CHAPITRE XXXII
Navigation sur le haut du fleuve. — Construction d’un village près d'Obindji. — Manière curieuse d'observer les jours du sabbat. — Douceur des naturels. — L'épreuve de l'huile bouillante. à
Le roi Quenguéza voulut m’accompagner dans mon excursion sur le haut du Rembo et de l'Ovenga. Nous étions escortés par un grand nombre de canots qui portaient plusieurs chefs Ashiras et Bakalais, et nous nous dirigions vers le pays de ces derniers. La température était étouffante ; les nègres eux-mêmes en souffraient, et quoique j'eusse une épaisse ombrelle déployée audessus de moi, en ayant bien soin de ne pas bouger, j'étais obligé de me bassiner souvent la tête et de garnir souvent de linge mon chapeau de banane, car je craignais les coups de soleil.
La rivière était étroite et profonde, presque toujours encaissée entre deshauteurs. Cà et là seulement les rives s’aplatissaient pour laisser la vue s'étendre à droite et à gauche.
Tout le monde se plaignait, excepté mon petit Macondai. C'était le négrillon le plus courageux que j'eusse jamais vu, un vrai héros en diminutif. Plusieurs de ces Africains, beaucoup même, je vous l'assure, ont en eux-mêmes des ressources d'énergie étonnantes.
Deux jours après notre départ, nous arrivämes un peu avant le
coucher du soleil au village d'Obindji, un chef Bakalai, grand
ami de Quenguéza. Les habitants se pressaient sur la rive droite pour me voir. Mes hommes, en abordant, s’annoncèrent par des coups de fusil et des chants bruyants. Obindji vint à notre rencontre; il élait en grande tenue : chapeau de soie, chemise et pagne de toile neuve. Il faisait sonner son kendo, clochette qui est l'insigne de la royauté et qui représente le sceptre, comme le chapeau de soie représente la couronne.
Je dis Obindjr:
« Pourquoi faites-vous sonner votre kendo? »
Il répondit :
« Le cœur d'Obindji est content. et il remercie son méoundpr (son bon génie) de l'avoir rendu aujourd'hui plus grand que jamais, eu lui envoyant un #/anga (un homme blanc). »
Les deux rois et moi, nous allâmes prendre place sur les escabeaux en usage dansle pays; alorscommença laréceptionofficielle. Quenguéza fit à Obindji et à tous les Bakalais qui l'entouraient un récit détaillé de ses relations avec moi, depuis le jour où il était venu me rendre visite sur le rivage jusqu'au moment actuel.
Obindji répliqua en exposant, de la même façon, c’est-à-dire en phrases courtes, les sentiments qu'il avait éprouvés à la nouvelle que Quenguéza allait lui amener son nlanga. Puis la séance fut terminée.
Le village d'Obindji n'était pas grand, mais quelle situation charmante! il s'élevait sur les bords mêmes de l’Ovenga, au pied d'une haute montagne. Quenguéza était maître du cours de l'Ovenga, dont les rives n'étaient occupées par les Bakalais que depuis le règne du frère aîné et prédécesseur de Quenguéza. Ce peuple Bakalai, qui est fort belliqueux, s’est rendu très-redou-
table à ses voisins.