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CHAPITRE PREMIER

Arrivée à la côte. — Un roi du pays et son palais. — Danses et idolâtrie.

Vers l’année 1850, un navire à trois mâts m'emporta vers un pays sauvage, sur la côte occidentale de l'Afrique, dans le voisinage de l'équateur.

Oui, c'était un pays bien sauvage.

Dès que nous fûmes en vue de la terre, qui se montrait de loin couverte de forêts, plusieurs canots se délachèrent du rivage pour venir à notre rencontre ; à mesure que nous avancions, nous pouvions distinguer sur la plage une foule d'habitants

allirés par la merveilleuse apparition d'un bâtiment de grande

dimension.

Les canots s'approchèrent de nous en grand nombre ; que!ques-uns étaient si petits qu'ils nous faisaient l'effet de coquilles de noix. 11 y avait à leur bord des hommes qui se servaient de leurs pieds en guise de rames; à terre, nous en vimes un autre qui portait son canot sur son épaule.

A la fin, les naturels nous abordèrent. Les drôles de gens ! Je ne pouvais les distinguer les uns des autres; ils me semblaient tous pareils.

Et quelle singulière façon de s’habiller ! Vous auriez ri de les

voir, les uns n'ayant sur eux qu'un vieil habit, les autres qu'une

vieille paire de culottes, défroque empruntée à quelque matelot, ceux-ci ne portant ni habit ni chemise, ceux-là ne laissant voir qu'une chemise en lambeaux; quelques-uns enfin parés pour tout costume d’un vieux chapeau. Inutile de dire que personne n'avait de chaussure.

Quels cris, quelles vociférations, quand ils entourèrent notre bâtiment ! Ils pouvaient bien se comprendre entre eux, mais personne à bord ne les comprenait. Ils faisaient tant de vacarme que je crus un instant que j'en deviendrais sourd.

Un de ces hommes avait une poule à nous vendre; un autre apportait un œuf ou deux ; un autre enfin, un bouquet (ou régime) de bananes.

Notre capitaine connaissait la côte, pour avoir fait longtemps du commerce avec les Africains ; mais il n'était jamais venu dans l'endroit même où nous nous trouvions.

Le navire jeta l'ancre à peu de distance de la rivière appelée Benito.

Je quittai le bâtiment avec quelques autres passagers. A peine débarqué, je me #is entouré par des groupes d'indigènes d’une mine si farouche et si sauvage, que je me figurai d'abord qu'ils allaient me tuer.

Il m'emmenèrent dans un village situé à quelque distance de la mer, et caché derrière un rideau de grands arbres ; une prairie s’étendait de l’autre côté.

Je me rappellerai toujours ce village ; c'est le premier que j’ai vu en Afrique ; il ne ressemblait pas à ceux que l’on construit dans l'Afrique orientale.

Et d’abord, n'allez pas croire qu'il s'agisse de bâtiments en

pierre ou en bois. Non; ces peuples grossiers habitent dans de

ARRIVÉE A LA COTE. 5 singulières ‘pelites cabanes, dont les murs faits d'écorces d'arbres n'ont guère plus de quatre ou cinq pieds de haut. Le sommet du Loit s'élève tout au plus à sept ou huit pieds du sol. Ces huttes peuvent avoir dix ou douze pieds de long sur sept ou huit de large. Point de fenêtres; les portes sont basses et étroites. Les indigènes me conduisirent à l’une de ces maisons, et me dirent qu'ils me la donnaient ; ils entendaient par là que ce serait ma demeure aussi longtemps que je resterais parmi eux. Celte maison appartenait au fils du roi.

J'y entrai done ; mais où aurais-je pu m'asseoir ?

Je ne voyais pas un siége.

« Patience, me dis-je ; ces gens-là n'out probablement Jamais vu de chaise dans leur vie. » Il faisait si obscur que d’abord je ne pus rien distinguer. Peu à peu je finis par apercevoir le mobilier qui garnissait les lieux ; c'était çà et là quelques calebasses pour mettre de l’eau, et deux ou trois ustensiles de cuisine ; il y avait aussi quelques méchautes piques, une hache et de grands coutelas de sinistre apparence qui auraient pu, d'un seul coup, trancher la tête d’un homme. Je cherchai un lit; mais je n'ai pas besoin de vous dire qu'il n’y en avait pas. Ce qui en tenait lieu, c'était une rangée de petits bâtons. L'aspect de ce logis me lit frissonner ; l’idée me vint des serpents, des scorpions et des mille-pattes, dont ce réduit sombre semblait être le séjour naturel. Je fus interrompu dans mes pensées par l’arrivée du fils du roi. Si je m'en souviens bien, il se nommait Andèké. 1] me dit que le roi son père était prêt à me recevoir.

Une audience royale !

C'était là une grande nouvelle : il fallait m'habiller.

Mais comment ?

Pas une cuvette d'eau pour me débarbouiller ! D'ailleurs j'avais oublié mon savon.

Par bonheur Je n'avais pas encore de barbe ; comment auraisje fait pour me raser ?

Bref, je pris mon parti, et j'allai résolûment me présenter à Sa Majesté, tel que j'étais.

Comme le soleil était très-ardent, j'emportai mon ombrelle; la population ébahie m'escorta jusqu’à la place du palais.

Que supposez-vous que soit un palais dans le royaume de Benilo ? Cet édifice était bâti tout simplement avec les mêmes matéraux (l'écorce d'arbre) que les autres maisons dont je vous ai fait la description ; seulement elle était presque deux fois plus grande.

En entrant, je m’avançai directement vers le roi, qui était assis sur un escabeau : un autre escabeau vide était à côté de lui.

Je dois dire que Apourou (c'était son nom) ne répondait guère à l'idée que je m'étais faite d’un monarque : je lui aurais ri au nez si je l'avais osé.

Son costume se composail d'un habit d'uniforme rouge, pardessous lequel on voyait une petite ceinture de calicot. C'était tout: pas de chemise, bien entendu.

C'était un nègre grand et mince, à cheveux gris. Sa figure était traversée par de larges balafres, et son corps lout couvert de tatouages ; il portait de grosses boucles d'oreilles, et fumait une grande vilaine pipe.

Nous nous regardämes tous les deux.

La salle était pleine de monde , et le roi avait autour de lui plusieurs de ses femmes, au milieu desquelles était la reine, car, le croiriez-vous? dans ce pays-là, un homme épouse autant

de femmes qu'il lui plait.

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