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CHAPITRE VII

Mon arrivée chez les cannibales. — Leurs lances, leurs arcs, leurs haches de combat, — On me prend pour un esprit, — Le roi tremble à mon aspect. — Je lui présente un miroir. — Sa surprise.

Nous touchions enfin au pays des Fans. Nous avions passé devant les villages des Mbichos, et nous marchions vers ceux des anthropophages.

Je me rappelle bien le premier village fan qui s’offrit à nous : il était situé sur le sommet d’une haute montagne. Une vive émotion agitait les habitants. Ils nous avaient vus venir de loin par le chemin frayé d’une plantation; car les arbres qui entouraient la montagne avaient élé jetés bas pour en éclairer les approches. Les hommes étaient armés jusqu'aux dents sur notre passage, et je ne savais si l’on n'allait pas nous cribler de javelines et de flèches empoisonnées, el nous massacrer sur place. Rien de plus terrible que ces javelines barbelées dont se servent les cannibales. Chaque guerrier en tenait plusieurs à la main, et portait de l’autre un bouclier de peau d’éléphant. J'aperçus aussi des individus armés d'énormes couteaux, d'horribles haches de combat, ou d'arcs et de flèches empoisonnées.

Des cris de surprise, qui ressemblaient fort à des cris de guerre, accueillirent mon apparition. J'avoue que je n’élais pas fort à mon

aise. Que ces hommes me parurent sauvages et féroces! Ils étaient

aussi peu vêtus que possible; quand ils criaient, ils montraient des dents limées en pointe et noircies; leur bouche ouverte (idée lugubre!) me faisait l'effet d’une tombe béante ; combien de créatures humaines chacun de ces hommes n'avait-il pas englouties!

Et les femmes ! quelles laides créatures, tatouées comme elles l'étaient par tout le corps, et presque nues! elles se réfugiaient avec leurs enfants au fond de leurs cabanes, à mesure que j'avançais dans la rue, où je voyais çà et là des ossements épars ; oui, des ossements humains, restes des corps dévorés par les habitants ! Tels sont les souvenirs que j'ai gardés de ma première entrée dans un village de cannibales.

Ce village était solidement fortifié par des palissades, sur lesquelles étaient plantés des crânes d'hommes et de gorilles. Il n'avait qu’une seule rue, d’un tiers de mille de longueur environ, et bordée d’une double rangée de petites cabanes, bâties en écorce d'arbre.

J'étais à peine dans le village que j'aperçus des traces de sang, qui me parurent être du sang humain. Nous passâmes à côté d’une femme qui courait de toutes ses forces vers sa cabane : elle tenait à la main un morceau de cuisse humaine, absolument comme nos ménagères rapporteraient du marché un gigot ou une côtelette.

Le village était très-grand ; nous arrivâmes enfin à la maison de palabre, ou maison commune, où je restai quelques instants seul avec Mbéné. J'entendis de là un grand bruit de voix qui partait de derrière les maisons voisines. Quelqu'un me dit qu'on élait occupé à se partager le corps d’un homme mort, et qu'il n'y

en avait pas assez pour tout le monde; de là venait la dispute.

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