CHAPITRE DEUXIEME
L'État civilisateur dans les pays neufs.
L'avènement de l'État du Congo dans la société
des nations.
Pendant que des iioliticiens cosmopolites, méconnaissant la loi historique de notre developi^ement social et les plus indestructibles instincts de notre nature, combattent le sentiment patriotique au nom de Tesprit humanitaire, proscrivent le mot de nation comme un vocable étroit, égoïste, contraire à la fraternité humaine, et croient ne pouvoir unir les peuples qu'en les condamnant à perdre leur individualité dans je ne sais quel « État unique et sans frontières », notre époque a \ii un prince, bienfaiteiu* positif de son peuple et de la civilisation universelle, ériger ce môme esprit humani-
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taire en principe créateur d*un nouvel État.
Les hommes sont si habitués à voir la violence jouer un rôle prépondérant dans Tavènement et dans la chute des empires, qu'ils s'étonnent presque lorsqu'un foyer de vie politique se fonde sans convulsion nationale ou sans choc international, et qu'ils en viennent à contester la légitimité d'États nouveaux où éclate, dans une pureté inaccoutumée, la sereine majesté du droit. La personnalité internationale de l'État indépendant du Congo n'est plus aujourd'hui mise en question. L'existence de cet État est de droit public universel. Mais ni le mode de formation de ce nouveau venu dans la famille des nations, ni le fait de sa reconnaissance par les autres puissances, n'ont été, ce semble, toujours appréciés comme ils devaient l'être. Il n'est pas sans intérêt de reprendre à ce point de vue le fil du passé, d'abord pour l'honneur même des origines si remarquables de l'État indépendant, puis afin de couper définitivement court à des jugements superficiels que l'on rencontre encore sous la plume de graves i)ublicistes, et même sur les lèvres de quelques hommes d'État.
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