L .. OCCIDENTALE FI
que fort peu de représentants dans c j il
dépérit et meurt. Cette chaussée joue dans le | le rôle d'avenue du Bois, comme dirait un Pariffl
elle conduit à l'admirable jardin d'essai de 'amayenne. Konakry est la ville des fleurs, des fruits et des feuillages. Elle est, elle-même, comme un immense jardin éclos pour le plaisir des yeux parmi les sables de la côte occidentale.
Mais le vert des arbres s'assombrit, la tempture devient plus accablante : nous somme Grand-Bassam, à la Cùte d'Ivoire. Des hercules d'ébène. frappant de rames en forme de palettes ovales l'eau irradiante, nous font franchir la barre traîtresse dans une pirogue, tout en rythmant à mivoix un refrain barbare : « Aguia, Benoulaïoho! » Étroitement resserré entre la mer et la grande lagune Ebrié, Grand-Bassam se compose à peu ; uniquement d'une longue suite de maisons de bois à un étage entourées, tout du long, d'une galerie à jour. Toutes les mêmes ou à peu près, ces construetions généralement consacrées au commerce. Autour du local d'habitation, encadrant une cour sablonneuse sillonnée de voies Decauville, se grou- ' les magasins de dépôt, les locaux pour l'épuon sommaire de l'huile de palme, les hangars : les matériaux de construction, les cases de manœuvres aux formidables musculatures qu'on appelle les Kroumen, parfois aussi des cara-
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vansérails privés pour les Dioulas (colporteurs) qui apportent sur leur tête le caoutchouc du pays de Kong. Dans la rue principale qui longe la plage, une ombre parcimonieuse tombe des longs cocotiers. Des hommes passent, barbus et chevelus de façon surprenante pour des fils de Cham, drapés à la romaine dans des pagnes bariolés. Aux deux extrémités de la ville, des villages indigènes étendent leurs cases de terre et de feuilles sèches. A l'est, des boutiques en nattes de palmier, tenues par des Noirs de race apollonienne, attendent silencieusement l'acheteur. Particularité surprenante, l'hôpital de Grand-Bassam sert en même temps de résidence au gouverneur, quand il séjourne dans la ville. C'est un souvenir du temps où les fonctions d'administrateur du cercle étaient confiées à un médecin des troupes coloniales, du temps où le terrible moustique de la fièvre jaune semait ici la désolation et la mort.
Embarquons-nous sur la lagune. Après quelques heures d'une navigation capricieuse à travers les méandres d'une eau calme que borde des deux côtés la végétation forcenée et splendide d'une forêt vierge, nous arrivons à Bingerville. Les rues y sont tirées au cordeau comme dans toute agglomération administrative. Les fonctionnaires, seuls habitants, bénéficient de maisons à véranda fort bien comprises et de jardins évocateurs de terre
promise, comme tout ce qui pousse dans ce pays à la sève inépuisable. Au sommet d'un terrain découvert qu'ombragent d'énormes fromagers, le Gouvernement domine la ville de son rectangle blanc écrasé. On y jouit d'une vue magnifique sur un horizon d'eau, de savanes, de forêts, tout une immensité verte à l'infini.
De la Côte d'Ivoire, passons au Dahomey. Kotonou, où nous débarque le paquebot, est une ville maritime et strictement européenne de conception, dont les maisons de bois silencieuses dorment sous la nappe de plomb de l'atmosphère, parmi des sables jaunes et nus que ne défend aucune ombre de verdure. On y trouve des docks, des entrepôts, des factoreries, des usines à huile de palme, des chantiers de réparation pour navires. Mais, là-bas, au bout de ce bras de la lagune qui serpente entre des marais déserts et mornes et qu'on appelle le Toché, il y a une ville infiniment plus curieuse, il y a Porto-Novo, la cité rouge que fonda, au xvn« siècle, le fils fugitif du roi Koppon. Par des rues au sol rouge, nous passons entre des habitations rouges. Tous les mêmes, ou à peu près, ces logis indigènes construits en terre de barre, c'est-à-dire en terre glaise du pays provenant de la décomposition de l'argile en oxyde de fer. Le modèle rappelle la maison antique avec son vestibule et ses pièces ouvrant toutes sur une petite cour centrale. Quelques
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maisons couvertes d'un enduit jaunâtre, surprennent par leurs dimensions importantes, leur apparence européenne et riche et le souci d'architecture qu'elles révèlent. En elles se retrouve de façon imprévue le style espagnol du xvie siècle. Elles appartiennent à des mulâtres d'origine portugaise, se disant créoles et arborant triomphalement les noms sonores ou illustres d'Almeïda, d'Assomption, d'Albuquerque, de da Silva, de Souza.
