CHAPITRE V
Un vieillard condamné à mort pour crime de sorcellerie. — Je pars pour le pays des cannibales, — Jeùne et disette en route,
En 1856, je me retrouvai dans les régions équatoriales. J'étais dans une grande forêt, qui conduisait au pays des cannibales ; oui, un pays où les hommes s'entre-dévorent. J'avais encore beaucoup de chemin à faire. Comment traverser cette jungle immense? Comment orienter dans ces interminables forêts africaines? Telles étaient les pensées qui m'inquiétaient, lorsque J'arrivai au village de Dayoko.
Ce village est situé à peu de distance des rives du Ntambounay ; il est entouré par de jolis bois de bananiers.
Dayoko est un des chefs de la tribu Mbousha, peuplade sauvase et barbare s’il en fat. Il m'avait pris en amitié, et il promit le me fournir quelques hommes pour m'accompagner dans une
arlie de mon voyage.
Ces Mboushas ressemblent beaucoup aux -Shekianis, que je vous ai déjà dépeints. Ils sont superstitieux et cruels, et croient à la sorcellerie. Je restai quelques Jours parmi eux. Je vais vous dire ce que j y ai vu.
Dans une cabane, je trouvai un homme (rès-avancé en àge.
Sa chevelure laineuse était blanche comme la neige, sa figure
UN VIEILLARD CONDAMNÉ A MORT. 99 loule ridée, etses membres contractés par la vieillesse. [avait les mains liées derrière le dos, etles pieds emprisonnés dans un grossier élau de bois. Plusieurs nègres, armés jusqu'aux dents, monlaient la garde autour de lui et de temps en temps l'accablaient d'invectives et de coups. Le malheureux souffrait tout en silence.
Or, quelle était la cause de cet horrible traitement ? Ce vieillard était accusé de sorcellerie!
Quel outrage au bon sens qu'une pareille inculpation !
J'allai trouver Dayoko, le chef, pour tâcher de sauver les