‹ L'Afrique nouvelle;Chapitre 61 sur 187 · LA CHUTE DE LA DOMINATION ARABE AU CONGO · texte numérisé non relu

LA CHUTE DE LA DOMINATION ARABE AU CONGO

Habitués à la licence la plus absolue dans leur (euvre de déprédation et de carnage, les traitants arabes n'avaient i)as vu sans

(i) Comment fui traoersé l'Afrique, trad., p. 80.

appréhension la formation et les i)rogrès du nouvel État, installe i)resque au centre du théâtre de leurs opérations. Lorsqu'ils eurent acquis la conviction que l'Europe et le jeune État étaient résolus à supprimer leur infâme trafic avec toutes les horreurs qui raccompagnaient, loin de fléchir, leur audace parut s'accroître comme un défi jeté par la barbarie à la civilisation. En même temps leurs chefs se coalisèrent, résolus à braver toute loi, à ne relever de personne et à constituer, dans toute la force du terme, un imperiiim in impevio, ou plutôt contra imperium.

Dans ces conditions, ce n'était i)lus seulement le devoir de l'humanité envers les populations africaines, c'était le souci de sa proi)re conservation qui devait inspirer la conduite de l'État. Le choc était inévitable. Les agressions des traitants contre l'État lui-même concoururent à le précipiter.

Surpris au début par la violence et la hardiesse de l'insurrection qui, par un couj) de main, s'empara de la station des Falls, l'État fut amené à adopter d'abord une politique de prudence et de ménagements nécessaires.

C'est ainsi qu'après avoir gagné le plus

puissant et le plus riche des chefs arabes qui n'avait point participé aux derniers événements, Tipi)o-Tii), il se servît de son influence pour calmer et désarticuler le soulèvement arabe, pour donner quelque répit aux malheureuses populations indigènes, et dans le dessein d'obtenir le temps nécessaire pour se préparer à une lutte décisive.

Cette lutte ne tarda pas à commencer. Elle fut i^uissante et opiniâtre du côté des traitants. Elle fut habile, vaillante, admirable, de la part des hommes choisis par l'État l)our la mener à bien. Elle aboutit à l'écrasement de la puissance des traitants. C'était à la fin d'août 1898. L'épreuve cai^itale était traversée avec succès. L'État pouvait et devait connaître encore, sans doute, des mutineries partielles plus ou moins longues, mais dont l'issue n'était pas douteuse, tandis qu'on se demande, non sans effroi, quelle eût été l'influence sur l'avenir de l'Afrique, de la consolidation dans le bassin du Congo d'un nouvel empire musulman soustrait à l'action européenne, élevant à son paroxysme le niéi)ris de la race noire et la haine do notre civilisation. C'est jjourquoi l'on i)eut ranger parmi les événements coloniaux mar-

25o LES RÉSULTATS DE LA CAMPAGNE ARABE

quants du xix*' siècle la chute définitive de la domination arabe au Congo.

Les traitants écrasés, TÉtat recueillit comme fruits de sa victoire la pacification de vastes régions purgées des malfaiteurs qui les infestaient et le dévelopi^ement du commerce légitime fondé sur les ressources naturelles du i)ays. Et ce fut merveille, en vérité, de voir comment, en dépit de toutes les épreuves, les populations se réagrégôrent et comment la région libérée prit la i)lace utile et féconde qui lui revenait dans Tensemble de l'État.

Page 1