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CHAPITRE XXXV

Nous chassons pour vivre. — Nous tuons une femelle de nshiego-mbouvé. Petit nshiegombouvé à face blanche. — Je l’élève. — I1 devient mon petit Tommy. — Son affection pour moi. — Ses instincts voleurs. — Ses espiégleries. — Tommy s’enivre. — Sa conduite à table. — Sa mort subite. — Conclusion.

Je commencçais à me rétablir. Comme je ne pouvais supporter plus longtemps le jeûne et la gouamba, je me décidai à organiser une chasse régulière et à rester dans les bois jusqu'à ce que nous fussions approvisionnés de vivres. Mälaouen me dit qu'à trente milles de là nous trouverions un pays plus giboyeux. Nous partimes donc dans la direction qu'il nous indiquait, avec l'espoir d'y trouver le gorille ou peut-être le nshiego-mbouvé.

Mes hommes étaient couverts de grigris (ou fétiches) et s'étaient tailladé les mains pour se porter bonheur. Anguilai m'avertit que, la veille, son ogana (son idole) lui avait dit que le cœur de l’otanga (homme blanc) devait se réjouir, parce que le lendemain la chasse serait bonne.

Pendant plusieurs heures, nous ne vimes que des traces déjà anciennes de diverses bêtes sauvages, et je commençai à croire que l’ogana d'Anguilai avait été trop expansive. A la fin, vers midi, comme nous traversions une espèce de plateau, nous entendimes le cri d’un petit animal que je reconnus aussitôt pour le cri du ushiego-mbouvé. A l'instant, tous mes ennuis disparurent. Je ne

sentais plus ni faim, ni maladie, ni fatigue.

Nous nous glissèmes dans les buissons avec toutes les précautions possibles, toujours guidés par ce petit cri pareil à celui d’un enfant. Arrivés à un endroit où les broussailles s’abaissaient, nous aperçûmes quelque chose qui courait le long du sol vers l'endroit où nous nous tenions cachés. Nous osions à peine respirer, de peur de donner l'éveil à l'animal. Quand il fut plus près, nous vimes que c'était une femelle de nshiego-mbouvé, courant à quatre pattes, avec son pelit suspendu à son sein. Elle mangeait avidement quelques graines et supportait le petit avec un de ses bras.

Querlaouen, le mieux placé, tira sur elle et l’abattit. Elle tomba roide. Le petit poussait des cris : « Heu! heu ! heu! » s’attachait au corps de sa mère, continuait à lui presser les seins et y abritait sa tête, tout effrayé de la détonation.

Nous nous élançâmes pleins de joie pour le prendre. Mais je ne saurais dire quelle fut ma surprise quand Je vis que la face du pelit nshiégo était aussi blanche que la figure d’un de nos enfants.

Je regardai la mère; sa face était noire comme la suie. Que voulait dire cela? la mère noire et l'enfant blanc ! Le petit n'avait guère qu'un pied de haut. Un de nos hommes lui jeta un morceau d'étoffe sur la tête et le maintint jusqu'à ce que nous l’eussions attaché avec une corde, car, malgré son jeune âge, il pouvait marcher. La mère, qui était déjà vieille, à en juger par l'usure de ses-dents, appartenait à l'espèce chauve dont je m'étais déjà procuré un spécimen quelques mois auparavant.

Je donnai l'ordre de retourner au camp ; nous le regagnâmes vers le soir. Pendant la route, le petit nshiego avait été séparé du

corps de sa mère, Une scène des plus émouvantes nous attendait

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