‹ L'Afrique occidentaleChapitre 45 sur 64 · RP AVES 7 PA · texte numérisé non relu

RP AVES 7 PA

Le nsbiego-mbouvé.

que ces animaux prennent pour dormir. Bientôt après, la femelle vint à son tour et grimpa sur l'arbre.

Je les considérai longtemps avec attention, et tout à coup je m'aperçus que l’un des deux singes donnait quelques signes d’inquiétude. Avait-il flairé notre présence ? Avions-nous fait quelque bruit qui l’eût mis sur ses gardes? A tout hasard nous levämes

rapidement nos fusils et nous tirèmes dans l'obscurité sur celui

des deux qui était endormi. Mais, l'instant d'après, je ne pus me défendre d'un sentiment de pitié pour le pauvre animal, qui tomba à grand bruit sur le sol et resta là sans mouvement. L'autre poussa un cri terrible et descendit de l'arbre avec une extrême agilité. Je tirai, mais Je le manquai, et en moius de temps que je n'en mets à écrire ceci, il avait disparu dans l'épaisseur du bois.

J'avais grand faim, car je n’avais encore rien mangé depuis le malin. Nous allumämes bien vite du feu, et nous dressâmes sur place notre campement nocturne. Nous eûmes soin d'établir une ligne de feux pour prévenir l'invasion des fourmis bashikouais, dans le cas où leurs bataillons seraient en marche de notre côté. Quant au pauvre singe, on le suspendit à une branche hors de leur portée. Pendant toute la nuit j'entendis çà et là, dans la forêt, le cri aigu du survivant, qui sans doute appelait son compagnon absent. A la fin je tombai endormi sur mon lit de feuilles et de mousse, aussi heureux que n'importe quel homme sous le ciel.

Le lendemain matin j'examinai à loisir mon nshiégo-mbouvé. Okabi s’écria d’un accent de triomphe en me montrant la tête :

— Voyez, Chaillu, voyez, n'est-ce pas là un animal chauve? Ne vous avais-je pas dit la vérité?

En effet , le nshiégo-mbouvé était complétement chauve. Pas un poil ne se voyait sur le sommet de la tête: C'était un mâle par- -venu à toute sa croissance. Il mesurait trois pieds onze pouces de hauteur. La peau était d’un noir foncé; un poil court et peu fourni lui couvrait le corps; celui des jambes était d'un gris sale, mêlé de noir. Sur les épaules et le dos, le poil avait une longueur de deux à trois pouces. Les bras jusqu'aux poignets étaient aussi

recouverts de longs poils noirs. L'animal cependant paraissait.

ADIEUX AU ROI SHIMBOUVÉNÉGANTI. 215 . assez vieux et grisonnait déjà par places. Le poil est beaucoup moins épais chez le nshiégo-mbouvé que chez le gorille, mais il est plus long, plus noir et plus lustré. Le nez est moins proéminent. Quoiqu'il n’eût que trois pieds onze pouces de haut, le su jet que j'avais tué avait la poitrine très-large, moins puissante cependant que celle du gorille. Les doigts étaient beaucoup plus longs sans être gros, et la main était plus longue que le pied, tandis que le gorille a, comme l'homme, le pied plus grand que

la main.

Plusieurs de ses dents étaient gâtées. La pauvre bête devait avoir de cruelles rages de dents; or, je ne suppose pas qu'il y ait des dentistes chez les singes. J'ai tué depuis cette époque plusieurs de cesanimaux. L'un d’eux était très-vieux; son poil avait blanchi; presque toutes ses dents étaient gâtées. Il lui en manquait même quelques-unes, qui étaient tombées. Il était devenu si infirme avec l'âge, qu'il n'avait plus la force d'éplucher des graines ni de casser des noix ; je n'ai trouvé dans son estomac que des feuilles.

Après les parties de plaisir que m'avait procurées mon séjour à l'olako, je me préparai à retourner au village de Damagondai. Le roi Shimbouvénégani endossa de nouveau son costume d’apparat, c’est-à-dire son habit à queue d’hirondelle et son chapeau de castor. C’est dans cet équipage royal qu'il nous accompagna

solennellement jusqu’à nos canots et qu'il nous fit ses adieux.

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