I. — LA SUPPRESSION DE LA TRAITE
La traite a été durant des siècles le grand fléau de la race africaine et le i)lus constant obstacle à son relèvement. Les circonstances ont placé l'Etat du Congo au premier rang
de la lutte contre les traitants. Il s*est acquitté de la tache qui lui incombait avec une persévérance couronnée de succès.
Nous avons signalé les mesures prises par rÉtat en vue de combattre les chasses à riiomme et le commerce des esclaves dès avant la Conférence internationale contre la traite africaine.
Se conformant à Tarticle 5 de TActe de lîruxelles, TÉtat a été le premier à édicter un code complet de la répression de la traite sur terre : c'est le décret du i**" juillet 1891. Ce décret s'occupe successivement de la capture des esclaves, de la traite proprement dite, des bailleurs de fonds et des receleurs, de Tassociation formée dans un but de traite, des attentats contre les libérés, des mutilations d'enfants mâles, de la complicité, enfin de la poursuite et du jugement en cette matière.
Les premières années de roccupation ont surtout été employées à réprimer la traite sur le Congo supérieur et ses affluents. L'Ktat a entravé, parréchelonnement de ses postes et i)ar la marche de ses colonnes, les grands courants de la traite intérieure, notamment ceux qui venaient des provinces
orientales et méridionales. Rappelons la cami)ag'ne arabe qui occupa les années 1892 à 1894, et qui réussit à intercepter les routes parcourues jusqu'alors par les trafiquants de chair humaine venant du sud et de l'est.
Dans les i)rovinces orientales, une solide occupation a mis fin au trafic infâme, et ce n'est qu'en de rares cas exceptionnels que les troupes ont encore eu à réprimer les méfaits des traitants.
Au Lualaba-Kassaï, territoire immense, où les ressources de l'État ne permettaient pas immédiatement l'établissement d'une chaîne de postes aussi serrée, lorsqu'une bande d'esclavagistes était annoncée, une colonne partait de Lusambo ou de Luluabourg" et arrivait, à marches forcées, dans les régions envahies par les traitants, pour leur livrer combat et les chasser du territoire. C'est ainsi que des rencontres ont eu lieu encore en 1901 et en 1902 entre la force publique de l'État et les trafiquants Kiokos, Tungombes et Waboundu venant du sud et d'autres territoires limitrophes. Des postes ont été établis sur les routes princii)ales parcourues par les esclavagistes, et notamment à Wissmann Falls sur le Kassaï, à Kanda-
Kaiida sur la Liiele, affluent du Sankuru- Lubilasli, à Lufoi sur la Lufîra, affluent du haut Lualaba.
Actuellement, la barrière est pour ainsi dire complète de ce côte, car des stations ont encore été créées sur toute la frontière, notamment au lac Dilolo et à Tenke, à rextreme frontière du Katanga.
Du côté du nord, des incursions de derviches et de madhistes avaient déjà été arrêtées. La grande expédition organisée par rÉtat dans ces parages a porté un coup formidable aux traitants. Le 17 février 1897, le commandant Chaltin, après avoir parcouru tous les territoires de TUellé, prenait aux derviclies la forte position de Redjaf sur le Nil, défendue par trois à quatre mille soldats dont deux mille armés de fusils perfectionnés. Le combat fut très acharné et dura six heures. Peu de temi)s après Toccupation de Redjah par les troupes de l'État, les derviches ont fait de nouvelles tentatives pour reprendre cette position, mais sans succès. Depuis lors, les incursions n'ont plus été signalées de ce côté.
Il n'est pas probable qu'il se produise encore des razzias importantes. Le commerce des
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esclaves, qui se faisait autrefois sur une si grande échelle, paraît réduit à des faits de traite clandestine, dont se rendent parfois coupables des trafiquants du sud. L'État est à môme de prendre des mesures énergiques si les traitants renouvelaient leurs méfaits.
« Il n'est que juste de rappeler, » disait M. Curzon, à la Chambre des Communes d'Angleterre, le 2 avril 1897, « que l'État du Congo a fait une grande œuvre, et que par son administration les cruautés des esclavagistes arabes ont cessé sur une étendue de plusieurs milliers de milles carres (i). »
La cause de la civilisation l'emporte donc sur toute la ligne et les destinées de l'Afrique centrale sont affranchies du joug des esclavagistes.