‹ L'Afrique occidentaleChapitre 36 sur 64 · CAPTURE D'UN JEUNE GORILLE · texte numérisé non relu

CAPTURE D'UN JEUNE GORILLE

Ce petit animal, quoique chétif de taille et encore enfant par l'âge, était d'une vigueur étonnante et d’une violence sans égale. On ne savait comment l'emporter. Il ne cessait de se débattre, de s’élancer sur ceux qui le retenaient, de les menacer et de faire mine de leur arracher quelques lambeaux de chair, surtout aux jambes ; c'était là qu'il visait. On fut obligé d'aller chercher une fourche dans laquelle on lui passa le cou de manière à l'empé-

cher de s'échapper et à le tenir en même temps à distance. Le

Capture d’un jeune gorille,

moyen était rude, mais c'était le seul qui püt mettre nos hommes à l'abri de ses griffes et de ses dents. C’est dans cet équipage qu'on l’amena à Washington.

Le village était tout en émoi lorsque l'animal fut débarqué du canot sur lequel on lui avait fait descendre la rivière. Il rugissait et beuglait avec fureur ; ses petits yeux, lançant autour de lui des regards sinistres, donnaient à entendre que, s'il pouvait attraper quelqu'un de nous, il lui ferait sentir cruellement sa vengeance;

mais naturellement personne ne vint se mettre à sa portée.

Je m'aperçus que la fourche lui blessait le cou, et je songeai aussitôt à me procurer une cage. En deux heures, on me construisit une petite cabane de bambou, très-forte, avec des barreaux solidement fixés et assez espacés pour que le gorille pût être vu et voir lui-même au dehors. On l’introduisit tout de suite là dedans et, pour la première fois, je pus jouir tranquillement du spectacle de ma conquête.

Dès que j'approchai de la cage, il s'élança sur moi; mais, Dieu merci, je me trouvais hors de ses atteintes. Ses regards témoignaient de sa rage impuissante.

Je le nommai Joë, Joë le batailleur. C'était un jeune mâle qui n'avait pas encore trois ans, mais qui était parfaitement en état d'aller seul et dont la force musculaire était déjà prodigieusement développée. Sa taille était d'environ trois pieds six pouces. Sa face et ses mains étaient toutes noires et ses yeux enfoncés. Les poils de sa tête étaient d'un brun rougeâtre; ils redescendaient, de la naissance des sourcils, sur les deux côtés de la face, en prenant là une teinte plus foncée, et encadraient la mâchoire inférieure à peu près comme notre barbe et nos favoris. Le museau était lisse et très-noir. La lèvre supérieure était bordée d'un poil rude et court; on eût dit des moustaches naissantes ; mais j'ai vérifié plus tard l'absence de moustaches chez les gorilles adultes. La lèvre inférieure était garnie d’un poil plus long, qui semblait annoncer une barbiche. On lui voyait des cils minces et clair-semés, les sourcils étaient droits.

Tout son corps était velu, sauf la face et la paume des mains et des pieds. Le pelage du dos était gris de fer et tirait sur le noir en approchant des bras. Il s’allongeait sur les bras, plus qu'en

toute autre partie du corps.

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