RÉCEPTION PAR UN ROI NÈGRE
Lorsque nous débarquâmes, le roi... dont le nom est si long, n'était pas dans son village. On nous dit qu'il était à son 0/4ko, résidence temporaire des bois, quand les gens du village vont à la chasse, à la pêche, ou à leurs travaux d'agriculture. C'est là que nous allâmes le joindre.
Il avait choisi dans la forêt un bel emplacement, tout près du lac dont les rives escarpées s’élevaient comme l'encadrement d'un bassin. Les moustiquaires étaient tendus sous les arbres ; chaque famille avait son foyer allumé, et de leurs cuisines s'exhalait une odeur appétissante de bananes et de poissons.
Shimbouvénégani arriva aussitôt. Il parut charmé de me voir, et remercia cérémonieusement son ami Damagondai de lui avoir amené l'homme blanc.
L'extérieur de ce personnage était des plus grotesques. Figurez-vous un noir de soixante à soixante-dix ans, grêle et maigre, vêtu d’un vieil habit à queue d'hirondelle, qui devait dater du temps de ma grand'mère, et dont tous les boutons étaient partis. Il était coiffé, suivant la mode de la même époque, d'un grand chapeau de castor à trois cornes, tout usé et tout râpé. Le roi cependant semblait fier de son costume; il se redressait, se pavanait et regardait autour de lui comme ‘pour dire : « N'est-ce pas que j’ai bonne mine?» Ce qu'il y a de sûr, c'est que cet accoutrement, qui valait si peu de chose à nos yeux, avait dû lui coûter bien de l'argent, c’est-à-dire bien des esclaves.
Il me demanda si cette toilette de gala me plaisait; et tout en parlant il déployait et agitait les pans de son habit comme s'il allait se mettre en danse.
On apporta de grandes cruches de vin de palmier, et tout le
monde se mit à boire à ma bienvenue.