‹ L'Afrique occidentaleChapitre 47 sur 64 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Lé

Chasse dans les bois. — Le loup mboyo. — Capture d’un autre petit gorille. — J1 meurt de faim.

Tout se passait hien chez mes braves Commis. Quand je venais à m'absenter, ils prenaient le plus grand soin de ce qui m'appartenait. On eût dit qu'ils se piquaient d'honneur à qui me montrerait le plus de bonne foi. Tout sauvages qu'étaient ce pays et ses habitants, je me sentais là aussi en sûreté que chez le peuple le pluscivilisé de la terre.

De temps en temps, je quittais Washington pour m'enfoncer dans les bois. Je chassais tantôt le gorille, tantôt le buffle et le cochon sauvage, ou toute autre bête fauve.

J'étais aussi fort curieux de chasser le #740yo, animal trèsfarouche, de l'espèce du loup, ayant de longs poils jaunätres et les oreilles droites. Ces animaux sont très-rusés, et de temps à autre on peut les voir, dans les prairies, occupés à chasser pour leur propre compte. J'ai souvent observé la manière dont ils viennent à bout du menu gibier en l’entourant. Leur troupe s'élance toute à la fois; leur tactique est de courir toujours en rond ; ils étourdissent la pauvre bête, la harcèlent, la fatiguent, et, comme ils rétrécissent toujours le cercle de plus en plus, au

dernier tour ils se saisissent de leur proie.

Je les ai vus aussi bien souvent rôder isolément et battre la campagne à la recherche du gibier. Toujours sur le qui-vive, ils ne se laissent pas approcher aisément. Je ne pouvais les tirer qu'à de très-grandes distances.

J'allais parfois dans un pays où le gorille ahonde. C'était alors que je ressentais des émotions vives, une alternative continuelle d’espérances et de craintes. Ce pays était voisin d’un village dont

le chef se nommait Makaga-Oune-Jiou. Ce chef était affligé

Chasse aux loups.

d'une horrible maladie, la lèpre. Il avait déjà perdu tous les doigts de la main gauche, deux doigts de la main droite et le gros orteil du pied gauche. Mais le malheureux se montrait fort obligeant pour moi, et ses sujets l’aimaient beaucoup. Son village était petit, mais charmant. Les alentours étaient plantés de cannes à sucre et de bananiers; on y voyait aussi de petits champs de pistaches. De temps en temps les gorilles venaient

piller les plantations et consommer les richesses agricoles que les

MORT D'UN PETIT GORILLE, 259 habitants du village avaient eu tant de peine à produire. C'était pour ceux-ci un dommage considérable. Aussi furent-ils enchantés quand Je vins, avec mon équipage de chasseur, passer quelques jours au milieu d'eux.

Le matin de bonne heure, j'entendais quelquefois les gorilles qui s’aventuraient très-près du village. Je n'avais donc pas besoin de faire de longues courses pour aller chercher un terrain de chasse. Mais le difficile, c'était d'approcher ces animaux. Le plus léger bruit leur donne l'éveil et les fait fuir. Il faut les surprendre à l'improviste, et alors, si on se trouve face à face avec un mâle, il ne se retire pas sans combattre.

Pendant que j'étais chez Makaga Oune-Jiou, je m'emparai d’un second petit gorille, et cette capture n'eut pas lieu, je vous jure, sans des émotions pénibles.

Nous marchions en silence, quand nous entendimes un cri, et tout à coup je vis à peu de distance, au milieu d'un fourré, une femelle de gorille avec son petit suspendu à son sein. La mère caressait le petit et le couvait tendrement des yeux. Ce spectacle était à la fois si gracieux et si touchant, que je tins mon arme en suspens, me demandant avec un certain frémissement si je ne ferais pas mieux de laisser ces pauvres êtres en paix. Mais avant que j'eusse pris un parti, le chasseur qui était avec moi tira et tua la mère, qui tomba sans mouvement.

La mère était par terre, et cependant le petit restait attaché aprèselleet tâchait, par ses cris pitoyables, d'attirer son attention. Je m’avançai et, quand il me vit, le pauvre petit cacha sa tête dans le sein maternel; il ne pouvait ni marcher ni mordre ;

c'était un enfant à la mamelle. Je n’eus pas de peine à m'en

rendre maître. Je l’emportai tandis que mes hommes se chargeaient de la mère qu'ils suspendirent après un long bâton. Arrivés au village, nous fûmes témoins d’une autre scène vraiment touchante. On déposa le corps à terre et je plaçai le petit gorille tout à côté. Dès qu'il aperçut sa mère, il se traina vers elle et se jeta sur son sein. Mais il n'y trouvait pas sa nourriture accoutumée, et je vis qu'il commençait à se rendre compte de la vérité. 11 se roulait sur le corps et le flairait, en laissant échapper de temps en temps un petit cri plaintif : « Hoo! hoo ! hoo! » J'en étais ému jusqu'aux larmes.

Je cherchai inutilement du lait pour le pauvre petit; il ne pouvait pas encore manger. Aussi mourul-il au bout de trois

Jours.

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