BULIXTIN OFFICIEL DE L'ÉTAT INDÉPENDANT DU CONGO, 1897, ]). 4H
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système a ses défauts, et TÉtat du Congo, qui n'y avait eu recours que temporairement, a bien fait, à notre sens, de le supi)rimer comme il Ta fait depuis i)lusieurs années.
On dit que toute prestation de travail obligatoirement exigible est oppressive et qu'elle violente Tindigène. On semble oublier que dans nos sociétés mêmes, l'emploi de la contrainte est considéré non seulement comme un moyen auxiliaire d'éducation parfois nécessaire, mais comme un moyen indispensable d'assurer l'accomplissement de nombre d'obligations imposées par l'autorité publique.
Sans doute, toute œuvre humaine a ses imperfections et cette vérité est peut-être I)lus frappante en Afrique qu'ailleurs. Ce n'est mallieureusement pas dans telle colonie spéciale que des abus individuels i)euvent être constatés. Ces abus doivent être réprimés. En ce qui concerne l'État indépendant du Congo, notamment, nous pouvons constater, les statistiques judiciaires à la main, qu'il ne faillit i)as à cette mission.
A défaut des mobiles supérieurs d'humanité qui sont de nature à influencer le pouvoir et les particuliers dans cet ordre, leur
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intérêt matériel et moral les y solliciterait puissamment. Le devoir de traiter Tindigène avec modération et humanité n'est pas violé sans que celui qui commet cette violation n'en éprouve détriment. Le noir brutalisé ou violenté n'hésite pas à s'enfuir et à se cacher dans la brousse, et la main-d'œuvre se trouve, du coup, stérilisée.
Non seulement il paraît impossible de refuser à la puissance publique le droit d'imposer des prestations aux populations indigènes, mais il faut reconnaître que les fonctions de l'État comme régulateur d'une vie économique nouvelle dans les pays de première pénétration civilisatrice peuvent être autrement pénétrantes que ne sont les fonctions d'ordre similaire dans nos vieilles sociétés. C'est à lui, en effet, que revient en quelque sorte en i)remière ligne la tâche de substituer à une apathie économique, interrompue seulement par des luttes fratricides, un ordre social fondé sur le travail régulier et rémunérateur.
Il faut bien reconnaître, d'autre part, que le régime organique du travail dans de telles contrées est loin d'être de tous points assimilable au régime en vigueur dans nos pays.
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Les études faites et les documents publiés par rinstitut colonial international (i) sur la question de la main-d*œu\T:e aux colonies, jettent sur ce point une vive lumière. Tout le monde sait que dans les pays tropicaux l'apathie au travail, constatée chez les indigènes, n'est pas seulement le jjIus grand obstacle à leur éducation civilisatrice; elle est aussi, si Ton n'en triomphe, l'échec fatal de la colonisation. Dans ces régions en effet, si l'Européen i)eut être la tète qui conçoit et dirige, il ne peut être le bras qui exécute. Certes, il est ijermis d'espérer que le paludisme, qui rend encore si dangereux pour les hommes de notre race le séjour dans certaines contrées, ne résistera pas aux efforts employés par la science et par Texpérience i)our le combattre en ses éléments les plus nocifs. Mais l'influence du climat demeure, à elle seule, assez déprimante pour confiner les Européens aux pays tropicaux dans une sphère d'action limitée et spécifiée. Le problème de la main-d'œuvre
(i) Bibliotlièque coloniale internationale, i"' série. La mai n-d œuvre aux colonies. Documents officiels. Trois vol. Bruxelles, 1895-1898.
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indigène se pose donc, aussi fatal que vital, dans toute colonie des tropiques, en même temps qu'il met en relief l'harmonie nécessaire dans ces régions entre la prospérité des affaires dirigées par les colons d'origine européenne, d'une part, la conservation et le progrès de la race apte à féconder les entreprises économiques, d'autre part. L'emploi d'une main-d'œuvre exotique plus ou moins ajjpareillée à pareilles tâches — emploi parfois indiqué et même nécessaire (i) — n'est, en effet, qu'une ressource précaire, onéreuse et pleine d'inconvénients. La maind'œuvre autochtone est généralement préférable. C'est en se plaçant à ce point de vue que le Congrès international colonial, tenu à Paris en 1900, a formulé la résolution suivante :
« Tout ce qui peut favoriser le recrutement de la main-d'œuvre sur place dans les colonies doit être encouragé. L'emploi de la main-d'œuvre indigène doit être préféré, à
(1) Voy. notre Projet de règlement en une de V utilisation de la nuiin-d'œunre exotique dans les colonies ^ ])réscnto à l'Institut de droit iiiternational, discuté et adopté par lui. Bibliothèque colouiulc internationale. Compte rendu de la session tenue à Bruxelles^ i^l)9>
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moins d'absolue impossibilité, à Tintroduction d'éléments étrangers, même lorsque cet emploi nécessite certaines mesures qui, en rapport avec l'état social des indigènes, paraîtraient en Europe attentatoires à la liberté individuelle (i). »
En ce qui concerne les régions congolaises et spécialement le Congo français , des hommes dont l'expérience est considérable, qui ont jmssé un quart de siècle en Afrique et qui ont consacré leur vie à l'amélioration du sort des noirs, comme yi^"" Augouard, n'hésitent pas à invoquer le travail forcé comme seul moyen présent de solution à la question vitale de la main-d'œuvre (2). Dans d'autres pays, comme en Allemagne, des hommes de non moins grande exi)érience, comme le major Wissmann, en repoussant en princiije le travail forcé, estiment que les meilleurs moyens d'amener les indigènes au travail sont, d'une part, l'impôt du travail, d'autre part, le service militaire. Touchant l'impôt du travail, l'illustre exijlorateur afri-
(1) Congrès international colonial. Rapports, iiicuioires et procès- verbaux des sciences. Paris, i<joi, p. 84:i. (a) Voy. Belgique coloniale ^ 3o mars 1902.
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cain s'exprime comme suit : « Le plus souvent possible, les autorités de^nront solliciter des indigènes du travail en remplacement du payement de l'impôt en argent. Je ne considérerais pas comme mauvais que les autorités gouvernementales, à l'intérieur des colonies, refusassent même comme impôt les produits du sol récoltés par les indigènes et exigeassent en échange du travail (i). »
On voit que des « coloniaux » d'une compétence notoire peuvent en cette question différer d'opinion. Sans prendre parti dans leur controverse, observons que c'est là un point d'organisation coloniale intérieure, qui ne comporte peut-être pas de solution unique et universelle. Les Etats peuvent le résoudre suivant l'appréciation qu'ils font des conditions particulières du milieu qu'ils ont à régir. Une réglementation tutélaire par l'autorité des conditions du travail et des contrats qui s'y rapportent, en vue d'éviter les abus, nous paraît en tout cas nécessaire.
(i) Deutsche Kolonialseitung, iG. Januar 1902.
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