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PREMIERS ESSAIS D£ M. DE LESSEPS

naicnt regarder d'un œil croyant, les traces des roues du char de Pharaon, nettement imprimées encore sur le sable nu fond de la mer, et admirer ces grands greniers que Joseph, fils de Jacob, avait fait bâtir au bord du Nil dans sa sage prévoyance, pour y entasser du blé, pendant les sept années de la disette.

C'était à notre âge de civilisation et d'immense extension commerciale qu'il appartenait de reprendre cette œuvre puissante des anciens jours. M. Ferdinand de Lesseps, qui s'est dévoué à cette tâche, obtipt en 1854, de Saïd-Pacha, vice-roi d*Égypte, un firman lui accordant le pouvoir exclusif de constituer et de diriger une compagnie pour le percement de l'isthme de Suez, au moyen d'un canal de navigation se reliant au Nil. Le viceroi ajoutait seulement que la concession devait être ratifiée par le sultan. Pendant deux années le temps se consuma en négociations pour obtenir cette concession à laquelle l'Angleterre, jalousement cachée derrière le sultan, s'opposait. Voici quelles étaient les objections de lord Palmerston ,qui s'est fait avant tous le défenseur de cet esprit d'exclusion : influence exclusive, presque occupationjde TÉgyple par la France; indépendance de l'Egypte par rapport à la Turquie ; menaces pour les Indes anglaises; impossibilités matérielles, ruine complète des actionnaires.

Il était sans doute très-touchant de voir l'Angleterre prendre tant à cœur les intérêts des actionnaires. Mais M. de Lesseps est en train dans ce moment même de

MAUVAIS VOULOIR. MH

lui démontrer que les impossibilités matérielles du moins sont une objection qui n'a pas la plus petite valeur. Palmerston défendit devant le parlement ses raisons avec une vive énergie; lord John Russel et sir Gladstone le combattirent en vain, la majorité lui donna raison par un vote de 290 voix contre 60. En même temps sir Henri Bulwer, ambassadeur auprès de la Porte, encourageait la résistance du gouvernement ottoman.

Alors M. de Lesseps en appela au public : il ouvrit une souscription de 20,000,000 francs qui fut, pour la plus large part, couverte par des capitaux français. Un matériel considérable fut acquis et expédié en Afrique avecun nombreux personnel d'ingénieurs, d'administrateurs, d'ouvriers. Le gouvernement français, qui jusque-là s'était tenu entièrement neutre, voyant de grands intérêts nationaux engagés, crut devoir veiller à leur protection, et M. de Lesseps ouvrit les travaux avec solennité, le 25 avril 1859.

Alors intervint la guerre d'Italie ; la Porte, au début,

se rapprocha de l'Angleterre, se montra de plus en plus hostile aux projets de la France. L'Angleterre envoya sa flotte à Alexandrie. Cependant les travaux continuèrent comme études préparatoires. Survinrent lespréliminaires de Yillafranca ; cette nouvelle rattacha le sultan à la France, et l'escadro anglaise quitta avec un vif désappointement Alexandrie, pour retourner à Malte.

Mais voici que, sur un retour offensif de sir Bulwer, le vice-roi déclare absolument, le 1" novembre, qu'il s'op-

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