental se révoltèrent contre le Maroc, interceptèrent le commerce entreTombouclouetla Barbarie, si bien que la ville vit décliner rapidement son importance. Dans Tannée 1803, les Mandingues du Bambara s'en emparèrent de nouveau, mais ce ne fut pas pour la garder longtemps.

C'était le temps où cette population de cavaliers et d'agriculteurs, les Fellani, dont l'origine, malaisienne peut-être, est à coup sûr très-distincte de celles des noirs indigènes de l'Afrique, après avoir vécu obscurément pendant des siècles, se levaient dansTouest à la voix d'un prophète musulman, et, s'avançant vers l'est, subjuguaient tout sur leur passage. Dans le bassin du Niger, d'où ils allaient déborder, ainsi que nous l'avons vu, jusquedans celui du Tchad, ilss'emparèrentde Tombouctou. Toutefois les Maures défendirent assez vaillamment leur ancienne conquête : chassés pour uti temps, ils firent un retour offensif à la suite duquel une sorte de compromis est intervenu entre les anciens maîtres et les nouveaux; ceux-ci ont conservé le pouvoir politique, mais c'est parmi les premiers qu'est choisi le chef religieux. On comprend que cet état de choses, avec la rivalité permanente qui en résulte, est une source de troubles continuels et ne saurait être durable. Il n'existait pas encore lorsque René Caillié pénétra dans cette ville en 4828.

Nous n'avons plus à rappeler à la suite de quelles

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