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CHASSE AUX FILETS

Les filets sont, en général, fabriqués avec les fibres de l'écorce d'une certaine espèce d'arbres, que l’on rassemble et que l'on tresse de manière à en former de grosses cordes; ces filets de soixante à quatre-vingts pieds de long, sont disposés sur une hauteur de quatre à cinq pieds, et chaque village en possède au moins un. Mais, comme il y a peu de villages qui aient assez de filets pour couvrir une vaste étendue, il arrive ordinairement que plusieurs d'entre eux se réunissent pour une grande chasse, à frais communs ; dans ce cas, le gibier pris dans chaque filet est partagé egalement entre tous les associés.

Le premier jour de notre expédition, les chasseurs d'une demidouzaine de villages se rassemblèrent au rendez-vous convenu, porlant chacun leurs filets. Nous nous mimes aussitôt en route pour une clairière située à dix mille de là, au milieu des bois, endroit déjà éprouvé comme un excellent terrain de chasse. Nous cheminions en silence, pour ne pas donner l'éveil aux animaux qui se trouveraient dans le voisinage. Les chiens — car on se sert de chiens pour celle sorte de chasse — étaient tenus en laisse et surveillés de près.

A la fin, nous arrivâmes sur le terrain, et l’on se mit à tendre les toiles. Chaque troupe dressa son filet, en l’attachant par des lianes flexibles aux branches les plus basses des arbres. Comme tous les filets élaient disposés dans le mème sens, et que chacun d'eux joignait celui du voisin, on eut bientôt formé une large enceinte en forme de demi-cercle d'au moins un demi-mille de long. ,

Cela fait, une troupe de chasseurs vint s'embusquer de chaque côté de l'enceinte, pour ne laisser échapper aucune pièce de g1-

bier; les autres allèrent battre le bois. Nous nons écartâmes

Jusqu'à un mille à peu près du filet, et nous nous postâmes à cinquante pas les uns des autres. Puis, criant de toutes nos forces et faisant le plus de bruit que nous pouvions, nous revinmes sur nos pas, le fusil ou la lance en main, prê{s à tirer ou à fondre sur l'animal, quel qu'il fût, qui se trouverait sur notre passage.

Quoique l'emplacement choisi eût servi bien souvent pour cette espèce de chasse, et que, par conséquent, le terrain fût bien plus déblayé que tout le reste du bois, nous ne pouvions cependant avancer que pas à pas. Presque tous les indigènes portaient, outre leur fusil, un gros coutelas ou,une serpe, pour s'ouvrir un passage à travers les lianes et les plantes grimpantes, inextricables fouillis, où les bêtes de la forêt pouvaient seules se frayer une route.

Pendant que nous avancions, les hommes qui formaient les flancs de la troupe en faisaient autant, de manière à resserrer le cercle autour du gibier effarouché, et nous continuâmes à pousser de grands cris, mais sans rien voir. Je tenais cependant mon fusil tout prêt, en priant mes voisins les nègres de ne pas tirer sur moi par mégarde, car la peur les rend quelquefois très-maladroits à la chasse.

On avait lâché les chiens, et nous nous trouvâämes bientôt en vue des filets. Une gazelle y était prise; c'était un animal d'une toute petite espèce, que l’on appelle nchéri, charmante petite bête, dont on aurait fait volontiers un bichon de boudoir, quoique je n’aie jamais vu de gazelle apprivoisée. Une grande antilope, réduite aux ahois, venait d'être tuée lorsque j'arrivai. Une autre antilope, sur laquelle on avait tiré et que l’on avait man-

quée, était venue s’embarrasser dans les filets.

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