LA TRAITE ORIENTALE
Il semblait que la fermeture des marchés américains d'esclaves et l'action des croisières dussent exercer une influence à certains égards décisive sur le trafic infâme. Le fléau ne laissa i)as que de sévir dans d'énormes proportions. Refoulé de l'Occident, il reflua surtout vers l'est, où d'immenses débouchés lui demeuraient ouverts. Les côtes septentrionale et orientale de l'Afrique continuèrent ainsi à entretenir un intense courant d'exportation des esclaves, pendant que l'intérieur du continent demeurait, de son côté, le terrain de chasse à merci, le grand entrepôt, en même temps qu'un immense foyer de consommation de la marchandise humaine.
Trois vastes régions se touchant par leurs confins, formant en étendue i)lus de la moitié de la surface totale de l'Afrique et presque le double de celle de l'Europe, le Soudan,
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le Haut-Nil, les bassins du Congo et des grands lacs, étaient le théâtre de choix des razzias dévastatrices. Les chefs ou sultans des États indépendants du Soudan, pour alimenter le commerce de Thomme, poussaient de plus en plus loin leurs sanglantes entreprises. Les gens de Khartoum razziaient les régions circonvoisines du Bahr el Gazai. Les Arabes et les métis de Zanzibar dévastaient les contrées du Manyema et celles du Tanganika. Et de divers points de la côte occidentale elle-même partaient encore parfois d'étranges exi)éditions armées ravageant notamment les districts du Haut- Kassaï. En fait, l'Afrique, dans d'immenses régions de son aire, demeurait un chami) ouvert à toutes les dévastations et à tous les carnages. « Dans toute l'Afrique, » avait dit Schweinfurth, « des squelettes d'hommes calcinés indiquent le passé du marchand d'esclaves (i). » — « L'Afrique perd son sang l)ar tous ses pores (2), » i)ouvait dire Cameron quelques années plus tard.
yi) Au cœur de l'Afrique, trad. Loreau, 1, i). (3ii s. (2) A travers r Afrique, trad. Lorcan, j). i4i^ •**.