‹ L'Afrique occidentaleChapitre 16 sur 64 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Voyage à Yoongoolapay. — Chasse aux filets, — Les terribles fourmis bashikouais,

En revenant du pays des cannibales vers le littoral, je me trouvai dans un grand embarras. J'avais pris, au retour, un chemin tout différent de celui que j'avais suivi précédemment. Mbéné et ses hommes me laissèrent sur les bords d’une rivière qu'on appelle Noya, près d'un village dont le chef se nommait Wanga. De là, je poursuivis ma route dans la direction du village de Yoongoolapay, qui avait pour chef un nommé Alapay. Mais, avant d'atteindre ce point, nous arrivämes un soir au village d'Ezongo. Les habitants, à la vue de nos pesants bagages ; nous accueillirent avec des transports d'enthousiasme. Cette belle humeur se refroidit pourtant quelque peu, lorsqu'ils surent que mes caisses ne contenaient guère que des collections d'histoire naturelle. Leur coquin de chef, supposant naturellement que j'attachais beaucoup de prix à des objets que j'étais venu chercher si loin, prit le parti de m'arrèter au passage jusqu à ce que je lui eusse payé une forte rançon. Ma situation devenait assez difficile; le roi excitait contre moi ses sujets, un vrai ramassis de vauriens, et les poussait à m'imposer des sacrifices qui m'auraient laissé sans ressources.

A la fin, mes guides Mbichos, arrivant de la Noya, s’entremi-

rent pour arranger celle affaire. Is eurent l’habileté d'amener le roi à une entrevue secrète avec moi. Quand je tins mon drôle tète à tête, je lui fis présent d'un habit et d’une vieille chemise, en lui disant, ce qui n'était que trop vrai, que j'étais pauvre, et que je ne pouvais donner à ses sujets ce qu'ils me demandaient. Après ce colloque, le roi, gagné par de si beaux cadeaux, sortit de ma cabane pour aller haranguer et mettre à-la raison cette turbulente et avide canaille. )

C'est ainsi que je pus arriver sain et sauf dans le village du vieux roi Alapay, une de mes anciennes connaissances, qui eut grand plaisir à me revoir. Il me pria de m'arrêter chez lui quelques jours, et, comme J'étais réellement épuisé de fatigue, assiégé d'inquiétudes et d'ennuis, j'acceplai sa proposition. Son village est dans une situation charmante, sur le haut d’une colline qui domine tout le pays environnant et dont le pied est baigné par un joli ruisseau. Les habitants me parurent doux, paisibles et hospitaliers.

Un grand nombre de villages mbichos, indépendants les uns des autres, sont répandus çà et là dans la vallée, sur une étendue de plusieurs milles. Ces diverses populations vivent en bonne harmonie et se marient entre elles, de manière à ne former eu quelque sorte qu'une grande famille. Je fus le bienvenu dans ce voisinage, et Je pris part à des parties de chasse fort agréables, surtout à celle que l’on appelle askeza, ou chasse aux filets, divertissement fort commun chez les Bakalais, où il prend le nom d’askinga.

C'est une chasse très-en faveur dans cette partie de l'Afrique ; elle est presque toujours heureuse et sert à faire ressortir les qualités particulières des indigènes. J'étais moi-même passionné

pour cet exercice.

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