Près des factoreries,, e sol se défonce et se creuse profondément en longues entailles sinueuses. Il y a des rues qui sont de véritables ravines. Heureusement, l'Européen qui visite Porto-Novo ne va ni à pied ni à cheval. Le mode de locomotion de ce pays où le cheval, non plus que le bétail, ne peut vivre longtemps, c'est le hamac suspendu à une tige de palmier et porté sur la tête par deux vigoureux gaillards aux jarrets d'acier qu'on dénomme « hamacaires ». Le terrain sur lequel s'ouvrent les maisons de commerce est un peu moins capricieux. Ces maisons sont françaises, anglaises, allemandes, celles-ci étalant à leur devanture un nombre considérable de portraits du Kaiser. Puis, nos hamacaires vont nous montrer le palais de Bécon où habite le fils du roi Tofa, Adjiki, aujourd'hui déchu du titre royal et portant seulement celui de chef. Traversons ensuite le marché : un fourmillement inouï d'hommes, de femmes et d'enfants qui achètent,
L'AFRIQUE OCCIDENTALE FRAM ..'
mais surtout qui vendent, car, par un surprenant
phénomène, les vendeurs, sur tous I d'Afrique occidentale, sont toujours plus nombreux que les acheteurs. Marchands et marchandes sont installés en plein soleil ou à l'abri d'auvents. Ils vendent de tout, depuis la boulette de haricots piles dont les indigènes sont si friands, jusqu'à des petits personnages de cuivre et des gris-gris contre toutes les calamités.
Maintenant quittons la côte et allons jeter un coup d'œil rapide aux principales villes de l'intérieur. Nous avons dit que celles-ci étaient souvent des créations indigènes. Cependant, Kayes est une fondation française rendue nécessaire par sa position sur le Sénégal. C'est en effet là le point -xtrême où peuvent remonter les navires pendant la saison des hautes eaux. Frappé de son importance, le général Borgnis-Desbordes a commencé d'y bâtir Kayes en 1881. Depuis, la ville est devenue la tête de ligne du chemin de fer du Sénégal au Niger et elle va acquérir encore plus d'importance, après l'achèvement de la ligne qui doit la mettre en munication avec Thiès, c'est-à-dire avec Dakar. Ancienne capitale du Soudan français, Kayes comprend deux parties distinctes et nettement séparées l'une de l'autre. L'une constitue le groupe administratif où se trouvent la résidence, l'administration du chemin de fer, l'hôpital, les différents
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services, agglomération de belles constructions de Te et de brique au sein de laquelle on ne rencontre guère que des fonctionnaires appelés par leurs occupations journalières. L'autre, c'est la ville commerçante, le marché, le port. Là, entre des maisons de pierre bâties pour la plupart sur le modèle par trop inadapté des premières constructions sénégalaises et aujourd'hui abandonné, là, les marchandises s'entassent et font d'incessants voyages de la gare au fleuve; une foule affairée, où le Noir côtoie le Blanc, vend, achète, transporte, emmagasine; des ventes aux enchères se poursuivent en pleine rue. C'est l'activité d'un centre de transit, de la grande escale entre la fertile vallée du Niger et Saint-Louis, Dakar, la France, le monde entier.
