TAMATAVE
africain, et après une assez rude traversée, car la mer conserve jusqu'à la hauteur du canal de Mozambique les grosses lames du cap des Tempêtes, ils se trouvèrent en vue de Tamatave.
La ville, entourée de falaises et de montagnes, est bâtie dans une dépression du terrain. Ses maisons de bois et de chaume se détachent du fond sombre et triste des hauteurs voisines, au milieu de bouquets verdoyants de cocotiers, de pandanus et d'autres arbres d'essence tropicale. Non loin d'une vaste bâtisse qui sert de douane et au pied du fort qui protège le mouillage étaient dressées treize longues perches, à Textrémité desquelles se balançaient des crânes humains; c'était un souvenir du débarquement anglo-français de 1845.
A peine le petit bâtiment avait-il franchi la ligne de récifs qui protège la rade contre la haute mer et pris place au mouillage, qu'un canot se détacha de la côte; il était monté par quelques hommes vêtus de grandes tuniques blanches maintenues à la ceinture par uneécharpe. Le lambaj sorte de manteau indigène, retombait en plis amples sur leurs épaules; ils ne portaient ni bas ni souliers, et étaient -coiffés de chapeaux en jonc tressés aux larges rebords. Un officier, suivi de son secrétaire, monta sur le pont; c'était le maître du port. Ils'enquitdu nom du bâtiment, du chiffre de son équipage et de l'objet de sa visite. Ce Malgache s'exprimait en anglais; il avait fait partie d'une ambassade envoyée en Europe en 1857, et se trouvait avoir visité la France et l'Angleterre. Il se
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mit à causer ramilièrement, demandant des nouvelles de la politique et des théâlres; il prévint les visiteurs qu^il n'y avait pas grand espoir que la reine se départît de ses. mesures rigoureuses tant qu'on ne lui payerait pas une indemnité pour Tatlaque de 1845, et il insista sur Tinjustice qu'il y avait de la part de nations étrangères à assaillir un peuple parce qu'il prétendait faire prévaloir ses lois sur son territoire. Quant à une adresse que les négociants de Maurice avaient rédigée pour la reine Ranavalo, il ne pouvait pas s'en charger, cela regardait un officier spécial. En effet, cet officier, prévenu de l'incident, se présenta à bord, donna de l'adresse un reçu en langue malgache, et avertit que, pour l'envoyer à Atanarive recevoir la réponse, c'était une affaire de quinze à seize jours; le gouverneur de la ville pouvait seul décider s'il convenait, dans Vintervalle, d'autoriser les communications du schooner avec la côte. Le lendemain, un pavillon blanchisse sur la douane fit connaître que cette autorisation était accordée, et nos missionnaires purent débarquer. *
A terre, ils furent traités fort amicalement. Leur ami, le maître du port, les conduisit à sa demeure, grande et solide construction indigène, longue de cinquante pieds, haute de vingt à trente, entourée d'un vaste enclos consacré à diverses cultures, au milieu desquelles se dressent des étables et des huttes d'esclaves. La façade, sur laquelle s'ouvrent une porte et une série de fenêtres symétriques, est entourée d'un banc et ombragée par une