‹ L'Afrique occidentaleChapitre 31 sur 64 · LE POISSON A SCIE · texte numérisé non relu

LE POISSON A SCIE

Un soir que nous revenions, Aboko, Niamkala el moi, de la forêt où uous avions fait une chasse infructueuse, nous tombàmes à l'improviste sur un gibier de plus forte taille. Nous longions la lisière du bois, quand tout à coup nous tressaillimes au bruit d’un rugissement sourd. Nous jetâmes ur regard rapide aux alentours, et nous aperçèmes un énorme léopard mâle prêt à s'élancer sur nous. Heureusement, nos fusils étaient chargés à balle. Prompts comme l'éclair, nous tiràmes tous à la fois sur l'auimal ; il n'y avait pas de temps à perdre : il avait déjà pris son élan, et nos balles l’atteignirent quand il s’enlevait. IL tomba mort et pantelant aux pieds d'Aboko, qui put se vanter de l'avoir échappé belle. C'était uae bête gigantesque ; sa peau, que je conservai comme trophée, est magnifiquement nuancée et tachetée. Il n'y a guère au monde de plus bel animal que le léopard d'Afrique. |

A l'embouchure du Nazareth on trouve le terrible poisson à scie. C’est sans aucun doute un des plus formidables monstres que les eaux recèlent dans leur sein.

Je ramais paisiblement dans un petit canot, lorsque mon atlention fut attirée par l'agitation des ondes qui jaillissaient çà et là à quelque distance. J'en compris tout de suite la cause : c'était un combat acharné entre deux bêtes aquatiques ; l'eau en était toute blanche d’écume. Ce ne pouvaient être deux hippopotames ; car, dans ce cas, je n'aurais pas manqué de les voir.

Je m'approchai avec précaution, tenant mon fusil prêt à tout hasard, et, en me penchant par-dessus le bord, j'aperçus un espadon ou scie de mer, aux prises avec un gros requin. La lutte élait formidable et désespérée. Mais que pouvait le requin contre

l'épée mortelle de son ennemi”?

Ils vinrent en se battant tout près de mon canot. Je me détournai vite, car leurs violents efforts auraient eu bon marché de mon frêle esquif, et un seul ‘coup de la redoutable scie m'aurait envoyé Dieu sait où. Chaque dent de cette scie peut avoir deux pouces de long; or, l'espadon en à quarante de chaque côté. Sa dimension en longueur était de cinq pieds. A la fin, plus agile que son adversaire, l’espadon enfonça profondément ses dents tranchantes dans les chairs vives du requin. Il renouvela deux ou trois fois la même’attaque ; puis le mouvement cessa, l’'écume disparut, et l’eau reprit son calme accoutumé. Je ramai vers le lieu du combat, d'où je distinguai au fond de l’eau le requin mort, couché sur le dos, le ventre ouvert et criblé de blessures.

Quant à la scie de mer, elle avait quitté le champ de bataille après cette victoire qu'attestaient de longues traces de sang, flottant dans l’eau autour du vaincu.

Au mois de juillet, je voyais dans la baie du cap Lopez force baleines qui prenaient là leurs ébats, et qui lançaient des jets d’eau en l'air.

Elles s’y rassemblaient à cette époque de l’année avec leurs baleinaux. Comme l’eau de la baie est très-calme, elles exercent là les forces de leur petit avant de le lancer dans la haute mer. Rien de plus curieux que de voir le baleineau nager en jouant aux côtés de son énorme mère.

Tous les ans, au mois de juillet, les baleines revenaient au même endroit ; mais les baleiniers s’avisèrent, une année, de leur donner la chasse. Depuis lors, le mois de juillet a beau revenir, les cétacés ne reparaissent plus, car ce sont des bêtes fort intel-

ligentes, qui savent bien où elles sont en sûreté. Sans doute elles

LES GROS-NEZ. 171 auront lrouvé quelque autre baie plus déserte, et plus favorable aux jeux el aux exercices de leurs petits.

On voit aussi, toute l’année, dans la baie du cap Lopez, d'autres poissons de la famille des cétacés, que les marins appellent des gros-nez. Sans être aussi énormes que les baleines, ils sont

encore d'une belle dimension.

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