C'est au profit de Bamako que Kayes a été décapitalisée. La nouvelle résidence du Gouvernement occupe une position admirable dans la vallée du Niger auprès duquel elle est bâtie. C'est également Borgnis-Desbordes qui a fondé aux abords d'un gros village bambara et d'un important marché indigène, la ville neuve et européenne de Bamako. La séparation de celle-ci en deux quartiers est encore bien plus nette qu'à Kayes. En cet endroit, une ligne de hauts plateaux s'élève au-dessus de pentes assez abruptes, couvertes d'éboulis de roches et de buissons d'ajoncs, de kinkilibas et de
foug la forme une sorte de capricieuse et
chanj :;iuraille où les tons de rouille de la
terre et le gris brillant du granit se tachent çà et là et se couronnent des teintes foncées de la verdure. Suivant une méthode employée par les An- - dans leurs colonies, on a laissé s'installer tout naturellement en bas, au milieu des cases bambaras, en contact constant avec les indigènes et leurs marchés, les maisons de commerce, les magasins, les services d'exploitation du chemin de fer, l'hôtel, le cercle. Il en résulte une physionomie curieusement disparate. Le long des avenues droites de Bamako, où ces arbres étranges qu'on appelle les dioubalés laissent pendre leurs longues chevelures fauves, on rencontre tour à tour des murs gris de banco, limitant des groupes de cases indigènes et des constructions européennes avec toit de tuiles, galerie circulaire et escalier extérieur.
En haut, sur le plateau qui domine la vallée, c'est la ville administrative, tout un ensemble symétriquement ordonné de constructions rectangulaires exécuté par le génie militaire. Il faut reconnaître à celui-ci le mérite difficile d'avoir su s'arracher à la hantise du modèle général et d'avoir, à l'occasion, fait preuve de goût et d'heureuses réminiscences architecturales, notamment dans le palais du gou- .<;ur. Cette massive construction de granit gris bleuté, avec ses colonnettes et ses arcs de fenêtres
GUERRIERS TOUARKG. LKS TOUAREG PASSENT DANS LE PAYS POUR DESCENDUE DES CROISÉS. II- KSI CERTAIN QUB DANS LEUR ALLURE ET LEUR EQUIPEMENT ON RETROUVE QUELQUE CHOSE DU GUER- RIER DU MOYEN AGE.
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à l'orientale, n'est pas sans caractère monumental, vue sur un fond de couchant rouge et or. Tout autour d'elle, en avant, en arrière, se groupent les vastes bâtiments réservés aux différents services et les petites maisons affectées par la colonie à tous les fonctionnaires de sa capitale, de l'administrateur en chef au simple commis. Tous ces cubes de maçonnerie à terrasse, de proportions variables, dispersées sur le fond vert des herbes hautes et des buissons, font songer au désordre de villas hâtivement construites sur un modèle uniforme, dans quelque localité de villégiature débutante. Ce phalanstère administratif a nom Koulouba. Chaque soir, la route en lacets qui permet d'y grimper sans trop de peine, se remplit de breacks, de phaétons, de cavaliers tout de blanc vêtus. Ce sont les habitants du plate.iu qui descendent vers la ville basse un peu las de se trouver toujours entre eux et se plaignant parfois de leur hauteur qui les éloigne du rivage.
Si nous descendons le cours du Niger, les villes que nous trouverons sur notre chemin sont toutes d'antiques cités élevées, à des époques différentes et souvent assez vaguement déterminées, par des populations migratrices venues de l'est ou de l'ouest et notamment par les Sonraïs probablement originaires de l'Arabie et par les Marocains dont les premières invasions datent du xvie siècle. Ces villes
mm&ndeaf par la grande i i ai nous trouvons d'un genre o[ même d'un véritable style d. : tur. ■ banco, cette boue difficile à 6
aux lignes ordinairement empâtées et informes, que nous avons vue si grossièrement employée partout ailleurs, va se modeler, s'égaliser, donner des formes uréom 'triques et construire des maisons, parfois même des édifices où l'on rencontre des lignes harmonieuses et une recherche de décoration. Arrêtons-nous par exemple à Ségou, l'ancien repaire d'Ahmadou, dont la prise demanda tant de valeur et d'élan à nos troupes. Toutes les cases importantes de la ville sont bâties d'après un modèle uniforme. Des pyramides quadrangulaires s'élèvent audessus de la porte d'entrée, des pilastres en forme de troues de pyramide l'encadrent. Les lignes sont droites et symétriques. L'ensemble suggère un venir lointain et confus de la vieille Egypte des Pharaons. A Bandiagara, les formes d'architecture sont à peu près les mêmes, mais la décoration joue un plus grand rôle, les constructions plus monumentales donnent encore mieux une impression de grandeur barbare.
