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CHAPITRE SIXIEME La politique de l'État

Le gouvernenient, dans sa notion la plus simple, est la souveraineté en action. La politique est la science et l'art du gouvernement.

La politique des divers États offre des Ijoints de similitude résultant des conditions, communes à certains égards, qui s'imposent au gouvernement des hommes. Elle tend à se différencier suivant Tidée différente (lue se font les gouvernants des conditions particulières où se trouve la société qu'ils sont appelés à régir.

C'est par cette conception gouvernementale maîtresse et par les actes faits pour la réaliser que les gouvernements se distinguent et se classent i^olitiquement.

Le gouvernement de l'État indépendant

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du Congo est appelé à fonctionner dans des conditions spéciales. Terrain d'application, but à poursuivre, voies et moyens à employer en rapport avec Tun et Tautre, tout contribue à donner à ce gouvernement une physionomie particulière; tout était de nature à l'origine à entourer son action d'exceptionnelles difficultés.

Il s'agissait, en effet, de résoudre sans direction résultant de traditions coloniales et sans modèle bien sûr, le problème ardu de l'installation et du fonctionnement d'un organisme d'État sur terre vierge, au sein de populations purement barbares.

Il s'agissait de résoudre ce problème dans des conditions qui déroutaient, à première vue, les conceptions coloniales, et où le self support ing- principle apparaissait, non comme une mesure de convenance et de meilleure I)olitique coloniale, mais comme une règle de nécessité vitale.

Il s'agissait encore de résoudre ce problème en coordonnant des exigences qui ne semblent pas toujours faciles à concilier :

Les exigences de la liberté commerciale reconnue par les traités ;

Les exigences de la civilisation des indi-

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g-ènes et de leur acheminement dans la voie du relèvement matériel et moral ;

Les exigences de l'existence et du i)rogrès de rÉtat lui-même considéré comme principe organique de la société politique nouvelle ;

Enfin, les exigences, ou, si Ton veut, les opportunités se rattachant à l'union personnelle de l'État indépendant avec la Belgique.

Dans raccomplissement de cette tâche, fort complexe à coup sûr, TÉtat s'est d'abord inspiré du principe d'un respect scrupuleux des engagements internationaux. Ce princii)e n'a pas été perdu de vue même aux époques de vie difficile qui suivirent immédiatement la Conférence de Berlin, et où un régime de franchise absolue quant aux droits d'entrée ne laissait i)as que de peser lourdement sur l'existence économique du jeune État.

Dans l'accomplissement de sa tâche, l'Etat s'est inspiré non moins fidèlement de cette déclaration de neutralité permanente, faite l)ar lui peu de temps après la clôture des travaux de la Conférence de Berlin. Acte de loyauté, avons-nous dit ailleurs, à l'égard des l)uissances à qui cette déclaration donne

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tous apaisements concernant la i)olitique et les desseins d'autonomie pacifique du nouvel État. Acte de prudence gouvernementale aussi, qui met TÉtat du Congo à Fabri des sollicitations d'autres États qui pourraient être intéressés à le faire graviter dans leur orbite (i).

A coup sûr, la neutralité n'est plus conçue à l'époque moderne comme un état négatif, lequel consistait autrefois à demeurer en passivité dans l'espoir souvent i)récaîre d'échapper, en i)artie tout au moins, à la fureur des belligérants. Neutralité n'est pas synonyme d'immobilisme.

Le i)rincii)e de paix commune et d'égale souveraineté est aujourd'hui déterminateur de la base et régulateur des limites du régime qui i^réside aux rapports entre États grevés d'une guerre particulière et peuples demeurés en paix avec tous et sur toute la ligne. Une féconde activité dans les sphères où se déploie l'évolution i)acifique des États est d'autant plus légitime dans le chef des neutres à titre permanent que la si)hère des

(i) Rapport au Sénat sur le régime des colonies et sur lu révision de l'article i" de la Constitution^ uî} juillet 1898.

