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LA FORMATION EFFECTIVE DE L'ÉTAT. SES MOMENTS CAKACTÉRISTIQUES

Le fait que nous venons de signaler ne paraît pas contestable. Le pourquoi et le comment sont d'un aspect plus complexe, encore qu'ils ne soient pas trop difficiles à démêler.

Nous avons vu au prix de quels sacrifices le Comité belge de l'Association internationale, sous l'impulsion du Roi, était parvenu à diriger de la côte orientale vers le Tanganika six expéditions successives. Les résultats demeuraient aussi précaires qu'ils avaient été laborieux. L'apparition de Stanley à Boma, le 9 avril 1877, après une exploration de trois ans, durant laquelle il avait décrit sa vaste courbe au sein de l'Afrique équatoriale, fut sensationnelle pour tous. Elle fut révélatrice pour le Roi. Un croquis de la traversée stanleyenne du continent noir, paru dans le Daily Telegraph du 12 novembre, était fort suggestif. L'Afrique centrale avait sur un réseau fluvial merveilleux « son chemin qui marche » , véhicule

approprié au rayonnement de toutes les influences et de tous les progrès matériels, moraux, iiolitiques même; et le steamer apparaissait comme le grand conquistador de ce nouveau monde. Un gig^antesque insti-ument de civilisation à tous les points de vue était découvert. Un facteur nouveau donnait un aspect nouveau au problème posé par le Roi à la Conférence de Bruxelles. Ce que la Conférence avait à peine indiqué comme un vœu — une ligne de communications «autant que possible continue » reliant quelques postes civilisateui-s — la nature l'offrait elle-même, sauf l'obstacle initial, dans une mesure non soupçonnée. D'un bond, la i)ensée royale se transporta de l'est si décevant jusqu'alors, vers l'ouest étoile. Sans perdre un instant, elle élabora un plan d'action conforme à l'orientation nouvelle et, au moment où Stanley touchait barre en Euroi)e, en janvier 1878, il rencontrait les délégués du Iloi chargés de lui annoncer le grand dessein qu'avaient fait éclore ses découvertes, et de solliciter sa coopération (1). La grandeur, la hardiesse et

(i) STAiNLKY, Cinq Années nu Congo, j). i5 ss.

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la nouveauté du i)laii n'étaient pas faites pour déplaire à l'intrépide explorateur. II accepta. Il s'agissait bien de jeter sur terres vierges à relier à l'Europe en surmontant un premier obstacle naturel les bases d'un ordre stable économique et même politique, soit par la fédération de puissants chefs de tribus, soit sous toute autre forme appareillée à une situation encore incomplètement éclaircie à ce point de vue.

C'est sous le titre de Comité d'études du haut Congo, avec le Roi comme président d'honneur et le colonel Strauch comme président, que fut organisée à Bruxelles, au capital d'un million, la société dont les travaux d'investigation économico-politiques devaient bientôt éclipser les instables essais de l'Association internationale africaine.

La date de la fondation du Comité est le 25 novembre 1878. Le 14 août 1879, Stanley et le personnel de l'expédition, composé de treize agents et de i)orteurs recrutés à Zanzibar, se trouvaient à l'embouchure du Congo où les attendait une flottille d'embarcations à vapeur avec allèges. Le 21, l'on commençait à remonter le fleuve sur les vaillants

petits steamers qui avaient nom VEn Aoanty VEspérancCy la Jeune Africaine, la Belgique^ le Royal.

Peu de temps après, par delà Xokki, point extrême de l'ocenijation européenne, le poste de Vivi était atteint. Puis fut entreprise la traversée de la région des cataractes avec les embarcations démontées, au milieu de quels labeurs, au prix de quelles souffrances, est-il besoin de le rappeler? Le 21 février 1880, Isanghila était fondé, le i'^'* mai 1881, Manyanga était occupé. En décembre 1881, l'expédition arrivait au Stanley-Pool, et bientôt VEn Avant fendait, en les frangeant de sa petite écume, audacieuse concurrente, les eaux du fleuve vierge.

Alors commencèrent les expéditions de reconnaissance dans toutes les directions, rétablissement de stations et le sillonnement des steamers qui reliaient ces postes. En même temps furent conclus avec les chefs indigènes indépendants de nombreux traités, de manière à mettre les i)ossessions réalisées à Tabri des compétitions ultérieures. Bientôt s'accusèrent des rudiments d'administration et de police, fonctions essentielles de tout gouvernement. Tout cela s'était accompli en

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quelque sorte sans violence, sans conflits sanglants.

Ayant ainsi jeté les bases d'une puissance territoriale, le Comité d'études du haut Congo prit le nom, plus conforme à sa situation, d'Association internationale du Congo. Son activité à parfaire l'œuvre si brillamment instaurée redoubla. En même temps s'organisaient des excursions plus détachées de lagrande artère fluviale, dans le bassin du Niadi Kwilu, vers le haut Kassaï, dans les régions du Lunda, plus loin encore. « Cinq années avaient suffi, » dit excellemment M. Wauters, « pour faire, jusqu'au centre du continent, les plus brillantes reconnaissances, visiter pacifiquement cent peuples nouveaux, obtenir des chefs indigènes plus de cinq cents traités de suzeraineté, fonder quarante établissements, jeter sur le haut fleuve, par delà les cataractes, cinq steamers, occuper le pays depuis le littoral jusqu'aux Stanley-Falls, depuis Bangala jusqu'à Loulouabourg (i) ».

Ce fut, certes, l'époque héroïque, celle où alternaient à Bruxelles toutes les craintes et

(i) L'État indépendant du Congo, p. 27.

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toutes les espérances, pendant que les i)ionniers du Roi en Afrique procédaient à la conquête méthodique et pacifique d'un monde.

On peut saisir maintenant pourquoi et comment dès avant 1884 se trouvèrent réunis tous les éléments vraiment constitutifs d'un État aux environs du Stanlej-Pool et dans un cercle de rayonnement grandissant, à mesure que s'étendaient sur des territoires vacants les stations du nouvel État, et que convergeaient vers lui les cessions de souverainetés indigènes. La question de forme de gouveinement — fédération de tribus nègres. État unitaire, — est indifférente à cela. Ce qu'il importe de constater, c'est que les titres d'occui)ation des territoires vacants et d'acquisition, par cession, de droits souverains, n'étaient certes pas moindres que ceux que pouvaient invoquer dans leur expansion coloniale les puissances européennes. C'est dans ces conditions que se posa la question de reconnaissance du nouvel État par les puissances.

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