Mais e'est surtout à Djenné qu'il triomphe, ce style mystérieux, à Djenné, la ville sainte des marabouts et des lettrés, la cité d'aspect oriental, si impressionnante et si belle sur le plateau qui l'élève
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à la façon d'un piédestal au milieu de la plaine couverte d'ajoncs que les eaux couvrent pendant plus de six mois. Dès l'arrivée, on s'émerveille de l'heureux groupement de ces formes rectangulaires couleur d'ocre, de ces mille cônes et pyramides sYi\geant en bordure le long des terrasses et pointant de tous côtés dans l'immuable azur. La maison de Djenné ne ressemble à aucune autre avec sa façade de rez-de-chaussée en auvent rappelant de tous points la cheminée monumentale de nos châteaux, son premier étage à colonnettes et la rangée de dents brunes qui couronne son toit. Elle étonne encore par la solidité de sa construction, la structure ingénieuse de ses plafonds et on s'étonne bien davantage, quand on sait qu'elle a été édifiée par des maçons formant depuis des siècles à Djenné une corporation des plus étroitement unies et réglementées qu'on appelle les bari et qui, pour tout instrument de travail, ne se servent que de leurs mains. Djenné est un peu déchue aujourd'hui de son ancienne splendeur. Son marché qui autrefois emplissait les rues de la ville tout entière se tient sur une place devant la grande mosquée. Là, entre les calebasses des vendeuses, passent lentement des hommes tout vêtus de blanc, à la figure fine et garnie dans le bas d'une courte barbe, au nez légèrement busqué, aux mouvements pleins d'harmonie et de noblesse. Leur teint est beaucoup moins foncé
que celui de tous les autres Noirs. Ce sont les Peuhls. race venue d'Egypte ou d'Asie Mineur. t qui fournit aujourd'hui comme autrefois les premiers pasteurs du monde. Voici, auprès du Peuhl, lier de traits, lui aussi, mais plus foncé de teint, le Sonraï. Et les femmes ne manquent, elles non plus, ni de grâce ni de beauté, avec leur démarche souple, leur port en arrière, leur cou mince, leurs lèvres bien ourlées et leurs chev ramenés sur la tête de façon à former trois boules symétriquement disposées, du front à l'occiput.
Enfin, nous voici à Tombouctou, la perle du Soudan, la ville à qui reste accolée pour longtemps encore l'épithète de « mystérieuse ». Cette épithète demeure vraie dans un certain sens, car si la pénétration dans la vieille cité des Sonraïs et des Marocains est aujourd'hui aisée, la vie intime des habitants, leur intérieur se dérobent jalousement, par principe, aux regards étrangers. La ville se présente sous la forme d'une longue île de maisons en banco gris-brun à un étage, surgissant tout à coup au milieu des plaines semi-désertiques. Deux édifices dominent les terrasses carrées : ce sont les mosquées de Djingerer-Bey et de Sankoré, toutes deux surmontées d'une sorte de pyramide aux arêtes confuses et qui croulerait sans doute, vu le peu de solidité de sa substance, si elle n'était retenue par tout un système de tiges de bois sur
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lesquelles reste posée jour et nuit une nombreuse tribu de cigognes noires et blanches. Que le muezzin appelle là-haut pour la prière et un immense vol aux lourdes ailes s'épandra soudain à travers la ville, jusqu'à ce que le silence ramène de nouveau les fugitives.
Tombouctou, dont l'aspect demeura morne et désert dans les premiers temps qui suivirent la conquête, est aujourd'hui pleine d'animation et de mouvement. Allons faire un tour à l'un des deux marchés de la ville toujours regorgeant de foule, même aux heures brûlantes où le soleil est au zénith. Imaginez un immense quadrilatère entouré de hautes cases massives et brunes aux lignes rectangulaires dans lesquelles on débite à une foule d'acheteurs des denrées, des étoffes, des produits de toutes sortes. Le Sonraï au visage fin et rusé, toujours plus ou moins marchand ou commissionnaire en marchandises, coudoie le Targui à la noble et svelte désinvolture dont les yeux brillent au-dessus du voile bleu dit litham qui masque ses traits. Le Berabich au nez busqué, au type sémite, se croise avec le Maure à la chevelure embroussaillée, avec le Kounta aux yeux ardents d'oiseau de proie, le Daga à la lisse chevelure d'un noir bleu et le Bambara aux membres solides, à la peau d'un noir brillant. Les dames de Tombouctou, en \êtements bleus, les cheveux réunis en grosses
L'AFRIQUE OCi MENTALE FRANÇAISE.
