LES HABITANTS DU SENNAAR
variété de physionomie résultant de ce que le nez est plus ou moins épaté, les lèvres plus ou moins saillantes, le front déprimé, les cheveux laineux. Il y a beaucoup de grands et beaux hommes, et la plupart des femmes sont admirablement bien faites. Le costume des deux sexes consiste dans une pièce de toile blanche attachée en ceinture à Tune de ses extrémités, puis ramenée et drapée sur tout le corps. Dans Tintérieur du logis, les femmes se contentent de porter un morceau de coton formant une sorte de jupe qui leur tombe sur les genoux. Les hommes ne sont pas mieux vêtus; cèk\ seulement pour sortir que les uns et les autres s'enveloppent dans leur toile. La plupart des pauvres gens n'en ont qu'une seule, et ne la )[]uittent pour une autre que lorsqu'elle tombe en lambeaux. Des sandales en cuir, à bouts arrondis et quelquefois pointus, sont la chaussure usuelle, et comme la pièce de toile dont les Sennaariens s'enveloppent le corps, comme leur coiffure, comme le visage de la plupart d'entre eux, celte partie du costume n'a pas changé depuis trois ou quatre mille ans. Elle est telle encore qu'on la trouve dessinée sur les obélisques et les hypogées de Méroë et de la Nubie. Les cheveux sont réunis en une intinité de petites tresses avec lesquelles on en forme de plus grosses qui sont rassemblées sur le sommet delà tête. Pour objets de parure, les Sennaariennes- portent de la verroterie de Venise et des bracelets d'argent, de fer ou d'ivoire. Les jeunes filles ont pour tout vêtement une .ceinture appelée rahadh^ de laquelle
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pendent des lanières de cuir en guise de franges, et qui est ornée de petites coquilles uni valves vulgairement connues sous le nom de cauris^ ou monnaie de Guinée, et d'un gros coquillage dit peau dé tigre^ qui est le symbole de leur virginité. Dès qu'elles, deviennent nubiles, elles y ajoutent une touffe rouge en peau ou en soie.
La lance, le sabre à deux tranchants, le bouclier long de peau de crocodile ou de rhinocéros, sont les armes qu'emploient les Sennaariens. Toutefois un certain nombre d'entre eux commencent à posséder des fusils. Pour ces hommes, comme pour la plupart des autres peuples sauvages, le courage est la première des vertus. A l'époque où les Egyptiens exercèrent contre les habitants du Sennaar les plus cruelles représailles pour les punir de leur révolte, on vit un grand nombre d'entre eux déployer au milieu des tortures la même énergie que les Indiens de l'Amérique au temps de Pizarreet deCortez. Beaucoup moururent sous le bâton ou sur le pal sans qu'on put leur arracher une plainte. M. Cailliaud^ raconte qu'il eut un jour le courage de vaincre sa profonde rép'ugnance et d'assister aux tortures des Sennaariens empalés. Il s'agissait de deux chefs rebelles. L'un d'eux eut un moment de faiblesse, il demanda à avoir la tête
* Voyagea Méroéj au fleuve Bleu et au Fazogl, 4 vol. in-8*, 1826. Ce voyageur accompagna le fils de Méhémel-Ali, Ismaïl-Pacha, chargé par son père de soumettre ces régions. Ismaîl périt à Chendi dans un soulèvement que son oppression avait excité. Il eut pour successeur son beaufrère, Deflerdar, qui fut renommé, même en Afrique, pour ses extravagantes cruautés.
LE SUPPLICE DU PAL. i5
tranchée; mats sur un mot de son compagnon il se tut et demeura impassible. Cependant les exécuteurs leur avaient lié les mains, puis les avaient jetés à plat ventre et leur avaient passé le cou entre deux gros piquets fichés en terre qui servent de point d'appui pour les épaules. Deux exécuteurs saisirent chacun des patients par un^ pied en tirant fortement à eux, pendant que d'autres introduisaient dans le fondement un pieu en bois et renfonçaient à coups de massue. <!et instrument n'est aiguisé qu'à ses extrémités; dans tout le reste de la longueur, il est plus gros que le bras. Lorsqu'il est arrivé dans la région du cou, les exécuteurs le dressent et le plantent comme un mât. L'un des deux malheureux au suppUce desquels M. Cailliaud assistait donna des signes de vie, en remuant la tête et les bras, plus de dix minutes après son exécution; l'autre sembla mourir immédia* tement : quelque organe vital avait dû être lésé. Pendant toute la durée du supplice, aucun des deux ne proféra un cri, ne dit un mot.
Les superstitions sont nombreuses au Sennaar. Si quelqu'un dans une famille meurt subitement sans être tombé victime d'une vengeance ostensible, c'est qu'il a été tué par le sahar. Le sàhar est un sorcier qui peut, à sa fantaisie, revêtir la forme humaine la plus séduisante ou se transformer en crocodile et en hyène; il se nourrit de sang humain, et, pour faire mourir une personne, il lui dévore intérieurement le cœur, le foie ou les entrailles. Par bonheur, il y a des fakih ou angari qui connais*