Aujourd'hui chef d'escadron au 4* cuirassiers
L'AI niQUE OC' 'MENTALE FRANÇAISE.
tenant Bocher combat presque seul sur la brèche.
- se9 tirailleurs courent à lui, l'entourent et bientôt les défenseurs de Djenné se trouvent refoulés
3 un petit carrefour où ils continuent leur résistance. Ce carrefour, il faut l'enlever! Entraînée par le lieutenant Freyss, les Sénégalais s'élancont avec de Grands cris dans une ruelle qui y conduit. Mais
aillant officier s'affaisse, atteint coup sur coup
quatre blessures. Les Toucouleurs, encouragés par cette chute, essaient de reprendre l'offensive. Le lieutenant Bocher et le sergent Dethir n'ont pas de peine à maintenir leurs hommes sous le feu. Une trentaine d'entre eux parviennent à gagner le haut de ces terrasses de terre brune qui surmontent toutes les maisons de la ville. L'ennemi est délogé sur ce point. A gauche, la compagnie Lespieau s'avance à travers les rues, prenant position sur les places et poursuivant l'ennemi de ses feux de salve. Son capitaine entraine toujours ses hommes plus avant, mais en passant devant la porte d'une maison occupée par les Toucouleurs, un coup de fusil parti de l'intérieur l'étend raide mort. Malgré cela, le flot impétueux des chéchias écarlates arrive bientôt à l'extrémité du village, ayant tout refoulé devant lui. Les tirailleurs ont bien vengé leur capitaine, et maintenant, du haut des murs d'enceinte, ils ajustent leurs coups de fusil sur les sofas qui s'enfuient à travers la plaine. Les trois couleurs flottant au milieu do
L'ORGANISATION MILITAIRE
la ville. Djenné la Sainte est bien à nous, prise par les vaillants soldats noirs qui ne sont cependant à notre service que depuis quelques mois. De toutes les maisons aux lignes régulières et harmonieuses où tout à l'heure on se fusillait à bout portant, les chefs des Diavandos, des Peulhs et des marchands de Djenné accourent se jeter, hors d'haleine, aux pieds du colonel Archinard, en criant d'un air de supplication : < Arrête le combat! arrête les tirailleurs ! Rien n'est gâté dans la ville ! Tout est à vous, nous ferons ce que vous voudrez ! »
La prise de Djenné date de 1893, mais, depuis lors, nos tirailleurs sénégalais n'ont pas dégénéré et il y a peu de temps qu'ils donnaient de nouvelles preuves de leur indomptable vaillance dans les régions désertiques de l'Adrar, dans l'Ouadaï et le long de la côte marocaine. Non contents de se battre en braves, ceux qui ont fait cette dernière campagne ont montré les plus belles qualités d'énergie et d'endurance. Les vêtements chauds ayant manqué au début, ils durent, avec les légers uniformes de la zone tropicale, marcher sous une pluie glaciale et subir pendant la nuit une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro. La discipline et la cohésion sont restées irréprochables dans leurs rangs. On n'y a constaté aucun de ces cas de désertion qui ont sévi fatalement à la Légion étrangère et dans les corps indigènes d'Algérie.
L'AFRIQUE OCCIDENTALE FRA x< AISE.
