LE ROI
, stalles et traités avec les plus grands égards, en attendant Taudience que le roi Kméri voulait bien leur accorder. Après quelques jours d'attente, celte entrevue eut lieu, et voici comment le voyageur la raconte dans son Journal envoyé en Angleterre et reproduit par le ChùrchMissionary Intelligencer (d'avril 1854) : «Cette ' après-midi, 14 mars 1 852, Kméri a enfin paru au bas de Touga. Une compagnie de soldats le précédait, chaque homme de la troupe déchargeait successivement son fu-sil, ce qui produisait un effet terrible dans les échos de la montagne. Je me suis placé sur le chemin. Quand le roi m'a aperçu, il s'est arrêté une ou deux minutes, pendant que je lui rendais mes devoirs ; puis il est allé à la cabane de Bana-Osman, le magicien en chef. II portait sur son vêtement un bochoûlé, c'est-à-dire un manteau de drap noir destiné à le proléger contre la pluie et le froid. 11 était pieds nus, comme la plupart des Africains de la côte orientale. Kméri prit place sur une sorte de divan à la mode du pays; puis, sans prononcer un mot, il se mit à fumer sa pipe avec une gravité toute royale. Les Ouâsambara sont les plus grands fumeurs de l'Afrique orientale; leur pipe, dont la lète est en terre cuite, est très-proprement confectionnée par eux-mêmes ; ib y ajustent un tube de deux pieds cle long, et elle ne les quitte jamais. Beaucoup d'habitants de Touga et d'autres gens du pays sont venus saluer le roi. Leur formule de salutation est : a Chimba-va-Mouéné^ le lion du possesseur, c'est-à-dire de Dieu, » ou, comme ces mots peuvent en-
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core se traduire : « Le lion sois-tu I » A quoi le roi réplique par une sorte de bourdonnement inarticulé, puis les visiteurs s'éloignent pour faire place à d'autres. Quand tout le monde fut parti et que Kméri n'eut plus autour de lui que quelques-uns de ses courtisans, parmi lesquels son magicien , en chef Osman tenait le premier rang, je lui expliquai les raisons qui m'avaient empêché de revenir plus tôt en Ousambara, et le roi, satisfait de mes excuses, me permit de me retirer dans ma cabane. »
Les magiciens jouent un grand rôle dans cette cour africaine. Outre le magicien en chef, il en est plusieurs qui possèdent la confiance du roi et qui sont occupés sans cesse à étudier, d'après le cours des astres, les bons et les mauvais présages, et à conjurer ces derniers. Ces magiciens se montrèrent peu favorables aux Européens, et ils engagèrent Kméri à leur refuser un lieu de résidence dans le pays, alléguant que, s'ils y mettaient une fois les pieds, ils ne tarderaient pas à s'en rendre maîtres.
L'autorité du roi d'Ousambara est la plus absolue qui se puisse voir. Ce souverain dispose de tous les biens de ses sujets, et il possède sur eux droit de vie et de mort; il fait percevoir par ses officiers les impôts qu'il juge convenable d'établir, et il rend lui-même la justice. Le roi et son successeur désigné portent tour à tour les noms de Kméri et de Chébouké, Quand le roi est appelé Kméri, le successeur est nommé Chébouké, et réciproquement. L'héritier présomptif demeure dans la province de Doumbourri, qui est une des régions les plus élevées de TOu^
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sambara. Ce n'est pas nécessairement le fils aine qui succède au roi, mais le premier enfant né après Tentrée du prince dans sa capitale. M. Krapf trouve de grands rapports entre ce gouvernement et celui du Choa (au sud de TAbyssinie). « Le pays, dit-il, présente aussi par son aspect montagneux une grande ressemblance avec le Choa. Les Ouâsambara sont de taille médiocre, leur teint est d'un noir jaunâtre. Patients et sobres, ils ne se refusent pas au travail, et leur nourriture consiste presque uniquement dans les bananes que leur sol produit en abondance. La plupart d'entre eux n'ont qu'une femme, parce qu ils ne pourraient pas en nourrir plusieurs, car la polygamie ne leur est pas interdite ; le divorce aussi est très-fréquent. »
Dans le voisinage des Ouâsambara et des Ouâsegua existe une peuplade appelée Ouâdoc, qui passe pour anthropophage. Autrefois, au dire des gens deTOusambara, les Ouâdoc dominèrent sur tout le pays qui s'étend jusqu'à la côte en Tace de Zanzibar. Les musulmans de la côte finirent par s'unir pour les accabler; ils se sont alors retirés vers les montagnes de l'ouest, du ils sont encore un sujet d'eflVoi pour leurs voisins. Tout en rapportant ce fait, qu'il a recueilli à Touga, M. Krapf rappelle qu'il n'a pu le vérifier, et qu'on ne doit l'accueillir qu'avec défiance jusqu'à ce qu'il ait été constaté par des voyageurs dignes de foi.
Le missionnaire a recueilli bien des noms de peuplades outre ceux que nous avons mentionnés. Tant qu'une