‹ L'Afrique sauvageChapitre 105 sur 196 · REPENTIR DE MES COMMIS · texte numérisé non relu

REPENTIR DE MES COMMIS

Olomba, la forêt était coupée par de larges clairières; et là, du milieu des arbres abattus et des branches mortes, se détachait le beau feuillage des bananiers, et plus loin un champ de cassave ou manioc, quoique cette dernière plantation soit assez rare. La banane est ici, comme dans toute cette partie de l'Afrique , la base de l'alimentation générale. À travers les feuilles des bananiers, on apercevait la tige de la canne à sucre, assez abondante dans ce pays. Je pouvais voir aussi de vastes champs de pistaches. Quand la viande est rare, on pile de la graine de pistachier, et on la fait cuire dans des feuilles ou simplement rôtir. Près du village, s'étendent en outre des plants de tabac et de chanvre. Dans les endroits où les bananiers sont nouvellement plantés, j'ai vu souvent une espèce de pois en cosse, qui, étant concassés, sont regardés comme un mets fort délicat.

J'ai eu aujourd’hui de graves sujets de plainte contre deux de mes Commis, Mouitchi et Rapelina, esclaves que m'avaient envoyés mes amis du Fernand-Vaz. Ils étaient devenus depuis peu, je ne sais pourquoi, mutins et indisciplinés, et je les surpris en train de me dérober de la poudre, des balles et d’autres articles, pour se faire un magasin de munitions avant de se sauver. Mouitchi était un paresseux et sa perte n'aurait pas été bien importante pour moi; mais il n'était pas prudent d’affaiblir notre troupe déjà si peu nombreuse et de laisser ces Commis dans l’intérieur du pays. Je commencai par les désarmer; précaution nécessaire. Puis, après avoir réfléchi quelque temps, je me décidai à leur dire qu'ils pouvaient s’en aller, si cela leur plaisait, et chercher leur chemin vers le littoral. Quand les anciens de Niembouai me virent résolu à renvoyer ces deux hommes, ils prirent l'affaire à cœur et vinrent me représenter qu'il ne m'était pas loisible d'abandonner ainsi ces malheureux, mais que je devais désigner deux des anciens du village pour leur servir de prolecteurs ou de maîtres. Mon intention, toutefois, était moins de me débarrasser de mes drôles que de leur marquer mon mécontentement. Je pensai donc que ce qu'il y avait de mieux à faire, c’était d’affecter une complète indifférence sur leur compte, comme si je me souciais fort peu qu'ils m'accompagnassent où non. Ce serait vraisemblablement le moyen de les amener à se repentir et à solliciter la permission de me suivre. L'événement prouva que j'avais touché juste. Ils quit-

tèrent le village, mais le lendemain ils revinrent repentants et soumis.

12 Juillet. — Ce ne fut pas sans de nouvelles difficultés que nous quittämes Niembouai-Olomba. D'abord mes porteurs de Niembouai-Ouest demandèrent un supplément de salaire ; alors les habitants de Niembouai-Olomba les engagèrent à me laisser chez eux et à s’en retourner dans leur pays, offrant eux-mêmes de les remplacer et d’avoir soin de moi. Magouga répondit que lui aussi voulait avoir soin de moi. Quand on vint me soumettre la question, je répondis, jaloux d'être agréable aux deux parties, que je prendrais la moitié de mes porteurs parmi les gens de Niembouai-Ouest, et l’autre parmi ceux de Niembouai-Olomba. J'inclinais beaucoup, au fond, à n’emmener que des hommes de ce dernier pays ; car les autres, poltrons fieffés, étaient venus m'avertir trois ou quatre fois que, d’après leurs ouï-dire , les habitants des contrées vers lesquelles nous nous dirigions ne voulaient pas de l'Oguizi et s'étaient énergiquement prononcés contre mon voyage.

Lorsqu'enfin nous partimes, Magouga et le chef de Niembouai- Olomba étaient tous les deux avec moi, et nous formions avec Rebouka l’arrière-garde de la caravane. J’étais constamment sur le qui-vive, ayant toujours soin de faire marcher un des deux chefs devant moi; car, dans ces contrées sauvages, on ne saurait avoir trop de précautions.

Nous voilà donc en marche vers le pays de Njavi, qui confine à l’est de la terre d’Ashango. Mes porteurs ashangos devaient me conduire au principal village des Njavis, et j'avais lieu d'espérer que les choses se passeraient au mieux, à présent que nous avions quitté Niembouai et que nous nous étions mis en route. Malheureusement de nouveaux ennuis m'étaient réservés. Plusieurs de mes porteurs. endoctrinés, j'en ai peur, par mes deux mutins Rapelina et Mouitchi, prirent la tête de la colonne, puis allant à l'écart se cacher dans la forêt, nous laissèrent passer et s’enfuirent. Peu de temps après, quand je fis halte pour donner du repos à mes hommes, je m'aperçus qu'il nous manquait du monde et que tous les absents appartenaient au village de Niembouai-Ouest. Nous attendimes les déserteurs, mais en vain; eux et leurs bagages avaient disparu.

Déterminé à couper le mal dans sa racine, je donnai ordre à ma

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