LE NOUVEL HOMMAGE RENDU PAR LES PUISSANCES A L'ÉTAT DU CONGO
Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici quelques appréciations autorisées, émises à la Conférence dans la séance du lo mai 1890.
Voici comment s'exprimait lord Vivian, ministre d'Ang-leterre, qui se leva le premier dans la Haute Assemblée pour donner son approbation à la proi)osition dont le président venait de donner lecture :
« Quant au point de savoir si cette modification est opportune, il ne faut pas perdre de vue que la Conférence de Berlin n'a jamais eu Tintention de fixer d'une façon immuable le régime économique de l'État indépendant, que déjà à ce moment on prévoyait devoir se modifier profondément sous l'action du progrès, ni d'établir pour un temps indéfini des dispositions qui pourraient gêner, entraver et même arrêter son développement. On a sagement prévu la probabilité de transformations ultérieures qui demandaient, pour pouvoir se produire sans entraves, une certaine latitude sur le terrain économique... »
a Le moment est arrivé où les merveilleux progrès accomplis par le jeune État créent des nécessités nouvelles, où une sage prévoyance demande la revision d'un régime économique adapté principalement à une période de création et de transition.
» Pourrions-nous reprocher au jeune État la rapidité d'un j)rogrès qui a dépassé les prévisions les plus optimistes? Pourrions-nous arrêter et entraver ce progrès en lui refusant les moyens nécessaires à son développement? Pourrions-nous condamner le Souverain, qui a déjà fait de si grands sacrifices, à supporter indéfiniment un fardeau qui devient de jour en jour plus lourd et lui imposer en même temps de nouvelles et fortes dépenses en vue de la répression de la traite ?
» Nous sommes convaincus qu'il n'y aura qu'une réponse à ces différentes questions. »
Immédiatement après lord Vivian, le comte d'Alvensleben, ministre d'Allemagne, s'est exprimé comme suit :
« Le gouvernement impérial saisira avec satisfaction une pareille occasion de manifester ses sentiments de sympathie envers l'État indépendant du Congo, lequel, sous les sages inspirations de son auguste Souverain, a donné des preuves si éclatantes de vitalité.
» Le gouvernement allemand prêtera volontiers son concours pour mettre l'État indépendant du Congo a même de disposer des moyens qui parais-
sent nécessaires pour aider à son développement et pour le mettre à même de continuer à rendre des services précieux à la cause de la civilisation et de riiumanité. )>
Les représentants officiels de Tltalie, du Portugal , de TAutriclie - Hongrie , de la France, de la Russie, du Danemark, de l'Espagne, de la Suède et Norvège s'exi)rimèrent dans le même sens ; et le gouvernement hollandais lui-même, dont le i)oint de vue était différent, se plut à rappeler, i)ar Torgane de M. le baron Gericke de Ilerwynen, * Tliommage mérité qu'il avait dès Torigine rendu à l'œuvre du Roi » . La manifestation fut si imi)osante que le président de la Haute Assemblée, en remerciant les puissances, n'iiésita pas à dire :
(c Le Roi trouvera dans Thommage qui lui est rendu en ce moment la haute récompense de ses cflorts et de ses sacriiices, en même temps qu'un puissant encouragement et un sujet de légitime fierté (i). »
Les questions de procédure et de moyens d'exécution qui furent agitées dans la suite et qui finirent par être tranchées après
(1) Actes de la Conférence de Bruxelles, 1889-1890, p. 248 ss.
LES HOMMAGES RENDUS A L'ÉTAT fi^3
quelques objections, reçurent une solution qui confirmait ces témoignages. Ceux-ci font bonne justice, ce semble, des observations, d'ordre purement rétrospectif d'ailleurs, qui sont parfois encore formulées.
Au demeurant, ce n'est pas seulement en ce qui concerne l'État indépendant du Congo, que la nécessité de disposer de ressources spéciales appropriées à la tâche qui s'imi)osait a été déclarée indispensable. Voici comment s'exprimait un document communiqué officiellement à l'assemblée de Bruxelles par le gouvernement impérial d'Allemagne et annexé au recueil publié par le gouvernement belge sous ce titre : Documents inédits ou complémentaires communiqués par des plénipotentiaires à la Conférence de Bruxelles : « Les Arabes, que l'on peut qualifier le joarfi des chasseurs d*hommes, se trouvent dès à présent affaiblis par les mesures innses... Les événements qui se sont produits récemment dans les possessions allemandes de la côte orientale, en détruisant le prestige qui les entourait, auront pour résultat de faciliter beaucoup notre action dans l'intérieur... L'abolition de l'abominable trafic de chair humaine est entrée dans une voie qui doit
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mener au but, si le défaut des ressources les plus indispensables ne vient entraver nos efforts (i). »
9. — l'exécution de l'acte de BRUXELLES. LE DEVOIR DE LA LUTTE CONTRE LES TRAI- TANTS.
Après avoir reproche à TÉtat indépendant du Congo d'avoir loyalement sollicité, avec la levée d'un obstacle qui pesait lourdement sur l'aménagement de son régime financier, les ressources nécessaires à la réalisation de la tâche nouvelle que les puissances s'imposaient et pour l'accomplissement de laquelle les circonstances le plaçaient en i^remier rang, on lui a fait un reproche plus étrange encore : celui d'avoir employé effectivement et avec succès ces ressources à leur destination.
L'exécution des obligations assumées par l'Acte de Bruxelles ne pouvait manquer de mettre aux prises l'Etat du Congo et les
(i) La traite des esclaves en Afrique, Renseignements et documents recueillis pour la Conférence de Bruxelles, Supplément. Rapport du major Wissinauii, p. 2G4.