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mêlées sanglantes n*est point la leur. Ajoutons que cette activité légitime se concilie l)arfaitement avec la loyauté à procurer aux autres États la sécurité d'une attitude invariablement i)acifique à Tégard de leurs conflits éventuels.

En même temps qu'elle s'est attachée à demeurer complètement fidèle aux obligations découlant des traités et aux engagements inhérents à la neutralité permanente, la politique de l'État a gardé pour point de mire la fin civilisatrice si nettement assignée jiar son Souverain à son activité : le relèvement d'une race et son acheminement à la vie des peuples majeurs. Elle s'efforce pratiquement d'atteindre cette fin d'abord par raccomi)lissement du devoir primordial de conservation des i^opulations indigènes en les défendant contre les pires fléaux qui les menacent : la chasse à l'homme, la traite, les abus résultant de l'introduction des armes et de l'importation des spiritueux ; par l'abolition des coutumes barbares les plus atroces, telles que le cannibalisme et les sacrifices humains, par la suppression des luttes fratricides entre tribus; puis par l'amélioration des conditions matérielles et

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morales d'existence de la race noire, en procédant graduellement à leur éducation civilisatrice dans cet ordre, les initiant à la grande loi du travail, leur faisant apprécier ses bienfaits rémunérateurs, toujours disposée à leur accorder protection et assistance comme à favoriser toutes les influences qui peuvent bâter Tlieure de leur régénération. Dans Tordre de la réalisation de cette tâche rÉtat sait d'expérience combien sont nécessaires Textension et le développement

de solides installations gouvernementales.

Sa politique s'efforce d'y pourvoir avec une fécondité vraiment admirable.

Pour mener à bien une telle œuvre, il faut des énergies personnelles et des ressources matérielles, des hommes et de l'argent.

Les hommes, l'État les puise avec un remarquable discernement dans le tro])plein de nos activités nationales et surtout dans le fécond réservoir d'énergies qu'est l'armée belge, sans refuser d'ailleurs, en accueillant au contraire avec bienveillance la collaboration, souvent i)récieuse, d'un contingent international de travailleurs.

En ce qui concerne les ressources maté-

* rielles, la politique financière de l'Etat, gra-

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vement atteinte, au début, dans ses moyens les plus naturels d'alimentation, par un régime draconien relativement aux droits d'entrée, a traversé une période difficile dont la munificence du Souverain et le concours opi)oi*tun de TÉtat belge ont eu raison. La situation s'est modifiée aujourd'hui et M. le baron van Eetvelde, ministre d'État du Congo, a pu s'exprimer en ces termes, dans sa lettre du 28 mars 1901, à M. le comte de Smet de Naeyer :

« La convention conclue en 1890 entre la Belgique et l'État indépendant du Congo est arrivée à son terme le 18 février dernier. Elle a rendu les plus grands services à l'État indépendant. 11 le constate avec gratitude : les progrès réalisés grâce au concours financier de la Belgique sont tels que le renouvellement de la convention n'aurait plus de raison d'être. Le gouvernement du Congo ne peut mieux attester les heureux résultats acquis qu'en déclarant qu'il n'a plus à solliciter de la Belgique aucune aide pécuniaire. »

Le caractère limité des ress(mrces dont l)eut disposer la puissance i)ublique en face de besoins considérables, force celle-ci à se montrer ménagère des deniers publics.

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Mais la politique de l'État, tout en étant forcément économe, n'est point parcimonieuse. Au Congo, lorsque les avantages considérables d'un grand travail d'iltilité publique sont incontestablement démontrés, l'argent se trouve toujours pour l'entreprendre et le mener à bien. Parfois l'initiative privée, encouragée par l'État, se charge de la tâche : tel a été le cas du chemin de fer du Congo. Dans d'autres circonstances l'État intervient d'une manière plus effective : tel est le cas i30ur les chemins de fer des grands lacs. De toute façon, l'intérêt public, et c'est le point capital, reçoit satisfaction.

