I. — LA TRAITE OCCIDENTALE ET COLONIALE
C'est aux premières années du xvr siècle que remonte la traite des nègres, pratiquée I)ar des nations chrétiennes. Des statistiques fondées sur les données connues du trafic occidental des esclaves — lequel se perpétua jusque dans le xix*" siècle — évaluent à quarante millions le nombre d'Africains importés de la sorte en Amérique, — sans compter vingt millions d'individus morts en mer sur les négriers, ces convoyeurs de l'esclavage, dont on a pu dire qu'ils représentaient « la l)lus grande réunion de crimes dans le plus petit espace ». Quant au nombre des noirs qu'ont détruits les razzias nécessaires pour
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alimenter le trafic de chair humaine, si l'on tient compte des procédés des chasseurs d'hommes, c'est sans doute par des centaines de millions qu'il faut le chiffrer. Telles sont les proportions de la sombre nécropole où se sont accumulées les hécatombes de la traite coloniale.
On connaît les difficultés que présente encore à l'heure actuelle la « question nègre » aux États-Unis. Ces difficultés semblent attester une fois de plus que c'est progressivement et avant tout sur le sol natal qu'il faut régénérer une race.
Nous ne rappelons ici que pour mémoire le caractère atroce des contrats passés pendant des siècles par les gouvernements européens désignant jusque dans des actes diplomatiques la marchandise humaine sous le nom de « tonnes de nègres », à peu près comme nous disons des tonnes de charbon. C'est à la lumière de ces faits qu'il faut lire le passage célèbre de VlJsprit des lois où Montesquieu conseille aux princes de l'Euroi)e de former « une ligue générale en faveur de la miséricorde et de la pitié (i) ».
(I) Liv. XX, chap. V.
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Sur riiiitiatîve de TAiigleterre, où la grande cause de riiumanité, soutenue avec éclat par les Granville Scliarp, les Clarkson, les Wilberforce, les William Pitt et tant d'autres, avait fini, en 1807, après vingt ans d'efforts et sept défaites, par triompher, le Congrès de Vienne en i8i5 et celui de Vérone en 1822, mirent la traite des nègres au ban des nations civilisées. Depuis lors, sous la même action i)ersévérante du gouvernement britannique, le mouvement libérateur prit une double direction, tendant d'une part à l'abolition graduelle de l'esclavage, au moins comme status légal, d'autre j^art à Tinterception immédiate du commerce par mer de la marchandise humaine et à la fermeture de nombreux marchés d'esclaves.
Les résultats furent remarquables à bien des égards. L'abolition de l'esclavage au Brésil, en 1888, marqua en quelque sorte la dernière étape du mouvement émancipateur dans le monde (*hrétien iiioi)rement dit, al)straction faite des pays de première i)énétration civilisatrice et des États d'Orient qui conservent diverses formes de servitude, principalement domestique.
D'autre part, la surveillance des escadres.