‹ L'Afrique occidentale françaiseChapitre 19 sur 34 · LES TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX PUBLICS

vagues la plus périlleuse. Où est le temps où les maisons de commerce étaient obligées d'entretenir à grands frais des équipes de Kroumens ou de Minas qui, dans des pirogues spécialement construites à cet effet, allaient à bord des navires chercher la cargaison à débarquer et, parleur adresse audacieuse, leur faisaient passer la barre? Ils se montraient d'une habilité prodigieuse, ces Noirs, et pourtant que de pertes souvent considérables, sans compter les accidents parfois mortels de personnes, l'horreur des engloutissements subits à quelques mètres de la plage devant lesquels on ne pouvait que demeurer impuissant ! Si terriblement irrésistible se déchaînait la force du flot effondré en impétueuses masses d'écume que les paquebots, en mouillant devant Grand-Bassam, devaient se contenter de déposer les passagers à destination de la côte à bord d'une vieille goélette solidement ancrée au milieu des vagues, sorte de ponton qui assurait un asile aux voyageurs en détresse, jusqu'au jour où la barre, en calmant un peu sa colère, consentait à se laisser franchir. Cette singulière quarantaine se prolongeait quelquefois près d'une semaine. Il arrivait que la goélette attendit ce temps pour être ravitaillée et que la famine régnât à son bord, à quelques encablures seulement d'une ville importante.

La construction de wharfs a heureusement mis

fin à ces difficultés et à ces mésaventures. Mais toutefois l'appontement ne peut aller suffisamment loin en mer pour que les navires y viennent accoster. Il ne serait, d'ailleurs, pas assez solide pour que la houle énorme produite par la barre permit de les y amarrer. Les paquebots jettent l'ancre à deux ou trois cents mètres du wharf et de grandes pirogues, où de solides Noirs se démènent à petits coups pressés de rames à palette, viennent chercher les colis à bord et les transportent à l'extrémité de l'appontement de métal rouge où des grues les enlèvent et les déposent sur le tablier. Là, des wagonnets les prennent et glissant sur une voie Decauville, les évacuent rapidement dans les magasins.

Ce même obstacle d'une barre se retrouve à l'estuaire du Sénégal, devant Saint-Louis. Ici, il ne saurait être question de wharf, mais un ingénieur, If. Bouquet de la Grye, a démontré qu'on pouvait obtenir une amélioration par d'autres moyens et des fonds ont été réservés à fin de travaux préparatoires. Malgré les progrès réalisés, Saint-Louis, Grand-Bassam, Kotonouetmême Konakry ne seront jamais accessibles qu'aux navires moyens. Ces villes ne constitueront jamais que des centres de transit, des entrepôts. L'unique grand port d'Afrique occidentale, c'est Dakar où les gros bâtiments peuvent aborder à quai et où de vastes terre-pleins

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