‹ L'Afrique occidentale françaiseChapitre 26 sur 34 · L'ÉLEVAGE · texte numérisé non relu

L'ÉLEVAGE

pour le compte d'une société anonyme française.

J'ai eu le plaisir d'être admirablement reçu par lui dans ce qu'il appelle très justement sa ferme, car les bâtiments de sa concession évoquent de façon saisissante quelque maison des champs en Beauce ou en Normandie. Des arbres entourent la cour carrée sur laquelle s'ouvrent la maison d'habitation, des étables, une scierie à ruban, des hangars. Par-dessus une clôture, des autruches mon. trent leur tête curieuse. Des bœufs reviennent du labour, petits, noirs, solides, tirant à six sur la charrue. Tête énergique et mâle sous son grand chapeau de feutre, front têtu, corps solide et résistant, âme vaillante et esprit plein d'initiative, M. Poirrey est depuis dix-huit ans dans le pays où il se porte à merveille. C'est en 1904 qu'il s'est installé à Yri-Kiri où il a rencontré d'abord d'énormes difficultés. Il m'énumère ses richesses.

« Nous avons ici, me dit-il, plus de 200 hectares de rizières en plein rapport donnant de 1 000 à 1 200 kilogrammes de riz à l'hectare qui sont toujours vendus sur place. On y fait également du caoutchouc exotique de divers âges et de diverses catégories, ceara, castiloa, fontumia, etc. : cent mille pieds environ. Nous cultivons le mil, le maïs, l'arachide, le coton, l'ananas, les arbres fruitiers. Quatre-vingts manœuvres noirs travaillent pour nous et ont leur village à eux. Nous avons cinquante

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bœufs, une centaine de porcs. Vous verrez ici des moissonneuses, des faucheuses, des batteuses. Ah! l'on se donne du mal, je vous jure, mais nous espérons bien réussir. »

D'autres Français ont imité l'exemple de M. Poirrey. M. Mourot a fondé à Mopti, sur le Niger, un centre important de cultures qu'il a baptisé Charlotville, du nom d'un de ses fils, un petit mulâtre, car, entre autres originalités, M. Mourot a celle d'avoir six femmes noires et une quinzaine d'enfants. Charlotville est riant et déborde d'activité au moment des récoltes. La maison d'habitation en banco dominant le fleuve du haut d'une terrasse représente un confortable rare dans ces régions. M. Mourot fait avec succès du coton, du riz, du mil, des légumes.

« Savez-vous, me dit-il, de quoi je suis le plus fier, c'est tout simplement de mes pommes de terre, une rareté et un régal par ici, comme vous avez déjà pu le voir. J'en ai récolté dix tonnes en 1909. Ça vous parait un chiffre modeste? Si vous saviez ce qu'il m'a fallu d'efforts pour y arriver! »

Je pourrais citer d'autres noms de vaillants colons : M. Bergeron à Koulikoro, M. Colonna à Bohima, M. Putz à Dakar, cultivent tous les produits du pays et aussi tous les fruits et tous les légumes d'Europe. On trouve là des greffes savantes, des plants superbes, des systèmes d'irrigation pleins

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