‹ L'Afrique sauvageChapitre 100 sur 196 · HABITATIONS DE LA RACE NAINE · texte numérisé non relu

HABITATIONS DE LA RACE NAINE

chemin à travers la forêt, et bientôt, à la distance d’un quart de mille environ, nous renconträmes un autre village d'Obongos composé, comme le premier, d’une douzaine de huttes mal construites et dispersées au hasard sur la surface d’une petite clairière. Ces demeures étaient bâties depuis peu; car les branches d'arbres dont elles étaient faites avaient encore leurs feuilles toutes fraiches. Les petits trous qui leur servent de portes étaient bouchés par d'autres branches d'arbres récemment détachées avec leur feuillage, et plantées en terre. Nous primes les plus grandes précautions pour nous approcher, afin de ne pas effaroucher les timides habitants. Mes guides ashangos tenaient à la main un cordon de perles, en signe de leurs dispositions amicales. Mais tant de soins furent perdus ; car les hommes au moins étaient déjà décampés avant notre arrivée. Nous courûmes aux huttes, où nous découvrimes trois vieilles femmes avec un tout jeune homme, qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir comme les autres, sans compter quelques enfants, cachés dans l’une des cabanes.

Mes guides ashangos firent tout ce qu’ils purent pour apaiser les frayeurs de ces tremblantes créatures, disant que je n'étais pas venu pour leur faire du mal, mais pour leur apporter des perles. Si je parvins enfin à m'approcher d'elles, c’est que la terreur avait paralysé leurs mouvements. Je leur donnai des perles et je leur fis dire par mes guides que nous reviendrions le lendemain avec une provision de perles plus considérable, afin d’en distribuer à toutes les autres femmes, et qu'il fallait qu'elles fussent là pour nous recevoir. Au bout de quelques instants, une des vieilles avait perdu toute sa sauvagerie et commençait même à se moquer des hommes qui s'étaient enfuis à notre approche, — « timides, nous dit-elle, comme les écureuils des forêts (Nchendé) qui crient : qué! qué! » Et en imitant ces cris, elle tortillait son petit corps, avec des contorsions à mourir de rire.

Quand je pris mon ruban de toile pour la mesurer, ses fraveurs recommencèrent. Elle s'imaginait peut-être voir une espèce de serpent que je voulais enrouler autour d'elle, et elle se mit à trembler de tous ses membres. J'avais beau lui dire que je n'avais pas l’intention de la tuer; il fallut lui faire un nouveau présent pour la calmer une seconde fois. À la fin je réussis à venir à bout de mon opération.

Je mesurai aussi le jeune homme ; c'était un adulte, et probablement un bel échantillon de sa race.

Nous retournämes ensuite à Niembouai. J'avais attendu une bonne heure dans le vain espoir que les fugitifs reviendraient à leurs cabanes. Par parenthèse, ces petites femmes obongos semblent pratiquer l’art du mensonge tout aussi bien que leurs compatriotes femelles d'une plus belle venue; car lorsque je leur demandai où était le reste des habitants, elles me répondirent qu'ils étaient allés dans la forêt pour chercher du bois et attraper du gibier.

Le lendemain (7° Juillet) je retournai à leur village et je n’y trouvai, cette fois, qu'une seule femme et deux enfants. Je n’étais pas venu d'assez bonne heure; les oiseaux étaient dénichés. Heureusement la femme était une de celles que j'avais vues la veille. Je lui donnai ainsi qu'aux enfants un grand nombre de perles. Le soupçon me vint que la mère des enfants pouvait bien être cachée dans la hutte près de laquelle ils se tenaient blottis. J’V allai tout droit, j'écartai les branches qui en fermaient l'entrée, en signe d'absence du propriétaire, et passant la moitié du corps dans ce taudis, aussi adroitement qu'il me fut possible, je parvins à distinguer dans les ténèbres quelque chose que je reconnus bientôt après pour une créature humaine. Mes Ashangos l’appelèrent en lui disant de ne pas s’effrayer. On m’apprit alors qu'elle avait perdu son mari quelques jours auparavant, quand elle habitait encore le village abandonné que j'avais trouvé sur mon chemin. Elle avait sur le front une large raie d’ocre jaune.

Je voulais que mon guide ashango demandât aux femmes où elles avaient enterré le mort ; mais ils me dirent qu'il valait mieux ne pas leur adresser cette question qui pourrait les effrayer, et qui ferait sans doute pousser des cris à la veuve.

Je donnai quelques perles à cette pauvre femme, et je m'en allaï. Ma vieille amie Misounda (car elle m'avait dit son nom) m'engagea à revenir dans l'après-midi, quand tous les hommes seraient de retour. Je reparus donc à l'heure convenue, mais je ne trouvai pas d'hommes.

A ma visite suivante, je trouvai le village complétement désert ; pas plus de femmes cette fois que d'hommes. Ou du moins les femmes, en nous entendant venir, étaient allées se blottir au fond de

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