tresses qui i .: aut„llr (le J(,ur ^ . ^ ^^
de serpents, caquettent à qui mieux mieux avec les Tous ces peuples semblent avoir ou- 5 leurs guerres et leurs querelles et être heuv de se retrouver pêle-mêle dans la vieille ville fameuse. De longues files de chameaux arrivent apportant le .sel de Taoud,mt. Mainte»** que la qmllité régne dans les régions environnantes pacifiées par nos troupes, Tomboucfou est rede- Tenue ce qu'elle était jadis : le grand marché du '.'an.
Telles sont, trop rapidement parcourues et esquissëes.les principales villes de notre Afrique occidentale. Comment l'Européen y vit-il? L'hycriène doit être une des principales règles de sa conduite. Elle se réduit à deux prescriptions principales : la moustiquaire à l'intérieur, le casque à l'extérieur. En r86 le chevalier de Boufflers, qui portait ,oujour, un « ?rand chapeau rond couvert de papier ». disait déjà a an de se., jeunes oflîciers coupable de quelque peccadille : . Monsieur, quoique j'aie à vous laver la tête, ,e vous prie de mettre votre chapeau. , Le niai fera aussi sagement en évitant les excès d alcool. Ce sont eux qui engendrent le plus souvent ces troubles cérébraux connus sous le nom de sénéyalite ou de soudanite, sorte de neurasthénie afncamc, où les mœurs et le caractère du malade ont certainement plus de part que le soleil.
LA VIE COLONIALE
Le Français vit en Afrique occidentale d'une vie large, facile et qui n'est pas sans douceur. Si sa maison n'est pas toujours confortable, il sait en tirer le parti le plus pratique et l'aménager de la façon la plus riante. Le plus souvent, il l'entoure d'un jardin où il fait pousser de belles fleurs et auquel il demande des fruits et des légumes. Ses heures de loisir sont nombreuses; un des meilleurs moyens de tromper l'ennui et de se tenir en bonne santé, c'est de les consacrer au sport. Ainsi font presque toujours le fonctionnaire, le commerçant, le colon. Le Français d'Afrique occidentale est un cavalier intrépide, un chasseur parfois audacieux qui s'attaque aux éléphants et aux fauves. Il s'adonne également aux joies moins périlleuses du tennis qui ont l'avantage de favoriser les réunions et de créer des rapports cordiaux. Ces rapports entre Blancs, les cercles, qui existent dans presque toutes les villes, les assurent avec beaucoup d'agrément et de gaîté.
Et puis, il y a la popote où l'on mange ensemble, les invitations qui s'échangent sans cesse et aussi dans les régions où l'on trouve des chevaux, les courses qui obtiennent le plus grand succès. On donne périodiquement à Dakar, à Rufisque, à Kayes, à Bamako, à Tombouctou, des réunions sur le turf qui, sans faire oublier celles de nos champs de courses parisiens, donnent au pays beaucoup d'animation et de vie. Et ne croyez pas que le jockey
sénégalais ne sache pas porter aussi crânement qu'un vainqueur de Longcharap la toque et la casaque aux couleurs du propriétaire. La vie africaine a donc ses fêtes pour les Blancs comme pour les Noirs. Quoi qu'on en ait pu dire, le colonial est un être éminemment sociable. En général, il sait aussi traiter l'indigène avec bienveillance et avec justice et obtenir de lui, sans inutiles violences, la considération et le respect qui sont nécessaires aux peuples colonisateurs pour accomplir leur œuvre de progrès.
Par cette autorité morale plus encore que par la force, nous restons les maîtres incontestés des immenses régions de notre Afrique occidentale, de cet empire dont nous venons de montrer trop rapidement quelques-uns des aspects si variés et qui faisait dire, de façon prophétique, à l'un des premiers qui ont prévu son développement, à M. Onésime Reclus : « Longtemps, on nous a jeté le nom du Sénégal à la face. Mais ce vieux témoin de notre impuissance en Afrique, ce pays décrié, fournaise et marais, est à la veille de s'étendre au loin vers l'Orient. Hier pauvre comptoir, il sera demain vaste empire. Après l'Algérie, nous n'avons rien qui soit aussi digne de la France. »