Nous venons de constater comment la politique de l'État s'efforce de poursuivre l'amélioration des voies de communication et spécialement la construction de voies ferrées, si importantes pour l'exploitation des richesses qui dorment stériles au sein de l'Afrique et pour le développement général de la civilisation.

La mise en valeur des richesses naturelles du pays est de môme au premier rang de la sollicitude de l'Etat et inspire nombre de mesures caractéristiques de sa politi(iue.

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L'État sait que, pour que Ton ne vende plus les hommes en Afrique, il importe souverainement qu'on ait intérêt à vendre les choses. Les procédés qui tendent à mettre en œuvre les ressources inépuisables de l'Afrique équatoriale sont un auxiliaire précieux à ce point de vue. Ils répondent en même temps à la fin intégrale de la colonisation, qui, loin d'exclure l'intérêt légitime des organes colonisateurs ou de l'opposer à l'intérêt des régions colonisées, les harmonise, au contraire, dans une synthèse supérieure où l'un et l'autre reçoivent satisfaction.

Par cela môme que l'œuvre colonisatrice à accomplir est immense, la politique de l'État n'hésite pas à accueillir avec bienveillance, sous la seule condition de se conformer aux. lois, le concours des éléments privés aussi importants que variés, qui peuvent l'aider dans sa robuste tâche. Le commerce et les missions, représentant respectivement, l'un la i)uissance des mobiles d'ordre matériel, l'autre les influences d'ordre moral, se développent sous son égide.

La progression du mouvement des importations et des exportations atteste le déve-

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loppement de la prospérité économique et commerciale.

La multiplication des stations de missionnaires des divers cultes manifeste de son côté les heureux effets de la protection accordée par TÉtat à l'expansion des influences religieuses et chrétiennes.

Ajoutons que TÉtat, gardant toujours le souvenir de ses premiers pas dans la vie, ne laisse jamais soit de favoriser, soit au besoin de prendre en main les entreprises scientifiques ayant i)our objet Taccroissement des connaissances humaines relatives au continent africain.

Observons enfin, que la politique de rÉtat, en s*efforçant loyalement de satisfaire à la scrupuleuse observation de ses obligations envers les étrangers, ne perd pas de vue les liens particuliers qui rattachent le Congo à la Belgique et la bonne mesure en laquelle il convient d'associer aux bienfaits résultant de la colonisation congolaise le pays qui contribue par excellence à cette colonisation.

Dans les efforts déployés pour résoudre les problèmes divers qu'embrasse sa mission, la i)olitique de l'État n'a pas la i^rétention

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d'être infaillible ou impeccable. Que celui qui est tel en matière coloniale lui jette la première pierre ! S'attachant, dans la mesure du possible, à prévenir et à réprimer les faits répréliensibles dans un milieu où ils ne peuvent être toujours et comi)lètement conjurés, l'État n'encourt, i3as i)lus qu'aucun autre gouvernement, la responsabilité des abus individuels.

Pour éviter les erreurs et les mécomptes, l'Etat essaie, dans la mesure où le permet la spécialité de la tâche qui lui incombe, de faire fruit de l'expérience, ancienne et moderne, des peuples colonisateurs. La colonisation anglaise et la colonisation hollandaise sont souvent ses modèles de prédilection. Il aspire à se rapprocher de ces types expérimentés, sans prétendre atteindre d'un coup leur i)erfection et sans vouloir les copier servilement.

Il ne s'entête point dans des errements reconnus défectueux et dont le redressement est réalisable.

Ne pouvant tout réformer d'un tour de main, il est souvent amené à rechercher les améliorations partielles et progressives.

Sa politique est essentiellement une œuvre

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d'expérimentation méthodique et d'adaptation pratique. Môme lorsque la science coloniale sera i)lus avancée qu'elle ne Test i)résentement, cette politique gardera sa raison d'être et conservera ses mérites.

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