A LA RECHERCHE DES GORILLES
« Si nous tuons demain un gorille, je veux avoir une partie de sa cervelle pour me servir de fétiche; rien ne rend un homme plus intrépide que la cervelle de gorille. Cela vous donne un courage à toute épreuve! »
Les nègres en chœur (ceux du moins qui restaient éveillés) :
« Oui, un courage à toute épreuve ! »
Puis, tout en discourant de la sorte, ils s'endormirent les uns après les autres.
Le lendemain malin, on netloya les armes, on les rechargea et l’on partit pour le terrain de chasse. Il y a dans les bois une certaine graine d'une espèce particulière dont le gorille est trèsfriand. Partout où cette graine se trouve en abondance, soyez sûrs d'y rencontrer l'animal.
Nous nous partageàmes en deux troupes. Elia, Gambo, deux autres hommes et moi, nous marchions ensemble. A peine avionsnous cheminé une heure, que nous entendimes le cri d'un petit gorille qui appelait sa mère. Elia le distingua le premier et nous indiqua le point d'où le son partait.
Nous commençâmes alors à marcher avec plus de précaution. Elia et Gambo, qui se trouvaient en avant, se mirent à ramper tout doucement, en habiles chasseurs qu'ils étaient. C'était bien malgré moi que je restais en arrière; mais J'avais peur, si je me mettais en ligne avec eux, que la maladresse de mes mouvements ne dénonçàt notre présence.
Peu de temps après, j'entendis deux coups de fusil ; j'accourus et je trouvai une bête abattue. C'était encore une femelle de go rille, une mère ; mais le petit s'était sauvé, et l'on n'avait pas pu mettre la main dessus.
Pendant que la pauvre mère gisait dans son sang, le petit
animal était caché dans le bois. Nous résolûmes de nous cacher uous-mêmes et de guetter son retour. Ce ne fut pas long. Il reparut, saula sur sa mère et se mit à la teter et à la caresser. Alors Etia, Gambo et moi, nous nous élançâmes vers lui; mais quoique le petit drôle n’eût pas plus de deux ans, il se débattit et nous échappa. Nous lui donnâmes une rude chasse, et, quelques minutes après, nous parvinmes à l'attacher, non sans qu'un de mes hommes fût rudement mordu au bras par l’enragée petite bête.
C'était une femelle. Malheureusement elle ne survécut que dix jours à sa capture. Elle refusait obstinément tout aliment cuit, et même toute espèce d’aliment autre que les noix et les graines dont ces animaux se nourrissent dans leurs forêts. Elle n'était pas aussi féroce que Joë le batailleur, mais elle était tout aussi sournoise et tout aussi intraitable. Elle ne se laissait approcher par aucun visiteur sans essayer de le mordre. Ses yeux semblaient parfois plus doux que ceux de Joë, mais ils n'étaient pas moins traîtres. Ainsi je remarquais chez elle la même manœuvre que chez mon premier prisonnier. Quand elle voulait, par exemple, me saisir la jambe, privée qu'elle était du libre usage de son bras par la chaîne qui la retenait, elle me regardait bien en face et, prompte comme l'éclair, s'appuyant d’un côté sur un bras et sur une jambe, elle me détachait de l’autre côté un violent coup de pied pour me déchirer. Plus d'une fois j'ai failli être agrippé par son gros orteil, arme puissante chez ces animaux. J'ai cru m'apercevoir quelquefois qu'elle louchait, mais je ne saurais l’affirmer. Tous ses mouvements étaient d’une extrême vivacité et sa
vigueur élait étonnante pour sou âge et pour sa taille.
gorilles,
aux
Chasse