LES VILLES. LA VIE COLONIALE EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE
Villes de la côte : Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Konakry. — Grand-Bassam, Bingerville, Kotonou, Porto-Xoro. — Villes de l'intérieur : Kayes, Bamako, Ségou, Djenné, Bandiagara, Tombouctou. — La vie de l'Européen en Afrique occidentale. — L'hygiène. — Les relations sociales.
Villes de la côte, villes de l'intérieur, c'est à ces deux types principaux qu'on peut ramener toutes nos cités d'Afrique occidentale. Les premières sont presque toujours l'œuvre complète, la fondation intégrale de l'Européen. Les secondes sont assez souvent des centres, des marchés de création indigène, vieux souvent de plusieurs siècles, dans lesquels nous nous sommes installés en maîtres et où nous avons apporté nos directions et nos perfectionnements.
Parmi les villes de la côte, celle où s'est affirmé avec le plus de puissance l'effort français, c'est assurément Dakar. L'aspect de cette agglomération neuve, poussée il y a peu d'années parmi les sables et les basaltes du cap Vert, développée, grandie, perfectionnée progressivement, n'a rien dans son
ensemble qui rappelle l'Afrique. Vue de la mer, Dakar décrit une ligne courbe et basse de toits rouges bordant la vague tout illuminée de soleil et tut dans le flot d'un bleu de saphir par une jetée, des môles, des bassins, des qu
ouvrages qu'offre un port moderne d'Europe.
Descendons à terre. Dès les premiers pas, nous sommes frappés par les signes évidents d'une ville en travail, d'un centre destiné à une extension toujours plus grande et qui n'a pas fini de se construire. Des charpentes se dressent un peu de tous les côtés, attendant la maçonnerie. Sur des échafaudages, des Noirs travaillent avec l'incurable lenteur de leur race, métamorphosés, eux aussi, en ouvriers européens, par leurs larges pantalons de toile, leurs blouses, leurs tricots, leurs salopettes, leurs casquettes ou leurs informes chapeaux mous. Des rues droites descendent vers nous. Prenonsen une. Nous arrivons à des boulevards plantés d'arbres que bordent des maisons peintes en rose pâle ou en ocre clair. Les plus modernes sont entourées de galeries ou précédées de vérandas. Les plus anciennes reproduisent le type des maisons de France. Si l'on n'apercevait de temps en temps audessus d'un mur le bouquet des larges feuilles indolentes d'un palmier ou d'un bananier, on pourrait lire sur le cours d'une petite ville du Midi.
La place Protêt : un quadrilatère encore mal nivelé qu'entourent de massives constructions de brique : le palais de Justice, les Secrétariats généraux, l'école. Un large emplacement vide sur un côté : là s'élevait l'église que sa solidité douteuse a fait démolir. C'est jour de musique. La fanfare de l'infanterie coloniale, en casque, les épaulettes jonquille égayant la vareuse bleu foncé, est rangée en cercle sous le traditionnel kiosque où elle passe avec maestria des pots-pourris à la mode au répertoire Wagner. Des promeneurs, des promeneuses se croisent et recroisent. Mais la plus grande partie du public s'est installée à la terrasse du café qui s'ouvre sur la place, terrasse immense multipliant ses tables sous les grands arbres. Des fonctionnaires, des commerçants, des officiers en tenue de toile blanche, des dames en toilettes élégantes dégustent tranquillement des boissons glacées. On bavarde, on potine, on flirte. Nous sommes bien loin de ce Sénégal brûlé et meurtrier auquel tant de gens continuent de croire en France et qui a laissé dans l'opinion courante une sinistre réputation.
Et les Noirs? me demandez-vous. On n'en rencontre pas autant qu'on pourrait le penser dans cette capitale de notre Afrique française. C'est qu'ils n'habitent en ville qu'en petit nombre et dans un quartier distinct. Il se tapit au bout de Dakar, tout au-
lourdes Madeleines où est établi le camp des tirailleurs. Montons la pente sablonneuse qui y mène et où nos pieds enfoncent profondément. Peu à peu, les jardinets de villas et les boutiques de commerts font place à des palissades de branchages derrière lesquelles pointent des toits ronds de chaume. Ce sont les interminables alignements de cases indigènes qui commencent.
Nous croisons de grands nègres dégingandés au crâne rasé sous la calotte de velours rouge ou de cotonnade blanche, au long corps flottant dans l'ample boubou qui vient battre leurs maigres mollets nus. Des femmes passent aussi, leur visage d'un noir d'encre encadré d'une guirlande circulaire de petites tresses luisantes, leur taille souple et on !uleuse drapée d'étoffes aux rayures voyantes. Beaucoup portent sur leurs reins, suivant l'usage immémorial de toute l'Afrique noire, un nourrisson aux yeux d'escarboucle lié par le pagne multicolore. Toute cette population montre une allure doi, paisible et un peu timide. On sent qu'elle ne demande qu'à vivre à l'écart de sa voisine, la ville française, qu'une pensée créatrice est venue bâtir là, parmi les plaines de sable où s'élevaient seules, il y a quelques années, les misérables cabanes des pêcheurs Lébous.
Quelle est cette pensée? Elle remonte au véritable créateur de la colonie, au père du Sénégal, à Fai-