Les faits d'armes particuliers abondent parmi troupes toujours prêtes à combattre jusqu à la B8t dans le Livre d'or des Tirailleurs sénégalais, dont l'unique exemplaire copié à la main d'une belle écriture d'apprenti fourrier existe à Kati. qu'on peut en trouver une suite nombreuse et pourtant incomplète, un récit bref et émouvant dans sa sobriété. Voici, par exemple, un combat acharné avec les terribles nomades Senoussistes, dans le Kanem, près du Tchad. Les tirailleurs, bouillants d'impatience, veulent donner l'assaut immédiatement. Des injures et des défis s'échangent entre les deux partis, à l'exemple des héros de Y Iliade. Un spahi du nom de Boubou Soumaré, long et maigre comme un échalas, fait pleuvoir en même temps sur ses adversaires un flot de balles et d'insultes. Malgré l'ordre de ses chefs, il refuse de revenir en arrière et continue d'offrir la cible de sa veste rouge aux fanatiques en leur criant en bambara: « Tirez tant que vous voudrez, fils de chiens, vous ne m'atteindrez jamais! » Et, en effet, comme s'il avait été protégé par un talisman, Boubou Soumaré ne fut pas atteint. L'audace du soldat noir devant l'ennemi est incroyable. Peu lui importe le nombre de ses ennemis. Lorsque Marchand fut rejoint à Fachoda par le Sirdar Kitchener, ses cent quarante tirailleurs virent débarquer de sept canonnières qui montraient une cinquantaine de pièces
L'ORGANISATION MILITAIRE
aux calibres particulièrement impressionnants deux mille hommes environ de troupes anglo-égyptiennes, superbement équipés et accompagnés d'une batterie de montagne à tir rapide. Tout ce déploiement de forces n'intimida nullement nos Sénégalais et, le soir, un vieux caporal disait à un de ses officiers: « Beaucoup bagages, pas bons soldats. Moctar Kari avec son escouade y en a tout prendre. »
Passons maintenant à la Côte d'Ivoire. Un soir, le lieutenant Haye est surpris et cerné dans son poste d'Ahuakrou par des bandes nombreuses d'indigènes qui lui livrent un furieux assaut. Il se défend avec courage, mais les munitions s'épuisent vite. Bientôt, il ne reste plus que dix cartouches par homme. Une seule chance de salut reste à tenter : adresser un courrier au lieutenant Baratier qui s'est établi avec vingt-cinq tirailleurs dans le village de Singonobo situé à huit kilomètres. Calme, dans l'ardeur du combat désespéré, le lieutenant déchire une page de son calepin, y trace quelques lignes et demande à ses soldats noirs :
« Qui veut porter cette lettre? »
Un homme se précipite, prend la dépêche, gagae la porte, et après deux pas au dehors, roule foudroyé par les balles. Haye détache une seconde feuille, écrit de nouveau et se tourne encore vers ses tirailleurs :
* Qui veut porter cette lettre? »
Le volontaire ne se fait pas attendre, s'élance avec la même audace héroïque vers la sortie, mais la dépasse à peine pour tomber mort comme le premier. Sa main crispée laisse échapper le message. L'officier la ramasse et s'écrie une troisième fois :
« Qui veut porter cette lettre?
— Moi! »
Celui qui se présente avec tant de vaillance héroïque est un solide Bambara du nom de Tankary Taraoré. Au moment d'affronter la mort presque inéluctable, il se retourne, prend ses cartouches et les tend à son lieutenant, geste sublime de soldat qui sait que les coups de fusil sont comptés et qui veut en assurer quelques-uns de plus pour le salut de ses frères d'armes! Mais Haye refuse :
« Garde-les, tu en auras besoin. »
Refusant d'obéir pour la première fois de sa vie, Tankary pose ses cartouches à terre et montre sa baïonnette :
« Ça y a bon!... ».
Puis brusquement, il ouvre la porte et d'un bond de fauve plonge dans la forêt vierge, immense, impénétrable, qui entoure le poste. Il est sauvé! Par un incroyable prodige, les balles l'ont manqué. Le voilà noyé, empêtré, errant à l'aventure, dans le sombre océan de verdure. Il s'est lancé au hasard dans une direction vaguement indiquée. Le chemin
L'ORGANISATION MILITAIRE
de Singonobo lui est inconnu. Et puis comment s'orienter dans ce gigantesque fouillis de branches, de lianes, de plantes arborescentes, d'herbes qui vous montent à la hauteur du visage? La nuit est venue, sans lune. N'importe! Tankary marche toujours. Durant sept heures et demie, il va ainsi, sans arrêt, sans défaillance, guidé par sa nature primitive d'homme de la brousse. Enfin, voici des feux qui brillent, une sentinelle qui monte sa faction, un poste... C'est Singonobo! Tankary va lui-même trouver le lieutenant Baratier qui dort devant sa case, sous les étoiles. En un clin d'œil le poste se réveille. On s'arme en hâte et l'on part sans perdre une seconde au secours de Haye qu'on a le bonheur de retrouver vivant et continuant sa résistance. Mais il était temps : il venait de tirer ses dernières cartouches.
Tankary Taraoré avait sauvé le poste, son lieutetenant, ses camarades. Quelques mois après il reçut la médaille militaire. « Comment avait-il pu se frayer un chemin dans le fourré inextricable? Comment, après avoir rampé, zigzagué, pour échapper au cercle des ennemis, avait-il pu se tirer de l'emmêlement des lianes, retrouver la direction vague qu'on lui avait indiquée? Mystère de l'instinct! Prodige d'endurance et d'audace! Prodige de dévouement1! »