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L'IDOLE DU VILLAGE

de rouge, de blanc et de noir. Quand j'entrai dans la cabane, je la trouvai pleine d’Ashangos, rangés en ordre des deux côtés, ayant devant eux des torches allumées, fichées en terre. On distinguait au milieu de la foule deux personnages mbuitis, c’est-à-dire deux espèces de pontifes affublés de lambeaux de toile du pays, grotesquement peints de diverses couleurs, une joue blanche, une joue rouge , la poitrine rayée de jaune et le tour des yeux barbouillé à l'avenant. Ces couleurs sont le produit d’une décoction de divers bois de teinture, mêlée à de la terre détrempée. Les autres Ashangos étaient aussi rayés et bariolés de la même facon, et la lumière des torches, reflétée sur ces figures bizarres, leur donnait l'aspect d'une troupe de démons, réunis dans les régions infernales pour célébrer quelque rit sacrilége. À leurs jambes pendaient des feuilles blanches arrachées à des cœurs de palmiers. Plusieurs d’entre eux portaient des plumes , d’autres des feuilles roulées en forme de cornes derrière les oreilles. et tous tenaient à la main un bouquet de feuilles de bananier.

Dès que je fus entré, la cérémonie commença. Tous les hommes s’accroupirent à terre et se mirent à entonner une sorte de chant sauvage. [1 y avait près de l’idole un orchestre composé de trois tambours ayant chacun deux baguettes, d’un joueur de harpe, et d’un exécutant sur un morceau de bois creux qui, au lieu de poser à terre, était suspendu à deux autres morceaux de bois, de manière à produire plus de sonorité. Sur cette musique, les deux personnages mbuitis dansaient je ne sais quel pas de fantaisie, au beau milieu de la cabane sacrée, en se livrant à toutes sortes de contorsions bizarres. Toutes les fois que ces deux pontifes s’interrompaient pour parler, un profond silence s’établissait dans l'auditoire. Pendant le cours de la cérémonie, la foule accroupie se redressait de temps en temps et entourait les danseurs en chantant de plus fort en plus fort, puis elle reprenait sa première attitude. Cette manœuvre se répéta à plusieurs reprises. On se serait cru à une foire de village. Nos deux mbuitis, je dois en faire la remarque, étaient venus de loin pour jouer leur rôle dans cette espèce de représentation théâtrale. Ces officiants , comme les docteurs en sorcellerie, sont d'importants personnages chez les tribus de l'intérieur. Les uns ont plus de réputation que les autres; mais, en général, ceux qui demeurent le plus loin sont les

plus accrédités. À la fin, excédé de fatigue, assourdi par le bruit, ne voyant ni sens ni variété dans toutes ces momeries, je retournai me coucher à dix heures et demie.

30 Juin. — Je pus déterminer à Niembouai une hauteur de 1896 pieds au-dessus du niveau de la mer. Je parvins aussi à faire de bonnes observations sur la latitude et la longitude de ce village. Il est situé à 1° 58 54” de latitude Sud, et à 41° 56’ 38” de lon-

œitude est,

: J'avais ouï dire qu'il y avait, dans le voisinage de Niembouai, un village d'Obongos, ou de Nains sauvages. L’un de mes premiers soins en arrivant fut, comme on le pense bien, de m'informer du lieu où je pourrais trouver ces singuliers êtres. Ils viennent fréquemment, à ce qu'il parait, dans le village de mes hôtes, mais ils ne se souciaient pas d'y paraître tant que J'Y séjournerais moi-même. Les Ashangos, loin de mettre obstacle à mon désir, offrirent de m'accompagner chez les Obongos. Ils me conseillèrent cependant de ne prendre que trèspeu de monde avec moi, afin de faire le moins de bruit possible. On me donna deux guides et j'emmenai trois de mes hommes. Nous partimes le matin; au bout de vingt minutes de marche, nous étions parvenus à l'endroit désigné. Dans un coin de la forêt se cache une douzaine de petites huttes, où demeure cette étrange tribu. Elles sont disséminées sans ordre, et n’occupent dans leur ensemble qu'un espace fort étroit. La forme de ces huttes est la même que j'ai déjà décrite, lorsque nous renconträmes, près d'Yengué, un village d'Obongos abandonné par ses habitants. De même ici, nous n’apercûmes en avançant aucune apparence de créatures vivantes ; et en effet, le village était désert. Les cabanes sont si légères et les habitants d’une humeur si changeante, que ceux-ci sont toujours prêts à se déplacer. Les habitations nous parurent horriblement sales ; tandis que mes hommés et moi nous nous occupions d'en visiter l'intérieur, nous nous sentimes tout à coup assaillis par une telle armée de puces, qu'il fallut bien vite battre en retraite. Si les habitants avaient déserté leur logis, c'est à coup sûr qu'ils en avaient été chassés par les insectes.

Laissant là les cabanes abandonnées, nous poursuivimes notre

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