AU SENNAAR
Entre Khartoum et le Sennâr, le fleuve, bien que souvent intercepté par des bancs de sable, est navigable pour les petits bâtiments égyptiens. Le paysage devient plus agreste à mesure que l'on s'enfonce dans les contrées plus méridionales. Des tamarins, des acacias, des arbres particuliers aux régions du tropique, bordent les rives. De loin en loin, quelques habitants du Sennaar mènent au fleuve leurs brebis et leurs dromadaires, et plus fréquemment aussi des zèbres et des chamois descendent ou bondissent en troupes sur la rive du Nil Bleu .'Le long des iles et sur les rochers, des crocodiles chauffent au soleil leur corps informe, et attendent patiemment une proie, ou plongent avec rapidité au bruit que font les barques en passant. Le bourg de Kamlin, au sud de Khartoum, possède le seul établissement manufacturier de ces régions : c'est une fabrique de sucre, de rhum et de savon. Ouad-Medina, vers l'embouchure d'une rivière appelée Ragat, renferme une population de quatre mille âmes,chilTre assez considérable pour une ville duSennaar.
Au delà de ce lieu, l'expédition de Méhémet-Ali vit d'innombrables bandes de grues qui passaient à tired'aile au-dessus des bateaux, et se dirigeaient du sud vers le nord. Cette émigration (jjait la chaleur et les pluies diluviennes. Des pintades et du menu gibier s'échappaient à chaque instant dos buissons qui garnissaient les rives; les branches des arbres étaient chargées d'oiseaux au plumage éclatant, tandis qu'audessous grimaçaient, en gambadant de mille manié-